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	<title>Francesco LANZILLOTTA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Francesco LANZILLOTTA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>PUCCINI, La Bohème – Vérone</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jul 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un espace aussi vaste que les Arènes de Vérone, difficile de se sentir au plus près des protagonistes et c’est avec un peu d’appréhension que nous abordons cette Bohème. Il aurait pourtant fallu faire confiance d’emblée à la fréquence de la programmation de l’opéra dans le festival depuis 1938 (80 représentations), car la belle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un espace aussi vaste que les Arènes de Vérone, difficile de se sentir au plus près des protagonistes et c’est avec un peu d’appréhension que nous abordons cette <em>Bohème</em>. Il aurait pourtant fallu faire confiance d’emblée à la fréquence de la programmation de l’opéra dans le festival depuis 1938 (80 représentations), car la belle mécanique de Puccini fonctionne à plein dans la nuit véronaise. Ma voisine s’essuie très régulièrement les yeux et nous pleurons pendant tout le dernier acte… La mise en scène d’<strong>Alfonso Signorini</strong> a été conçue en 2024 pour l’anniversaire de la mort de Puccini. Très classique, dans un esprit zeffirellien, elle se déploie sur un large plateau flanqué de deux avant-scènes aux extrémités, sur lesquelles évoluent des patineurs. Lesquels patineurs sont en fait des danseurs chaussés de faux patins qui glissent et élaborent des figures gracieuses ou faussement maladroites. On aperçoit rapidement de chaque côté, un jeune homme et une jeune femme qui flirtent à distance pour finir par se rejoindre et partir ensemble. Le tableau, très beau, ne manque pas d’attirer l’œil qui, par ailleurs, a beaucoup à faire. Car les figurants sont nombreux pour la sortie chez Momus où culmine la fréquentation du décor-rue, alors que se croisent, se parlent, se provoquent ou s’affrontent les protagonistes d’une population bigarrée. Tous les petits métiers de Paris semblent s’être donné rendez-vous sur les gradins ce soir, du vendeur de ballons au marchand de balais, perdus dans la masse des bourgeois chargés de cadeaux. Le Père Noël (en vert) a un double qui lui fait concurrence, deux funambules placés en miroir évoluent dans un cerceau placé en hauteur, certains agitent leur ruban comme des gymnastes de GRS. On pense beaucoup au boulevard du crime des <em>Enfants du paradis</em> et la profusion visuelle du chef-d’œuvre de Marcel Carné où l’on se perdrait à vouloir tout saisir. Il en va de même ici mais l’on s’en contente, emportés par la foule.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaBoheme_170726_EnneviFoto_FNH27729-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217657"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026</sup></figcaption></figure>


<p>Avant cela, on avait pu découvrir la chambre de Mimi sous les toits au-dessus de l’appartement des quatre artistes, dans une sorte de maison de poupées géante, où Mimi s’affaire à ses travaux d’aiguille (elle a même un sapin de Noël dans son petit réduit) alors que les quatre amis s’amusent et batifolent. L’idée de juxtaposer les espaces et de montrer une Mimi qui réfléchit aux tentatives d’approche de Rodolfo est très excitante et fait sens. Derrière les mansardes, des toiles peintes distendues nous montrent les rues parisiennes et les affiches sont des reproductions de réclames anciennes, pour une ambiance entre réalisme et évocation poétique. La direction d’acteurs est efficace et confère à l’ensemble des protagonistes un aspect très naturel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="800" height="534" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaBoheme_EnneviFoto_058.jpg" alt="" class="wp-image-217665"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026</sup></figcaption></figure>


