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PUCCINI, La Bohème – Metz

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Spectacle
6 octobre 2023
Les ailes des moulins protègent les amoureux

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Scène lyrique en quatre tableaux de Giacomo Puccini

Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa

D’après Scènes de la vie de bohème d’Henri Murger

Création à Turin, au Teatro Regio, le 1er février 1896

Détails

Mise en scène

Paul-Émile Fourny

Décors

Valentina Bressan

Lumières

Patrick Méelis

Costumes

Dominique Louis

Assistant à mise en scène

Rudolph Buchmann

 

Mimi
Tuuli Takala

Rodolfo
Amadi Lagha

Musetta
Perrine Madœuf

Marcello
Joan Martin-Royo

Schaunard
Csaba Kotlár

Colline
Alexey Birkus

Benoît et Alcindoro
Bertrand Duby

Parpignol
Daegweon Choi

Un Douanier
Jean Sébastien Frantz

Le Chanteur ambulant
Ge Song

Un Sergent
Thomas Rœdiger

Valentin le Désossé
Pauline Henrion

 

Chœur de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

Cheffe de chœur

Nathalie Marmeuse

Direction du chœur

Michel Capperon

Chœur d’enfants spécialisé du Conservatoire à Rayonnement Régional de l’Eurométropole de Metz

Direction

Annick Hoerner

Orchestre National de Metz Grand Est

Direction musicale
David Reiland

 

Metz, l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole

Dimanche 1er octobre 2023, 15h

Pour son ouverture de saison, l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz propose la Bohème qui avait été créée dans ce même théâtre en 2017, mais avec une autre distribution. Le spectacle avait été chroniqué à l’époque par Yvan Beuvard. À l’occasion de cette reprise de quatre représentations à peine, le théâtre affiche complet pour la première ainsi qu’un taux de remplissage presque similaire pour la suite. Tant mieux pour cette belle maison qui alterne valeurs sûres et créations en astucieuses coproductions.

© Luc Bertau – Opéra-Théâtre Eurométropole de Metz

Notre Bohème est une production maison, mise en scène par le directeur du théâtre, Paul-Émile Fourny. Sa vision de l’opéra de Puccini est plutôt classique, avec une illustration quasi littérale du livret, mais une conception visuelle qui s’inspire du film de Baz Luhrmann, Moulin Rouge. Les décors sont recyclés par la décoratrice Valentina Bressan, à partir du travail qu’elle avait réalisé sur une précédente production, dans une démarche écologique assumée. S’il n’a pas été averti du procédé, le spectateur n’y voit que du feu. Le décor correspond parfaitement à l’idée que l’on peut se faire d’une mansarde parisienne, à cela près que la verrière du fond laissée libre aurait pu servir d’emplacement à l’atelier du peintre, lumière oblige. On pourrait multiplier les remarques du même ordre : la vraisemblance est quelquefois sacrifiée à la logique théâtrale. Le café Momus, par exemple, devient un intérieur digne de l’une des maisons de la rue des Moulins de Lautrec ou même l’intérieur du Moulin Rouge revu et corrigé par le filtre du film précité. Les choix font cependant sens et l’esthétique de l’ensemble procure beaucoup de plaisir, en particulier pour la scène de l’escarpolette du café Momus, doublée de la remarquable prestation de Pauline Henrion, une danseuse élastique comme on s’imagine que devait l’être son personnage, Valentin le Désossé, le célèbre partenaire de la Goulue. Toutes sortes de références sont ainsi convoquées qui vont des différentes versions de la Bohème (de Zeffirelli à Comencini) en passant par les représentations cinématographiques de la vie de bohème telles le sublime French Cancan de Jean Renoir, le très fidèle à Lautrec Moulin Rouge de John Huston ou l’inégalable Les Enfants du paradis de Marcel Carné. La mise en scène met ainsi l’accent sur un réalisme social à tendance poétique. Les différentes thématiques de l’opéra sont donc éclairées moins sous le prisme de la vraisemblance (les réactions exagérées nous rappellent constamment qu’il s’agit bien de théâtre) que par l’accentuation visuelle sur le passage à la vie adulte, au monde du travail (on voit la réussite sociale de Schaunard et Colline), à la perte de l’innocence et à la conscience de la réalité parfois sordide de la vie (Mimi et Musette paraissent tour à tour respectables et demi-mondaines, les détails vestimentaires marquant la différence). Tout cela sert efficacement le propos.

