<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Julien HENRIC - Artiste - Forum Opéra</title>
	<atom:link href="https://www.forumopera.com/artiste/julien-henric/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.forumopera.com/artiste/julien-henric/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Thu, 19 Mar 2026 01:16:40 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.4</generator>

<image>
	<url>https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/cropped-Favicon-32x32.png</url>
	<title>Julien HENRIC - Artiste - Forum Opéra</title>
	<link>https://www.forumopera.com/artiste/julien-henric/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>LALO, Le Roi d&#8217;Ys &#8211; Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lalo-le-roi-dys-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 17:05:34 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=210260</guid>

					<description><![CDATA[<p>L&#8217;Opéra national du Rhin s&#8217;est imposé depuis de nombreuses années comme l&#8217;un des défenseurs les plus constants du répertoire lyrique français, notamment à travers une collaboration fidèle avec Olivier Py (Pénélope de Fauré et Ariane et Barbe-Bleue de Dukas). C&#8217;était donc avec une grande excitation qu&#8217;on se rendait à Strasbourg pour y voir Le Roi &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/lalo-le-roi-dys-strasbourg/"> <span class="screen-reader-text">LALO, Le Roi d&#8217;Ys &#8211; Strasbourg</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lalo-le-roi-dys-strasbourg/">LALO, Le Roi d&rsquo;Ys &#8211; Strasbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">L&rsquo;Opéra national du Rhin s&rsquo;est imposé depuis de nombreuses années comme l&rsquo;un des défenseurs les plus constants du répertoire lyrique français, notamment à travers une collaboration fidèle avec Olivier Py (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/penelope-faure-strasbourg-et-ca-fait-des-grands-floc/"><em>Pénélope</em> de Fauré</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/ariane-et-barbe-bleue-strasbourg-scenes-de-chasse-en-foret/"><em>Ariane et Barbe-Bleue</em> de Dukas</a>). C&rsquo;était donc avec une grande excitation qu&rsquo;on se rendait à Strasbourg pour y voir <em>Le Roi d&rsquo;Ys</em> de Lalo, œuvre bien connue mais quasiment jamais représentée. L&rsquo;amateur lyrique en connaît sans doute l&rsquo;ouverture, l&rsquo;aubade de Mylio ou l&rsquo;air de Margared, mais l&rsquo;œuvre a subi le sort de tant de chefs-d&rsquo;œuvre du répertoire français de la fin du XIXe siècle : un lent et inexplicable engloutissement, après avoir été jouée dans toute la France de manière régulière pendant la première moitié du XXe siècle (<em>Le Roi d&rsquo;Ys</em> était par exemple tous les deux ans à l&rsquo;affiche de l&rsquo;Opéra du Rhin entre 1919 et les années 1950, un véritable tube au même titre que <em>La traviata</em> aujourd&rsquo;hui). Ceci est d&rsquo;autant plus inexplicable que le livret est fulgurant et l&rsquo;inspiration mélodique constante. L&rsquo;écriture orchestrale réalise une synthèse remarquable entre le wagnérisme et le grand opéra français, avec cette transparence et cette immédiateté dans les effets qui distinguent nettement Lalo d&rsquo;un Reyer, plus ouvertement germanisant, et le rapprochent de Gounod et Massenet.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]"><em>Le Roi d&rsquo;Ys</em> aurait pu s&rsquo;appeler <em>La Fille du roi d&rsquo;Ys</em>, puisque c&rsquo;est Margared qui en est le véritable cœur battant. Cousine de Médée et d&rsquo;Armide, elle est l&rsquo;un des personnages les plus radicaux et les plus fascinants du répertoire lyrique : animée par la seule pulsion de mort, consumée par une jalousie dévorante et folle, elle appelle fatalement la destruction de la cité. C&rsquo;est à partir d&rsquo;elle qu&rsquo;<strong>Olivier Py</strong> construit sa mise en scène, lui conférant une dimension quasi mystique : sur les murs du décor, elle inscrit un passage du Psaume 42 « abyssos abyssum invocat » (un abîme appelle un autre abîme), rappelant la manière dont elle scelle son destin à celui de la ville d&rsquo;Ys.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">La scénographie monochromatique de <strong>Pierre-André Weitz</strong>, noire, blanche et argentée, défile sur une tournette à travers des espaces contrastés : façades, promontoires, un phare, un paquebot évoquant le Titanic, des grues portuaires, une citerne asséchée où Margared patauge dans ses boues mentales. L&rsquo;action est ancrée dans l&rsquo;époque de la composition plutôt que dans le Moyen Âge breton. Les Prussiens rôdent, incarnés par Karnac et sa suite : cette référence à la défaite de 1870, déjà présente en sous-texte dans l&rsquo;œuvre originale, est ici rendue pleinement visible. Des bandes de tôle s&rsquo;animent dès l&rsquo;ouverture, tissant un lien entre l&rsquo;industrialisation et la puissance aveugle des éléments : lames de mer sous lesquelles évolue un scaphandrier solitaire, elles remontent ensuite dans les cintres où elles demeurent suspendues comme une menace tout au long de l&rsquo;œuvre, avant de s&rsquo;abattre et de flotter sur le plateau pour représenter l&rsquo;engloutissement final. Sur les derniers accords, Py assume le kitsch du genre sans ciller : une pluie de confettis argentés submerge le plateau comme une grande vague. On peut d&rsquo;ailleurs y voir une réponse implicite à la sortie récente de Timothée Chalamet, qui déclarait que personne ne s&rsquo;intéresse plus à l&rsquo;opéra : c&rsquo;était le blockbuster du XIXe siècle, il faut l&rsquo;aimer pour ce qu&rsquo;il est, démesure comprise, et c&rsquo;est précisément pour cela qu&rsquo;on l&rsquo;aime.</p>
<figure id="attachment_210264" aria-describedby="caption-attachment-210264" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-210264 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/center-4-2-1024x859.jpg" alt="" width="1024" height="859" /><figcaption id="caption-attachment-210264" class="wp-caption-text">© Klara Beck</figcaption></figure>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">Le grand métier du metteur en scène se mesure aussi à la gestion des masses et des mouvements scéniques : l&rsquo;effet dans l&rsquo;ouverture, où le chœur se précipite comme une vague depuis l&rsquo;arrière d&rsquo;une tôle vers l&rsquo;avant-scène, est d&rsquo;une efficacité cinématographique et d&rsquo;une grande musicalité. L&rsquo;arrivée de Mylio depuis la salle et l&rsquo;engloutissement final chanté par le chœur en partie depuis les loges latérales intègrent le public dans le drame avec une intelligence dramaturgique rare et font déborder l&rsquo;espace scénique au-delà du cadre de scène. On retiendra par-dessus tout la scène de saint Corentin, l&rsquo;une des plus impressionnantes de la soirée, où, sur un plateau nu éclairé par les lumières mystérieuses de <strong>Bertrand Killy</strong>, la relique du saint est doublée par un évêque impassible, finalement poignardé par Karnac. Troublante irruption du réel dans une scène fantastique qui pourrait paraître naïve.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">La distribution réunie par l&rsquo;Opéra du Rhin est remarquable, et en un sens plus équilibrée que celle du récent enregistrement du Palazzetto Bru Zane, et la diction est irréprochable pour l&rsquo;ensemble des solistes. <strong>Anaïk Morel</strong> campe une Margared d&rsquo;une intensité dévastatrice : le vibrato s&rsquo;élargit parfois un peu trop dans l&rsquo;aigu, mais le bas médium et les graves possède une noirceur d&rsquo;ébène dont la chanteuse tire des effets saisissants. Armée de son poignard, elle frappe comme une force hallucinée ; son rire dément devant saint Corentin glace le sang. Face à elle, <strong>Lauranne Oliva</strong> est une Rozenn d&rsquo;un parfait équilibre, vraie soprano lyrique rayonnante : voix ductile et franche, timbre fruité, diction savoureuse. Ce couple de sœurs ennemies, qui s&rsquo;aiment malgré tout, fonctionne à merveille, comme celui que forment, dans le registre masculin, Mylio et Karnac, dont l&rsquo;opposition de couleurs n&rsquo;est pas sans évoquer les couples Elsa/Lohengrin et Ortrud/Telramund.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]"><strong>Julien Henric</strong> est un Mylio de très grand style, à la voix trompetante et à la diction claire comme de l&rsquo;eau de roche. Il se permet dans son aubade des aigus filés d&rsquo;une délicatesse confondante et s&rsquo;impose avec la même autorité dans tous les registres, du lyrisme doux aux élans héroïques. La révélation de la soirée est peut-être <strong>Jean-Kristof Bouton</strong> en Karnac : voix qui fend l&rsquo;orchestre, noirceur mordante, présence de fauve – un interprète à suivre de très près. <strong>Patrick Bolleire</strong> est un roi d&rsquo;une noblesse intacte dans sa déchéance poisseuse, la voix en pleine santé. Les seconds rôles, issus pour la plupart du chœur, complètent idéalement la distribution : <strong>Jean-Noël Teyssier</strong> est un Jaël au timbre clair et beau diseur, <strong>Fabien Gaschy</strong> un saint Corentin solide, dont la scène avec Margared et Karnac laisse une impression durable. Le <strong>Chœur de l&rsquo;Opéra national du Rhin</strong> est d&rsquo;ailleurs impeccable de précision et d&rsquo;engagement.</p>
<figure id="attachment_210265" aria-describedby="caption-attachment-210265" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-210265 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/center-14-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-210265" class="wp-caption-text">Anaïk Morel (Margared) &amp; Jean-Kristof Bouton (Karnac) © Klara Beck</figcaption></figure>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">L&rsquo;<strong>Orchestre National de Mulhouse</strong> est l&rsquo;un des atouts essentiels de la soirée. Pour <strong>Samy Rachid</strong>, c&rsquo;est une première direction d&rsquo;opéra et c&rsquo;est déjà un coup de maître. Le chef met admirablement en valeur l&rsquo;écriture de Lalo, qui privilégie les bois et les cuivres sur les cordes – déséquilibre que le critique <a href="https://www.bruzanemediabase.com/mediabase/documents/gazette-nationale-ou-moniteur-universel-18880514-roi-dys-lalo">Adolphe Jullien</a> relevait à la création même, et que Lalo reconnut, en rappelant la disproportion entre effectifs de fosse et effectifs symphoniques. Rachid résout le problème avec intelligence : dès l&rsquo;ouverture, la clarinette est savoureuse, les cordes d&rsquo;une transparence saisissante, et l&rsquo;orchestre n&rsquo;est jamais tonitruant. Il en résulte une verdeur, une franchise de timbres qui donnent à l&rsquo;ensemble de l&rsquo;œuvre une immédiateté saisissante, bien loin de tout moelleux englobant.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">Cette merveilleuse production – une réussite indéniable, comme on en voit rarement – sera diffusée sur France Musique le 11 avril et a été captée pour Opéra Vision. Elle peut encore être vue à Strasbourg le 19 mars, puis à Mulhouse la semaine suivante. Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/korngold-le-miracle-dheliane-strasbourg/"><em>Le Miracle d&rsquo;Heliane</em> de Korngold</a>, l&rsquo;Opéra national du Rhin confirme une fois de plus son audace dans le choix des répertoires et son exigence dans la qualité des propositions artistiques. Puisse cette maison continuer de montrer le chemin !</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lalo-le-roi-dys-strasbourg/">LALO, Le Roi d&rsquo;Ys &#8211; Strasbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MASSENET, Mélodies avec orchestre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/massenet-melodies-avec-orchestre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Feb 2026 06:57:16 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=cd-dvd-livre&#038;p=207542</guid>