<p>Dans le rôle de Mimi, <strong>Carolina López Moreno</strong> est magnifique de justesse, de timidité feinte, de courage et de noblesse. La voix est ample et charnue, le timbre subtilement moiré et d&rsquo;une autorité vocale impressionnante, qui confèrent encore plus de force à la jeune femme dont performance et personnage incarné inspirent tous deux le plus grand respect. À ses côtés, <strong>Yusif Eyvazov</strong> est un Rodolfo idéal, aux moyens immenses qui se bonifient au fil des années. Lumineuse et solaire, délicate et sensible, sa prestation vocale en impose et ravit les tympans sur toute l’étendue de la tessiture. On adhère pleinement à cet amoureux qui feint de se détacher de son aimée pour mieux s’abandonner à son retour et se laisser aller à son désespoir final.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaBoheme_170726_EnneviFoto_FNH27790-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217661"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026</sup></figcaption></figure>


<p>Formidable de légèreté et faussement superficielle, <strong>Enkeleda Kamani</strong> est une Musetta adorable, délicieuse quand elle feint la douleur au pied et se lance dans ses vocalises ébouriffantes, mais surtout magnifique tragédienne quand elle accompagne les derniers moments de la pauvre Mimi. Nous retrouvons avec plaisir à Vérone celle que nous avions tant appréciée à Nancy en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-nancy/">Violetta</a> et en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-eugene-oneguine-nancy/">Tatiana</a>. Autour de ce trio, les trois compères sont eux aussi superbes et parfaitement crédibles. <strong>Mihai Damian</strong> est un Marcello intense, à la fois histrion et amoureux jalousement irrésistible de tendresse quand il fait son ours mal léché. Au charisme scénique s’additionne une puissance vocale étonnante qui avait valu au baryton <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/mihai-damian-la-revelation-doperalia/">trois prix</a> au concours d’Operalia 2025. Infiniment touchant en Colline qui se décide à sacrifier son vieux manteau pour contribuer aux frais, <strong>Alexander Roslavets</strong> impose sa sombre voix toute de velours et <strong>Jan Antem</strong> cabotine superbement de sa voix bien timbrée en Schaunard dont on remarque surtout la diction impeccable. Du reste de la distribution, très équilibrée, on retiendra la verve comique de <strong>Nicolò Ceriani</strong> en Benoît inénarrable.</p>
<p>À la tête d’un orchestre en grande forme et en parfaite adéquation avec l’univers de Puccini, <strong>Francesco Lanzillotta</strong> parvient à sublimer la soirée grâce à une direction précise et fluide, sans fioritures mais avec un éclat tout particulier, qui contribue à rehausser les accents tragiques de la partition. Une soirée magique dont on se dit qu’elle est parfaite pour tous les publics, à commencer pour ceux qui assistent à un opéra pour la première fois. Et en termes de publics, les Arènes ratissent large (plus de 130 pays fréquentent les Arènes pendant le festival), considérant qu’il n’est jamais trop tôt pour se mettre à l’opéra (des spectacles sont proposés pour les moins de quatre ans et leurs parents). Cette année, les enfants ont également pu découvrir une production adaptée de <em>Turandot. Enigmi al museo</em> au printemps dernier. 2407 futurs amateurs d’opéra en culottes courtes avaient participé à l’opération. L’opéra a de l’avenir, c’est rassurant !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-verone/">PUCCINI, La Bohème – Vérone</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, Otello &#8211; Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-otello-liege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jun 2026 03:59:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Partons d&rsquo;un constat que l&rsquo;on espérera unanime : <em>Otello</em> est une œuvre impossible. Non qu&rsquo;elle soit déficiente ou mal pensée. C&rsquo;est au contraire sa perfection qui rend très difficile son rendu par les interprètes. Ce texte sculpté où chaque vers compte, cette orchestration étincelante, ce rythme dramatique impeccablement dosé, ces trois rôles vocaux hors norme : autant d&rsquo;éléments qui contraignent les artistes à une excellence constante autant qu&rsquo;épuisante. L&rsquo;opéra de Liège en fait l&rsquo;amère expérience : ne pas être à la hauteur expose, plus qu&rsquo;ailleurs dans le répertoire, à renvoyer le spectateur déçu vers ses chers enregistrements.</p>
