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Klaus-Florian Vogt : « J’aurais aimé avoir davantage de liberté sur scène »

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Interview
21 août 2026
Klaus-Florian Vogt a relevé un incroyable défi cette année au Festival de Bayreuth. : être présent dans les quatre opéras du Ring des Nibelungen, qui plus est confiés à une IA.

Un tel programme, d’une telle densité, c’est un défi n’est-ce pas ?
Il m’est déjà arrivé d’avoir autant de représentations à chanter à Bayreuth mais jamais un programme d’une telle densité, c’est vrai.

Loge, Siegmund et les deux Siegfried, comment l’idée est-elle née ?
Au départ c’était une proposition de Christian Thielemann et je n’ai pas dit non, naturellement. En fait j’avais très envie de chanter le rôle de Loge [c’est une prise de rôle pour lui], et puis bien sûr ce défi des quatre pièces à la suite m’a bien plu. Je vais refaire la même chose en 2027 à Paris puis à New York juste après.

Vos premières impressions après un cycle et demi ? [L’entretien est réalisé au milieu du second des trois cycles]
Je le referais à coup sûr. Cela me plaît beaucoup ; bien sûr c’est challengeant  mais j’y prends beaucoup de plaisir, et le faire avec Thielemann c’est merveilleux. J’aime bien me définir comme un teamworker et pour moi le plus important c’est d’être avec l’équipe pendant les quatre pièces. Faire ce cycle avec ces collègues fantastiques c’est une expérience unique. Etre là chaque soir avec eux, cela me donne beaucoup de plaisir.

Vous l’auriez fait avec un autre chef ?
Je ne sais pas. Oui il y aurait peut-être eu d’autres chefs avec lesquels je l’aurais fait. Mais le faire ici à Bayreuth et qui plus est avec Thielemann…

Mais alors qu’est-ce qu’il a en plus ce Thielemann ?
En plus je ne sais pas, je parlerai plutôt de ce qu’il est ; il a une compréhension musicale incroyable, il connaît ces opéras de Wagner sur le bout des doigts, il les a beaucoup dirigés, et ce que je ressens c’est que chaque soir, il opère de la magie. Chaque soir est différent il faut le savoir, même en ce qui concerne les tempi, il faut faire très attention, même si, comme nous nous connaissons très bien, nous n’avons pas besoin d’en parler beaucoup à l’avance. Je sais réagir à ce qu’il veut faire et inversement : nous nous renvoyons la balle en quelque sorte et cela procure beaucoup de plaisir.
Et puis cet immense appareil orchestral qu’il gouverne, où chaque musicien est attentif, chacun est heureux d’en être, chacun est prêt à beaucoup donner. Qui plus est, la centaine de musiciens dans la fosse sont des instrumentistes d’exception, qui connaissent cette musique par cœur ; je l’ai remarqué dès la première répétition d’orchestre : tous les musiciens sont enthousiastes et heureux d’être là. Voilà comment la magie opère.

Et vos relations avec les autres chanteurs sur scène ?
J’ai déjà énormément chanté avec Camilla Nylund et Michael Volle et je crois que nous nous complétons bien. Il n’y a jamais de concurrence entre nous ; nous sommes là les uns pour les autres et chantons les uns avec les autres sans que l’un essaie de se mettre en avant. D’où certainement cette impression pour le public que ce « chanter ensemble » passe bien.

Quand le public justement vous réserve une ovation phénoménale comme celle après « Rheingold »  ?
Bien sûr je suis très touché quand tant de sympathie se manifeste, cela ne me laisse pas indifférent. Et puis Loge était un nouveau rôle donc je ne savais pas comment le public allait réagir. J’ai chanté ce rôle à ma façon comme toujours et quand je constate que le public suit, c’est encore plus beau.

Il nous faut maintenant parler de la mise en scène…
…je ne préfèrerais pas ! (rires)

Mais si, votre avis nous intéresse particulièrement, que pensez-vous de cette mise en scène par l’IA ?
J’aurais aimé que nous ayons d’autres costumes, qui nous auraient permis de mieux nous distinguer. J’aurais également aimé avoir davantage de liberté de mouvement sur scène.

Avez-vous eu l’occasion d’en parler avec Marcus Lobbe ?
Pas encore.

Pensez-vous que Thielemann a pu donner son opinion à ce sujet ?
Je ne sais pas.

Passons à autre chose ! Sigmund puis Siegfried ; c’est un cheminement logique ?
Pour moi oui. Siegfried est autrement plus complet, il y a beaucoup plus à chanter. Je me suis laissé beaucoup de temps avant de prendre ce rôle il y a trois ans et j’en suis content.

