Forum Opéra
LE MAGAZINE DE L'OPÉRA ET DU MONDE LYRIQUE

 

Les brèves... 




Janvier
2005

 

31/01/05

Des Victoires de la musique contestables...

A quel public s'adressent les Victoires françaises de la musique classique ? Le palmarès de la 12ème édition laisse dubitatif. Ce ne sont certes pas les lauriers d'honneur décernés à Jeanine Roze, Georges Prêtre, Felicity Lott ou Montserrat Caballe que l'on se permettra de remettre en question, même si ils ne sont pas de la première fraîcheur. La diva espagnole a d'ailleurs été décorée dans la foulée de la légion d'honneur par le ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres. Encore ému par la formidable performance du tandem Jaroussky / Spinosi l'autre dimanche matin au Théâtre du Châtelet (ah, l'inoubliable "sol da te" !), on applaudira des deux mains la palme de l'enregistrement classique de l'année qu'emporte Orlando furioso. On sera beaucoup plus réservé sur la révélation vocale. Ingrid Perruche, pour le peu que le DVD distribué laisse percevoir, ne nous parait pas mériter un tel titre. Mais plus encore, la récompense attribuée à Natalie Dessay, décrétée artiste lyrique de l'année, quels que soient la considération et le respect qu'on lui porte, parait usurpée. Il suffit d'évoquer, dans cette production d'Ariane à Naxos qui lui vaut le prix, l'extraordinaire prestation de Sophie Koch pour en être convaincu. En découvrant la liste des élus le lendemain dans le journal et en lisant à droite, à gauche, les commentaires sur la soirée, on se félicite finalement de ne pas avoir allumé sa télévision la veille. Cependant, est-ce bien naturel ? [CR]

Zaïde ressuscitée...

Zaïde, singspiel composé par Mozart aux alentours de 1780, fut retrouvé dans ses papiers en 1799. Quinze numéros, sans ouverture, ni fin, en forment la trame. Son éditeur, J. Anton André, acheva l'oeuvre et la publia en 1838. Andreas Kröper, un musicologue et chef d'orchestre d'origine allemande, vient de dénicher dans les archives viennoises le texte qui en relie les morceaux. Leur authenticité indéniablement prouvée, il s'agit à présent de donner l'opéra avec son livret original. Sollicité de toute part, en Europe et au Japon, Andreas Kröper envisage des représentations l'année prochaine pour les 250 ans de la naissance de Mozart. Sans préciser toutefois quelle place lyrique aura le privilège de la première. [CR]

Kiri Te reste là...

Ce n'est pas parce qu'elle vient d'avoir 60 ans que Dame Kiri Te Kanawa envisage de rendre sa retraite. "You're so willing to put me in my box, in my grave. I'm not about to have a reporter tell me when I'm retiring" a déclaré la diva néo-zélandaise. Pour confirmer ses dires, il suffit de rappeler qu'elle faisait, il y a un peu plus d'un mois, ses premiers pas sur la scène de Los Angeles en Vanessa dans l'opéra éponyme de Samuel Barber. Son calendrier prévoit dans les semaines à venir plusieurs récitals. Le prochain aura lieu dans sa patrie, à Palmerston North exactement, le 19 février. Elle envisage également une collecte importante de fonds pour sa fondation qui, créée en février dernier, vise à soutenir financièrement et moralement les jeunes chanteurs de Nouvelle Zélande. Car elle tient à ce qu'on le sache : "No one understands the life you live, how expensive it is. Singing teachers are not cheap. Coaching is not cheap". Au contraire de certaines de ses consoeurs, les conceptions contemporaines de l'opéra ne l'effraient pas. Le seul reproche qu'elle fait à la modernité est l'usage abusif des téléphones portables dans les salles de concert. Sa réaction est d'ailleurs sans appel : "We stop". A bon entendeur... [CR]


25/01/05

Le palmarès du MIDEM...

Le palais des festivals de Cannes a servi d'écrin à la première édition des MIDEM Classical Awards, récompenses qui ont pour objet de rendre hommage à la musique classique sous toutes ses formes. Le lyricomane retiendra le prix de la meilleure prestation vocale décerné au baryton Thomas Quasthoff pour l'enregistrement "Bach : Cantates BWV 56, 158 & 182". Rinaldo Alessandrini, accompagné entre autre de Sara Mingardo et Joyce di Donato, décroche la palme de la meilleure oeuvre de Musique Ancienne / Baroque pour son "Monteverdi - Vespro Della Beata Vergine da Concerto". La meilleure réédition / archive / document historique revient au Wozzeck dirigé en 1955 par Karl Böhm avec Walter Berry dans le rôle titre. Le formidable Platée qu'interprète l'Orchestre et le Choeur des Musiciens du Louvre sous la direction de Marc Minkowski, est distingué comme meilleur DVD d'opéra. Mais, plus que tous, Claudio Abbado et René Jacobs sont à la fête. Le premier, acclamé, reçoit un prix honorant l'ensemble de sa carrière. Le second, désigné meilleur artiste de l'année, voit ses Noces de Figaro, enregistrées chez Harmonia Mundi, sacrées meilleure oeuvre d'opéra et enregistrement de l'année. [CR]

Mort de June Bronhill...

