Oublier Rossini

Concerto di Belcanto - Pesaro

Par Christophe Rizoud | ven 20 Août 2010 | Imprimer

Paolo magistral dans Maometto II à Pesaro il y a deux ans, Francesco Meli semblait vouloir depuis prendre ses distances avec Rossini. Il nous l’avait confié lors d’un entretien en 2008. Son forfait dans la Donna del Lago à Paris en juin dernier (il devait interpréter le rôle de Rodrigo) nous avait paru confirmer ses propos. Pourquoi alors proposer dans le programme de ce récital deux extraits de Zelmira et de Bianca e Falliero ? Deux airs taillés aux mesures gigantesques d’Andrea Nozzari pour le premier opéra et de Claudio Bonoldi pour le second, dans lesquels le ténor génois prouve par l’exemple le bien-fondé de ce qui nous paraissait être sa décision. La voix dont la vélocité n’a jamais été la première des composantes est à présent trop raide pour satisfaire à l’agilité du chant rossinien. La vaillance est certaine mais les extrêmes de la tessiture, le grave comme le suraigu, lui échappent. L’ornementation reste sommaire. Alors Meli baritenore ? La réponse, qui n’était pas si évidente à l'issue des représentations de Maometto II, s’impose : non, encore moins aujourd’hui qu’hier.

 
Le public, dont l’exigence en la matière ne devrait pas faire de doute (nous sommes à Pesaro, la Mecque du chant rossinien), s’enflamme pourtant à la fin du concert. Les bravos fusent, les applaudissements crépitent. Peut-être parce qu’auparavant, dans un autre répertoire, Meli expose des qualités qui font le prix de son art. Un timbre soyeux, une demi-teinte dès que l’émission s’allège qui rappelle les plus grands, une puissance supérieure à la moyenne, trop même pour un récital avec piano dans le cadre confidentiel de l’Auditorium Pedrotti.
Ces qualités trouvent à s’exposer dans Tre sonetti del Petrarca, plat de consistance – avec les deux airs d’opéras de Rossini – d’un programme consacré dans sa majorité à la mélodie italienne. Le ténor, semble particulièrement goûter ces pièces composées dans les années 1840 par un Liszt amoureux de Marie d’Agoult. Certains critiques disent Meli impavide, d’autres voient même en lui la caricature du chanteur Italien. Il nous apparaît ici, au contraire, particulièrement expressif, apportant à chaque note la nuance qu’induit le sens, osant des effets, prenant des risques (la partition grimpe jusqu’au contre- bémol). C’est ce que l’on aime chez Meli : le mélange de douceur et de force, lorsque la voix, souvent trop brusque devient caressante, et aussi le vertige de l’aigu tenté comme un défi, une impression similaire à celle que l’on éprouve quand l’acrobate se jette dans les airs pour attraper le trapèze.
Souriant mais tendu comme toujours, malgré le soutien amical de Matteo Pais, le ténor tousse entre les airs, tire sur les manches de sa veste, froisse les poignets de sa chemise puis se lance dans la musique comme un taureau dans l’arène. « Le Sylvain » offert en bis nous le présente sous son meilleur jour. Parce que soulagé. L’émission assouplie, l’aigu assuré, la prononciation française moins imprécise qu’on aurait pu le penser. Mais, plus encore, c’est dans Tosti que Meli ravit les cœurs : « La serenata », toujours en bis, « L’ultimo bacio » secoué de passion et « L’ultima canzone » où le ténor, bouleversant, rafle la mise. Un répertoire dans lequel on ne saurait que l’engager à persévérer (un enregistrement serait le bienvenu), en attendant les grands rôles lyriques dont il est déjà capable. Verdi, Donizetti, peut-être un jour Puccini (Meli nous semble avoir les ressources suffisantes pour, à l’exemple d’un Marcelo Alvarez, élargir son répertoire). Tout sauf désormais Rossini.
 
 

 

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