<p>Non qu&rsquo;il n&rsquo;y ait de très belles choses dans cette production liégeoise. La mise en scène d&rsquo;<strong>Allex Aguilera</strong>, pour neutre et timide qu&rsquo;elle soit, n&rsquo;en propose pas moins de belles images, notamment à l&rsquo;acte III et dans le final. <strong>L&rsquo;orchestre de l&rsquo;opéra royal de Wallonie</strong> déploie de fantastiques couleurs, et la baguette experte de <strong>Francesco Lanzillotta</strong> guide ses instrumentistes avec sûreté et délicatesse, ménageant un équilibre parfait entre fosse et plateau. Les choeurs ont préparé leur partie avec beaucoup de soin, et, si on  n&rsquo;est pas dans les déferlements sonores d&rsquo;un Solti ou d&rsquo;un Karajan, l&rsquo;impact est bien là.</p>
<p>Mais <em>Otello</em> réclame beaucoup plus. Constatant que le livret est une mécanique parfaitement huilée, Allex Aguilera se contente d&rsquo;illustrer l&rsquo;histoire assez platement, superposant quelques belles images sur un décor de colonnes et d&rsquo;escalier qui reste le même les quatre actes durant. C&rsquo;est oublier que, aussi brillant soit un texte théâtral, il a besoin d&rsquo;un point de vue, d&rsquo;un angle, pour s&rsquo;animer. Et les chanteurs doivent être dirigés pour sortir de leurs sempiternels mains sur le coeur, poing fermé sur l&rsquo;épée ou genoux en terre. L&rsquo;ennui gagne irrésistiblement, ce qui est un comble quand on connait les avertissements du compositeur, dont le fameux « le pire ennemi du théâtre, c&rsquo;est l&rsquo;ennui ».</p>
<p>Au centre du texte d&rsquo;<em>Otello</em> se trouve la figure de Iago, qui a failli donner son nom à l&rsquo;opéra. C&rsquo;est lui qui met en branle toutes les parties de l&rsquo;intrigue, qui manipule chaque personnage à son insu. Il est là même lorsqu&rsquo;il n&rsquo;est pas en scène, et Verdi lui a consacré les pages les plus révolutionnaires de la partition. On regrette de l&rsquo;écrire, mais <strong>Roman Burdenko</strong> est loin du compte : la voix est plutôt petite et monochrome, la projection fait défaut, le texte est peu articulé. Pire, le chanteur ne semble à aucun moment croire vraiment à son personnage maléfique. Il se déplace sur scène avec indifférence, se contente de quelques gestes convenus, nuance peu son chant, bref, il passe à côté du rôle. Son <em>Credo</em> du deuxième acte tombe complètement à plat, malgré l&rsquo;accompagnement orchestral finement ciselé offert par Francesco Lanzillotta. Le cas d&rsquo;Otello est un peu différent : <strong>Luciano Ganci</strong> semble comprendre la nature volcanique de son personnage, mais seulement par moment. Cela nous vaut quelques éclats remarquables, des montées d&rsquo;adrénaline subites, suivies de passage à vide dont il est difficile de déterminer s&rsquo;ils proviennent d&rsquo;une fatigue vocale ou d&rsquo;un manque d&rsquo;investissement dramatique. Soyons de bon compte : l&rsquo;ensemble de la fin du III le trouve vaillant à souhait, et sa scène finale est très réussie. Sans doute le ténor n&rsquo;est-il qu&rsquo;au début de son parcours dans le rôle.</p>
<p>La Desdémone de <strong>Maria Teresa Leva</strong> commence doucement. Son duo la trouve fragile, presque minaudante. Elle s&rsquo;affirme dès le  deuxième acte, et encore plus au III, où ses longues lignes vocales « alla Tebaldi » font merveille, et elle termine l&rsquo;opéra sur une Chanson du Saule et un Ave Maria de toute beauté, où elle ose la fragilité et le silence. Le Cassio de <strong>Paride Cataldo</strong> est idéal de contraste avec le timbre un peu rugueux d&rsquo;Otello, c&rsquo;est vraiment la voix du bellâtre un peu naïf, tout à son hédonisme dont il ne mesure pas les conséquences. Tous les seconds rôles sont bien tenus.</p>
<p>Le bilan est donc loin d&rsquo;être entièrement négatif, mais l&rsquo;expérience liégeoise démontre une fois de plus que le rôle principal de l&rsquo;opéra est bien Iago, et que, si celui-ci vient à manquer, le spectacle est privé de sa force motrice.</p>
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		<item>