					<description><![CDATA[<p>Voilà vingt-deux mélodies avec orchestre, qui s’ajoutant aux vingt-deux du premier volume paru en 2022 constituent le corpus intégral de Massenet dans cet exercice particulier (sur un total de quelque 300 mélodies). Depuis L’improvisatore &#8211; Romanza del Trastevere, ses débuts dans le genre en 1872, jusqu’à La Nuit en 1912, Massenet, s’inscrivant dans la tradition &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/massenet-melodies-avec-orchestre/"> <span class="screen-reader-text">MASSENET, Mélodies avec orchestre</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/massenet-melodies-avec-orchestre/">MASSENET, Mélodies avec orchestre</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà vingt-deux mélodies avec orchestre, qui s’ajoutant aux vingt-deux du premier volume paru en 2022 constituent le corpus intégral de Massenet dans cet exercice particulier (sur un total de quelque 300 mélodies). Depuis <em>L’improvisatore &#8211; Romanza del Trastevere</em>, ses débuts dans le genre en 1872, jusqu’à <em>La Nuit</em> en 1912, Massenet, s’inscrivant dans la tradition des <em>Nuits d’été</em> ou de <em>La Captive</em> de Berlioz, crée un catalogue de pièces courtes, parfois composées à la demande ou à destination de certaines de ses interprètes, les Sibyl Sanderson, Marie Delna, Lucienne Bréval, Lucy Arbell ou dédiées à des artistes ou des personnalités musicales qu’il voulait cultiver.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="764" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/lt_1907_01_01_ariane_c_pbz11-764x1024.jpg" alt="" class="wp-image-207552"/></figure>


<p><br />À Marie Jaëll il écrit : « Si vous avez envie de l’orchestre pour vos lied (sic) ne vous gênez pas, le lied avec orchestre est une nécessité sociale (c’est nous qui soulignons) ; s’il y en avait, on ne chanterait pas toujours dans les concerts des airs d’opéra qui y font souvent piteuse figure ». Et de fait, les Chausson, Duparc, Gounod, Dubois, Kœchlin, Hahn, Fauré, etc. s’y adonnèrent aussi, répertoire quasi oublié à l’exception du <em>Poème de l’amour et de la mer</em> (mais que Véronique Gens a exploré <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/veronique-gens-paysage/">dans son album<em> Paysage</em>,</a> et Sandrine Piau dans <em>Reflet</em>).</p>
<p>S’agissant de Massenet, c’est un archipel de son œuvre presque inconnu que le Palazzetto Bru Zane révèle ici. À deux exceptions près (sur quarante-quatre), ces mélodies sont enregistrées pour la première fois dans leur version orchestrée. Elles le sont par dix chanteurs très impliqués, qui leur rendent pleine justice.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="622" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Jules-Massenet-et-ses-interpretes-1024x622.jpg" alt="" class="wp-image-207549"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Massenet et ses interprètes</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Morceaux de bravoure</strong></h4>
<p>Pour en venir à ce deuxième volume, c’est à la grande voix de <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong> qu’échoient quelques morceaux de bravoure. Ainsi le grandiloquent et très sulpicien et très théâtral <em>Sainte Thérèse prie</em>, qui pourrait faire sourire, mais qu’elle chante avec une vaillance et une ampleur qui en assument le mysticisme voluptueux : les effusions religieuses de Massenet sont de la même plume que les amoureuses. Et l’orchestration, particulièrement fournie, est à l’avenant, aussi riche que celle d’<em>Hérodiade</em> ou de <em>Thaïs</em>.</p>
<p>C’est elle aussi qui interprète les <em>Expressions lyriques</em>, cinq pièces étonnantes où alternent les grandes envolées chantées, et des vers parlés, écrites pour Lucy Arbell, l’égérie des dernières années du compositeur. Les poèmes, comment dire ? sont de qualité moyenne, comme souvent chez Massenet. Sentimentaux jusqu’à la mièvrerie, n’évitant que de peu la fadaise (ou pas), ils lui inspirent néanmoins de généreuses mélodies, qui les transcendent. <br />Dialogue de deux amants, méditation sur la jeunesse qui s’enfuit à l’instar des nuages, douceur amoureuse d’un soir d’été parmi les roses, fiévreuse nuit d’attente d’une femme, inéluctabilité du destin semblable aux flots emportant une barque… L’inspiration mélodique de Massenet, et les couleurs de son orchestre transfigurent, amplifient, magnifient ces saynètes.</p>
<p>Dommage que Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, par pudeur peut-être, ou crainte d’en faire trop, n’ait pas dans les textes parlés l’ardeur magnifique et le lâcher-prise qu’elle a quand elle chante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="684" height="880" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-01-29-a-18.09.56.png" alt="" class="wp-image-207559"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lucy Arbell</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Bucolico-mélancolique</strong></h4>
<p>Elle est aussi parmi les interprètes de l’autre cycle de l’album, les <em>Chansons des bois d’Amaranthe</em>, dédié par le compositeur à sa fille Juliette et son époux Léon Bessand (il fut créé dans leur salon en 1901). <br />Ce sont des tableaux de nature, d’après Oskar de Redwitz-Schmolz, à grand renforts d’oiseaux des bois, de feuillages et même d’un ruisseau amoureux d’une églantine. L’entremêlement des voix de soprano, mezzo et ténor dans le premier est d’un charme qui évoque les petits ensembles que Schumann composait pour les salons Biedermeier ; les deux voix de femmes en duo à la tierce sur un rythme bondissant dans <em>Oiseaux des bois</em>, le quatuor a cappella de <em>Chères fleurs</em>, qui devient une manière de madrigal, le solo délicat du ténor dans <em>Ô ruisseau</em> auquel répondent comme en écho soprano et mezzo, enfin le pimpant <em>Chantez !</em> que les quatre voix réunies entonnent avec enthousiasme : tout cela est d’une bonhomie sans complexe, d’un raffinement discret, et orchestré d’une main légère, salon oblige.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="394" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/lt_1899_01_rose_caronc_gallica_copie-1024x394.jpg" alt="" class="wp-image-207551"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Rose Caron</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Assumer la sentimentalité</strong></h4>
<p>Mis à ces deux cycles, les seuls que Massenet a conçus, toutes les autres mélodies sont indépendantes, et certaines sont orchestrées avec beaucoup plus d’abondance. Ainsi <em>Noël païen</em>, un hymne laïc sur un texte étonnant du poète parnassien Armand Sylvestre célébrant le printemps et l’amour. <strong>Pierre Dumoussaud</strong> dirige l’<strong>Orchestre de l’opéra Normandie Rouen</strong> en grande formation, cordes et vents, dans cette partition sonore et emphatique, mais surtout <strong>Julien Henric</strong>, voix éclatante et diction parfaite, la chante avec le sérieux qu’il faut et un style parfait. <br />Dans <em>Première danse</em>, qui décrit les premiers émois d’une adolescente, il roule les R avec conviction, il allège sa voix, il fait entendre un sourire, bref il joue avec finesse la carte du désuet, du style d’époque, de même que dans <em>Chanson pour elle</em>, ritournelle sentimentale vaguement espagnole, qu’il chante en ténor d’opérette. <br />Enfin dans Petit Jésus, manière de cantique naïf, ponctué de riches accords de l’orchestre en grande formation, tous différents, il ose le grand lyrisme, la voix claire et une ferveur candide. </p>
<p>Tel est Massenet. L’ironie, la distance, le second degré ne sont pas de mise. Mais, dès lors qu’on accepte de vibrer avec lui, d’assumer sa sentimentalité (et son amour des voix), on tombe juste.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="896" height="782" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Lucienne-Breval-etudiant-la-partition-d-Ariane-Massenet.jpg" alt="" class="wp-image-207553"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lucienne Bréval étudiant la partition d&rsquo;Ariane</sub></figcaption></figure>


<p>L’illustre <em>Élégie</em>, autre exemple d’inspiration bucolico-mélancolique (récurrente chez lui) est introduite par un sensuel solo de violoncelle (par <strong>Anaël Rousseau</strong>) avant d’être portée par <strong>Hélène Guilmette</strong>, dont la ligne vocale est aussi impeccable que la diction (les quatre interprètes sont de parfaits diseurs). Son agilité vocale, ses trilles et ses vocalises aériennes illuminent ce tableau de nature qu’est <em>La Rivière</em>.</p>
<p>Si décidément Massenet s’intéresse surtout au monde féminin (Debussy s’amusait de « l’inlassable curiosité de M. Massenet à chercher dans la musique des documents pour servir à l’histoire de l’âme féminine » ….), c’est à Lucien Fugère, créateur du Diable dans <em>Grisélidis</em>, qu’il dédie <em>Orphelines</em>, manière de complainte, sur un accompagnement diaphane des cordes seules. <strong>Thomas Dolié</strong> en distille les vers un peu gênants s’apitoyant sur « ces douloureuses orphelines pauvres vouées aux larmes… ». La ligne vocale est superbe, s’allégeant sur un long point d’orgue pianissimo.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="717" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/lhda_n319_massenet_c_gallica-717x1024.jpg" alt="" class="wp-image-207550"/></figure>


<h4><strong><br />Jamais loin du théâtre</strong></h4>
<p>C’est à Victor Maurel, illustre baryton verdien créateur de Falstaff que Massenet dédie <em>Larmes maternelles</em>, qui prend l’allure d’une cantate grandiose, sur un rythme de marche funèbre. Une manière de rite républicain, à l’orchestration cossue, s’ouvrant sur une phrase froidement assénée : « La guerre a fait une victime ». Thomas Dolié, à juste titre, s’autorise la grandiloquence, mais laisse s’exhaler la tendresse de quelque huit mesures qui soudain appartiennent à une autre inspiration, élégiaque, d’une sentimentalité sans doute sincère, sur « Parmi nos pleurs indifférents, / Hypocrites ou légers, tombe / Une larme vraie, où le temps / ne peut rien : larme d’une mère ».</p>
<p>Jouant avec humour les barytons de charme dans <em>Avril est amoureux</em>, une romance qu’enjolivent, sur des arpèges de harpe, quelques notes vocalisées à faire pâmer les belles écouteuses, c’est un tout autre registre qu’il peut cultiver dans le très beau, et très opératique <em>Départ</em> : c’est une manière d’arioso à l’écriture très souple, comme l’orchestration d’ailleurs, particulièrement fouillée. Tour à tour un violon, un hautbois, les violoncelles, le cor anglais, une flûte viennent commenter cette lente déploration. Chez Massenet, la frontière entre la mélodie et le théâtre s’enjambe d’un pas.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="783" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Sibyl-Sanderson-783x1024.jpg" alt="" class="wp-image-207560"/></figure>


<p><br />Encore plus inspirée peut-être, presque testamentaire, puisque c’est la dernière mélodie de Massenet, <em>La Nuit</em> (sur un poème de Victor Hugo, et ça change tout…) est écrite comme une scène d’opéra : un arioso puis un air d’un lyrisme intense, l’un et l’autre portés par une orchestration aux couleurs changeantes : pâles frémissements des violons, que viennent colorer les bois, puis opulentes cordes graves, Thomas Dolié y est magnifique de timbre, de phrasé, de conduite vocale, de gravité.</p>
<p>Deux pages purement instrumentales donnent à Pierre Dumoussaud l’occasion de mettre l’orchestre en pleine lumière : une <em>Sevillana</em>, espagnolissime, mais surtout une curiosité : une version pour orchestre de Am Meer, l’un des <em>Heine-Lieder</em> de Schubert, où Massenet confie la mélodie au cor (<strong>Bertrand Dubos</strong>, superbe). Cette pièce est datée de 1891, donc à peu près contemporaine de <em>Werther,</em> et c’est un autre exemple d’intérêt pour la culture allemande, à contre-courant de l’anti-germanisme ambiant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="400" height="400" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Melodies-avec-orchestre.jpg" alt="" class="wp-image-207554"/></figure>


