Cette nouvelle parution d’Aparté alterne concerti vivaldiens, airs d’opéra, arie veneziane (avec la participation du ténor Zachary Wilder), ainsi qu’une poignée de balli anonymes reconstitués par Olivier Fourés. La vraie curiosité de la parution tient à la Cantata n°2 de Filippo Finazzi, castrat passé rapidement par Venise avant de s’illustrer un peu partout en Europe, mais également compositeur, dont l’œuvre est ici enregistrée en première mondiale.
Sur le plan instrumental, la réussite est nette, et Ophélie Gaillard y est pour beaucoup. Le Concerto RV 418 affiche d’emblée une articulation mordante et une belle virtuosité dans les Allegros, contrastant avec un climat plus intérieur dans le mouvement central. Le Largo du Concerto RV 407 met particulièrement en valeur le magnifique violoncelle Francesco Goffriller 1737 de l’artiste : timbre sombre et charnu, ligne qui respire sans jamais s’alourdir. Le dialogue avec le violon dans le Concerto RV 546 est également très réussi : les deux solistes (Pablo Valetti et Ophélie Gaillard) se répondent tour à tour ou superposent leurs voix avec une maîtrise constante. L’Ensemble Pulcinella suit avec une belle santé rythmique, notamment dans le mordant Concerto « Conca » RV 163. Les balli de Fourés sont traités avec juste ce qu’il faut de couleur populaire, notamment grâce aux percussions, sans trop sombrer dans un pittoresque appuyé.
La déception vient malheureusement de Zoltan Darago, et le disque souligne les mêmes limites que celles de son album consacré à Bach. Si la voix du contre-ténor séduit par la fraîcheur du timbre et un phrasé élégant, elle pêche aussi par l’inégalité des registres, une certaine acidité et une agilité parfois poussive. Dès « Se nemico tu sei », tiré de La Candace, l’émission se durcit dans les intervalles rapides et la ligne perd de son assise dans l’aigu. Le problème se confirme dans « Il destin che mi sovrasta » (Orlando finto pazzo), où le phrasé, au lieu de couler, procède par à-coups, comme si le souffle peinait à soutenir les mélismes vivaldiens. La Cantate de Finazzi, mieux conduite, semble davantage convenir à l’interprète, malgré un aria final un rien laborieux, notamment en comparaison avec la belle dynamique instrumentale de l’accompagnement.