Il ne s'écoule pas une semaine sans qu'un décès ne vienne assombrir cette rubrique. Le Herald Sun annonce que June Bronhill, fameuse soprano australienne, est morte à l'âge de 75 ans. Connue pour ses succès dans la comédie musicale et l'opérette : The Merry Widow, The Pirates of Penzance, elle fut aussi applaudie à Covent Garden dans Le nozze di Figaro, Die zauberflöte ou Rigoletto. "She was a great artist and somebody who we always identified with the cultural success of this country", a déclaré le premier ministre australien John Howard, "I know that will bring a lot of sorrow to many people and many opera and other fans around Australia". De manière plus anecdotique, elle devint en 1950 la plus jeune lauréate du concours Sydney Sun aria après avoir été, l'année précédente, battue sur le fil par une autre soprano prometteuse : Dame Joan Sutherland. [CR]

Hommage à Viktor Ullmann...

Sa musique était soi-disant dégénérée ; Viktor Ullmann, élève d'Arnold Schoenberg, était surtout coupable d'être juif. La barbarie des nazis le conduisit dans les chambres à gaz d'Auschwitz en 1944. Il fit auparavant un passage dans le camp de Theresienstadt (Terezin) près de Prague. Là, les allemands avaient mis en place le "Freizeitgestaltun", une administration des loisirs qui permettait aux prisonniers de jouer de la musique en ayant accès à des instruments et des partitions. Dans cette atmosphère particulière, il composa son chef d'oeuvre lyrique Der Kaiser von Atlantis, satire de la situation politique durant la Seconde guerre mondiale sur une musique grinçante, quelque part entre Mahler et Weill. D'autres musiciens furent assassinés en même temps que lui et pour les mêmes mauvaises raisons : Pavel Haas, Hans Kras, Gideon Klein (Ce dernier est l'auteur de Brundibar, un opéra pour enfants, interprété plusieurs fois à Theresienstadt, qui échappa à la censure parce que le livret était en tchèque, langue que les nazis ne comprenaient pas). Un concert à Cracovie vient de leur rendre hommage à l'occasion du 60ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz. [CR]

Record de vente pour La Traviata de Salzbourg...

On n'avait pas vu ça depuis 1989, année de la mort de Karajan. Les billets des sept représentations de La Traviata du prochain Festival de Salzbourg ont été vendus en un temps record. La distribution semble expliquer l'engouement : Anna Netrebko, Rolando Villazón et Thomas Hampson. On se permettra d'être un peu moins enthousiaste. Sans s'appesantir sur les deux comparses pour lesquels les réserves qu'on peut émettre sont d'ordre subjectif, Violetta est un rôle de chair et de sang qui ne se satisfait pas seulement d'une belle plastique, physique et vocale. [CR]


23/01/05

La saison 2005-2006 de la Canadian Opera Company...

Pour sa quarante-cinquième saison et sa dernière au Hummingbird Centre, la Canadian Opera Company (COC) présentera six productions. Macbeth de Verdi avec Robert Nyman et Georgina Lukas dans les rôles principaux, mise en scène de Nicholas Muni et direction musicale de Richard Bradshaw (22 septembre). Carmen de Bizet avec Larissa Kostiuk dans le rôle éponyme et Atilla B. Kiss en Don José, mise en scène de Mark Lamos et direction musicale en alternance de Richard Bradshaw et Derek Bate (29 septembre). Rodelinda de Haendel mise en scène par Tim Albery avec Harry Bicket au podium. La distribution comprendra, entre autres, Danielle de Niese (Rodelinda), Lawrence Zazzo (Bertarido), Daniel Taylor (Unulfo) et Marie-Nicole Lemieux (Edwige) (18 octobre). Götterdämmerung de Wagner dans une mise en scène de Tim Albery sous la direction musicale de Richard Bradshaw. Frances Ginzer sera Brünnhilde et Christian Franz, Siegfried (30 janvier). Cette production sera reprise, avec les autres opéras de la Tétralogie, lors de l'inauguration de la nouvelle maison d'opéra de Toronto, le Four Seasons Centre for the Performing Arts, en septembre 2006 (lire la brève du 6 décembre dernier). Norma de Bellini mise en scène par James Robinson avec Elena Prokina et Mikhail Agafonov respectivement Norma et Polione. David T. Hensel à la direction musicale (30 mars 2006). Finalement l'ancien directeur général de la COC, Lofti Mansouri sera de retour pour mettre en scène Wozzeck de Berg sous la direction musicale de Richard Bradshaw. Pavlo Hunka chantera Wozzeck (31 mars). [RB]

Margherita Carosio, la série noire continue...