<p><br />Quelques mots à propos du premier volume, qui était passé sous les radars de <em>Forum Opéra</em>…<br />On y entend quelques-unes des pièces les plus célèbres de Massenet, dont <em>Pensée d’automne</em>, superbement chanté par <strong>Cyrille Dubois</strong> (comme <em>Pensée de Printemps</em>, orchestré aussi pour Sibyl Sanderson), ou <em>Crépuscule,</em> une mélodie à propos de laquelle cette mauvaise langue de Willy écrivait : « Cette salade de coccinelles et de chapelles, de mondanité et de rêves, d’érotisme et de prière, enchante les Athéniennes de la Troisième République », où l’on a la joie d’entendre <strong>Jodie Devos</strong> (merveilleuse aussi dans <em>Musette</em>, <em>Les Enfants</em> ou <em>Si tu veux, Mignonne</em>).<br />On retrouve cette religiosité sensuelle que Massenet hérite de Gounod dans Souvenez-vous, Vierge Marie, majestueusement orchestré, que chante <strong>Véronique Gens</strong>, et puis bien sûr, l’amour, toujours l’amour : <strong>Nicole Car</strong> porte à incandescence les effusions de<em> Amoureuse</em> ou <em>Je t’aime</em>, et <strong>Étienne Dupuis</strong> s’amuse des contrastes et du kitsch d’<em>Hymne d’amour</em>, tout à tour pathétique, badin, tragique, flamboyant… L’une et l’autre assument avec humour et gourmandise l’extravagance de <em>Les Fleurs</em>, saynète démesurée (y compris l’orchestre) sur un texte ténu… Et c’est à <strong>Chantal Santon Jeffery</strong> qu’échoit le pastiche XVIIIe de <em>Marquise</em> (on pense à <em>Manon</em>), le pittoresque du <em>Chant provençal</em> (salut à Gounod, de même que <em>Pitchounette</em>, brillamment enlevé par Cyrille Dubois) ou d’<em>Aurore</em> (là, c’est à Canteloube qu&rsquo;on pense). <br />Réjouissante de mélodie en mélodie, l’inventivité d’orchestrateur de Massenet, servie par <strong>Hervé Niquet</strong> et l’<strong>Orchestre de chambre de Paris</strong>, particulièrement en verve.</p>
<p>Mission doublement et brillamment accomplie (une de plus) par le Palazzetto Bru Zane</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/massenet-melodies-avec-orchestre/">MASSENET, Mélodies avec orchestre</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>HEROLD, Zampa ou La Fiancée de marbre – Munich (Prinzregententheater)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/herold-zampa-ou-la-fiancee-de-marbre-munich-prinzregententheater/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Dec 2025 06:16:51 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=204551</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un prix de Rome largement oublié hormis pour une musique de ballet (La Fille mal gardée) et un livret convenu tirant des ficelles un peu grosses : en se rendant à la représentation du rare Zampa de Herold, on était loin de penser que la soirée s’achèverait sur une standing ovation (bavaroise qui plus est). &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/herold-zampa-ou-la-fiancee-de-marbre-munich-prinzregententheater/"> <span class="screen-reader-text">HEROLD, Zampa ou La Fiancée de marbre – Munich (Prinzregententheater)</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/herold-zampa-ou-la-fiancee-de-marbre-munich-prinzregententheater/">HEROLD, Zampa ou La Fiancée de marbre – Munich (Prinzregententheater)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Un prix de Rome largement oublié hormis pour une musique de ballet (<em>La Fille mal gardée</em>) et un livret convenu tirant des ficelles un peu grosses : en se rendant à la représentation du rare <em>Zampa</em> de Herold, on était loin de penser que la soirée s’achèverait sur une standing ovation (bavaroise qui plus est). Et pourtant, la surprise nous a coupé le souffle. Non pas que la musique de Herold ait révélé des profondeurs insoupçonnées : il reste toujours quelques pages laborieuses au milieu d’une partition juste charmante, qu’on dirait à moitié faite de finales, cadences, strettes et autres traits conclusifs déchaînés, et à moitié de longues mesures de reprise. Mais c’est bien le niveau exceptionnel de l’interprétation qui emporte toutes nos résistances au fur et à mesure de la soirée, si bien que le spectacle <em>prend</em>. Il a bien fallu suspendre notre incrédulité, selon la formule romantique anglaise, moins incrédulité du fond (une variation sur le mythe de Don Juan) qu’incrédulité de la forme : la partition de Herold procède de juxtapositions artificielles d’atmosphères contraires, d’une bonne dose de naïveté dans les passages sentimentaux et d’un usage très daté de l’alternance parlé-chanté.  S’il possède un sens communicatif de l’écriture pétillante et de la petite ritournelle qui explose en barouf de tous les diables, il n’a pas le génie du finale efficace : l’acte II et l’acte III s’achèvent tous les deux, après une agitation culminante, sur le retour de thèmes lents qui se veulent introspectifs et sublimes et font surtout retomber l’attention du public. On trouve du charme et de la matière dramatique dans les trios et quatuors, contrairement aux airs un peu plats. Et pourtant, la conjonction de forces vives bavaroises et d’un échantillon brillant du chant français ont permis l’étonnante réussite de ce <em>Zampa</em>.</p>
<p>L’œuvre a été abordée avec une ambition presque démesurée : une soixantaine de musiciens, autant de choristes et sept solistes qui, jusqu’au plus petit rôle, ont des voix taillées pour les plus grands défis du répertoire – soit quelque cent trente musiciens de haut niveau sur scène pour Herold. Le choix de l’effectif a pu créer quelques problèmes sur lesquels nous reviendrons, mais la soirée démontre que l’excellence de l’interprétation peut racheter les faiblesses d’une œuvre et mettre en avant ce qu’elle a de plus charmant.</p>
<p>La direction d’abord. <strong>Erik Nielsen</strong> a le mérite d’insuffler un peu de relief partout où il le peut, sans chercher à superposer une lecture ou des effets recherchés qui n’auraient pas leur place et feraient ressortir plus encore la relative inanité de la partition. La netteté de son du <strong>Münchner Rundfunkorchester</strong> est irréprochable, les pupitres jouent comme un seul homme (c’est particulièrement vrai des violons) et obéissent avec précision aux gestes du maestro. Ce dernier manie comme il faut le rubato et les dynamiques, et évite intelligemment d’étirer le tempo des parties les plus maladroitement mélodramatiques. Sa direction précise est ainsi suffisamment inventive pour qu’on décide de se prêter au jeu. Faisant fi de légers bémols (des cors qui savonnent leurs entrées et quelques mesures d’orgue très laborieuses dans le finale de l’acte II), on saluera une belle clarinette solo et une connexion admirable entre l&rsquo;orchestre et les chanteurs, alors même que le chef tourne le dos à ceux-ci.</p>
<p>En comparaison, le <strong>Chœur la radio bavaroise</strong> est en retrait. Desservis par une acoustique défavorable qui ternit la netteté de leur son (on n’a quasiment pas entendu les ténors) et par une disposition scénique qui les engonce en fond de scène, les chœurs livrent une prestation propre sans parvenir à trouver de relief et de verve, et ce malgré leur nombre impressionnant.</p>
<p>La distribution, d’un niveau de préparation et d’investissement exemplaire, ne souffrait d’aucun défaut et affichait collectivement une fraîcheur et des moyens vocaux qui avaient de quoi réjouir sur l’état du chant français. La partition, bizarrement, réclame quatre ténors : le quatuor réuni formait une vraie <em>dream team</em> de la clé de sol, chacun s’adonnant dans un festival enthousiasmant à de fréquentes et puissantes incursions dans le registre aigu.</p>
<p><strong>Pierre Derhet</strong>, peut-être le meilleur acteur de la soirée, incarne un Dandolo hilarant, poltron et facilement soumis, avec un timbre trompetant qui tire vers le ténor de caractère. <strong>François Rougier</strong> (il y a peu <a href="https://www.forumopera.com/breve/benjamin-bernheim-chantera-t-il-dans-la-damnation-de-faust-au-tce/">Faust imprévu au TCE</a>) régale la salle avec espièglerie en pseudo-veuf désespéré de voir sa femme réapparaître. Acteur accompli (il faut le voir chanter sous la contrainte, alors qu’il est terrifié, la chanson à boire de son maître), il fait entendre un magnifique timbre de ténor brillant. Il faut toute la délicatesse précieuse de <strong>Cyrille Dubois</strong> pour intéresser au personnage bien mièvre d’Alphonse. On peut ainsi heureusement apprécier la pureté de son timbre et son legato impressionniste, ponctué d’un vibratello charmant, notamment dans la barcarolle du troisième acte, même si sa projection modeste le dessert notablement face à un orchestre surdimensionné et dans un duo, très déséquilibré en termes de volume, avec la soprano.</p>
<p>La stupéfiante surprise de la soirée est le Zampa de <strong>Julien Henric</strong>. Il a du rôle la teinte barytonnante dans le medium et le grave et possède surtout des aigus stables et rayonnants, émis avec une facilité confondante à de (très) nombreuses reprises. Sa maîtrise impeccable de la voix mixte lui permet de monter plusieurs fois dans le contre-aigu, tantôt pianissimo, tantôt fortissimo, proposant même quelques diminuendos époustouflants à cette hauteur et d&rsquo;une beauté désarmante. La sensibilité de son chant fait même un moment marquant de quelques phrases de déclaration amoureuse pourtant banales au troisième acte. Si son jeu pourra gagner en justesse (on lui reproche notamment une déclamation très tubée et haut placée, un peu monotone), il est assurément un jeune talent dont on guettera les prochaines apparitions.</p>
<p>À ces quatre ténors s’ajoute pour quelques phrases <strong>Lukas Mayr</strong>, un baryton sorti des rangs du chœur, d’un très bon niveau.</p>
<p>Du côté des dames, <strong>Héloïse Mas</strong> est l’autre grande triomphatrice de la soirée. Sur le plan théâtral, elle est simplement désopilante dans son rôle efficace de femme à poigne et de commère, confirmant un abattage déjà remarqué dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-larlesienne-le-docteur-miracle-paris-chatelet/">Le Docteur Miracle</a>. Vocalement surtout, elle impressionne par son volume ainsi que par la richesse et le velours d’un timbre chaud qu’elle déploie jusque dans un authentique registre de contralto sur quelques mesures parallèles avec la soprano. Elle témoigne même au deuxième acte d’une agilité à toute épreuve dans les uniques coloratures de cette partition, auxquelles elle donne un relief théâtral convaincant ; voici une seconde chanteuse qu&rsquo;on a hâte d&rsquo;entendre dans d&rsquo;autres rôles.</p>
<p><strong>Hélène Carpentier</strong>, tout comme Cyrille Dubois, pâtit un peu de la faiblesse de son personnage et de l’écriture musicale qui lui revient. Elle possède pourtant un soprano solidement émis du grave aux grands aigus, au souffle parfaitement maîtrisé, au volume généreux, capable de pianissimi exquis, flottant pendant de longues mesures par-dessus un orchestre pourtant pas avare en décibels. Le timbre est néanmoins un peu dur et métallique à partir du <em>forte</em> et le vibrato semble parfois trop large – sans que cela fasse oublier les qualités indéniables de sa voix.</p>
<p>L’équipe de chanteurs, galvanisée par l’émulation et comme enivrée de sa propre excellence, n’était pas loin de faire sauter le plafond du très chic Prinzregententheater sous la décharge sonore dans les tutti, notamment pour le finale de l’acte II. Une telle débauche de virtuosité vocale et de précision musicale ne pouvait laisser personne de marbre et le public munichois ne s’y est pas trompé.</p>
<p>Par bonheur, ce concert faisait l’objet d’un enregistrement live pour la collection des livres-CD du label Bru Zane. En attendant, la captation est disponible sur <a href="https://www.br-klassik.de/audio/20251130-on-demand-br-chor-ro-ferdinand-herold-zampa-ou-la-fiancee-de-marbre-100.html">le site de la radio bavaroise.</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/herold-zampa-ou-la-fiancee-de-marbre-munich-prinzregententheater/">HEROLD, Zampa ou La Fiancée de marbre – Munich (Prinzregententheater)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>TCHAÏKOVSKI, Iolanta (Bordeaux)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-iolanta-bordeaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Nov 2025 05:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=203545</guid>