		<title>BELLINI, I Puritani &#8211; Turin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-i-puritani-turin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>De plus en plus fréquemment, hélas, qui s’engage à porter une œuvre à la scène s’autorise à s’affranchir des données factuelles qui la constituent, déconcertant ainsi les néophytes qui ont cherché à s’informer avant le spectacle, et décevant les attentes des connaisseurs venus retrouver un opéra qu’ils aiment tel que ses auteurs l’ont conçu. C’est &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>De plus en plus fréquemment, hélas, qui s’engage à porter une œuvre à la scène s’autorise à s’affranchir des données factuelles qui la constituent, déconcertant ainsi les néophytes qui ont cherché à s’informer avant le spectacle, et décevant les attentes des connaisseurs venus retrouver un opéra qu’ils aiment tel que ses auteurs l’ont conçu. C’est le constat que l’on peut faire au terme de cette représentation du dernier chef-d’œuvre de Bellini, <em>I Puritani</em>, que<strong> Pierre-Emmanuel Rousseau</strong> soumet à une interprétation déformante et contestable.</p>
<p>Ainsi le spectacle commence, au lever du rideau, par un long tableau muet. A jardin, une femme en robe bleue est immobile, dos au public, qui voit ce qu’elle regarde : le vaste espace intérieur d’une demeure au décor pseudo-gothique à la mode à l’époque de la création en 1835. Une femme est assise, qui semble lire. A quelques pas d’elle, une fillette en robe bleue gambade autour d’un cheval de bois. Au bout d’un temps que nous avons trouvé très long, la femme se lève et se dirige vers le fond de la scène, où elle ouvre une porte à deux battants coulissants qu’elle referme derrière elle. La fillette continue de gambader avant de se diriger vers la porte refermée, qu’elle ouvre, et on découvre avec elle  une alcôve occupée par un lit, au-dessus duquel la femme est pendue. Le tableau se prolonge logiquement par les funérailles, la défunte revêtue de blanc, peut-être sa tenue de noces, la fillette s’emparant du voile tandis que défile le cercueil au milieu de la génuflexion des hommes et des femmes de noir vêtus, accessoire récurrent qui relie indéfiniment la femme à l’événement traumatisant.</p>
<p>Le lecteur l’a compris, ce tableau ajouté a pour fonction d’expliquer au spectateur l’origine de la fragilité psychique d’Elvira : en se suicidant sa mère l’a abandonnée. Désormais elle vivra toute séparation comme un nouvel abandon et la disparition d’Arturo quelques instants avant leur mariage renouvelle le  traumatisme initial, au point que lorsqu’il reviendra elle ne parviendra pas à retrouver la raison et préfèrera le faire mourir avant de s’effondrer à son tour. Pierre-Emmanuel Rousseau impose donc au spectateur des épisodes et un dénouement différent de celui choisi par les auteurs. On est en droit d’estimer qu’il n’en avait pas le droit, même si ses intentions étaient bonnes. On peut aussi se demander si cette explication proposée, qui appelle le neurologue Charcot – dix ans en 1835 – à la rescousse contribue à augmenter le plaisir du spectateur. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le succès tonitruant de l’œuvre à la création était-il dû à son contenu dramatique ou à son essence musicale exaltée par des chanteurs exceptionnels, la fin heureuse couronnant la jubilation hédoniste ?  Est-il nécessaire de connaître les causes de la perturbation mentale d’Elvira pour se délecter de la forme mélodieuse que lui a donnée le compositeur ?</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/I-Puritani-Fiume-Ulivieri-PhMattiaGaido_4069-1000x600.jpg?&amp;cacheBreak=1778255123433" /></p>
<p>Pourquoi se fourvoyer ainsi quand la réalisation témoigne du talent du metteur en scène, qui signe aussi les décors, dans l’utilisation de l’espace, modifié, réduit ou augmenté par des panneaux descendus des cintres, qu’il s’ingénie à animer en montrant par exemple une livraison d’armes, ou un assaut étranger à l’œuvre, au risque là encore de biaiser les données car la forteresse n’est pas assiégée et ne l’a pas été, comme le suggère le début du troisième acte, où des morts jonchent çà et là l’espace, dans les éclairages sobrement efficaces de <strong>Gilles Gentner</strong>. Auparavant l’utilisation de pistolets pour le duel avorté entre Arturo et Riccardo donne lieu à un hiatus entre ce que l’on voit et les paroles des antagonistes. Il y aurait encore à parler du fameux voile, ici relique du passé quand dans l’œuvre il est présent précieux du fiancé, mais mettons fin à cet inventaire des modifications du livret pour nous redemander si elles augmentent le plaisir du spectateur. Le lecteur aura compris notre avis.</p>