Cette rubrique, en ce mois de janvier, vire à la nécrologie. On apprend le décès de la Soprano Margherita Carosio, l'une des grandes sopranos de La Scala d'entre les deux guerres. Née à Gènes en 1908, son père, compositeur de musique, fut aussi son professeur ce qui explique peut-être sa précocité. Car elle commença à se produire en public à l'âge de 14 ans et débuta sur scène dans Lucia di Lammermoor deux ans après. A 20 ans, elle montait sur les planches de Covent Garden dans un Boris Godounov pour le moins polyglotte. Tandis qu'elle chantait le rôle de Feodor en italien, le tsar, Fedor Chaliapine, lui donnait la réplique en russe et le choeur intervenait en français. A Milan, elle présenta d'abord son Oscar de Un Ballo in maschera puis sa Philine de Mignon avant de triompher en Mimi et Violetta. En 1949, à Venise, indisposée au moment d'interpréter Elvira de I puritani, elle fut remplacée par une jeune cantatrice qui s'appelait Maria Callas. Une page de l'histoire du chant se tournait. Elle se retira au milieu des années 50 pour se consacrer à la critique musicale et au journalisme. [CR]

Des nouvelles de Rita Gorr...

Lecteurs (fidèles) de Forumopera, pour nous changer de la série noire, j'ai le plaisir de vous informer que Rita Gorr a subi avec succès le 14 janvier un triple pontage cardiaque à l'Hôpital Onze Lieve Vrouw d'Alost, à une bonne vingtaine de kilomètres de Bruxelles, hôpital renommé pour avoir soigné l'actuel roi des Belges Albert II. Elle y est toujours hospitalisée pour quelques jours mais est sortie des soins intensifs. A la veille de son hospitalisation, invitée sur la Première chaîne de la radio belge francophone par votre serviteur, elle s'y est révélée parfaite camarade. Lorsque fut évoqué le souhait de Windgassen de la voir chanter Kundry à Bayreuth avec lui, elle répondit qu'elle n'avait pas voulu prendre la place d'une collègue, sans la nommer. Il s'agissait de Régine Crespin qui ne fit pas preuve à son égard de la même élégance au début des années 90. Rita Gorr devait chanter la comtesse de la Dame de Pique à la Bastille. La direction n'honora alors pas le contrat qu'elle avait signé sous prétexte des adieux de Régine Crespin. Cette dernière se révéla d'ailleurs incapable de chanter la comtesse. La Bastille se tourna à nouveau, mais un peu tard et en vain, vers Rita Gorr... [JB]

Les 250 ans de Mozart...

Il est né le 27 janvier 1756. L'année prochaine, Mozart aurait donc 250 ans. Le Festival de Salzbourg ne pouvait pas laisser passer un tel anniversaire et propose, à partir du 23 juin 2006, l'intégralité de ses opéras, 22 au total, de "Die Schuldigkeit des ersten Gebot" à "Die Zauberflöte". Peter Ruzicka, le directeur du festival, explique : "The great seven operas ... would have been too little for Salzburg, the idea is to be able to examine the development of this unique genius and to contrast it with the music of the 21st century". Déjà, les idolâtres veulent assister à tous les spectacles et s'inquiètent de l'achat des billets. Coïncidence, la nouvelle tombe au moment où des experts allemands viennent d'authentifier un tableau peint en 1790 par Johann Georg Edlinger comme le dernier portrait connu du compositeur. Restauré, d'une hauteur de 80 cm pour une largeur de 62 cm, il sera présenté à partir du 27 janvier prochain à la Gemäldegalerie de Berlin qui en fit l'acquisition il y a 70 ans. Sur Internet, Mozart 2006 (www.mozart2006.at/), un site consacré au millésime mozartien, donne un aperçu de toutes les festivités, histoire de patienter avant d'en savoir plus sur les distributions salzbourgeoises. On nous promet des "excellent singers on the highest international level". [CR]

Ben Heppner à Aix-en-Provence...