					<description><![CDATA[<p>Créé en 1892 au Mariinski au cours d&#8217;une soirée qui comprenait Casse-Noisette en deuxième partie, Iolanta est, par la force des choses, le testament lyrique de Tchaïkovski. Cette œuvre courte (1h30 environ) est souvent donnée en diptyque avec un autre opéra en un acte  – ou plus exceptionnellement avec Casse-Noisette, comme à Paris en 2016. &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-iolanta-bordeaux/"> <span class="screen-reader-text">TCHAÏKOVSKI, Iolanta (Bordeaux)</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-iolanta-bordeaux/">TCHAÏKOVSKI, Iolanta (Bordeaux)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé en 1892 au Mariinski au cours d&rsquo;une soirée qui comprenait <em>Casse-Noisette</em> en deuxième partie, <em>Iolanta</em> est, par la force des choses, le testament lyrique de Tchaïkovski. Cette œuvre courte (1h30 environ) est souvent donnée en diptyque avec un autre opéra en un acte  – ou plus exceptionnellement avec <em>Casse-Noisette</em>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/iolanta-casse-noisette-paris-garnier-lamour-et-la-vie-dune-jeune-femme-enfin-de-deux/">comme à Paris en 2016</a>. L&rsquo;équipe artistique réunie pour cette nouvelle production bordelaise fait le choix judicieux de laisser l&rsquo;œuvre se suffire à elle-même, pour en révéler toute la singularité et la beauté.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Stéphane Braunschweig</strong>, qui a déjà fréquenté <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/eugene-oneguine-paris-tce-oneguine-sur-tapis-vert/">un autre opéra de Tchaïkovski</a> il y a quelques années avec moins de réussite, choisit d’épouser complètement la dimension symbolique du livret, écrit dans les mêmes années que le <em>Pelléas et Mélisande </em>de Maeterlinck. Sous son regard,<em> Iolanta </em>devient un drame symboliste qui parle de connaissance de soi et de connaissance du monde. Protégée dans l’<em>hortus conclusus </em>où son père la retient, Iolanta ignore que les autres humains possèdent une faculté qu’elle n’a pas : pouvoir voir la lumière du jour et la couleur des fleurs. Ses compagnes, tout comme elle et l’époux de sa nourrice, sont revêtus de costumes d’inspiration médiévale, d’un vert omnipotent (dessinés par <strong>Thibault Vancraenenbroeck</strong>), comme si son père lui avait également caché que le temps avait passé et que les hommes portaient aujourd’hui des costumes trois pièces gris et noirs (c’est le cas de son père, de son écuyer, du médecin et des deux chevaliers).</p>
<p style="font-weight: 400;">La jeune fille, recluse dans l’espace rassurant du conte – un monde clos et immuable où le danger de la vérité est retenu par une simple inscription projetée sur les murs – va voir son existence renversée par l’arrivée de deux hommes, qui entrent dans son « jardin » par la salle de spectacle, en traversant la fosse d’orchestre sur une passerelle. Vaudémont, épris de sa beauté, va lui révéler malgré lui qu’elle est aveugle, en lui demandant de cueillir une rose rouge. Ne parvenant à saisir que des roses blanches et ne comprenant pas ce que « rouge » signifie, Iolanta va se rendre compte que quelque chose lui échappe : les yeux ne servent pas qu’à verser des larmes. La condition étrange posée par le médecin de son père pour que la « guérison » de Iolanta soit réussie est qu’elle souhaite activement guérir (comme un prêtre exige qu’on ait la foi pour qu’un miracle puisse avoir lieu). La condamnation à mort de Vaudémont, si le traitement échoue, va résoudre Iolanta à désirer cette « guérison ». Elle réapparait finalement après son traitement, voyante, tandis que le salle s’éclaire et que les solistes brisent le quatrième mur en se plaçant au bord du plateau. Les choristes chantent depuis les côtés du parterre, englobant les spectateurs dans ce nouvel espace unifié : l’espace clos de Iolanta s’est ouvert et la jeune fille embrasse du regard le monde entier.</p>
<p style="font-weight: 400;">Ce passage de l’ombre à la lumière, de l’enfermement du moi à l’ouverture au monde, est bien rendu par le metteur en scène, qui multiplie les écrans et les parois pour « surcadrer », comme au cinéma, le lieu dans lequel Iolanta est enfermée. Le visage de la jeune fille, projeté en grand pendant l’air du roi René, rappelle aussi combien la tentative paternelle de protection est une forme de fixation. Le travail de la lumière est particulièrement soigné, ménageant des moments scéniques clairement différenciés pendant les différents airs. En outre, le soudain assombrissement du plateau au moment où Iolanta prend conscience de sa cécité est un bel effet, quoique facile. On regrettera seulement une direction d’acteur un peu sèche, qui enferme parfois les personnages dans des poses figées, où la passion peine à affoler les corps. Cependant, tout le cheminement méta-théâtral, jusqu’à l’union finale entre le plateau et la salle ainsi qu’entre les artistes et le public a un effet thérapeutique certain : on se prend à rêver, porté par la musique hymnique de Tchaïkovski, qu’il suffirait de désirer que la lumière triomphe pour qu’elle triomphe effectivement.</p>
<p style="font-weight: 400;">S’il est courant d’émettre des réserves sur une proposition scénique, force est d’admettre qu’on a rarement l’occasion d’entendre une distribution aussi équilibrée et juste que celle réunie par l’Opéra de Bordeaux pour cette <em>Iolanta</em>. La jeune soprano française <strong>Claire Antoine</strong> est idéale de musicalité et de tempérament dans le rôle de l’héroïne. La voix est ductile, ample, d’une rondeur homogène, avec ce qu’il faut de frémissement pour restituer la juvénilité du personnage et éclairer ses failles. À ses côtés, le Vaudémont de <strong>Julien Henric </strong>impressionne par sa vigueur et sa sensibilité. On se demande presque quel rôle l’interprète pourrait ne pas chanter, tant la tessiture est contrôlée et saine sur toute son étendue. Il se permet des aigus en voix mixte d’une beauté renversante à la fin de sa romance, tandis que son duo avec Iolanta, un des sommets de la partition, fait éclater toute la puissance de feu d’une voix lyrique aux accents cuivrés et dramatiques.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le roi René d’<strong>Ain Anger </strong>s’impose par un charisme et une autorité naturelle qui donne immédiatement au personnage sa crédibilité : un homme puissant, mais doux et sensible au sort de sa fille et de Vaudémont. À part quelques fragilités d’intonation dans le grave, la voix claque avec autorité et il fend l’armure dans son arioso, poignant de bout en bout. Dans le rôle du médecin, le baryton mongol <strong>Ariunbaatar Ganbaatar </strong>impressionne tout autant. La voix est tour à tour mordante et moelleuse, conduite avec une dextérité qui force l’admiration. Par ailleurs, les aigus de son arioso sont assurés avec une assurance implacable, au terme d’un crescendo vocal parfaitement mené. L’autre grand rôle de clé de fa se trouve être le compagnon de Vaudémont, Robert, ici incarné par le jeune baryton russe <strong>Vladislav Chizhov</strong>. Par sa morgue, sa vivacité scénique et sa classe vocale, il fait du personnage un lointain cousin d’Onéguine, séduisant <em>bad boy</em>, certain de ce qu’il désire.</p>
<p style="font-weight: 400;">Tous les seconds rôles sont tenus avec probité et élégance par des chanteurs français, qui servent avec bonheur la musique de Tchaïkovski. <strong>Abel Zamora</strong> continue en Albéric de confirmer tous les espoirs qu’on a pu placer en lui : le timbre est doux, la ligne soignée et la voix passe l&rsquo;orchestre avec aisance. Dans le rôle de Martha, <strong>Lauriane Tregan-Marcuz</strong> nous fait parfois penser aux contraltos russes des vieux enregistrements : la voix est très dense et sombre, sans perdre sa dimension incisive. Son mari est incarné par <strong>Ugo Rabec</strong>, qui conduit avec soin sa voix de basse pleine de noblesse. Enfin, les deux suivantes de Iolanta, Brigitte et Laura, sont interprétées respectivement par <strong>Franciana Nogues</strong> et <strong>Astrid Dupuis</strong>. La première charme par la lumière de son timbre et la seconde apporte des teintes plus sombres à l&rsquo;ensemble.</p>
<p data-start="272" data-end="838">Seule véritable ombre au tableau : la direction un peu frustre de <strong>Pierre Dumoussaud</strong>. Impossible d’accuser les instrumentistes de l’<strong>Orchestre national Bordeaux Aquitaine</strong> de jouer trop fort ou de négliger le fondu des timbres ; c’est au chef de veiller à l’équilibre de la masse orchestrale et à ce qu’elle ne couvre pas les voix. Comme les chanteurs disposent ici de moyens solides et n’ont aucune difficulté à passer l’orchestre, le volume orchestral crée surtout un déséquilibre sonore, donnant l’impression que l’orchestre se dresse devant les voix au lieu de les porter. On est également surpris d’entendre certains instruments se détacher de façon excessive, presque au point de laisser croire (fait impensable !) que Tchaïkovski aurait mal orchestré son œuvre. Le déploiement dramatique n’en demeure pas moins assuré : Dumoussaud maintient une tension constante et reste pleinement engagé d’un bout à l’autre de la représentation.</p>
<p data-start="272" data-end="838">Le chœur, surtout les pupitres féminins, n’appelle que des éloges et contribue à la réussite de ce très beau spectacle, capté le soir où nous y étions. Tout le monde peut l’apprécier en ligne sur la chaîne YouTube d’Opéra Vision.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-iolanta-bordeaux/">TCHAÏKOVSKI, Iolanta (Bordeaux)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>SAINT-SAËNS, L&#8217;Ancêtre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/saint-saens-lancetre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 Oct 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=cd-dvd-livre&#038;p=201026</guid>

					<description><![CDATA[<p>L&#8217;Ancêtre date de 1906 et, si on met de côté la seconde mouture de Déjanire, il clôt la production lyrique de Saint-Saëns. Commandée par le Prince Albert Ier de Monaco, l&#8217;œuvre est créée sur le Rocher le 24 février 1906 devant toute la presse hexagonale et européenne. Les attentes sont fortes : Saint-Saëns est alors &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/saint-saens-lancetre/"> <span class="screen-reader-text">SAINT-SAËNS, L&#8217;Ancêtre</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/saint-saens-lancetre/">SAINT-SAËNS, L&rsquo;Ancêtre</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L&rsquo;Ancêtre</em> date de 1906 et, si on met de côté la seconde mouture de <em>Déjanire</em>, il clôt la production lyrique de Saint-Saëns. Commandée par le Prince Albert Ier de Monaco, l&rsquo;œuvre est créée sur le Rocher le 24 février 1906 devant toute la presse hexagonale et européenne. Les attentes sont fortes : Saint-Saëns est alors le compositeur français le plus en vue, et rassure tous ceux qui tremblent devant les audaces de Debussy ou la musique trop austère des disciples de César Franck. Malgré de beaux articles, notamment de la plume de Gabriel Fauré, <em>L&rsquo;Ancêtre</em> récoltera un succès qui n&rsquo;est guère plus que d&rsquo;estime, et il ne reparaîtra plus après 1915, jusqu&rsquo;à ce le Palazzetto Bru Zane le ressuscite <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-lancetre-monte-carlo/">pour des concerts donnés à Monte-Carlo en octobre 2024,</a> qui sont à l&rsquo;origine du présent enregistrement.</p>
<p>La première question est donc celle de la valeur de la pièce, et la réponse est malaisée. Sur le papier, l&rsquo;énumération des qualités semble convaincante : l&rsquo;orchestration est d&rsquo;une finesse exquise, Saint-Saëns étant alors au sommet de sa maîtrise, l&rsquo;invention mélodique est plutôt riche dans les quelques plages lyriques que le compositeur se réserve (le trio de l&rsquo;acte III est un bijou ! ), l&rsquo;action file sans traîner, le compositeur sait écrire pour les voix et trouve un équilibre intéressant entre réalisme de la prosodie et virtuosité. Pourtant, à l&rsquo;écoute, quelque chose ne fonctionne pas. Et il n&rsquo;est pas facile d&rsquo;expliquer pourquoi. Sont-ce les vers très pauvres de Lucien Augé de Lassus, parfois d&rsquo;une niaisierie affligeante ? Est-ce le caractère hybride d&rsquo;une partition qui ne semble jamais vraiment choisir son style ? On ne reprochera pas à Saint-Saëns de ne ressembler ni à Debussy ni à Massenet ni à Chausson. Il a bien le droit de parler sa langue propre, mais il semble animé de trop peu de conviction, et l&rsquo;ambiance générale est souvent plate. On a bien du mal à s&rsquo;intéresser à cette histoire de vendetta corse, située à l&rsquo;époque napoléonienne. Les personnages sont peu caractérisés musicalement, et aucun ne provoque la sympathie ou l&rsquo;identification. Tout cela manque terriblement de nerf, de vie, en un mot de théâtre. Il semble que la postérité ne se trompe pas toujours en décidant d&rsquo;oublier certains ouvrages.</p>
