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VERDI, Un ballo in maschera – Paris (Bastille)

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Spectacle
28 janvier 2026
Une reprise en demi-teinte

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Mélodrame en trois actes
Livret d’Antonio Somma, d’après le livret d’Eugène Scribe pour Gustave III ou Le Bal Masqué de Daniel-François-Esprit Auber
Créé à Rome, Teatro Apollo, le 17 février 1859

Détails

Mise en scène
Gilbert Deflo
Décors et costumes
William Orlandi
Lumières
Joël Hourbeigt
Chorégraphie
Micha van Hoecke

Riccardo
Matthew Polenzani
Renato
Etienne Dupuis
Amelia
Anna Netrebko
Ulrica
Elisabeth DeShong
Oscar
Sara Blanch
Silvano
Andres Cascante
Samuel
Christian Rodrigue Moungoungou
Tom
Blake Denson
Giudice
Ju In Yoon
Servo d’Amelia
Se-Jin Hwang

Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris
Chef des Chœurs
Alessandro Di Stefano
Direction musicale
Speranza Scappucci

Paris, Opéra Bastille, mardi 27 janvier 2026, 19h30

On attendait beaucoup de cette reprise du Bal masqué selon Deflo, qui proposait une distribution entièrement renouvelée autour d’Anna Netrebko dont c’était le grand retour sur la scène de l’Opéra Bastille, mais force est de reconnaître que le résultat n’a pas été à la hauteur de nos espérances. La production d’abord, pour élégante qu’elle soit, n’est pas exempte de parti pris discutables. A trop vouloir être sobre, Deflo a imaginé un spectacle lugubre, qui se décline en noir, gris et blanc, à l’exception de tableau d’Ulrica. Blanc, comme l’amphithéâtre qui sert de décor unique au premier acte ou la statue de Riccardo qui trône dans le salon de Renato ou encore comme les masques des invités du bal masqué. Gris anthracite comme la plupart des costumes que portent les choristes et les protagonistes masculins, Oscar excepté. Noir comme la robe qu’Amélia promène inlassablement d’acte en acte ou comme les totems surmontés de têtes de monstres qui ornent l’antre d’Ulrica dont la robe rouge constitue le seul élément coloré de l’ensemble avec le gilet orange d’Oscar. De plus, ce décor ouvert sans aucune paroi pour renvoyer le son est préjudiciables pour l’acoustique. En revanche, la mise en scène a été retravaillée, les chanteurs semblent moins livrés à eux-mêmes que lors de la reprise de 2018, le grand duo entre Amélia et Riccardo qui ouvre le deuxième acte par exemple, n’en est que plus convaincant.

Un Bal masqué © Benjamin Girette. OnP

Parmi les seconds rôles, tous irréprochables, citons les deux conspirateurs, Blake Denson et surtout Christian Rodrigue Moungoungou, Samuel dont la voix sonore ne passe pas inaperçue, ainsi qu’Andres Cascante tout à fait convaincant en Silvano. Sara Blanch effectue dès début remarqués à l’OnP. Cette soprano qui a Ophélie ou Lucia à son répertoire, possède des moyens plus importants que celles que l’on distribue généralement en Oscar. De plus la chanteuse qui ne manque pas d’abattage, se déplace avec grâce sur la scène, esquissant des pas de danse, avec un grand naturel. La voix est bien projetée, les coloratures impeccables et le registre aigu brillant. Autres débuts à l’OnP, ceux d’Elisabeth DeShong que l’on a pu applaudir voici un an au Châtelet dans Orlando. Cette cantatrice possède un timbre mordoré, un aigu puissant et des graves profonds de contralto, le sol grave qui conclut son air « Re dell’abisso affrettati », émis avec aisance, est parfaitement audible. Avec Renato, Etienne Dupuis poursuit avec bonheur son exploration des grands rôles de barytons verdiens. Si sa voix n’a pas encore tout à fait l’ampleur de ses illustres prédécesseurs, il n’en possède pas moins un medium solide, une projection efficace et un legato impeccable. A cela s’ajoute un timbre séduisant et une fière allure sur scène. Son Renato est touchant même dans ses accès de colère du dernier acte. Matthew Polenzani, lui, semble délaisser les répertoires mozartien et belcantiste qui ont fait sa gloire pour aborder des rôles plus lourds, notamment chez Verdi, avec moins de bonheur cependant que son collègue canadien. S’il tire son épingle du jeu dans La traviata voire Don Carlo, force est de reconnaître que les habits de Riccardo sont un peu larges pour lui, ce qui l’oblige par moment à forcer ses moyens. Fort heureusement, l’élégance légendaire de sa ligne de chant et son style accompli lui permettent de sauver les meubles et d’offrir au dernier acte un « Ma se m’è forza perderti » de toute beauté, agrémenté de jolies nuances et d’accents poignants du plus bel effet. Anna Netrebko a incarné Amelia pour la première fois en octobre dernier à Naples. Les parisiens étaient donc impatients de la découvrir dans ce nouveau rôle. Malheureusement la diva n’était pas au mieux de sa forme. A l’acte un, chez Ulrica la voix a paru atone et la justesse approximative. En revanche la soprano aborde la grande scène qui ouvre l’acte deux avec l’ampleur vocale nécessaire et triomphe des embûches dont Verdi a parsemé cette page. Le contre-ut est émis avec facilité et l’émotion bien présente, cependant si le timbre n’a rien perdu de sa séduction, la cantatrice s’est montrée avare des sons filés qui ont fait sa gloire. Au dernier acte, elle livre un « Morró » particulièrement poignant qui lui vaut une ovation bien méritée de la part du public. Au final, une incarnation en demi-teinte qui ne comble pas tout à fait nos attentes. Souhaitons qu’au fil des représentations Anna Netrebko retrouve progressivement la plénitude de ses beaux moyens.
Belle prestation des chœurs, impeccablement préparés par Alessandro Di Stefano.

A la baguette Speranza Scappucci fait des merveilles, sa direction vive et nerveuse, son souci du détail et son sens aigu du théâtre captent l’attention sans un temps mort tout au long de la soirée. A cet égard, notons par exemple la manière dont elle créée un climat lugubre dès le début de la scène chez Ulrica ou le rythme précipité de l’introduction de l’air d’Amelia au deuxième acte, qui reflète l’état de panique du personnage, ou, à l’opposé, le tempo alangui de « Morró », tout empreint de nostalgie.

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❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Mélodrame en trois actes
Livret d’Antonio Somma, d’après le livret d’Eugène Scribe pour Gustave III ou Le Bal Masqué de Daniel-François-Esprit Auber
Créé à Rome, Teatro Apollo, le 17 février 1859

Détails

Mise en scène
Gilbert Deflo
Décors et costumes
William Orlandi
Lumières
Joël Hourbeigt
Chorégraphie
Micha van Hoecke

Riccardo
Matthew Polenzani
Renato
Etienne Dupuis
Amelia
Anna Netrebko
Ulrica
Elisabeth DeShong
Oscar
Sara Blanch
Silvano
Andres Cascante
Samuel
Christian Rodrigue Moungoungou
Tom
Blake Denson
Giudice
Ju In Yoon
Servo d’Amelia
Se-Jin Hwang

Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris
Chef des Chœurs
Alessandro Di Stefano
Direction musicale
Speranza Scappucci

Paris, Opéra Bastille, mardi 27 janvier 2026, 19h30

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