Placido Domingo, infatigable dans Nabucco à New York

Par Christian Peter | dim 08 Janvier 2017 | Imprimer

Retransmise en direct dans les cinémas du monde entier ce samedi 7 janvier, cette production de Nabucco signée Elijah Moshinsky a été créée en 2001 avec dans les rôles principaux Juan Pons, Maria Guleghina et Samuel Ramey. Un DVD paru chez DGG l’année suivante en préserve le souvenir.

Les décors monumentaux placés sur un plateau tournant représentent d’un côté le temple de Jérusalem, séjour des hébreux, sous forme d’énormes blocs de granit de couleur claire, de l’autre le palais de Nabucco constitué d’immenses escaliers couleur bronze surmontés d’une statue dorée qui représente une idole païenne. Ce dispositif ingénieux permet de passer sans interruption d’un tableau à l’autre. Les costumes, en revanche, évoquent davantage le Moyen-Age -avec une touche d’orientalisme- que l’antiquité babylonienne. Ceux des protagonistes principaux sont particulièrement laids voire ridicules, Abigaille au premier acte est boudinée dans une robe trop moulante et Nabucco ressemble à un guerrier mongol. La direction d’acteurs est inexistante, les protagonistes livrés à eux-mêmes se contentent de poses convenues face au public.

La présence de Placido Domingo qui avait abordé l’ouvrage à Londres en 2013 est sans doute à l'origine de cette reprise. Le ténor espagnol reconverti en baryton a conservé un médium intact et une solidité vocale stupéfiante. On pourrait gloser sur l’adéquation au personnage de son timbre qui reste celui d’un ténor malgré ses couleurs sombres mais on ne peut que rendre les armes face à cette incarnation saisissante du roi de Babylone qui, si elle ne peut rivaliser avec celles des plus illustres titulaires du rôle, n’en demeure pas moins on ne peut plus honorable. A près de soixante-seize ans – il les aura le 21 janvier prochain – ce qu’il donne à entendre relève de l’exploit et lui vaut un triomphe au salut final.

Liudmyla Monastyrska était déjà la partenaire de Domingo à Londres où sa prestation spectaculaire avait fait grand bruit. Ici, nous restons quelque peu sur notre faim. Certes, la voix est immense, l’aigu insolent et la soprano est capable de nuances comme en témoigne son air « Anch’io dischiuso » chanté mezzo forte avec une maîtrise incontestable du cantabile, pourtant cette Abigaille, sans doute gênée par l’absence de mise en scène, ne parvient pas à convaincre pleinement et certains effets appuyés dans le registre grave ne sont pas toujours du meilleur goût.

Le Zaccaria effacé de Dmitry Belosselskiy souffre d’un timbre terne et d’une voix qui plafonne dans l’aigu pendant la cabalette de son air d’entrée et s’étrangle dans les graves de « Or chi piange » au troisième acte. Seul son « Vieni o Levita » à la ligne de chant soignée parvient à convaincre.

Les interventions de Russel Thomas et Jamie Burton en revanche, sont tout à fait exemplaires : lui possède une voix claire à l’aigu solide et bien projeté, elle, campe un Fenena touchante au timbre joliment fruité.

A la baguette, James Levine n’a pas paru dans son meilleur jour. On louera l’élégance de sa battue dans les cantabile et l’on regrettera une certaine brutalité dans les ensembles qui nuit à l’unité de sa direction.

La représentation, alléchante sur le papier s’avère au bout du compte, routinière.