<p>Surtout que l&rsquo;on ne pourra pas incriminer l&rsquo;interprétation, qui est ici de premier ordre. <strong>Kazuki Yamada</strong> est parfaitement à l&rsquo;aise dans le répertoire français, et dirige d&rsquo;une main sûre un <strong>Orchestre philharmonique de Monte-Carlo</strong> qui a tout le tranchant et la clarté que réclame l&rsquo;écriture de Saint-Saëns. Le <strong>Chœur philharmonique de Tokyo</strong> possède une diction miraculeuse et chante les répliques parfois très quelconques de sa partie comme si c&rsquo;était la <em>Messe en si</em> de Bach. La distribution est de rêve, à commencer par <strong>Julien Henric</strong> au ton suave et à l&rsquo;agilité sans borne. <strong>Michaël Arivony</strong> est un Raphaël idéal de tendresse et d&rsquo;émerveillement dans sa scène d&rsquo;ouverture, et son dialogue avec les abeilles est d&rsquo;un style si raffiné qu&rsquo;il parvient à échapper au ridicule qui guette dans ce genre de passage. <strong>Matthieu Lécroart</strong> fait mieux qu&rsquo;assurer dans sa partie, pourtant modeste. Les deux rôles principaux sont réservés à Nunciata (<strong>Jennifer Holloway</strong>) et Vanina (<strong>Gaëlle Arquez</strong>). La première vient de faire <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-bayreuth/">des débuts remarqués en Sieglinde à Bayreuth.</a> Et c&rsquo;est bien Sieglinde qu&rsquo;elle évoque ici, avec une fougue et un lyrisme qui brûlent les planches. Les moyens sont considérables, et la parfaite homogénéité sur toute la tessiture force l&rsquo;admiration. Il est permis de trouver que tout ceci est un peu « too much » pour les lignes délicates tracées par Saint-Saëns, mais qui se plaindra que la mariée est trop belle ? Gaëlle Arquez, quant à elle est à un point d&rsquo;équilibre entre charme, vocal et théâtralité. La voix est d&rsquo;une moirure exquise, avec des graves à se damner, mais elle n&rsquo;oublie jamais de dire son texte en même temps qu&rsquo;elle le chante, et certaines de ses répliques font froid dans le dos, mettant enfin un peu de vie dans une œuvre qui en manque singulièrement. Au total, les interprètes défendent avec conviction un opéra qui, s&rsquo;il a ses mérites, ne sortira sans doute pas durablement des limbes de l&rsquo;oubli. Mais avis à tous les curieux, et bravo au Palazzetto Bru Zane pour l&rsquo;originalité de la démarche et un livret d&rsquo;accompagnement qui est, comme à chaque fois, un modèle d&rsquo;érudtion et de simplicité.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/saint-saens-lancetre/">SAINT-SAËNS, L&rsquo;Ancêtre</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>WAGNER, Tannhäuser &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tannhauser-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=200046</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’est une constante dans le drame wagnérien : les passions renvoient à des interrogations psycho-métaphysico-philosophico-théologiques à bien des égards irréductibles à toute synthèse et donc heureusement irréconciliables (que serait le Geist s’il se figeait ? Plus un souffle ni esprit). Tannhäuser  n’échappe pas à la règle : les opposés s’y affrontent en une lutte acharnée et, ici, &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tannhauser-geneve/"> <span class="screen-reader-text">WAGNER, Tannhäuser &#8211; Genève</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tannhauser-geneve/">WAGNER, Tannhäuser &#8211; Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">C’est une constante dans le drame wagnérien : les passions renvoient à des interrogations psycho-métaphysico-philosophico-théologiques à bien des égards irréductibles à toute synthèse et donc heureusement irréconciliables (que serait le <em>Geist</em> s’il se figeait ? Plus un souffle ni esprit). <em>Tannhäuser </em> n’échappe pas à la règle : les opposés s’y affrontent en une lutte acharnée et, ici, violente. Au fond, toute vie spirituelle peut sans doute être pensée sous le prisme de ces antagonismes : vie-mort, amour-haine, liberté-contrainte, plaisir-morale, rédemption-damnation… La partition de <em>Tannhäuser</em> ne raconte pas autre chose : envolées excessives, progressions lentes mais explosives ou harmonies sans résolutions posent le cadre d’une intrigue où la mesure n’est pas érigée en idéal parce qu’elle ne se conçoit même pas.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Michael Thalheimer</strong> a bien sûr une conscience aiguë de ces questions qu’il reformule dans sa note d’intention : « qui sommes-nous ? qu’est-ce qu’une vie pleine de sens ? notre existence a-t-elle une finalité ? […] quelles possibilités s’offrent à nous dans la vie ? pourquoi existe-t-il tant de contraintes et d’obstacles ? quand est-ce que j’agis de mon plein gré et dans quelle mesure mes actes sont-ils dictés par mon environnement ? ». Pourtant, la mise en scène qu’il propose n’aborde pas – ou, du moins, pas frontalement – ces question essentielles. On retiendra un marquage toujours clair des oppositions dans l’intrigue, oppositions qui sont souvent opportunément ramenées à la dualité entre « notre » monde et celui du Venusberg – monde de l’abandon aux plaisirs ou à la tyrannie qu’ils exercent, peut-être monde intérieur ou de la folie, monde où l’homme perd le contrôle qu’il exerce sur lui-même et où le monde perd le contrôle qu’il tend à exercer sur chacun. Le Venusberg est un cercle – figurant l’infini et l’éternel retour chers à Nietzsche et Wagner, mais peut-être aussi un monde psychique clos ou l’éternité d’une inéluctable damnation. La mise en scène suggère mais n’offre pas de lecture explicite et c’est ce qui fait sa beauté. Outre ce cercle qui, passé l’ouverture et le tout début de l’œuvre, est largement remisé à l’arrière du plateau, la scénographie est d’une sobriété extrême : ni décors, ni costumes élaborés. Les oppositions entre un monde et l’autre sont suggérées par des éléments récurrents (singulièrement, le sang qui relève davantage ici du sacrifice sexuel que du sacrifice humain) dont la puissance évocatrice suffit à porter l’œuvre. Quelques éléments kitschs (vierge, séquences lumineuses ou pureté retrouvée… grâce à des serpillères) apportent la légèreté qui manque <em>a priori</em> à l’œuvre. Initialement confiée à <strong>Tatjana Gürbaca</strong> qui a dû se retirer de la production pour des raisons de santé et ensuite confiée à Michael Thalheimer alors que les décors et costumes étaient déjà prêts,  la mise en scène touche ici efficacement le cœur de l’œuvre sans s’attarder  en particulier sur l’une ou l’autre question, sans effusions et, au fond, sans excès de prétention. Elle est touchante parce qu’elle touche le cœur de toute vie humaine et parce que, comme à l’issue de toute vie humaine, elle ne lève aucune incertitude.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026A010_Tannhauser_PG_20250917_GTG-Carole_Parodi_HD-8497-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-200057"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Carole Parodi</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">C’est une autre constante dans le drame wagnérien : le propos dramatique est indissociable du propos musical, l’un nourrissant l’autre et réciproquement. Sortie de son contexte dramaturgique, l’ouverture de <em>Tannhäuser</em> a bien sûr des qualités musicales propres qui en font une pièce de premier choix en concert  mais, ramené au propos global de l’œuvre, ce moment – durée éprouvée – prend une épaisseur supplémentaire. À la tête de l’<strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong>, <strong>Mark Elder</strong> parvient à rendre cette puissance dramatique : de notes crépusculaires, légères mais déjà pleines d’un inquiétant foisonnement, à l’explosion jubilatoire (le chef parle d’ailleurs d’énergie sexuelle libérée à cet égard), l’orchestre assure un <em>crescendo</em> très lent qui permet à la tension de s’installer dans la durée et d’éprouver les insoutenables tourments vécus entre ces pôles opposés – n’est-ce pas le sujet essentiel de cet opéra ? Le son est toujours remarquable de rondeur et de cohérence. Les cordes et les bois sont veloutés, voire voluptueux et, si l’on peut regretter l’un ou l’autre accroc au niveau de la justesse et quelques passages comme en retrait, la lecture est fluide et globalement excellente.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026A010_Tannhauser_PG_20250917_GTG-Carole_Parodi_HD-5235-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-200052"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Carole Parodi</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">En Tannhäuser, <strong>Daniel Johansson</strong> est d’une efficacité redoutable. La clarté et la luminosité du timbre, de même que la richesse des harmoniques, lui permettent d’affronter une partition où se côtoient l’exaltation débridée et la pure intériorité. Le phrasé est magnifique et ne trouve de limites que dans certains traits de vocalises où la rupture de la phrase se double d’une intonation plus approximative quand la vocalise se déploie sur une même syllabe (quand le même motif musical revient mais sur un texte où chaque note est amenée par une consonne, le problème ne se pose plus et l’on retrouve avec bonheur un phrasé irréprochable).</p>
<p style="font-weight: 400;">La voix de <strong>Victoria Karkacheva</strong>, qui réalise ici une prise de rôle remarquable, est à l’image de la Vénus qu’elle incarne : charnue, chaude, sensuelle mais pas lascive. Les passages de registres s’effectuent dans la cohérence d’un phrasé où les séquences sont poussées à un degré d’intensité extrême sans aucune rupture. En Elisabeth, <strong>Jennifer Davis</strong>, qui signe aussi une prise de rôle parfaitement maîtrisée, offre une voix et une interprétation en adéquation parfaite avec le rôle. Légère et presque menue d’abord, la voix semble pouvoir s’ouvrir à l’infini. Elle révèle un timbre léger mais puissant, riche et très coloré.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Stéphane Degout</strong> offre à Wolfram von Eschenbach le timbre incisif qu’on lui connaît. Le phrasé est remarquablement canalisé vers le haut du masque sans jamais tomber dans la nasalité. Il est capable de toutes les nuances, offrant dans l’air de l’étoile du berger l’un des moments les plus intimes et touchants de l’œuvre. <strong>Franz-Josef Selig</strong> est un Hermann, Landgraf von Thüringen, efficace en tous points. La voix est profonde et bien installée, très légèrement rocailleuses, ce qui ne pose aucun problème ici. La projection est idéale et la direction bien sentie. Le rôle de Biterolf est servi par la voix ample de <strong>Mark</strong> <strong>Kurmanbayev</strong> (prise de rôle). Également sonore dans tous les registres, profonde mais pas sombre, lumineuse mais pas légère, la jeune basse a toutes les qualités d’un wagnérien de premier plan. À suivre. La distribution masculine est avantageusement complétée par le Walther von der Vogelweide de <strong>Julien Henric</strong>, le Heinrich der Schreiber de <strong>Jason Bridges</strong> et le Reinmar von Zweter de <strong>Raphaël Hardmeyer</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le jeune berger de <strong>Charlotte Hirt</strong> (prise de rôle) ne réduit pas la candeur à la légèreté et parvient à concilier puissance et naïveté grâce à une voix dont les harmoniques se déploient naturellement et habillent l’espace sonore sans effort perceptible. </p>
<p style="font-weight: 400;">Dans <em>Tannhäuser</em>, les chœurs ont une place prépondérante – il suffit de penser au chœur des pèlerins, tube wagnérien par excellence. Voix féminines et masculines ne se mélangent jamais avant l’apothéose rédemptionnelle finale qui marque peut-être une forme de réconciliation des opposés. Le <strong>Chœur du Grand Théâtre de Genève</strong>, préparé par <strong>Mark Biggins</strong>, est exceptionnel à cet effet. Au-delà de l’homogénéité, de la rondeur du son, de l’intégration scénique maîtrisée de cette masse de chanteurs, il faut souligner le sens de la retenue et l’absolue maîtrise de l’énergie musicale. C’est un seul souffle qui, doucement, naît, s’ouvre et se déploie, vibre et vit, explose aussi. En dernière instance, le chœur porte toutes les questions soulevées par le drame wagnérien, peut-être parce que le médium choral permet l’expression des opposés, leur cohabitation, l’expression de leurs tensions et leur possible réconciliation.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tannhauser-geneve/">WAGNER, Tannhäuser &#8211; Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>THOMAS, Hamlet – Turin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-turin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 May 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=190190</guid>

