Forum Opéra

SALIERI, Tarare – Versailles

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
Spectacle
12 octobre 2026
Beaumarchais en pleine clarté

Note ForumOpera.com

4

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Infos sur l’œuvre

Tragédie lyrique en 5 actes et prologue
Musique d’Antonio Salieri
Livret de Beaumarchais
Création le 8 juin 1787 à l’Académie royale de musique (Paris, Théâtre de la Porte-Saint-Martin)

Détails

Mise en scène
Jean-Romain Vesperini, assisté de Jean-Christophe Mast
Scénographie
Bruno de Lavenère
Costumes
Alain Blanchot
Lumières
Christophe Chaupin
Vidéo
Etienne Guiol
Maquillages, coiffures et perruques
Laurence Couture et Mathilde Benmoussa

Tarare, Ombre de Tarare
Reinoud Van Mechelen
Astasie, Ombre d’Astasie
Éléonore Pancrazi
Atar, Ombre d’Atar
Jean-François Lapointe
La Nature, Spinette
Gwendoline Blondeel
Calpigi, Ombre de Calpigi
Enguerrand de Hys
Arthénée
Alexandre Adra
Urson, Le Génie du Feu
Jean-Gabriel Saint-Martin
Altamort, Ombre d’Altamort, Un Eunuque
Alexandre Baldo
Elamir, Ombre femelle
Clara Penalva
Ombre de Spinette
Isaure Brunner
Ombre d’Arthénée, Un Esclave, Un Prêtre
Jérémie Delvert

Chœur et Orchestre de l’Opéra Royal
Direction musicale
Théotime Langlois de Swarte

Versailles, Opéra Royal, 10 octobre 2026 à 19h

Créé à Paris en 1787 sur un livret de Beaumarchais, Tarare est, avec Les Danaïdes et Les Horaces, l’un des trois opéras que Salieri a composés pour la scène française. Malgré le grand succès de sa création, cette tragédie lyrique n’a été reprise que deux fois depuis : à Schwetzingen en 1988, puis à Strasbourg en 1991. Au disque, l’ouvrage a heureusement trouvé en Christophe Rousset un défenseur acharné, à qui l’on doit un très bel enregistrement. Pour son ouverture de saison, l’Opéra Royal de Versailles offre une précieuse rareté, à défaut d’une véritable résurrection, en réunissant ses forces vives autour d’un plateau vocal et scénique d’habitués.

Comment monter aujourd’hui une œuvre dont le livret, brillant et un rien rocambolesque, affiche une audace plus feutrée que révolutionnaire ? Jean-Romain Vesperini répond en transformant le prologue en expérience : les génies du feu et de la nature y distribuent les rangs sociaux, puis regardent l’usage qu’en font les personnages. D’où une structure unique de verre et de métal doré, conçue comme un « vivarium » où les chanteurs sont scrutés, et dont les parois, telles une lanterne magique, laissent passer les belles projections d’Étienne Guiol, qui débordent jusque dans la salle. Quant au cadre oriental, le metteur en scène le veut composite, de la Perse antique aux années 1930, afin d’en tirer un espace de pensée où la question de Beaumarchais, la naissance ou le mérite, reste entière. Le décor de Bruno de Lavenère, au sol-miroir, se renouvelle à chaque tableau, tandis que Christophe Chaupin l’éclaire avec finesse. Les costumes d’Alain Blanchot assument enfin une opulence de music-hall rêvé, bien plus à propos qu’une turquerie illustrative face à l’extravagance de l’intrigue.

Le pari est tenu : Jean-Romain Vesperini n’impose aucun concept, il puise ses idées au plus profond du livret. Il en résulte une clarté exemplaire : même le spectateur qui découvre l’ouvrage saisit sans peine le fil du drame. Le metteur en scène sait s’effacer derrière son propos, qu’il laisse affleurer sans le souligner, et s’en remet à la dramaturgie de Beaumarchais plutôt qu’à l’effet. Cette retenue sert la déclamation, capitale dans un opéra où le texte prime : les mouvements laissent respirer les chanteurs, ceux du chœur sont millimétrés, et l’équilibre entre passages tragiques, pris au sérieux, et ressorts comiques est subtilement ménagé. Tout juste regrettera-t-on quelques chorégraphies superflues.