© Luc Bertau – Opéra-Théâtre Eurométropole de Metz

L’interprétation est de belle qualité même si, curieusement, on ne garde de l’interprète de Mimi qu’un souvenir presque fugace. Cela semble correspondre à la caractérisation voulue par le metteur en scène. Jamais la jeune malade ne tousse, par exemple. Elle se montre, en toutes circonstances, très discrète, excepté lors de sa sortie au café Momus où la jeune amoureuse est tellement heureuse qu’elle en oublie sa maladie, si bien que sa voix se mêle avantageusement à celle de son double Musette. Elle irradie également lors des moments de révélation de son amour enflammé, en particulier dans les duos où elle a fort à faire pour concurrencer le volume sonore impressionnant de son partenaire. La finlandaise Tuuli Takala, faussement diaphane, incarne ainsi merveilleusement son personnage avec délicatesse, justesse du phrasé et noblesse. La lyonnaise Perrine Madœuf est une Musette délicieuse, adorablement insupportable en coquette irrésistible tant pour ses amants que pour l’auditeur et profondément touchante quand elle accompagne son amie dans ses derniers moments. Magnifique comédienne, voix séduisante, aigus amples et aussi éthérés que les hauteurs qu’elle atteint grâce à son escarpolette, la jeune femme peut incarner aussi bien Marie-Madeleine que la Vierge Marie. La féminité faite voix, en quelque sorte… À l’opposé, Amadi Lagha campe un Rodolfo tout d’un bloc, à la puissance vocale qui balaie tout, aux nuances rares. On aurait aimé un personnage davantage en demi-teintes, mais on soupçonne le tandem constitué par le metteur en scène et le chanteur d’avoir volontairement accentué le caractère entier et finalement peu raffiné de l’écrivain bohème. L’amour de sa vie est mourant, il ne pense même pas à couvrir la malheureuse pourtant transie de froid. Après tout, il l’avait auparavant quittée (ou laissé partir) pour des prétextes futiles parce qu’il ne supportait pas de la savoir condamnée. À la toute fin, tout le monde a compris que Mimi était morte mais lui est persuadé qu’elle se repose. La lecture du livret et l’analyse du personnage sont édifiantes… Le ténor franco-tunisien nous le démontre vocalement. Et pourtant, que de précision dans la diction, que de beautés dans les demi-teintes qu’il se permet parfois. Il est parfaitement impossible de résister à son formidable et désespéré « Mimi » final sans éclater mécaniquement (mais aussi émotionnellement) en sanglots.

Dans la mise en scène, Paul-Émile Fourny a visiblement beaucoup soigné les relations entre le quatuor d’amis. Gestes, postures, mimiques et blagues potaches mimées nous montrent les liens étroits qui les unissent. On croit tout à fait à cette camaraderie à la vie à la mort (et il semblerait que les chanteurs se soient parfaitement entendus à la ville également). Chacun tire son épingle du jeu et les voix s’accordent à merveille. En peintre plutôt raté dont les découpages à la Matisse ne trouvent pas preneurs et qui finira en copiste d’œuvres célèbres (ici, l’Angélus de Millet), le baryton barcelonais Joan Martin-Royo donne une réelle épaisseur au personnage de Marcello. On ne peut s’empêcher de remarquer les splendides couleurs qu’il tient en réserve. Le slovaque Csaba Kotlár semble doté d’un instrument moins spectaculaire que son compère. Sa présence en Schaunard le musicien se fait plus discrète quoique conforme au rôle. Colline, pour sa part, se défait de sa défroque avec panache et superbe. Noble, serein et dignement philosophe, le baryton-basse Alexey Birkus en magnifie le personnage. Les autres interprètes, tous comme les chœurs, achèvent de garantir à l’ensemble une unité vocale de haut vol. Il faut saluer la performance des artistes féminines du chœur, qui nous proposent un magistral numéro de chahut, ou cancan si l’on préfère, sans même lever haut la jambe. Le jeu des lumières de Patrick Méelis et le clinquant assumé des costumes de Dominique Louis magnifient le tout.

Sous la direction inspirée de David Reiland, l’Orchestre National de Metz accompagne avec ferveur et efficacité les chanteurs. On y note une qualité sonore globale qu’on qualifierait volontiers d’empathique, voire fusionnelle. On partage volontiers l’enthousiasme manifeste du public devant cette production de belle tenue aux nombreuses qualités et aux idées judicieuses, telle celle de montrer, à travers les vitres de la mansarde, les ailes du Moulin Rouge qui tournent et dont les néons s’éteignent doucement comme s’éteint Mimi. Et pourtant, comme le suggérait Jean Renoir dans les inoubliables paroles de la chanson de son film French Cancan : « les escaliers de la Butte sont durs aux miséreux, les ailes des moulins protègent les amoureux »… Douce illusion (mensongère) que celle du spectacle, mais si fondamentalement nécessaire et vitale !

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Scène lyrique en quatre tableaux de Giacomo Puccini

Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa

D’après Scènes de la vie de bohème d’Henri Murger

Création à Turin, au Teatro Regio, le 1er février 1896

Détails

Mise en scène

Paul-Émile Fourny

Décors

Valentina Bressan

Lumières

Patrick Méelis

Costumes

Dominique Louis

Assistant à mise en scène

Rudolph Buchmann

 

Mimi
Tuuli Takala

Rodolfo
Amadi Lagha

Musetta
Perrine Madœuf

Marcello
Joan Martin-Royo

Schaunard
Csaba Kotlár

Colline
Alexey Birkus

Benoît et Alcindoro
Bertrand Duby

Parpignol
Daegweon Choi

Un Douanier
Jean Sébastien Frantz

Le Chanteur ambulant
Ge Song

Un Sergent
Thomas Rœdiger

Valentin le Désossé
Pauline Henrion

 

Chœur de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

Cheffe de chœur

Nathalie Marmeuse

Direction du chœur

Michel Capperon

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Direction

Annick Hoerner

Orchestre National de Metz Grand Est

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Metz, l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole

Dimanche 1er octobre 2023, 15h

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