Forum Opéra

Alexandra David Néel, la voix de l’étoile – Montreuil-sur-Mer

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
Spectacle
18 mai 2026
Impressionnante Odile Heimburger

Note ForumOpera.com

4

Détails

Textes d’Alexandra David Néel, extraits principalement de son roman Le Grand Art, achevé en 1902 et resté inédit jusqu’en 2018

Léo Delibes (1836-1891)
Lakmé
Les fleurs me paraissent plus belles (acte 1)
Air des clochettes : Où va la jeune hindoue (acte 2)
Tu m’as donné le plus doux rêve (Acte 3)

Charles Gounod (1818-1893)
Faust
Ballade du Roi de Thulé (Acte 3)
Air des bijoux (Acte 3)
Roméo et Juliette
« Je veux vivre dans ce rêve » (Acte 1)

Ambroise Thomas (1811-1896)
Hamlet
Air d’Ophélie : « À vos jeux mes amis »

Jules Massenet (1842-1912)
Manon
« Adieu, notre petite table » (Acte 2)
Air du Cours de la Reine : « Je marche sur tous les chemins » (Acte 3)

Gaetano Donizetti (1797-1848)
La Fille du régiment
Air de Marie : « Il faut partir » (Acte 1)

Georges Bizet (1838-1875)
Carmen
Air de Micaëla : « Je dis que rien ne m’épouvante » (Acte 3)

Giuseppe Verdi (1813-1901)
La Traviata
Airs de Violetta : « Sempre libera » (Acte 1)

Mise en scène
Camille Panonacle

Costumes
Karen Scholz Zorione

Lumières
Estelle Cerisier

Ingénieur du son
Louis Delegrange

Chanteuse et comédienne
Odile Heimburger, soprano

 

Ensemble Musica Nigella
Pablo Shatzman, violon, Yumi Mizukami, Yona Zakri, alto
Lucille Perrin, violoncelle, Boris Grelier, flûte, Rin Murakami, clarinette, Iris Torossian, harpe

Direction musicale et arrangements
Takénori Némoto

Montreuil-sur-Mer, Théâtre, vendredi 15 mai, 20h30

C’est souvent dans les festivals aux moyens modestes, qui animent de belle façon nos régions, que vont se nicher des spectacles et des concerts qui forcent l’admiration en servant la musique avec une ferveur et une audace peu communes. C’est le cas du Festival Musica Nigella sur la Côte d’Opale des Hauts de France, qui accueille chaque année un public important durant le mois de mai. Né sous l’impulsion d’Olivier Carreau et du compositeur et chef d’orchestre Japonais Takénori Némoto, le festival tient son nom, non pas de la fleur de nigelle d’Eurasie, mais bien du lieu où il est né il y a 29 ans : la ville de Tigny Noyelle, dont l’ancien nom, d’origine celtique, avait été Niviella puis Nigella. Le Festival est ainsi devenu, cette année, un hommage à l’aventure et aux aventuriers ! Rien d’étonnant donc que le spectacle d’ouverture, le vendredi 15 mai, au théâtre de la splendide ville de Montreuil-sur-mer, soit dédié à la célèbre exploratrice, écrivaine et féministe française Alexandra David Néel qui fut la première femme occidentale à pouvoir pénétrer, en 1924, dans Lhassa, capitale du Tibet. Un spectacle musical intitulé Alexandra David Néel, la voix de l’étoile, dont l’énoncé sur l’affiche avait su éveiller la curiosité.

C’est la soprano française Odile Heimburger qui en a eu l’idée après avoir lu un roman oublié de l’exploratrice, intitulé Le Grand Art, découvert et édité il y a quelques années seulement. Alexandra David Néel y évoque une époque de sa jeunesse trop longtemps passée sous silence. Très tôt, dans sa lutte pour s’émanciper des tensions familiales, elle songe à voyager vers de lointains horizons et dévore les récits de Jules Verne. Mais c’est par la musique, étudiée au conservatoire de Bruxelles, qu’elle y parvient bientôt en commençant, sous le nom d’Alexandra Myrial, une carrière de grand soprano d’opéra, notamment à Hanoi en 1895 (Y a-t-elle rencontré Camille Saint-Saëns qui y avait séjourné cette année-là ?). Parmi ses grands rôles : Violetta de La Traviata de Verdi, Lakmé de Delibes, Marguerite de Faust de Gounod, etc…

