C’est Jonas Descotte et son ensemble Les Argonautes (dont on se rappelle les beaux enregistrements de Dido & Æneas et de Dixit Dominus de Haendel et Lotti) qui assumeront la partie baroque du spectacle, les chanteurs étant la soprano Mariamielle Lamagat, le ténor Joël Terrin et le baryton-basse William Socolo.
Autres particularités : le choix de jouer dans un « non-lieu », une ancienne usine d’extincteurs de la banlieue de Genève et la participation de sept personnes bénéficiant des EPI, les Établissements Publics pour l’Intégration.
Une histoire de résilience
Après une apocalypse, un groupe d’humains s’est réfugié dans une usine désaffectée. Autour d’eux, machines, micros et haut-parleurs abandonnés vivent en autarcie et diffusent la musique d’Uèle Lamore.
L’histoire qui émerge parmi les abrité·es est le plus petit oratorio écrit par Purcell, In Guilty Night : Saul and the Witch of Endor, une scène dramatique pour trois voix et basse continue (1693) : Saül, roi malgré lui, pour complaire à un ordre divin, a banni du royaume celles et ceux qui, contre son dieu, croyaient à la nuit et aux rêves. À la veille d’une guerre qu’il pressent perdue, il fait ce qu’il avait interdit : il part, déguisé, dans la nuit, consulter l’une de celles qu’il avait chassées, la sorcière d’Endor
« J’ai eu envie que les personnages se racontent cette histoire. Comme une première tentative de récit après l’effondrement. Parce qu’elle parle exactement de ce qu’ils vivent : leur face-à-face avec le silence dans un monde qui a brûlé et qui s’est tu », explique Luc Birraux, concepteur et metteur en scène de ce spectacle.
Un récit partagé
Il dit aussi : « Cette création est née d’un travail au long cours avec un groupe de sept personnes bénéficiaire des EPI. Après trois mois d’atelier, je m’aperçois que les participant.es sont devenu.es acteur.rices à part entière de cette aventure, c’est à leur côté que s’est façonnée cette création. Ensemble, nous avons décidé que le public ferait partie intégrante de l’espace scénique. Dans cette nuit partagée, il est convié à expérimenter cette tentative de récit collectif. »
À lui seul, ce projet semble résumer la nouvelle vocation de l’Opéra Populaire de Genève (ex-Opéra de Chambre de Genève) sous son impulsion : proposer des créations inédites, entre répertoire et musique contemporaine, dans des lieux remarquables ou insolites de la ville, présenter des projets où des artistes reconnus collaborent avec des personnes habituellement éloignées de l’opéra, sur scène comme en salle.
Du 21 au 23 août à 20h30 au Pavillon Sicli, Rte des Acacias 45, 1227 Genève