Pendant que Salzbourg peaufine son crû mozartien de 2006 (voir au dessus), un autre grand festival, celui d'Aix-en-Provence, prépare une tétralogie dont le premier épisode est prévu la même année. Il faudra cependant attendre 2008 pour y applaudir Ben Heppner. Son agent, Bill Guerri, vient d'annoncer que le ténor canadien empoignera Notung, l'épée de Siegfried dans l'opéra du même nom. Il la gardera à la main, en toute logique, l'année suivante dans Götterdämmerung. Pour patienter jusque là, Ben nous invite sur son site officiel (www.benheppner.com/) à le rejoindre le 9 mars 2005 à Toronto. Il donnera un récital au bénéfice de l'association Lung dont la première partie sera consacrée aux chansons de Paolo Tosti, et, plus original, la seconde déterminée au dernier moment par le public. [CR]

Quand la Chine s'éveillera...

Il y a du contre-ut au pays du soleil levant. A Canton (Guangzhou pour chinois) d'abord où, les travaux de construction d'un opéra ont commencé depuis le 18 janvier. Le bâtiment, conçu par l'architecte anglais, Zaha Hadid, se veut révolutionnaire, de l'extérieur qui ressemblera à deux gigantesques galets de granit accolés, à l'intérieur avec une scène qui prendra la forme du caractère chinois. La meilleure technologie est convoquée : tous les éléments jusqu'aux coulisses peuvent "monter, descendre, avancer, reculer et tourner" pour faciliter la représentation de divers programmes. L'édifice comprendra un théâtre de 1 800 sièges, une salle polyvalente de 400 places, un vestibule et une salle de repos de 4 000 mètres carrés, un parc de stationnement souterrain et des constructions annexes pour un coût final supérieur à 93 millions d'euros. Il ouvrira ses portes en 2007. Pas très loin, à Hong Kong, un projet de complexe culturel divise l'opinion et les institutions locales. Il s'agit d'aménager sur 40 hectares un ensemble de lieux culturels et de distraction comprenant au moins quatre salles de spectacle, un stade, un opéra et des musées. Le projet a été confié à l'architecte anglais Norman Foster. Pour une fois, la controverse n'est pas d'ordre architectural ou financier mais provient de la manière dont sera géré le complexe. Promoteur unique ou non, telle est la question dans un pays où le mercantilisme est roi. Pendant ce temps, la gigantesque coquille d'oeuf de titane du grand Théâtre national de Pékin, dessinée par l'architecte français Paul Andreu, émerge de son lac artificiel. L'inauguration devrait avoir lieu cette année. Turandot a de beaux jours devant elle. [CR]


19/01/05

Décés de Nell Rankin...

L'hécatombe se poursuit parmi les chanteurs d'autrefois. Nell Rankin, l'une des grandes mezzos du Metropolitan Opera , vient de mourir à 81 ans des suites d'une longue et rare maladie de la moelle osseuse. Née à Montgomery dans l'Alabama, elle étudia au conservatoire de Birmingham avant de faire ses débuts à Zurich en 1947 dans Lohengrin. Quatre ans après, armée d'un premier prix du concours de musique de Genève, elle empruntait le diadème d'Amneris pour fouler une première fois les planches de la prestigieuse scène new-yorkaise. Suivirent alors pendant deux décennies Carmen, Eboli, Marina de Boris Godounov, etc. Les britanniques se souviennent plus particulièrement d'elle car elle fut l'une des artistes invitées à l'occasion du couronnement de la reine Elisabeth II en 1953. [CR] 

Des nouvelles de Giuseppe di Stefano...

La loi des séries nous faisait craindre le pire. Il n'en est rien pour le moment. Giuseppe di Stefano a quitté l'hôpital de Milan où il était hospitalisé depuis le 23 décembre. Une semaine après, on apprenait que le ténor était sorti du coma dans lequel il était plongé depuis son agression du 30 novembre (conférer la brève du 6 décembre). Les médecins ont refusé de dire si il a été transféré dans un autre hôpital ou si il est rentré chez lui. Ils n'ont pas voulu non plus donner des détails sur son état de santé actuel. On continue de toucher du bois. [CR]


16/01/05

Victoria de Los Angeles, l'heure de l'adieu...