Odile Heimburger et la metteuse en scène Camille Panonacle ont alors eu l’idée de concevoir un spectacle qui raconterait sous la forme d’un journal, les « années d’apprentissage » de la cantatrice nomade à travers les grands rôles qu’elle a interprétés. Et ce qui exceptionnel dans cette soirée c’est qu’elles ont su éviter le piège d’une banale succession d’airs d’opéra. En effet, il s’agit bien ici d’une pièce de théâtre musical dont le découpage élaboré avec le pianiste Antoine Palloc et issu de nombreuses épures, est d’une rare subtilité et permet un récit, allié à la musique, dont la tension ne faiblit jamais. Ainsi les airs ne sont pas forcément interprétés toujours dans leur intégralité. C’est le texte de l’écrivaine qui les inspire au point qu’au bout d’un moment on ne fait plus référence systématiquement aux opéras dont ils sont extraits. Ainsi, le début de l’air de Lakmé où « tout palpite et je commence à vivre » semble la suite logique d’un écrit d’Alexandra et le célèbre « Il faut partir » de Donizetti lancé comme un cri libérateur semble composé pour la circonstance tout comme l’air de Juliette, « je veux vivre dans un rêve », de Gounod sans oublier le bouleversant « Je marche sur tous les chemins » de Manon de Massenet où la cantatrice en robe rouge flamboyant semble sortir des ténèbres vers la lumière. On passe ainsi du texte à la musique dans un rythme constamment soutenu. Et au pied de la scène, l’orchestre lui répond avec une complicité attentive sous la direction de Takénori Némoto (les musiciens sont excellents avec de beaux soli de flûte et de clarinette notamment).

Dès son entrée en scène, Odile Heimburger « est » Alexandra. Quelle présence en scène dans ces costumes magnifiquement dessinés par Karen Scholz Zorione qui réinvente les célèbres vêtements que portaient l’exploratrice ! Camille Panonacle a réglé la mise en scène avec finesse. La scénographie est simple et belle, dans les lumières délicates d’Estelle Cerisier. La soprano, seule en scène, narre le récit avec un talent de comédienne impressionnant : c’est si rare, aujourd’hui (même dans les grands théâtres), d’entendre les textes dits avec une telle sensibilité, une telle élocution qui porte loin les phrases, jusqu’au murmure. De plus, s’affronter, ainsi sans répit, sans jamais faillir, à tous ces airs virtuoses tient de l’exploit. Odile Heimburger y parvient grâce à une technique sans faille, un appui du souffle constant et juste, une émission du texte dont on ne perd pas un mot. Quelle égalité d’émission avec des graves de grand soprano lyrique et des suraigus de colorature à la fois vaillants et lumineux. On comprend le triomphe que lui réserve à la fin le public debout ! Personne finalement ne s’attendait à un spectacle aussi bouleversant. Il faut, à présent, qu’il tourne à travers le pays ! Et on rêve d’entendre un jour Odile Heimburger dans « La Voix humaine » de Francis Poulenc. Un rôle sur mesure pour elle !

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Note ForumOpera.com

4

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Détails

Textes d’Alexandra David Néel, extraits principalement de son roman Le Grand Art, achevé en 1902 et resté inédit jusqu’en 2018

Léo Delibes (1836-1891)
Lakmé
Les fleurs me paraissent plus belles (acte 1)
Air des clochettes : Où va la jeune hindoue (acte 2)
Tu m’as donné le plus doux rêve (Acte 3)

Charles Gounod (1818-1893)
Faust
Ballade du Roi de Thulé (Acte 3)
Air des bijoux (Acte 3)
Roméo et Juliette
« Je veux vivre dans ce rêve » (Acte 1)

Ambroise Thomas (1811-1896)
Hamlet
Air d’Ophélie : « À vos jeux mes amis »

Jules Massenet (1842-1912)
Manon
« Adieu, notre petite table » (Acte 2)
Air du Cours de la Reine : « Je marche sur tous les chemins » (Acte 3)

Gaetano Donizetti (1797-1848)
La Fille du régiment
Air de Marie : « Il faut partir » (Acte 1)

Georges Bizet (1838-1875)
Carmen
Air de Micaëla : « Je dis que rien ne m’épouvante » (Acte 3)

Giuseppe Verdi (1813-1901)
La Traviata
Airs de Violetta : « Sempre libera » (Acte 1)

Mise en scène
Camille Panonacle

Costumes
Karen Scholz Zorione

Lumières
Estelle Cerisier

Ingénieur du son
Louis Delegrange

Chanteuse et comédienne
Odile Heimburger, soprano

 

Ensemble Musica Nigella
Pablo Shatzman, violon, Yumi Mizukami, Yona Zakri, alto
Lucille Perrin, violoncelle, Boris Grelier, flûte, Rin Murakami, clarinette, Iris Torossian, harpe

Direction musicale et arrangements
Takénori Némoto

Montreuil-sur-Mer, Théâtre, vendredi 15 mai, 20h30

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

En attendant le bicentenaire…
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Wagner fête les 150 ans de son Ring à Versailles
Aile ASSZONYI, Tilmann UNGER, Markus JAURSCH
Spectacle