					<description><![CDATA[<p>Longtemps dédaignés des scènes françaises, l&#8217;Hamlet d&#8217;Ambroise Thomas fait progressivement un vrai retour depuis une quinzaine d&#8217;années. L&#8217;excellent Franco Pomponi a défendu le rôle à Marseille en 2010. Jean-François Lapointe en fut un interprète poétique en 2015 à Avignon et à Marseille pour la reprise de 2016. Stéphane Degout a superbement habité le prince du &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-turin/"> <span class="screen-reader-text">THOMAS, Hamlet – Turin</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-turin/">THOMAS, Hamlet – Turin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Longtemps dédaignés des scènes françaises, l&rsquo;<em>Hamlet</em> d&rsquo;Ambroise Thomas fait progressivement un vrai retour depuis une quinzaine d&rsquo;années. L&rsquo;excellent Franco Pomponi a défendu le rôle <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/de-confirmations-en-revelation/">à Marseille en 2010</a>. Jean-François Lapointe en fut <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-avignon-le-souffle-de-shakespeare/">un interprète poétique en 2015</a> à Avignon et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-marseille-la-fosse-ou-le-plateau/">à Marseille pour la reprise de 2016</a>. Stéphane Degout a superbement habité le prince du Danemark à l&rsquo;Opéra-comique en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-paris-opera-comique-etre-et-ne-pas-etre/">2018</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-paris-opera-comique/">2022</a> (après Strasbourg en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/degout-hamlet-princier/">2011</a> et Bruxelles en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/chapeau-bas-a-stephane-degout/">2013.</a>&nbsp;<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-salzbourg/">Même Salzbourg</a> s&rsquo;est laissé convaincre de remonter avec le baryton français un ouvrage qui n&rsquo;est pourtant pas dans les gênes du festival). En 2022, Jérôme Boutillier <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-saint-etienne-de-grands-moyens-pour-une-reussite-magistrale/">captivait le public de l&rsquo;Opéra de Saint-Étienne</a>. L&rsquo;Opéra de Paris, d&rsquo;ordinaire plutôt frileux envers son répertoire historique, a permis à Ludovic Tézier d&rsquo;offrir <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-paris-onp/">une de ses incarnations majeures</a> en 2023 (il avait aussi chanté le rôle&#8230; à Turin en 2001). Signal peut-être encore plus important de cette réhabilitation en devenir, en 2024, l&rsquo;Opéra de Massy osait proposer cette œuvre rare portée cette fois par l&rsquo;interprétation convaincante d&rsquo;Armando Noguera.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/11-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8185-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190326"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>En 1868, <em>Hamlet</em> fut le dernier ouvrage créé à la salle de la rue Le Peletier avant l’ouverture du Palais Garnier. Si la réaction de la critique fut partagée, l&rsquo;accueil du public fut chaleureux, notamment grâce à l&rsquo;incarnation du créateur du rôle, le baryton <a href="https://www.youtube.com/watch?v=63PFdrI3YKo">Jean-Baptiste Faure</a>, star lyrique de l&rsquo;époque (il créa entre autres les rôles de Nélusko dans <em>L&rsquo;Africaine</em> et Posa dans <em>Don Carlos</em>). L&rsquo;ouvrage connait ensuite un succès international et est accueilli triomphalement à Londres (dans une version révisée, disponible en appendice de l&rsquo;enregistrement de Michel Plasson), Budapest, Bruxelles, Prague, New-York, Saint-Pétersbourg, Berlin ou encore Vienne. Depuis, le nombre de productions de l&rsquo;ouvrage a bien diminué, mais sans que celui-ci ne disparaissent totalement des scènes, les barytons célèbres réussissant à faire monter l&rsquo;ouvrage sur leur réputation, celui-ci étant l&rsquo;un des rares où ils ne risquent pas d&rsquo;être éclipsés par le ténor. On citera entre autres interprètes les exceptionnels Sherrill Milnes (Chicago, 1990), Thomas Hampson (Châtelet, 2000) ou encore Simon Keenlyside (Metropolitan, 2010). On sait moins pourtant que l&rsquo;ouvrage fut initialement prévu pour un ténor et que, faute de trouver un interprète à la hauteur de l&rsquo;enjeu, Ambroise Thomas révisa la partition pour un baryton, de sorte que la survie continue de l&rsquo;ouvrage doit beaucoup à cette transposition opportuniste. L&rsquo;<em>Hamlet</em> version ténor aurait-il eu la même longévité, rien n&rsquo;est moins sûr. Cette version originelle (qui a été jouée   sporadiquement toutefois), <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-montpellier-festival-etre-hamlet/">fut recréée en 2022 au Festival de Montpellier</a><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-montpellier-festival-etre-hamlet/"> en version concert,</a> avec déjà John Osborn et la regrettée Jodie Devos, trop tôt disparue. Le Teatro Regio en propose ici la création scénique mondiale à l’époque moderne.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="549" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/4-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_1520725-1024x549.jpg" alt="" class="wp-image-190334"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>Cette version pour ténor offre un certain nombre de différences qui, sans être nécessairement immédiatement perceptibles, modifient l&rsquo;atmosphère générale du drame. Il s&rsquo;agit notamment de tonalités différentes. Aucun changement toutefois pour le premier air, « Vains regrets ». Les couplets bachiques « Ô vin, dissipe la tristesse » sont en revanche un ton plus haut (avec deux contre ut, pour chœurs et soliste). « Allez dans un cloître » n&rsquo;est pas modifié. « Être ou ne pas être » est un ton et demi plus haut, Le dernier air d&rsquo;Hamlet, « Comme pâle fleur » est aussi plus haut, mais d&rsquo;un ton seulement. Il s&rsquo;agit aussi de lignes vocales qui s&rsquo;envolent dans l&rsquo;aigu chez le ténor au lieu de rester dans le centre de la tessiture pour le baryton. Nous n&rsquo;en donnerons qu&rsquo;un exemple (ceux qui trouveraient la chose fastidieuse peuvent passer directement au paragraphe suivant). Entre les deux refrains de « Ô vin », Hamlet chante la &nbsp;phrase « Chacun, hélas, porte ici-bas sa lourde chaîne ! Cruels devoirs, longs désespoirs, de l&rsquo;âme humaine ! ». Dans la version baryton, les huit syllabes « Cruels devoirs, longs désespoirs » sont chantées sur les quatre notes répétées <em>Fa# Sol# Fa# La</em> (nous avouerons que nous ne sommes pas aller vérifier dans la partition s&rsquo;il s&rsquo;agissait de Fa# ou de Sol bémol : vu les tarifs pratiqués par Forumopera.com, vous en avez quand même pour votre argent). Dans la version ténor, alors qu&rsquo;on attendrait une attaque sur un <em>Sol</em># (compte tenu de la transposition d&rsquo;un ton), on entend une modulation différente et une attaque quatre tons plus aigüe : <em>Mi Mi Mi Mib </em>(deux fois). On se rappelle que le <em>Werther</em>&nbsp;<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/massenet-werther/">avait connu des déboires similaires</a> : le résultat est tout autre ici. Autant la version baryton du chef-d&rsquo;œuvre de Jules Massenet peut être frustrante (dès que l&rsquo;orchestre monte à l&rsquo;aigu de la version ténor, le baryton fait du surplace), autant les deux versions d&rsquo;Ambroise Thomas sont parfaitement réalisées. Sans aller jusqu&rsquo;à parler de deux ouvrages fondamentalement différents, on peut affirmer que ces deux versions ont chacune leurs qualités propres et mériteraient de coexister. Dans la version ténor, Hamlet est ainsi moins neurasthénique, plein de fougue juvénile au contraire. La colère impétueuse remplace la sombre déréliction. L&rsquo;ouvrage est moins uniformément noir, plus contrasté. Les deux options se défendent : avis aux volontaires, s&rsquo;il en est chez les ténors, dussent-ils risquer les foudres des barytons.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/7-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_7614-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190330"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>Reprenant sa prise de rôle montpelliéraine de 2022, <strong>John Osborn</strong> est un Hamlet de grande classe, d&rsquo;une superbe musicalité. On regrette un peu un certain manque de largeur dans le médium, le rôle exigeant une voix plus corsée, mais l&rsquo;aigu est confondant de facilité (notamment son contre-ut à la fin de la chanson bachique). Le legato est impeccable, avec une utilisation toujours à propos de la voix mixte, notamment quand il s&rsquo;agit d&rsquo;exprimer la douceur ou le renoncement, avec par exemple un « Être ou ne pas être » totalement suspendu. L&rsquo;interprétation scénique est de première force, enflammée. Le finale de l&rsquo;acte II est un paroxysme de folie, dramatiquement (et techniquement) impressionnant. Hamlet lance ses imprécations perché sur une table, tandis que les histrions meuvent celle-ci à toute vitesse, faisant un tour complet du plateau entre chaque intervention du chanteur. La prononciation et la diction sont exemplaires, dispensant un francophone de la lecture des surtitres, et chaque mot est coloré avec soin. On peut comprendre que Thomas ait pu avoir des difficultés à trouver la perle rare des ténors pour créer son ouvrage, mais le chanteur américain n&rsquo;est pas loin de cocher toutes les cases. Du grand art.</p>
<p><strong>Sara Blanch</strong> est une Ophélie proprement phénoménale, probablement la meilleure interprète du rôle depuis bien longtemps. Là encore, le français est doté d&rsquo;une excellent technique belcantiste, le soprano catalan maîtrise toutes les difficultés de la partition mais sait surtout les transcender dans une composition bouleversante qui touche au sublime dans la scène de folie où elle n&rsquo;hésite pas à modifier sa voix, avec des phrases chuchotées, détimbrées (« Et vous ? Pourquoi vous parlez bas ? »), tremblantes, précipitées, ou au contraire des alanguissements évaporés (« Hamlet est mon époux, et je suis Ophélie »). Blanch sait aussi traduire le potentiel sous sous-texte de ses interventions. Ainsi, dans « Et si quelqu&rsquo;un vous dit qu&rsquo;il me fuit et m&rsquo;oublie, n&rsquo;en croyez rien ! », son ton exprime qu&rsquo;elle n&rsquo;en croit rien elle-même justement, et qu&rsquo;elle ne cherche qu&rsquo;à se convaincre au travers d&rsquo;un dialogue avec des interlocuteurs imaginaires. Là encore, du grand art.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8162-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190346"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Clémentine Margaine</strong> est une Reine Gertrude captivante, à la projection impressionnante et aux aigus dardés réjouissants. Sa composition scénique est tout aussi remarquable. Le mezzo français traduit parfaitement toutes les facettes du personnage et son évolution, de la reine hautaine à la mère brisée, en passant par la pécheresse confrontée à ses remords. Son duo avec Hamlet est l&rsquo;un des sommets de la soirée. Loin d&rsquo;avoir la projection de sa partenaire, <strong>Riccardo Zanellato</strong> est un Claudius de belle prestance, avec une bonne diction, au timbre chaud, bien chantant et à la voix homogène sur toute la tessiture. Déjà Laërte à Salzbourg, le jeune <strong>Julien Henric</strong> (né en 1992) confirme sa stature internationale. La voix est bien projetée, d&rsquo;une bonne puissance, la diction et le phrasé sont impeccables, le timbre est agréable, l&rsquo;aigu généreux et la composition dramatique impeccable. La voix profonde et la maturité d&rsquo;<strong>Alastair Miles</strong> conviennent parfaitement au spectre du roi. Les autres rôles n&rsquo;appellent que des éloges (en particulier sur la qualité du français d&rsquo;un niveau bien supérieur à celui de bien des maisons internationales) : <strong>Nicolò Donini</strong> est un Polonius inquiétant. En Horatio, <strong>Tomislac Lavoie</strong> sait se faire remarquer dans ses brèves mais décisives interventions, de même qu&rsquo;<strong>Alexander Marev</strong> dans le rôle plus court de Marcellus. Les deux fossoyeurs,&nbsp;<strong>Janusz Nosek</strong> et&nbsp;<strong>Maciej Kwasnilowski</strong> sont impeccables. La qualité d&rsquo;un théâtre se mesure aussi à celle des interprètes auxquels il a recours pour les seconds rôles : de ce point de vue, c&rsquo;est un sans faute. Comme de coutume dans le grand opéra français, les chœurs sont particulièrement sollicités. Les artistes du <strong>Chœur du Regio de Turin</strong> sont particulièrement enthousiasmants, sonores, vibrants, avec un français impeccable. Les pupitres sont homogènes et à l&rsquo;aise sur les diverses tessitures parfois très tendues (rappelons les contre-ut de la chanson bachique). Leur toute première intervention, impressionnante, est d&rsquo;ailleurs spontanément applaudie par le public avant la fin de la coda orchestrale. Très sollicités par la mise en scène, ils se révèlent également excellent acteurs. Les mouvements des figurants sont habillement chorégraphiés par <strong>Ron Howell</strong> : la scène est animée, sans donner l&rsquo;impression d&rsquo;une vaine agitation.