Les temps sont cruels et l'art lyrique n'est pas plus épargné. Victoria de Los Angeles est décédée dans l'hôpital de Barcelone où elle avait été admise pour une infection respiratoire (lire la brève du 9 janvier). Née en 1923, de son vrai nom Lopez Garcia, la cantatrice espagnole connut rapidement une renommée internationale après avoir remporté en 1947 le premier prix du concours international de Genève. Du Liceo au Metropolitan en passant par Paris, Londres, Salzbourg, Milan, Buenos Aires et même Bayreuth, elle triompha sur les plus grandes scènes du monde. Diva au sens noble du terme, sans caprice ni affectation, elle habilla de sa voix lumineuse et intense les grandes héroïnes du répertoire avec une prédilection pour les personnages simples et modestes : Mimi, Antonia, Manon mais surtout Marguerite et Salud dont l'enregistrement chez EMI, sous la baguette d'André Cluytens pour Faust et de Rafael Frühbeck de Burgos pour La vida breva, fait encore référence. A partir des années 70 et jusqu'en 1998, année de sa dernière apparition publique, elle se consacra au récital et à la mélodie. C'est d'ailleurs en 1969 qu'elle grava avec l'orchestre de l'Association des Concerts Lamoureux dirigé par Jean-Pierre Piquillat ce qui constitue sans doute le meilleur témoignage de son art : "le poème de l'amour et de la mer" d'Ernest Chausson. Quelle que soit la qualité des autres interprétations existantes, on finit toujours par revenir à ce frémissement exalté qui caractérise son chant. Il est hélas passé, le temps des lilas. Le temps des oeillets aussi. [CR]

Disparition de Boris Shtokolov...

Le décès de Victoria De Los Angeles occulte un peu sa disparition mais Boris Shtokolov fait également partie de la légende. On le surnommait d'ailleurs " le Chaliapine soviétique", en référence évidemment à la grande basse du temps des tsars dont il possédait, soi-disant, la même couleur de voix, noire, profonde, et aussi la forte présence physique. Né en 1930, il se destinait à l'aviation lorsqu'à la fin des années 40, l'un de ses supérieurs l'entendit par hasard chanter et, très impressionné, l'inscrivit d'office au conservatoire. Membre du Théâtre Mariinsky de 1957 à 1989, il y interpréta tous les rôles dévolus à sa tessiture, de Méphistophélès à Boris Godounov en passant par le prince Gremin. Il a été enterré au cimetière Volkovskoye dans la partie réservée aux personnalités qui ont marqué l'histoire artistique de Saint-Pétersbourg. [CR]

Le cher opéra de Copenhague...

Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark. Le nouvel opéra de Copenhague, l'un des plus récents donc des plus modernes au monde, ne fait pas l'unanimité. Si certains crient au chef d'oeuvre, d'autres n'hésitent pas à le comparer à un terminal d'aéroport, voire un grille-pain géant. Le bâtiment, conçu par l'architecte danois Henning Larsen, comprend 1.450 places, 14 étages et 2 scènes pour une surface totale de 41.000 m2 dont 12.000 m2 sous terre. Le coût de l'entreprise, 336 millions d'euros, a été entièrement financé par Maersk Mc-Kinney Moeller, 92 ans, l'homme le plus riche du pays, propriétaire du groupe maritime et pétrolier A.P. Moeller-Maersk. A ce tarif, on comprend qu'il ait tenu à contrôler la totalité de l'opération pour le plus grand mécontentement de Henning Larsen. Le malheureux a d'ailleurs failli abandonner le chantier en cours de route mais s'est finalement résigné à plier l'échine sous peine de faillite. Joli lot de consolation, il repart avec 40,3 millions d'euros en poche. Pour sa première soirée, samedi dernier, l'édifice a accueilli la reine Margrethe et l'ensemble de la famille royale ainsi que les notables du royaume autour d'un programme comprenant notamment des extraits d'Aïda. On ne manquera pas d'y voir une allusion à l'aspect pharaonique du projet dont les frais de fonctionnement, pris en charge par les institutions locales et nationales, se montent à 13,4 millions d'euros par an. [CR]


12/01/05

Janvier, le mois des forfaits...

Sale temps pour les chanteurs. Après l'annulation d'Angela Georghiu le 8 janvier dernier (lire plus bas), les parisiens déplorent plus que jamais les méfaits de l'hiver. Ils ne sont pas les seuls. A Covent Garden, 2 jours après, dans la nouvelle production de Das Rheingold, les londoniens étaient privés de la voix de Bryn Terfel victime d'une infection de la gorge. Le baryton a été obligé de mimer son rôle sur scène tandis que Donald McIntyre, un vétéran wagnérien contacté au dernier moment, chantait la partition dans la fosse. De l'autre côté de l'Atlantique, le froid n'est pas forcément responsable mais le résultat est le même. Les habitants de Chicago applaudiront Doina Dmitriu à la place de Fiorenza Cedolins dans la Tosca que dirige Bruno Bartoletti du 31 janvier au 1er mars. Aprile Milo continue d'assurer les représentations du 4, 14 et 24 février. A Houston, Dolora Zajick, blessée au genou, renonce à interpréter Azucena. Jill Grove reprend le flambeau avec, à ses côtés, Marcello Giordani en Manrico et Sondra Radvanovsky en Leonora. Du moins pour le moment... [CR] 

Fidelio à Buchenwald...

