Le 26 juillet dernier, l’interview de la jeune soprano française Nadège Meden réalisée pour Forum Opéra par Jean-Michel Pennetier nous avait permis d’entrevoir la personnalité, pour le moins forte et complexe, de cette cantatrice dotée d’une voix impressionnante de grand soprano spinto. En effet, elle ne se contente pas de chanter dans les théâtres ou les salles de concert. Passionnée de langues et de littérature, elle est très engagée dans la diffusion de la culture dans les milieux populaires et tient à faire sortir l’opéra des théâtres afin de le rendre accessible à tous. Ainsi a-t-elle fondé avec la pianiste Soraya Verdier, une petite compagnie lyrique « La Lune dans les yeux » qui plante ses tréteaux là où on ne l’attend pas : au pied des immeubles, dans les rues ou les parcs des quartiers excentrés et des banlieues. Les habitants sont alors conviés à participer au spectacle après avoir participé en amont, à des ateliers préparatoires.
Nadège Meden a ainsi mis sur pied une version « de poche » de l’opéra Tosca de Puccini qu’elle va présenter dans plusieurs quartiers de la capitale. Dans un décor se limitant à quelques accessoires, les chanteurs, accompagnés au piano, interprètent une sélection d’airs et duos tandis que la narration du drame est confiée à trois comédiennes. C’est ce spectacle que le Festival de théâtre de rues Le Courant Passe a présenté sur l’avenue Lamoricière dans le 12e arrondissement de Paris.
Une centaine de personnes, de tous âges, a ainsi assisté à cette Tosca hors normes ! Dans ce lieu, sans acoustique véritable, la sonorisation des interprètes et du piano est nécessaire même si cela ne rend pas forcément justice à la qualité vocale des chanteurs. À ce sujet, un grand bravo à la pianiste Soraya Verdier pour qui ce fut un véritable exploit d’accompagner, sans anicroche, les chanteurs qui n’avaient guère de contact réel avec elle ! Tout le monde y a mis du sien, la représentation a été réussie, et les spectateurs, dont la plupart découvrait l’opéra, ont réservé un accueil chaleureux aux artistes : Soraya Verdier, le baryton Vincent Billier, le ténor Jean Goyetche qui, souffrant, a tout de même réussi à assurer la représentation et Nadège Meden dont la voix puissante aux aigus vaillants a impressionné le public !
Si les amoureux d’opéra sont un peu restés sur leur faim, c’est donc, à présent, au théâtre qu’ils iront écouter la soprano. Elle a tous les atouts en mains pour mener à bien sa carrière à condition de ne pas trop se disperser, de ne jamais forcer sa voix et de parfaire sans cesse sa technique : un timbre chaleureux, une voix large et une diction impeccable, sans parler de sa belle présence en scène et de cette générosité fondamentale qui touche immédiatement le public. Son action à la tête de sa petite troupe est admirable : les chanteurs à ses côtés, la pianiste et tous les intervenants de cette représentation méritent avant tout notre respect. Souhaitons donc, à présent, à Nadège Meden un franc succès pour son prochain disque consacré à des compositrices françaises trop oubliées. Un défi de plus, décidément!