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8356-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190322"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>Créateur du Cercle de l&rsquo;Harmonie en 2005, formation sur instruments d&rsquo;époque, <strong>Jérémie Rhorer</strong> a beaucoup dirigé le répertoire du XVIIIe et début du XIXe siècles. Dans cette ouvrage plus tardif, cette expérience lui permet d&rsquo;apporter un supplément de sveltesse à une partition qui pourrait être pesante sous une autre baguette. L&rsquo;orchestre est comme dégrossi, plus vif et plus virtuose. C&rsquo;est une vision tout à fait en adéquation avec cette version ténor, qui incite à être plus alerte, moins ténébreux. Si l&rsquo;on revient à notre exemple de la chanson bachique, chez Plasson, la phrase « La vie est sombre. Les ans sont courts ; De nos beaux jours. Dieu sait le nombre. Chacun hélas ! Porte ici-bas. Sa lourde chaîne ! » est comme ralentie : Hampson semble traîner sa misère. Ici, le tempo est plus vif : un ténor ne s&rsquo;encombre pas de tels soucis ! Il est tout à sa haine. Ajoutons que le chef est attentif aux chanteurs qu&rsquo;il se garde de couvrir. Enfin, l&rsquo;<strong>Orchestre du Teatro Regio</strong> est impeccable, ce qui rend cette lecture renouvelée passionnante. La partition est assez complète (environ 2h40 de musique) mais comprend néanmoins quelques coupures, notamment les ballets, le chœur des comédiens à l&rsquo;acte II (« Princes sans apanages ») et celui des paysans qui introduit la scène de folie « Voici la riante saison »).&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8422-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190361"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>La production de <strong>Jacopo Spirei</strong> est une totale réussite. On gardera en mémoire un certain nombre d&rsquo;images fortes : le spectre du roi promenant Hamlet et Ophélie enfants, leur cheval de bois qui deviendra la monture dérisoire d&rsquo;Hamlet couronné, les immenses marionnettes qui jouent le <em>Meurtre de Gonzague</em>, le final exalté de l&rsquo;acte II déjà évoqué, la scène de folie où un immense rideau de tulle fait à la fois figure de voile de mariée et de surface des eaux où Ophélie disparait, les Willis qui l&rsquo;accompagnent et qui évoquent les films d&rsquo;horreurs britanniques de la Hammer dans les années 50&#8230; Qui plus est, grâce aux somptueux décors de <strong>Gary McCann</strong>, aux costumes un brin déjantés de <strong>Giada Masi</strong> et aux lumières élaborées de <strong>Fiammetta</strong> <strong>Baldiserri</strong>, ce spectacle, à la mise en scène intelligente et impeccablement réglée, est aussi un régal esthétique. Le succès public est au rendez-vous, avec près de 10 minutes d&rsquo;applaudissements enthousiastes aux saluts.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-turin/">THOMAS, Hamlet – Turin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>VERDI, Nabucco &#8211; Toulon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-toulon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=186490</guid>

					<description><![CDATA[<p>La rénovation du bâtiment de l’opéra de Toulon a entrainé le déplacement de tous les spectacles de la saison hors les murs. C’est donc au Palais Neptune, qui n’est pas en mesure d’y recevoir les décors, qu’est accueillie cette version de concert de Nabucco. Doit-on s’en plaindre&#160;? Certes, on échappe ainsi aux élucubrations parfois dérangeantes &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-toulon/"> <span class="screen-reader-text">VERDI, Nabucco &#8211; Toulon</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-toulon/">VERDI, Nabucco &#8211; Toulon</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La rénovation du bâtiment de l’opéra de Toulon a entrainé le déplacement de tous les spectacles de la saison hors les murs. C’est donc au Palais Neptune, qui n’est pas en mesure d’y recevoir les décors, qu’est accueillie cette version de concert de <em>Nabucco</em>. Doit-on s’en plaindre&nbsp;? Certes, on échappe ainsi aux élucubrations parfois dérangeantes de certaines réalisations. L’orchestre en scène paraît d’une lisibilité, d’une transparence accrues par rapport à sa situation en fosse. On entend tout, subtilement dosé : les traits des bois et des cordes, les contrechants. Enfin, pour un ouvrage populaire dont on connaît la puérilité des situations, on rejoint ainsi l’oratorio, le sujet religieux s’y prêtant, avec des chœurs conséquents et somptueux. Ce soir, du reste, celui de Toulon, rescapé d’une dissolution annoncée, trouve avec les chanteurs de l’Opéra de Nice un partenaire de choix, pour une expression ample qui se passe d’images fortes. On ne décrit plus l’action, bien connue, qui a pour cadre Jérusalem (avec la profanation puis la destruction du Temple) puis Babylone, où les Juifs sont captifs.</p>
<p>Il est exceptionnel que le recrutement de chanteurs permette la constitution d’une équipe aussi complice que celle de ce soir. La distribution – internationale, à la hauteur des exigences –&nbsp;nous comble. Elle accorde une large place à des voix que nous découvrons à cette occasion, ce qui ne manque pas de surprendre. Les premiers emplois, en dehors d&rsquo;Abigaïlle, sont confiés à des familiers de leur personnage, qui n’ont aucun mal à harmoniser leur approche. Quant aux prises des rôles moins exposés, ils confirment les qualités de leurs titulaires, certainement appelés prochainement à s’emparer des « grands ».</p>
<p><b>A</b>ucun ne laisse indifférent, les principaux personnages focalisent l’attention par la vérité de leur incarnation, psychologique et vocale, aux moyens superlatifs. Père et filles (aînée et cadette) nous émeuvent plus que dans toute autre production gardée en mémoire. Les personnalités sont fouillées, nuancées et rendent crédibles ce que beaucoup nous livrent comme des stéréotypes privés de densité humaine. <strong>Stepan Drobit</strong>, familier du rôle de Nabucco, royal et humain, vaincu et solitaire, dont l’autorité despotique va se muer en une humanité touchante, est un grand baryton verdien, alliant fougue et noblesse. La plus large palette expressive est servie par une voix cuivrée, sonore, égale et intelligible, de l’autorité impérieuse à la supplique (adressée à Abigaïlle, « Deh pardonna »), au désespoir, en passant par la folie pour conclure sur la poignante et sublime prière « Dio di Giuda ». Une leçon de chant stylé au service d’une humanité rare.&nbsp;<strong>&nbsp;</strong>Il en va de même de l’Abigaïlle flamboyante d’<strong>Ewa Vesin </strong>(1). Pour cette prise de rôle – l’un des plus démesurés du répertoire – tout est là, des graves impressionnants, les piani filés des aigus, l’agilité des traits, la ductilité, la projection&#8230; Sa souffrance émeut au II, autant que sa rage impressionne (« Anch’io dischiuso è il firmamento »). Les failles du personnage sont claires.&nbsp; L’émission arrogante se conjugue à une élégance racée. Son ultime intervention touche au sublime. Une très grande voix, un Falcon dans la descendance d’Elena Suliotis. La basse croate<strong> Peter Martincic </strong>est un Zaccaria inspiré jusqu’à l’héroïsme. Si sa foi confine au fanatisme, nul excès dans l’interprétation que nous offre Peter Martincic : le recueillement, la ferveur, l’autorité comme l’humilité non feinte. La singulière puissance de la voix, riche, bien timbrée, aux graves abyssaux, son soutien, dispensent notre Zaccaria de toute caricature. Sa prière, introduite par le violoncelle solo, accompagnée par tout le pupitre, est d’une rare beauté. La mezzo croate <strong>Emilia Rukavina</strong>, dès son premier duo avec Ismaële, se révèle une somptueuse Fenena. La voix est charnue, opulente tout en gardant la fraîcheur de l’héroïne. Sa prière, préparation au martyre, au IV, au cantabile fervent, est un moment fort. <strong>Julien Henric</strong>, dont l’aisance croît au fil des productions, est Ismaël. L’égalité des registres, les aigus souples, la longueur de souffle, la générosité servent à merveille le personnage, ardent. <strong>Stephano Park </strong>impressionne en Grand-prêtre de Belos&nbsp;: un Zaccaria en devenir, tant les moyens en imposent. Anna est confiée à <strong>Camille Chopin</strong>. Si l’excessive projection qu’elle s’impose au début altère son émission dans l’aigu, sa prestation demeure de grande qualité. Enfin, <strong>Blaise Rantoanina </strong>nous vaut un Abdalla, qui nous fait regretter la brièveté de ses interventions. Les ensembles, complexes, qu’ils soient enfiévrés, tendus, vengeurs ou plaintifs, sont restitués avec un sens dramatique constant, équilibrés, justes.</p>
<p>Magistrale est la direction, insufflant une constante dynamique, des contrastes accusés, assortis d’une précision exemplaire. Sa gestion de la construction comme du moindre détail, son attention constante à chacun et à tous forcent l’admiration. On perçoit combien les instrumentistes ont adhéré à sa démarche. <strong>Yi-Chen Lin</strong>, découverte à Bregenz (<em>Tancredi</em>, en juillet dernier) est la cheffe qu’il fallait : beaucoup plus proche de l’héritage belcantiste que du placage wagnérien qui alourdit trop souvent ce Verdi de 1842. Sa gestique, toujours claire, précise, son engagement s’avèrent d’une redoutable efficacité.&nbsp;Elégiaque, la vivacité, la légèreté rossiniennes, des contrastes et des crescendi paroxystiques, l’orchestre, incandescent, virtuose, semble transcendé. On oublie les passages se prêtant au pompierisme, avec leur rythmique triviale, pour une force élégante : les ponctuations des cuivres sont intelligemment allégées. Les soli (violoncelle, cor anglais, harpe&#8230;) sont remarquables et le caractère chambriste accentué par la direction leur cisèle le plus bel écrin.</p>
<p>Les chœurs, essentiels, se signalent par leur engagement et leur cohésion. Tout juste aurait-on pu souhaiter davantage d’italianité des voix de femmes dans la page d’ouverture, ce qu’elles trouveront ensuite, la confiance aidant. Les Lévites sont remarquables de bout en bout&nbsp;: articulation, projection, ligne et nuances n’appellent que des éloges. Le chœur d’effroi du I, exprimant la panique des Hébreux à l’irruption des envahisseurs, est traduit avec une justesse dramatique rare pour une version de concert. La plénitude, la ferveur accablée du «&nbsp;Va pensiero&nbsp;», véritable hymne italien (2) est dans toutes les têtes. On retiendra bien sûr le chœur final, «&nbsp;Immenso Jehovah&nbsp;», non moins réussi que les précédents.</p>
<p>Le public, en communion avec les interprètes, leur réserve de longues et chaleureuses ovations.&nbsp;Chanteurs et instrumentistes hors pair, touchés par la grâce, solistes qui feraient oublier toute référence, orchestre incandescent, une production exceptionnelle (3), captivante de bout en bout, dont on regrette qu’aucune captation n’ait gardé trace, tant ce moment fort méritait d’être partagé.</p>
<pre>(1) Elle chantera de nouveau Abigaïlle cet été, à Sanxay. Sa participation à elle seule justifierait le déplacement. 
(2) Hymne à l’humanité et à la fraternité, beaucoup plus légitime que l’officiel « Fratelli d’Italia » aux remugles fascistes. Lors de la création, ce ne fut point ce chœur qui fut bissé, mais l’ultime « Immenso Jehova », non moins admirable. 