Quel opéra peut mieux symboliser la liberté et la résistance à la tyrannie ? Fidelio de Beethoven devrait être représentée en 2007 dans l'enceinte de l'ancien camp de concentration de Buchenwald. Le projet est proposé par le Théâtre d'Erfurt, capitale de la Thuringe, pour contribuer à la réconciliation entre le peuple juif et allemand, pour rappeler aussi que la géographie ne connaît pas de distinction entre barbarie et humanité. Weimar, où vécurent Goethe et Schiller, se trouve à quelques kilomètres de là. GianCarlo del Monaco, qui met actuellement en scène Hansel und Gretel au théâtre d'Erfurt, est à l'origine de l'idée. Le New Israeli Opera Tel Aviv, dont la directrice, Hanna Munitz est née dans un camp de réfugiés près de Buchenwald en 1946, souhaite évidemment s'associer à l'opération. Les autorités locales ont déjà donné leur accord. [CR]


09/01/05

Vive L'Opéra Comique...

Le ministre français de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, tient ses engagements. Après avoir sorti l'Opéra Comique de la mouise et l'avoir doté d'une nouvelle mission (lire la brève du 25 novembre 2004), il lui donne à présent les moyens de la remplir. Il vient de nommer Benoît Duteurtre au CA de la Salle Favart. L'écrivain est connu et apprécié pour sa position en faveur de la musique dite légère. Auteur de "requiem pour une avant-garde" qui en son temps fit grincer les dents de Pierre Boulez et de ses amis, il signait l'année passée le livret de "Viva l'Opéra Comique", une revue musicale en forme de plaidoyer pour la réhabilitation de ce répertoire. Il y a donc tout lieu de se réjouir de cette nomination. Le nouveau CA proposera son président qui sera ensuite nommé en conseil des ministres en même temps que le directeur de l'établissement. Maryvonne de Saint-Pulgent devrait être reconduite à cette présidence. Jérôme Savary, devrait également rester à son poste jusqu'à juin 2007, année de ses 65 ans. La désignation d'un "directeur délégué" par le ministre de la Culture, prévu par le nouveau statut d'EPIC de l'Opéra-Comique, devrait intervenir ensuite. Ce premier "directeur délégué" aura pour mission de préparer la programmation artistique des saisons postérieures au terme du mandat de Jérôme Savary auquel il succédera à partir de juin 2007. [CR]

Angela Georghiu déclare forfait...

Le concert était attendu par beaucoup d'entre nous. Angela Georghiu, la cantatrice au tempérament de diva, avait prévu le 8 janvier de conquérir le Théâtre des Champs Elysées. Mais l'intraitable roumaine, souffrante, a dû renoncer à son projet. Teresa Berganza sera le 1er février la prochaine "Grande Voix". Décidément, l'histoire se répète. Ce dernier récital, initialement prévu le 22 septembre, avait lui aussi été annulé (lire la brève consacrée à ce sujet). [CR]

L'Idoménée de Torsten Kerl...

Richard Croft remplacera du 28 janvier au 13 février Torstern Kerl dans le rôle titre de Idomeneo, re di Creta au Grand Opéra de Houston. Les raisons pour lesquelles ténor allemand a déclaré forfait sont annoncées comme personnelles. Sa prochaine apparition devrait avoir lieu à Amsterdam en avril dans une nouvelle production de Die tote Stadt. A défaut, pour avoir une idée de la manière dont le chanteur interprète le roi de Crête, on se reportera sur son site officiel. Un extrait de "fuor del mar" y figure un peu en retrait entre un "Glück das mir verblieb" extatique (Paul dans Die tote Stadt) et un "Kuda, Kuda..." tout autant inspiré (Lenski dans Eugène Oneguine).  [CR]

Un nouvel opéra à Séoul...