Tous les solistes se distinguent par une diction soignée, un réel investissement et une délicatesse dans l’ornementation. Dans le rôle-titre, créé par Étienne Lainez, futur premier Licinius de La Vestale (1807), Reinoud Van Mechelen est une nouvelle fois remarquable : timbre lumineux, style français impeccable. Il sait donner toute leur tendresse aux pages intimes, comme « Astasie est une déesse », tout en déployant, quand il le faut, une franche vaillance (« Qui veut la gloire »). Aussi convaincante au jeu qu’au chant, Éléonore Pancrazi restitue avec beaucoup de naturel les émotions d’Astasie. Elle habite chaque mot de « Ô mort ! termine mes douleurs », au début de l’acte IV, scène où elle fait entendre la détresse du personnage. Jean-François Lapointe campe un Atar tyrannique, d’abord sûr de son pouvoir, presque glacial, dont l’assurance se fissure peu à peu. Son articulation tranchante fait mouche, dans « Vertu farouche et fière » (I, 8) comme dans « Fantôme vain ! Idole populaire » (V, 1). Alexandre Adra, de l’Académie de l’Opéra Royal, prête à Arthénée, grand prêtre et intriguant, un phrasé onctueux, même si la voix est souvent gênée dans l’aigu.

Gwendoline Blondeel brille dans ses deux emplois : la Nature du prologue et Spinette, suivante d’Astasie, qu’elle anime avec esprit dans « Dans nos vergers délicieux » (III, 4). Enguerrand de Hys, très applaudi, déjà présent dans l’enregistrement de Rousset, tient en Calpigi, confident de Tarare, un rôle à sa mesure : voix claire et souple dans « Je suis natif de Ferrare » (III, 4), puis plus incisive dans « Va ! L’abus du pouvoir suprême » (IV, 8). Jean-Gabriel Saint-Martin, également Génie du Feu, incarne un Urson sobre et efficace dans « Seigneur, c’est ce guerrier » (I, 5). Comme toujours à Versailles, les seconds rôles sont excellemment tenus, Alexandre Baldo en Altamort en tête.

Il faut savoir passionner dans une œuvre qui alterne continûment récitatifs accompagnés et très courts passages purement musicaux (airs, ensembles). Théotime Langlois de Swarte, qui glisse au programme deux extraits orchestraux d’Axur, re d’Ormuz, la version italienne de Tarare remaniée pour Vienne, y parvient avec brio. Il dirige avec sûreté et sens du théâtre, trouve le bon dosage entre les voix et une fosse de plus de quarante musiciens, trombones inclus, sculpte les récitatifs et fait ressortir les contrastes de la partition. L’Orchestre de l’Opéra Royal séduit par la vivacité de son jeu et la variété de ses couleurs, et l’on remarquera la virtuosité de Gabrielle Rubio dans une partie de flûte particulièrement sollicitée. Cette réussite augure bien des symphonies de Beethoven que le chef dirigera en 2027 à la tête de cette même phalange. Le Chœur de l’Opéra Royal, d’une parfaite cohésion, se montre percutant dans les nombreux ensembles.

Photos du spectacle : © Baptiste Lacaze

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Note ForumOpera.com

4

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

Tragédie lyrique en 5 actes et prologue
Musique d’Antonio Salieri
Livret de Beaumarchais
Création le 8 juin 1787 à l’Académie royale de musique (Paris, Théâtre de la Porte-Saint-Martin)

Détails

Mise en scène
Jean-Romain Vesperini, assisté de Jean-Christophe Mast
Scénographie
Bruno de Lavenère
Costumes
Alain Blanchot
Lumières
Christophe Chaupin
Vidéo
Etienne Guiol
Maquillages, coiffures et perruques
Laurence Couture et Mathilde Benmoussa

Tarare, Ombre de Tarare
Reinoud Van Mechelen
Astasie, Ombre d’Astasie
Éléonore Pancrazi
Atar, Ombre d’Atar
Jean-François Lapointe
La Nature, Spinette
Gwendoline Blondeel
Calpigi, Ombre de Calpigi
Enguerrand de Hys
Arthénée
Alexandre Adra
Urson, Le Génie du Feu
Jean-Gabriel Saint-Martin
Altamort, Ombre d’Altamort, Un Eunuque
Alexandre Baldo
Elamir, Ombre femelle
Clara Penalva
Ombre de Spinette
Isaure Brunner
Ombre d’Arthénée, Un Esclave, Un Prêtre
Jérémie Delvert

Chœur et Orchestre de l’Opéra Royal
Direction musicale
Théotime Langlois de Swarte

Versailles, Opéra Royal, 10 octobre 2026 à 19h

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

En attendant le bicentenaire…
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Et les sorcières conduisent le bal
Yannick NÉZET-SÉGUIN, Lise DAVIDSEN, Quinn KELSEY
Spectacle
Panoplie complète, échec intrinsèque
Karine DESHAYES, Adèle CHARVET, Emmanuelle HAÏM
Spectacle