Forum Opéra

6 août 1966 : ah les belles bacchantes !

Partager sur :
Zapping
6 août 2026
L’un des grands chefs d’oeuvre lyriques de Henze célèbre ses 60 ans.

C’est pour répondre à une commande conjointe du Festival de Salzbourg et du Deutsche Oper de Berlin que Hans Werner Henze adapte pour l’opéra Les Bacchantes d’Euripide. C’est Wystan Hugh Auden, poète et dramaturge né britannique et établi aux Etats-Unis, qui lui suggère de choisir cette source, en raison de l’écho que le thème de cette pièce peut avoir dans la société contemporaine. De fait, c’est le duo Auden – Chester Kallman, autre poète et librettiste américain, qui va établir le livret original en anglais.

Ces deux là avaient déjà réalisé ensemble le livret du Rake’s Progress de Stravinsky et celui de Elegy for Young Lovers de Henze, créée au début des années 60.

Ce qui intéresse le trio dans cette adaptation est qu’elle leur offre la possibilité de revisiter le conflit éternel entre raison et déraison, mesure et démesure alors qu’au milieu des années 60, tant au plan sociétal (consumérisme, libération des mœurs) que politique (démagogie, manipulation des masses), les convictions de gauche très affirmées de Henze et de ses comparses ont de quoi trouver là de quoi s’exprimer. Le compositeur vit alors en Italie, où il s’est réfugié pour échapper à un climat homophobe et un environnement politique encore étouffant après-guerre en Allemagne.

Bien que rédigé en anglais, c’est bien en allemand que l’œuvre est créée voici 60 ans ce 6 août à Salzbourg sous la direction de Christof von Dohnanyi, la partition (en un acte et un intermezzo) ayant été achevée dès 1965. L’original ne le sera que deux ans plus tard à Santa Fe.

Penthée, est devenu roi de Thèbes après que son grand-père Cadmos lui a remis la couronne. Au moment où le peuple accueille le nouveau roi, un étranger entré dans la ville annonce l’arrivée de Dionysos, fils de Zeus et de Sémélé, sur le mont Cithéron. La foule rejoint la suite de Dionysos, composée des Bassarides, jeunes femmes qui vouent un culte à ce jeune dieu et qui le célèbrent dans des transes de débauche et d’ivresse.

Cadmos met tout le monde en garde contre ce désordre et ce dieu, ses filles Agavé (mère de Penthée) et Autonoé contestant le caractère divin de Dionysos. Le devin aveugle Tirésias, lui, se met du côté du dieu et invite à participer aux orgies.

Penthée, horrifié, interdit purement et simplement tout culte consacré à Dionysos et à sa mère Sémélé. Mais sa propre mère Agavé, sa tante Autonoé et Tirésias se laissent séduire et partent pour le mont Cithéron.

Penthée ordonne alors l’arrestation de tous les dionysiaques, Bassarides en tête, malgré les appels à la prudence de son grand-père. Mais le roi ne parvient pas à les interroger, y compris sa mère, encore en transe. On a beau le prévenir que l’étranger qui a annoncé l’arrivée de Dionysos était le dieu lui-même, Penthée n’y croit pas et interroge ce dernier, qui reste parfaitement détaché. Furieux, Penthée ordonne qu’on le jette en prison et qu’on le torture, tandis que Dionysos essaie de l’amadouer.

Durant l’intermezzo, Tirésias, Agavé, Autonoé et le capitaine de la garde jouent la pièce Le Jugement de Calliope qui raconte la conception et la « naissance » d’Adonis, que courtisent Vénus et Proserpine, reine des enfers. C’est la muse Calliope qui doit arbitrer entre les deux déesses. mais elle porte un mauvais jugement en faisant une côte mal taillée destinée au partage du bel Adonis, qui sera finalement découpé en morceaux par Mars, jaloux de Vénus, déguisé en sanglier.

Dans la seconde partie de l’acte unique de l’opéra, Penthée, envouté par Dionysos, décide d’aller voir ce qui se passe sur le Cithéron et s’habille en femme pour ne pas être reconnu. Dionysos ordonne alors à ses Bassarides, dont Agavé et Autonoé, en transes, de dépecer le roi. Les Bassarides reviennent triomphalement à Thèbes, brandissant la dépouille de Penthée qu’Agavé, sa propre mère, a pris pour un lion.

Dionysos abandonne ses oripeaux d’étranger et révèle son identité. Il bannit Cadmos et ses filles et donne l’ordre d’incendier le palais. Venu venger sa mère Sémélé, plongée dans les ténèbres d’Hadès, il implore Proserpine de la libérer des profondeurs de la mort et lui accorder une place aux côtés des immortels.

Henze mêle plusieurs influences dans sa partition, que la critique célébrera à la création comme constituant une synthèse aboutie de son style et de sa pensée musicale à l’opéra quand d’autres voulaient au même moment « brûler les maisons d’opéra ». Peu après les premières représentation, Henze renonce à l’intermezzo, qui ne sera rétabli, avec son accord, qu’en 2008, à l’occasion d’une reprise à Munich. C’est ainsi que la version originale s’est à nouveau imposée dans toutes les reprises depuis lors. Voici précisément ce fameux intermezzo, capté lors de la création voici 60 ans.

 

 

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

En attendant le bicentenaire…
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Il y a 80 ans, Britten créait son premier opéra de chambre à Glyndebourne.
Zapping