Une grande ville doit posséder une infrastructure culturelle en accord avec sa réputation. Sur la base de cette déclaration, Lee Myung-bak, le maire de Séoul projette la construction d'un opéra avant fin 2007. Pour conforter sa décision, il ajoute Au 21e siècle, investir dans la culture n'est pas une extravagance mais le meilleur des placements et, comme preuve de sa détermination, avance déjà sur la table la somme de 40 billions de wons (plus de 24 millions d'euros) pour financer l'opération. Le bâtiment devrait se situer sur une des îles de la rivière Han, vraisemblablement Yoido ou Chungjido. L'Opéra de Sydney servira encore une fois de modèle. Si on mesure la valeur d'un architecte à l'émulation que suscitent ses réalisations, Jorn Utzon ou Charles Garnier à une autre époque ont décidément plus de raisons de pavoiser que Carlos Ott. [CR]

Victoria de los Angeles hospitalisée...

Les gloires du passé n'ont pas beaucoup de chance en ce moment : âgée de 81 ans, Victoria de los Angeles vient d'être hospitalisée en soins intensifs dans un hôpital de Barcelone. La diva espagnole souffre d'une affection respiratoire aiguë. Nous lui présentons tous nos voeux de rétablissement. [PC]

René Koering commandatore...

Au royaume des directeurs de théâtre lyrique, Gérard Mortier n'est pas le seul à être honoré (voir plus bas). René Koering, aussi. Le compositeur français vient d'être fait commandeur de l'Ordre des Arts et Lettres. Après avoir quitté fin décembre 2004 la direction de la musique de Radio France, il reste surintendant de l'Opéra de Montpellier et directeur du Festival de Radio France et Montpellier. En ce début d'année, tandis que le premier affiche L'arlesiana de Francesco Cilea les 23 et 25 janvier puis le succulent "Monsieur Choufleri restera chez lui le..." de Jacques Offenbach les 28 et 29 janvier, la programmation 2005 du second est en cours d'élaboration. Pour être informé de sa mise en ligne, il suffit de s'inscrire sur le site de la manifestation (http://www.festival-rfmontpellier.com/). [CR]

Le nouvel an de José Carreras...

Ce n'est pas à Vienne mais à Pékin que le mélomane devait, pour être dans le ton, célébrer la nouvelle année. José Carreras y donnait un concert solennel dans le Grand Palais du Peuple en présence de l'élite politique chinoise. Accompagné par l'Orchestre Symphonique de Pékin, sous la baguette du chef catalan David Giménez, il a interprété les mélodies napolitaines qui forment désormais l'essentiel de son répertoire : "L'ultima canzone" de Francesco Paolo Tosti, "Passione" de Nicola Valente, "Torna a Surriento" d'Ernesto de Curtis, etc. Mais, l'auditoire a vraiment chaviré lorsque le ténor a entonné en mandarin "Zai Na Yao Yuan de Di Fang (dans un lieu lointain)", une chanson traditionnelle d'un caractère plutôt nationaliste. Le public, debout sur les sièges, a bruyamment applaudi la prononciation de chaque vers. Il faut dire que les chinois apprécient toujours quand un étranger essaie de parler leur langue. José Carreras partageait l'affiche avec la soprano ukrainienne Victoria Loukianetz, la chinoise Ma Mei et le ténor chinois Dai Yuqiang. Le programme comprenait, entre autres, des pièces de Shostakovich, Verdi, Puccini, Ravel, Strauss avec en conclusion, l'inévitable brindisi de La Traviata. Durant la soirée, sauf lors de la prestation de Carreras, les spectateurs ont téléphoné, dormi, parlé comme le veut la coutume en Chine depuis que la Révolution culturelle a mis un terme à tout respect de l'art. Et dire que chez nous, le moindre raclement de gorge horripile. [CR]

Les vices du "crossover"...

Le bon coeur de Luciano Pavarotti le perdra. Il suffit que ses amis insistent un peu pour que le ténor, mouchoir à la main, pousse la chansonnette. Ainsi il va collaborer une troisième fois avec le groupe de rock irlandais U2. La première fois, en 1996, ils avaient, sous le nom de "Passengers", enregistré la chanson Miss Sarajevo. Sept ans après, en 2003, ils remettaient le couvert lors du concert "Pavarotti and friends" avec l'Ave Maria de Schubert. Pour cette nouvelle association, le même Ave Maria, remixé par Jacknife Lee, sera proposé sur la face B du nouveau single de U2 "Sometimes You Can't Make It On Your Own". Là encore, mais pour une autre raison que celle invoquée lorsque nous vantions les vertus du "crossover" (voir plus bas), la nouvelle se passe de commentaires. [CR]


03/01/05

Le nouvel an de Gérard Mortier...