(3) Si nous avions été toulonnais, sans hésitation, nous serions revenus pour la seconde.</pre>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-toulon/">VERDI, Nabucco &#8211; Toulon</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-rouen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Jan 2025 16:59:45 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=181664</guid>

					<description><![CDATA[<p>A rebours de l’épure verticale, du noir et blanc, des jeux d’ombre et de lumière qui souvent prévalent, la nouvelle production de Dialogues des Carmélites à Rouen ose la couleur et la ligne courbe, éclaboussant de théâtre le chef-d’œuvre de Poulenc sans en trahir la lettre, accusant sa violence, lui insufflant dans le même temps &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-rouen/"> <span class="screen-reader-text">POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Rouen</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-rouen/">POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Rouen</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A rebours de l’épure verticale, du noir et blanc, des jeux d’ombre et de lumière qui souvent prévalent, la nouvelle production de <em>Dialogues des Carmélites</em> à Rouen ose la couleur et la ligne courbe, éclaboussant de théâtre le chef-d’œuvre de Poulenc sans en trahir la lettre, accusant sa violence, lui insufflant dans le même temps un élan, une continuité, un suspense même, qui trouve sa résolution dans la scène finale d’une grande force visuelle, aussi aboutie et originale que les précédentes. Les différents décors sont autant de perspectives ouvertes sur l’ouvrage. La projection sur le rideau de textes chargés de replacer l’œuvre dans son contexte historique contrebalance la transposition dans un univers contemporain. Etait-il nécessaire d’abuser du procédé ? Libre à chacun d’interpréter les<em> Dialogues</em> à sa manière. C’est une des rares faiblesses d’une approche iconoclaste mais stimulante. <strong>Tiphaine Raffier</strong> signe là sa première mise en scène d’opéra. Souhaitons que ce ne soit pas la dernière.</p>
<p>Du haut de son pupitre, <strong>Ben Glassberg</strong> adopte un parti similaire. Que de flamme, que de fureur dans cette lecture orageuse, à la façon d’un <em>Dies Irae. </em>Que de théâtre aussi dans l’impulsion donnée à la partition, la manière d’en exacerber les tensions, d’en surligner les arêtes, quitte à en négliger la tendresse et l’ascèse – la pudeur des sentiments, la ferveur des prières, la douceur méditative des interludes. Débordant de la fosse dans les loges de part et d’autre de la scène, l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen se jette vents et percussions debout dans ce qui s’apparente à une course à l’abîme. Le chœur de la foule gronde ; celui des Carmélites s’élève dans une belle alchimie de timbres.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues4-1-1294x600.jpg" />© Caroline Doutre</pre>
<p>Cette nouvelle production se distingue aussi par l’emploi de chanteurs francophones, condition souvent nécessaire et en l’occurrence suffisante à l’intelligibilité du texte. Tous font leurs premiers pas dans leur rôle (sauf erreur de notre part). Tous enrichiront leur interprétation au contact répété de la partition, mais tous confortent l’extrême de la proposition musicale et scénique. Blanche est encore large pour <strong>Hélène Carpentier</strong>. Le parler apporte parfois aux mots un poids, une couleur que le chanter ne parvient pas toujours à exprimer, ce qui n’empêche pas la soprano amiénoise d’imposer sa Novice, fébrile, déterminée, insubordonnée et finalement touchante dans sa quête d’absolu. Si la Lidoine fougueuse d’<strong>Axelle Fanyo</strong>, aux accents moins maternels que sauvages, est affaire de goût, la Croissy de <strong>Lucile Richardot</strong> ne peut manquer de surprendre, elle que l’on associe à tort au répertoire baroque, oubliant qu’elle fut Geneviève dans <em>Pelléas</em> à plusieurs reprises et se rêve Cassandre dans <em>Les Troyens</em>. A ce rôle de première prieure trop souvent confié à des voix en bout de course, elle offre au-delà d’un timbre troublant, une chair et un tempérament. Son agonie est de celles qui glacent le sang, sans abuser d’effets expressionnistes, effrayante et pitoyable dans sa chemise d’hospitalisation. <strong>Emy Gazeilles</strong>, Constance d’une fraîcheur qui n’est pas légèreté, et <strong>Eugénie Joneau</strong>, Mère Marie torturée aux aigus fulgurants apportent leur juste contrepoint à ce carmel au bord de la crise de nerf.</p>
<p>Auparavant, <strong>Jean-Fernand Setti</strong> a écrasé de sa présence et de sa projection le Marquis de la Force, au détriment du Chevalier de <strong>Julien Henric.</strong> Le jeune ténor, nommé dans les Révélations des Victoires de la Musique Classique 2025, gagne peu à peu en confiance pour finalement faire valoir dans le duo avec Blanche une ligne souple tracée d’une voix saine aux aigus habilement négociés. Parmi les autres seconds rôles, tous irréprochables si courte soit leur intervention, un mot pour l’Aumonier de <strong>François Rougier</strong> d’une probité exemplaire, dont la miséricorde n’est pas la première des caractéristiques, à l’image finalement de cette production de <em>Dialogues des Carmélites</em> à laquelle ne fait défaut qu’un seul constituant, omniprésent pourtant d’un bout à l’autre de l’ouvrage : Dieu.</p>
<p>Prochaines représentations à Rouen, les 30 janvier, 1<sup>er</sup> et 4 février 2025. Reprise à Nancy en 2026.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-rouen/">POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Rouen</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>SAINT-SAËNS, L&#8217;Ancêtre – Monte-Carlo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-lancetre-monte-carlo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=173464</guid>

					<description><![CDATA[<p>Deux ans après Déjanire, le Palazzetto Bru Zane et l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo poursuivent leur fructueuse collaboration en présentant un autre opéra de Saint-Saëns composé pour Monaco : L’Ancêtre. Derrière ce titre énigmatique se cache une intrigue qui relèverait presque de l’esthétique naturaliste, à l’instar de la Navarraise de Massenet, si elle n’était pas composée &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-lancetre-monte-carlo/"> <span class="screen-reader-text">SAINT-SAËNS, L&#8217;Ancêtre – Monte-Carlo</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-lancetre-monte-carlo/">SAINT-SAËNS, L&rsquo;Ancêtre – Monte-Carlo</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Deux ans après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dejanire-monte-carlo-entre-fidelite-et-renouveau/"><em>Déjanire</em></a>, le Palazzetto Bru Zane et l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo poursuivent leur fructueuse collaboration en présentant un autre opéra de Saint-Saëns composé pour Monaco : <em>L’Ancêtre</em>. Derrière ce titre énigmatique se cache une intrigue qui relèverait presque de l’esthétique naturaliste, à l’instar de la <em>Navarraise</em> de Massenet, si elle n’était pas composée d’éléments qui la rattachent plutôt au drame romantique. Comme dans <em>Roméo et Juliette</em>, deux familles se vouent une haine mortelle depuis plusieurs décennies. Alors que Tébaldo, le fils Pietra Néra revient des guerres napoléoniennes, l’ermite Raphaël invite les deux familles à se réconcilier et à abandonner la règle de la <em>vendetta</em> – Corse oblige. Mais Nunciata, l’aïeule des Fabiani (l’ancêtre du titre), refuse de suivre les conseils du prêtre d’un « non » catégorique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Au début du deuxième acte, elle apprend que son petit-fils a été tué par Tébaldo. Furieuse, elle appelle Vanina, la sœur du défunt, à se venger en tuant le meurtrier d’un coup de fusil. Problème : Vanina est éperdument amoureuse de Tébaldo, qui – autre problème – préfère la compagnie de la sœur de lait de Vanina, Margarita… Bien que témoin du bonheur de Tébaldo et Margarita, unis par l’ermite Raphaël au début du troisième acte, Vanina ne parvient pas à tirer sur Tébaldo et c’est donc Nunciata elle-même qui décide de porter le coup fatal. Hélas, « à demi-aveugle », elle vise mal et tue sa petite-fille Vanina. Un dénouement que n’aurait pas renié Victor Hugo et qui illustre l’aveuglement haineux de la vieille femme et, plus généralement, l&rsquo;essence tragique des haines interfamiliales.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’opéra est assez court (une heure et quarante minutes) et la caractérisation des personnages en pâtit quelque peu : difficile, surtout en version de concert, de s’émouvoir du destin de personnages si rapidement esquissés. Heureusement, la musique que Saint-Saëns a composée pour ce livret est inspirée ; le compositeur ménage des épisodes dramatiques très réussis, comme les imprécations de l’Ermite au moment où Nunciata refuse de renoncer à la <em>vendetta</em>, soutenues par un orchestre fiévreux qui rappelle les plus beaux moments de la partie du Grand Prêtre de Dagon dans <em>Samson et Dalila</em>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Notons également l’« air des abeilles » de ce même Ermite, où Saint-Saëns figure le bourdonnement des abeilles par des frémissements de cordes (on est le compositeur du <em>Carnaval des animaux</em> ou on ne l’est pas !), la prière fervente du chœur au premier acte et le duo très lyrique entre Margarita et Tébaldo qui referme ce même acte. Ce sont surtout les ensembles qui font forte impression dans la suite de l’œuvre, notamment le trio entre Tébaldo, Margarita et l’Ermite au troisième acte et, plus loin, le très original quatuor pour ténor, deux sopranos et une mezzo dans lequel Vanina et Nunciata commentent les échanges passionnés de Tébaldo et Margarita.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’orchestration de l’œuvre est par ailleurs très soignée : les couleurs mélancoliques de la clarinette accompagnent l’entrée de l’ancêtre (lointain écho à l’Andromaque des <em>Troyens</em> ?), avant de resurgir comme une réminiscence à la fin de l’œuvre. Le célesta fait une brève et séduisante apparition au début du troisième acte et la mort de Vanina est accompagnée par un quatuor à cordes éploré, avant que tout l’orchestre ne conclue l’œuvre par un épanchement lyrique passionné, d’une sensualité et d’une douleur renversantes.</p>
<p><figure id="attachment_173918" aria-describedby="caption-attachment-173918" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-173918 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/241006-LAncetre-credit-Frederic-Nebinger-Direction-de-la-communication-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-173918" class="wp-caption-text">De gauche à droite : Michael Arivony, Julien Henric, Hélène Carpentier, Jennifer Holloway, Gaëlle Arquez, Matthieu Lécroart   © Alice Blangero</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">Pour défendre cette partition oubliée, une équipe d’interprètes exceptionnels a été réunie. Leur engagement de tous les instants et leur soin amoureux porté à la musique de Saint-Saëns et au texte de Lucien Augé de Lassus donnent crédibilité et intérêt à cette résurrection. Déjà remarquée dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hulda-paris-tce-dor-et-de-sang/"><em>Hulda</em></a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-tribut-de-zamora-munich-berlioz-aux-anglais-gounod-aux-allemands/"><em>Le Tribut de Zamora</em></a>, la soprano américaine <strong>Jennifer Holloway</strong> prête sa voix à Nunciata, l’implacable aïeule de la famille Fabiani. Se tenant fière et glaçante derrière son pupitre, elle incarne la fureur aveugle du personnage avec beaucoup de sensibilité, un français impeccable et une voix impressionnante d’éclat et de vigueur. Le rôle pathétique de sa petite fille Vanina est tenu avec autant de pudeur que de frémissement par une <strong>Gaëlle Arquez</strong> épanouie, à l’aise sur l’ensemble de cette tessiture de mezzo qui sollicite aussi bien les graves que les aigus. Le verbe est cueilli avec précision et sa voix charnue confère au personnage un tempérament vibrant. On est même un peu déçu que le rôle ne soit pas plus étoffé ! Sa sœur de lait Margarita est quant à elle incarnée par <strong>Hélène Carpentier</strong>, soprano tout sauf léger, qui vocalise et joue la jeune première avec du caractère dans la voix et dans le ton.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans le rôle du porcher Bursica, ami de la famille Fabiani, <strong>Matthieu Lécroart</strong> fait montre de ses qualités habituelles, mais non moins rares ! On admire toujours chez lui cette clarté de la diction, cette homogénéité de timbre et cette franchise d’émission si appréciable dans le répertoire français. Face à lui, deux jeunes recrues épatantes. On avait déjà remarqué <strong>Julien Henric</strong> dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/magnard-guercoeur-strasbourg/"><em>Guercœur</em></a> et il expose en Tébaldo cette même voix aux aigus vaillants, avec une émission claironnante et beaucoup d’investissement dramatique et musical. Le rôle de ce jeune guerrier amoureux lui va comme un gant, car il sait se faire délicat dans les numéros tendres et insolent dans les passages plus vindicatifs. Enfin, nous découvrions le baryton malgache <strong>Michael Arivony</strong>, qui vient de quitter la troupe de l’Opéra de Vienne et qui a eu le même professeur de chant à Madagascar que Sahy Ratia. L&rsquo;artiste est souverain de timbre, de diction et de musicalité. Le phrasé est souple et élégant et, s&rsquo;il est peut-être un peu jeune pour avoir l&rsquo;autorité de l&rsquo;ermite Raphaël, il en a le panache. Un chanteur à suivre de très près !</p>
<p style="font-weight: 400;">À la tête d’un <strong>Orchestre philharmonique de Monte-Carlo</strong> très investi, le chef japonais <strong>Kazuki Yamada </strong>défend avec exigence et flamme cette partition méconnue de Saint-Saëns. Sa lecture est très cursive, modeste dans ses effets, mais toujours juste : la fraîcheur de l’instrumentation au début du premier acte est merveilleusement rendue et il met aussi bien en avant les effets d’orchestration plutôt conventionnels qui accompagnent des récitatifs quasiment gluckistes que les effusions aux harmonies plus troubles, lorgnant vers le postromantisme. Les choristes du <strong>Chœur philharmonique de Tokyo</strong> participent également, par leur investissement et leur maîtrise du français, à la réussite de cette interprétation marquante, qu’on a déjà hâte d’entendre au disque. En espérant que le partenariat entre Monte-Carlo et le Palazzetto Bru Zane ne s’arrête pas en si bon chemin !</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-lancetre-monte-carlo/">SAINT-SAËNS, L&rsquo;Ancêtre – Monte-Carlo</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
