5 questions à Flannan Obé

Par Geoffroy Bertran | mar 15 Avril 2008 | Imprimer
Chanteur-acteur découvert par le public parisien au théâtre de l’Athénée dans l’opérette Arsène Lupin banquier de Marcel Lattès avec la compagnie Les Brigands, mais aussi comédien de cinéma (Monsieur Batignole) et de télévision (Rastignac ou les ambitieux, Avocats et associés)… ou encore auteur de théâtre (L’Envers du décor), le baryton Flannan Obé mène à 32 ans une carrière aux multiples facettes.
Quelle place occupe le chant dans votre parcours ?
J’ai toujours voulu être comédien, mais j’ai aussi toujours aimé chanter. Parallèlement à ma formation d’acteur au conservatoire de Pantin puis au Cours Florent, j’ai travaillé ma voix au conservatoire de La Rochelle puis dans plusieurs conservatoires d’arrondissement à Paris, tout en me produisant dans des formations diverses : maîtrise de conservatoire, ensemble polyphonique… et même boys band ! Avec la soprano Lara Neuman et le pianiste Emmanuel Touchard, que j’ai connus sur une production de comédie musicale, nous avons ensuite créé le trio Lucienne et les garçons, avec lequel nous tournons depuis 6 ans dans deux spectacles écrits autour de chansons des années 20 à 40. Entre ces spectacles [dont le second, Music hall, a été récompensé du prix Spedidam aux Molières 2006, ndlr] et les propositions dans le domaine du théâtre musical, le chant a fini par prendre une place importante dans mes activités. Disons que depuis un an ou deux, je me considère comme un chanteur et plus juste comme un comédien qui chante, même si je pense avoir encore bien des progrès à faire.
Jouer la comédie demande-t-il autant de préparation technique que chanter ou danser ?
Oui ! Il faut avoir une technique solide pour être comédien, la maîtrise du corps et de la voix ne s’improvise pas. De plus, la préparation scénique d’un rôle requiert une vraie rigueur. Avec les années, la précision technique est une chose à laquelle j’ai pris de plus en plus goût, et je n’improvise que sur un canevas très détaillé. C’est une partition à respecter, il faut garder le « vivant » et être prêt à faire face à l’imprévu, mais on ne doit pas se permettre plus de liberté que n’en a un musicien dans l’interprétation d’une œuvre. Quant à la danse, j’ai commencé à l’étudier il y a quatre ans, je me suis mis aux claquettes il y a un an et demi… et je regrette de ne pas avoir plus de temps pour travailler !
Dans Arsène Lupin banquier, où vous incarnez l’acolyte de Lupin, un personnage de titi parisien créé par Jean Gabin, vous avez remporté un vif succès personnel auprès du public et de la critique. Comment avez-vous réagi à cette reconnaissance ?
Ça m’a beaucoup ému, c’est tout ce qu’on attend, mais avant que ça n’arrive, ça paraît impensable… Les réactions ont été très positives dès la générale et cela m’a mis une énorme pression, car je me demandais si je serais capable de recommencer ! En plus, Loïc Boissier [le directeur des Brigands, ndlr], qui pratique l’humour à froid, en rajoutait chaque soir avant mon air avec numéro de claquettes du dernier acte en me murmurant avant mon entrée en scène : « Essaye de ne pas nous décevoir… ». Heureusement, je suis très client de ce genre d’humour… Dans ce spectacle, j’ai pu mettre au service du personnage de Gontran tout ce que j’avais appris. J’ai pris les critiques comme la rétribution d’un travail de longue haleine.
Entre les Brigands, qui visent au « dépoussiérage » de l’opérette, et le festival d’Aix-les Bains, qui est l’emblème d’une certaine tradition, vous avez abordé l’opérette sous des angles assez différents. Qu’en retirez-vous ?
Je l’ai même abordée dans des tessitures différentes, car comme j’ai une voix [de baryton-Martin, ndlr] longue et au timbre clair, on m’a parfois fait chanter des rôles de ténor, par exemple dans Pomme d’api d’Offenbach ou Les Saltimbanques de Ganne… quitte à transposer un peu ! Pour en revenir aux productions que j’ai faites avec les Brigands et à Aix-les-Bains, elles ont représenté des expériences enrichissantes et complémentaires. La préparation d’Arsène Lupin banquier a été un travail collégial où tout s’est fait en concertation avec le directeur musical Christophe Grapperon, le metteur en scène Philippe Labonne et le chorégraphe Jean-Marc Hoolbecq. Nous avons gardé de nombreuses idées de jeux de scène ou d’extrapolations musicales qu’on improvisait en répétant, et ce sur le long terme. A Aix-les-Bains, les spectacles se montent en quelques jours, toute la mise en scène est écrite à l’avance et la force de proposition des chanteurs est forcément réduite. Le but est de relever le défi, de réussir la figure imposée. Ça vous aguerrit. J’aime aussi parfois faire mon métier dans cette urgence et cette efficacité-là, pourvu que ce soit dans la bonne humeur.
Vos projets dans le domaine lyrique ?
De nouvelles prises de rôle d’opérette : Évariste dans Là-haut d’Yvain (je suis ravi de chanter à nouveau des paroles de Willemetz, que j’adore) et les trois héros masculins dans Trois Valses de Strauss, un rôle où il n’y a que du texte et pas de chant ! J’aime être pluridisciplinaire et j’ai envie de continuer le plus longtemps possible à ne pas choisir. L’avantage de l’opérette et de la comédie musicale, c’est qu’il faut justement être polyvalent, mais j’aimerais continuer aussi le théâtre parlé, le cinéma, la télé, l’écriture, et si un jour je me sens prêt, monter un récital de mélodies françaises… Je rêve des Nuits d’été ! De toute façon, je crois que les choses s’imposent d’elles-mêmes sur la durée, il y a des évidences, et c’est la qualité de ce qu’on fait qui choisit pour vous.
 
Propos recueillis par Geoffroy Bertran

 

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