5 questions à Agnès Mellon

Par Sophie Roughol | mar 23 Septembre 2008 | Imprimer
Connectez-vous sur le site d’Agnès Mellon… Vous y trouverez deux biographies : une officielle, sage. L’autre, à son image : chaleureuse, drôle, futée. Vous y apprendrez comment elle est devenue prof, après les années Christie. Comment elle fonde son propre ensemble, Barcarole, le premier disque en 2005, l’accueil chaleureux de « presque » (sic) toute la presse. Ah ! la presse. Passons. On la rencontre, elle sort d’un atelier sur le souffle, dans un hôpital accueillant des ados en mal-être. Elle en est toute retournée. Donner semble être son obsession, et transmettre. Et vivre à fond ce choix assumé de vivre le chant autrement. Généreusement.
« Qu’est devenue Agnès Mellon ? » : question récurrente… Lors de la sortie de votre disque Maria Madre de Dio en 2003, on vous qualifie ici-même « trop discrète depuis quelques années ». En 2005, à la parution des Déesses outragées chez Alpha, c’est « le retour d’Agnès Mellon ». Vous étiez donc partie où ?
Mais j’ai toujours été là ! C’est amusant, en France, on n’existe que par la création, le disque et la scène lyrique… Mon dernier disque avec mon ensemble, Barcarole, est sorti en 2005, et puis il y a eu les difficultés d’Alpha qui ont retardé un autre projet, sur les représentations de la Vierge dans le baroque italien. Ce projet vient d’être repris par Zig-Zag Territoires et sortira bientôt. Quant à la scène, je m’en suis volontairement retirée un temps, pour plusieurs raisons. J’ai du mal avec ces tensions permanentes, le chanteur pris entre le directeur musical et le metteur en scène… C’est vraiment trop de stress. Et puis je voulais garder du temps pour ma vie personnelle, ma famille. Je n’ai pas complètement quitté la scène quand même, puisque j’étais Berta dans Le Barbier de Séville en 2007 à Tourcoing, et j’ai aussi un projet sur 2009. Mais la réalité est vraiment que j’ai une vie très remplie, mais discrète, pleine d’expériences différentes, et c’est ce que j’aime.
Vous affichez haut et fort l’éclectisme comme vertu cardinale. Votre éclectisme à vous est fait de quoi exactement ?
Il y a une structure fédératrice, cachée aux yeux du public, Accanto. C’est l’association que j’ai conçue comme une commode aux multiples tiroirs, dans lesquels je refuse d’entrer séparément et exclusivement. Les contenus sont très divers : l’ensemble Barcarole, que j’ai créé en 1997, avec Alice Piérot puis maintenant Hélène Schmitt au violon, Angélique Mauillon, Marianne Muller, Eric Bellocq… Le récital, avec des partenaires comme François Kerdoncuff, Christian Ivaldi, le Quatuor Renoir, les duos avec Dominique Visse, que je verrais bien d’ailleurs faire l’objet d’un disque. Et puis un tiroir auquel je suis très attachée, le jeune public, pour lequel j’ai créé des spectacles et ateliers comme « Chante-moi une histoire » ou « Pablo Fado » ou encore « La voix dans tous ses états ». Et enfin la pédagogie, les jurys, les master classes au CNSM et au Japon, l’Académie Baroque d’Orléans, en complément de ma classe au Conservatoire de Yerres. L’enseignement occupe une grande place, et je me passionne vraiment pour cela.
Dans ce domaine, il y a un coin de France où l’on ne se demande pas ce que devient Agnès Mellon, c’est l’Essonne…
Oui, c’est un travail de longue haleine, mais j’aime tisser des liens entre politiques, enseignants, artistes, enfants… Dans l’Essonne où j’enseigne, j’obtiens une belle réponse, et ce n’est pas qu’une question de moyens, de subventions, même si cette année nous avons eu la belle surprise de nous voir aider financièrement. Je viens par exemple de faire un concert avec tous les élèves de ma classe de chant, tous sans exception, dans des conditions vraiment professionnelles. Le Conservatoire de Yerres, tout juste rénové, est un outil magnifique.
La pédagogie est devenue, après le chant baroque, votre passion, mais du coup vous rend aussi moins visible au public…
Le public me retrouve en concert, souvent, même si cela ne fait pas forcément les unes… Vous savez, la vie de diva, ce n’est pas du tout moi, à bien des points de vue. Je regrette qu’en France on ne parle pas des multiples facettes du métier de chanteur lyrique. Il n’y a pas que la scène ! Tous les chanteurs n’ont pas forcément le désir ou la carrure de la scène, de se couper de toute la richesse de la vie pour être et rester en tête d’affiche. Et du coup trop de jeunes renoncent. Pour moi, l’enseignement n’est pas une planche de salut, c’est une conviction, un choix. Je vais rejoindre chant baroque et pédagogie dans un autre projet, nous allons en parler, mais le vrai travail de terrain est là, et je regrette vraiment qu’on n’en parle pas plus ; ce qui serait une reconnaissance pour toutes les parties qui s’y engagent. On sait que les grandes scènes, les grands orchestres, inscrivent avec plus ou moins de conviction et de résultats dans leurs missions ces actions de sensibilisation et de renouvellement du public, mais le relais peut être assuré au niveau des départements, des villes, par les enseignants de musique, pour peu qu’on leur en donne la possibilité. Dans l’Essonne, cela fonctionne, le résultat est là, mais c’est vrai aussi que j’y travaille énormément !
Le grand projet à venir, et qui démarre même en fin d’année, c’est ce centre de formation au chant baroque…
Cela se passe au Conservatoire de la Vallée de Chevreuse, qui fait un beau travail dans le domaine de la musique ancienne. Cela a pour nom la Pépinière des Voix, et c’est une formation spécialisée pour le chant baroque de niveau professionnel. En montant des œuvres avec le soutien d’une formation instrumentale, grâce au Conservatoire, les jeunes apprendront à maîtriser les exigences professionnelles, apprendre un rôle, préparer une audition, etc. Le projet est monté avec le soutien de William Christie, il constitue en quelque sorte l’antichambre du Jardin des Voix.
C’est une formation en master classes, sur quatre années : pour la première année, l’Italie du XVIIe siècle, puis la musique française des XVIIe et XVIIIe, l’Angleterre, et enfin la musique religieuse allemande Je suis coordinatrice du projet, et j’inviterai à chaque session, outre les professeurs du département de musique ancienne (NDLR le Conservatoire de la Vallée de Chevreuse et du Conservatoire de Versailles accueille des pointures comme Stéphanie Révidat, Michèle Devérité, Bejamin Perrot, Patrick Bismuth, Patrick Cohen-Akénine, et bien d’autres…), des intervenants choisis en fonction du programme de l’année : professeurs de chant, mais aussi accompagnateurs, conférenciers, musicologues. Je prévois même un voyage à Ferrare !
 
Propos recueillis par Sophie Roughol
 
www.agnesmellon.com
Pour tous renseignements sur la Pépinière des voix : Association Accanto, barcarolemellon@orange.fr
 

 

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