Lequel des deux Siegfried préférez-vous ?
Siegfried-Siegfried.  Celui-là je l’aime beaucoup. Le troisième acte bien sûr, même si là on est déjà dans la perspective de Götterdämmerung. Mais les deux premiers actes sont ceux que je préfère ; parce qu’il se passe beaucoup de choses, cette querelle avec Mime, mais j’aime aussi beaucoup le Waldweben, cette histoire tranquille où Siegfried devient vraiment un jeune homme. Au II, il devient clair pour tout le monde que Siegfried est loin d’être un simplet, mais au contraire très sensible.

Parlons maintenant de votre carrière : peut-on dire que Lohengrin a été un tournant ?
Oui, on peut le dire. Je ne sais pas combien de fois je l’ai chanté car je ne compte pas, mais ce rôle reste un de mes préférés.

Votre histoire avec Bayreuth a commencé il y a presque 20 ans, en 2007, depuis vous y avez chanté chaque année. Les choses ont changé ici.
Bayreuth a beaucoup changé. Il y a eu des étapes importantes comme lorsqu’on a retransmis des opéras en direct sur la place, je trouve que c’était une excellente idée. En revanche je trouve un peu dommage qu’à cause des mesures de sécurité, le Festspielhaus se soit de plus en plus barricadé ; par exemple on ne peut plus se promener tout autour du bâtiment comme avant.

Vos plus beaux souvenirs à Bayreuth ?
Faire un Ring complet c’est quelque chose que je n’aurais pas pu imaginer. Il y a eu aussi le Lohengrin de Hans Neuenfels, mais chaque année a ses caractéristiques. J’avais aussi beaucoup apprécié les Maitres chanteurs de Katharina Wagner ; et puis c’était mes débuts ici. Il y eu aussi les autres Maitres chanteurs de Barrie Kosky que j’ai beaucoup aimé chanter.

Il y a des metteurs en scène avec lesquels vous ne voudriez pas travailler ?
Oui oui, il y a bien ici et là quelques … personnalités je dirais que je préférerais éviter disons-le ainsi.

Siegfried il y a trois ans, Tristan il y a deux ans. C’est une évolution naturelle de passer de l’un à l’autre ?
Non je pense que le chemin naturel  est plutôt inverse. Si j’avais pu choisir j’aurais d’abord fait Tristan puis Siegfried. Parce que Tristan est beaucoup plus lyrique ; Siegfried particulièrement dans le premier acte de Götterdämmerung est très exigeant pour la voix. Mais bon, cela s’est fait ainsi et c’est très bien.

Vous avez un attirance particulière pour le Paul de Die tote Stadt .
Oui parce que c’est un personnage tellement extraordinaire. Cet opéra est thriller en fait. Ce Paul est tellement perdu psychologiquement ; c’est un défi qui me plait de montrer cela sur scène. Et puis cette musique ressemble un peu à de la musique de film ; il y a un passage qui rappelle beaucoup Retour vers le futur de Star trek. Au passage on remarque comment la musique de film a emprunté à Wagner ou Korngold. Musique très romantique, gros orchestre, tout ce que j’aime !

Le répertoire italien ?
Je ne chante pas de répertoire italien. Il ne m’attire pas. J’essaie de le dire simplement : une grande partie du répertoire italien est trop superficiel pour moi. Pour le dire autrement : ce qui me manque, c’est la profondeur, la richesse que propose justement la musique de Wagner.

Mais vous chantez aussi Tamino. Passer de Tristan à Tamino….
Aucun problème ! (rires). Oui parce que même dans les grandes œuvres de Wagner, on peut avoir besoin de retrouver des couleurs mozartiennes. Pensez à Walbweben encore une fois : c’est doux, chantant, lyrique, il faut savoir chanter doucement. J’aimerais bien qu’on me propose à nouveau de chanter Tamino.

Vous avez combien de rôles dans votre carquois, que vous pouvez décocher du jour au lendemain ?
Entre dix et douze.

Y a-t-il encore des rôles dont vous pourriez rêver ?
Non. Mes rêves de rôles je les ai réalisés au centuple. Et je dois dire que Bayreuth a été pour moi une motivation et même une occasion de devenir chanteur. Jeune adulte j’ai pu assister à des répétitions ici. Mes beaux-parents ont longtemps travaillé à Bayreuth, ma belle-mère dans le chœur, mon beau-père contrebassiste dans l’orchestre. Je venais donc souvent et cela m’a beaucoup impressionné. Je jouais déjà du cor dans l’orchestre à Hambourg mais quand j’entendais les chanteurs sur scène, cela m’impressionnait beaucoup.
Ma voix je l’ai découverte parce que ma petite amie de l’époque qui est devenue mon épouse étudiait la musique pour devenir chanteuse et je suis entré naturellement en contact avec le chant. Et puis il y a eu des hasards, nous avons chanté des duos dans le cercle familial et c’est comme cela que les choses se sont faites.

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