Jérémie Schütz : « Je ne veux plus être un ténor-d’accord ! »

Par Jean-Claude Meymerit | mer 23 Juin 2021 | Imprimer

Jérémie Schütz est actuellement l’un des deux Don José de la production de Carmen, présentée actuellement à l’Auditorium de l’Opéra de Bordeaux.


Vos derniers rôles remontent à 2019, avec Jacopo Foscari de I due Foscari à Saint-Moritz et Don José dans une version simplifiée de Carmen à Eauze. Après ces deux années d’absence forcée de la scène lyrique, vous abordez à nouveau Don José. Comment se passe cette rentrée tant attendue ?

Etre engagé à nouveau, est une grande chance émotionnelle de pouvoir enfin retrouver le chemin des coulisses, de la scène, des partenaires et du public. Don José est un rôle que j’affectionne tout particulièrement. Il est tendre et fougueux à la fois. En permanence dominé par ses émotions, il est incapable de décider seul. Il se laisse toujours embarquer malgré lui, dans des histoires violentes et sentimentales. Aussi, sur scène, tout doit se traduire par des intonations marquées de la voix et des jeux scéniques engagés. À la fin de l’ouvrage, il n’est pas revenu pour tuer Carmen. Je pense qu’il s’agit d’un accident dû à un geste non maitrisé. 

Vous semblez être attiré par le répertoire contemporain. Qu’en est-il ?

Lorsque je dis cela, je pense surtout aux opportunités que nous offre ce volet lyrique, à nous jeunes chanteurs. Les artistes plus confirmés sont davantage attirés par les œuvres ultra connues et valorisantes. Cela nous laisse ainsi un peu plus de place dans le créneau de la création. Issu du monde littéraire, mon rêve serait de chanter dans une grande œuvre contemporaine, dont l’écriture dramatique et lyrique serait digne d’un futur opéra du répertoire. 

Chanter pendant des années des seconds rôles en attendant des contrats plus importants, n’est-ce pas frustrant ou angoissant ?

Comme beaucoup de jeunes chanteurs, je me trouve actuellement à un moment charnière de ma carrière : pour certains seconds rôles ma voix est trop marquée et pour des plus importants, je n’ai pas assez de maturité et d’expérience. Si j’attends encore, je serai alors trop vieux pour tous les rôles (éclat de rire). Sacré dilemme ! Aussi, par peur d’être vite catégorisé « chanteur de seconds rôles », en acceptant toutes les propositions, d’où l’expression « être un ténor d’accord », j’ai décidé de ne plus en faire, même s’ils m’ont permis de faire mes armes en m’apportant une très grande expérience de la scène.

Parmi les œuvres traditionnelles quel est le rôle ou l’opéra qui vous attire le plus ? 

Je n’hésite pas : Werther, puis Dick Johnson de La Fanciulla del West et pourquoi pas Siegmund de La Walkyrie.  Ces personnages m’envoûtent. J’ai failli chanter Hoffmann à Bordeaux. Le titulaire étant souffrant, je n’ai assuré que les deux dernières répétitions. Je remercie la Direction de l’Opéra de Bordeaux de m’avoir permis d’aborder ce très grand rôle et de m’avoir renouvelé sa confiance en me proposant Don José.

Les mises en scène actuelles d’opéras font couler beaucoup d’encre, provoquent des broncas et autres énervements de la part du public. Vous, chanteur, qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas d’apriori bien tranché. Une mise en scène traditionnelle a toujours son charme à condition qu’elle réponde à quelques critères et codes contemporains. Concernant les transpositions, toutes les œuvres ne le permettent pas. De nombreux exemples le prouvent. Les mises en scène actuelles sont souvent liées aux personnalités des chanteurs. Avec des directions d’acteurs beaucoup plus soutenues qu’autrefois, notre apparence physique prend de plus en plus de place sur scène. Notre travail lié au corps s’ajoutant à celui de la voix, devient assez contraignant, mais cela me plait.

Lorsqu’on est chanteur, on aime bien avoir un modèle référent. Quel est le vôtre ?

J’en ai plusieurs, chacun dans leur style de chant et leur nationalité : Lorenz, Gedda, Wunderlich, Del Monaco, Corelli, Thill… Je les écoute très régulièrement.

Depuis des décennies, existent dans certains pays européens, des troupes sédentaires rattachées aux maisons d’opéras. En France, dans certaines villes, des réflexions sont engagées sur ce sujet. Qu’en pensez-vous ?

Je connais bien les troupes sédentaires d’Allemagne et de Suisse. Il y a le pour et le contre. Les avantages sont la possibilité de jouer de nombreux et grands rôles très rapidement et d’avoir une sécurité d’emploi. Les jeunes chanteurs ont ainsi le temps de se familiariser avec la scène. Les inconvénients sont qu’ils peuvent être bloqués pour des carrières internationales ou, chantant sans cesse en passant d’un emploi à un autre, engendrer assez vite de la fatigue physique et vocale.

Vos projets ?

Je vais aborder dans les prochains mois, en Suisse, Riccardo du Bal Masqué et Mario de Tosca. J’espère aussi revenir à Bordeaux, car j’adore cette ville.

Propos recueillis le 3 juin 2021 par Jean-Claude Meymerit

 

 

 

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