L'année 2005 débute bien pour Gérard Mortier. D'abord, il figure, en tant que chevalier, dans la promotion du Nouvel An de l'Ordre national de la Légion d'honneur aux côtés de l'amiral Philippe de Gaulle, Nicolas Sarkozy, Bartabas, Kristin Scott-Thomas, le violoniste Régis Pasquier, etc. Ensuite, le concert de la Saint-Sylvestre qu'il organisait samedi dernier a remporté un franc succès. L'Opéra Bastille affichait une Neuvième Symphonie de Beethoven placée sous le signe de solidarité avec l'Asie. Comme la veille lors des représentations de ballet, une collecte de fonds en faveur des sinistrés était organisée avec Médecins du Monde. Le chef allemand Christoph von Dohnanyi dirigeait Anne Schwanewilms, Hannah Esther Minutillo, Paul Groves et Jan-Hendrik Rootering. En préambule, Gérard Mortier a pris la parole pour souligner le message de fraternité de "L'Hymne à la joie" en "ces temps si bousculés". Puis à l'issue de la représentation, il a rendu hommage au chef des Choeurs de l'Opéra, l'Autrichien Peter Burian, qui fêtait ce 1er janvier ses 25 ans de carrière. A chaque fois, le public, nombreux et enthousiaste, n'a pas ménagé ses applaudissements. Que ceux qui restent allergiques au directeur de l'Opéra de Paris prennent leur mal en patience : le nom de son successeur sera annoncé avant la fin de l'année. Ils n'auront ensuite plus que 2 ans à attendre. [CR]

Les projets lyriques de Marc Minkowski...

La Grande Duchesse vient à peine de quitter le Châtelet pour regagner Gerolstein que Marc Minkowski reprend aussitôt la baguette. Après un passage à la Staatskapelle de Dresde dans un programme de pièces pour orchestre d'Offenbach et Richard Strauss, il reviendra à Paris dès le 24 janvier diriger onze représentations du déjà controversé Die Zauberflöte que propose "La Fura dels Baus" à l'Opéra Bastille. Puis il restera à Paname, mais au Théâtre des Champs Elysées cette fois, pour mener tambour battant, les 7 et 9 mars, Léonore de Beethoven avec Alexia Cousin dans le rôle titre. Le reste de son emploi du temps lyrique, ce premier semestre, sera dédié à Haendel avec, en point d'orgue du 2 au 20 avril à Zurich, la Cléopâtre de Cecilia Bartoli dans Giulio Cesare in Egitto. Salzbourg l'accueillera ensuite le 13 mai pour un Acis e Galatea puis Lyon, Chambery et Poissy, les 24, 25 et 27 mai, pour Il Trionfo del Tempo e del Disinganno. La distribution, engageante, comprendra Richard Croft, Veronica Cangemi et Nathalie Stuzmann. [CR]

Marylin Horne à l'auditorium du Louvre...

L'auditorium du Louvre défile en douze séances, du 27 janvier au 7 février, cinquante années de la vie musicale de l'Orchestre National de France. Le lyricomane inscrira surtout dans son agenda la date du 28 janvier. A 20h30, il aura rendez-vous avec Marylin Horne dans un répertoire auquel la cantatrice ne l'a pas forcément habitué. En 1975, à Paris, loin de la pyrotechnie rossinienne, la cantatrice américaine interprétait Schéhérazade sous la baguette de Léonard Bernstein. Ce concert, heureusement filmé, constituait un hommage à Maurice Ravel avec en plus au programme La valse, le Boléro et le concerto en sol. Il laissa, parait-il, un souvenir particulièrement fort au public parisien. L'occasion lui est ainsi offerte de se rafraîchir la mémoire. [CR]

Les vertus du "cross over"...

Plusieurs grands noms de la pop music, Cliff Richard, Boy George ou encore l'Irlandais Ronan Keating, vont se réunir sur un single dont le produit des ventes sera reversé aux victimes des tsunamis du 26 décembre. La chanson s'intitulera "Grief Never Grows Old" (le chagrin ne passe jamais). L'opéra apportera sa contribution à ce charitable projet en la personne de Russell Watson, l'Andrea Boccelli britannique. La noblesse de la cause empêche tout commentaire. [CR]


Thomas Quasthoff
"meilleure prestation
vocale de l'année..."
Brèves 25/01/05
June Bronhill
(1920-2005)
Brèves 25/01/05

Margherita Carosio
(1908-2005)
Brèves 23/01/05

Nell Ranking
(1924-2005)
Brèves 19/01/05

Victoria de Los Angeles
(1923-2005)
Brèves 16/01/05

Bryn Terfel
Brèves du 12/01/05

Benoît Duteurtre
Brèves du 09/01/05

Marc Minkowski
Brèves du 03/01/05

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