<p>Fort heureusement, la réalisation musicale et vocale ne suscite ni perplexité ni réticence. Les chœurs, excellemment préparés, transmettent toutes les nuances liés à la spatialisation dans la scène initiale et  aux situations, préparation aux festivités, déploration, alerte, avec la précision et la cohésion nécessaires. Au premier acte, les musiciens de l’orchestre répondent aux sollicitations de <strong>Francesco</strong> <strong>Lanzillotta</strong> avec une générosité qui flirte parfois avec l’équilibre entre fosse et plateau, mais ils déploient de façon délectable la palette des couleurs et les rythmes dansants qui accompagnent l’annonce de la fête. Le chef fait entendre clairement les auto-références de Bellini à <em>Norma </em>et à <em>La Sonnambula</em>, et l’introduction du deuxième acte est un moment de pur bonheur, où le plaisir de la musique ainsi  ciselée n’est troublé par aucune interférence. Et l’ultérieur départ prématuré d’un pupitre ne pourra pas altérer la satisfaction globale dispensée par cette exécution musicale vibrante entre urgence et langueur.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/I-Puritani-Osborn-DelSavio-phMattiaGaido_4256-1000x600.jpg" /></p>
<p>Premier soliste à intervenir, le ténor <strong>Saverio Fiore</strong> donne au personnage de Bruno sa juste dimension d’adjuvant de Riccardo, qu’il écoute s’épancher et qu’il pousse à se dépasser. Riccardo, l’officier auquel le père d’Elvira l’avait promise, ne se résigne pas à perdre celle qu’il considérait comme sienne. Trac initial ? La projection de <strong>Simone Del Savio </strong>manque d’éclat et ce n’est que peu à peu que la voix exprimera sa plénitude. Il est vrai que le personnage est délicat à interpréter, entre confession sentimentale et virilité réaffirmée. Apparaissent ensuite Elvira et son oncle Giorgio, qui est la vraie figure paternelle, le père étant absorbé par son rôle dans la guerre contre les royalistes. <strong>Gilda Fiume</strong> est d’emblée cette figure féminine peu sûre d’elle-même et dont le rapport au réel semble problématique : alors qu’au dehors on chante et danse pour fêter son mariage, elle semble craindre un piège qui la contraindrait à épouser in extremis le prétendant préféré de son père. C’est l’artifice des scènes d’exposition qui informe le spectateur, et il revient à l’oncle d’expliquer à sa nièce comment il a convaincu son frère, pour préserver la fragilité psychique de la jeune fille, de consentir à ce qu’elle épouse celui qu’elle aime, un adversaire politique partisan de la royauté.<strong> Nicola</strong> <strong>Ulivieri</strong> prête au personnage sa stature protectrice et sa voix profonde, attributs nécessaires ici parfaitement en situation.</p>
<p>Gilda Fiume, donc, est aux prises avec ce personnage défini par son instabilité émotionnelle, qui la fait passer en un clin d’œil d’une vigilance inquiète à une terreur incontrôlée et qui ne trouve de réconfort que dans son amour exalté pour l’antithèse exacte de son père. Cette errance affective induit pour l’interprète la soumission à une écriture musicalement exigeante, tant dans l’étendue de la tessiture que dans les figures imposées. Gilda Fiume a les ressources vocales et techniques pour remporter l’épreuve brillamment. Si le personnage ne nous a pas ému comme d’autres fois, cela tient au parti pris de la mise en scène qui lui prête des accès de violence et fait d’elle la victime de sa propre histoire familiale alors qu’elle est exemplaire du sort des femmes dans cette société machiste. Elles dépendent du choix des hommes et elles ne sont pas au premier rang de leurs choix, comme le prouve l’ordre des priorités d’Arturo : sauver la reine est l’urgence prioritaire, Elvira attendra.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/I-Puritani-Fiume-Osborn-PhMattiaGaido_4190-1000x600.jpg?&amp;cacheBreak=1778255239348" /></p>
<p>Arturo, ce fiancé étrangement salué comme un héros par la population du fort commandé par les Puritains, est incarné par <strong>John Osborn</strong>. Le personnage a heureusement échappé à une relecture déformante et l’interprète, qui a le rôle depuis longtemps à son répertoire, en maîtrise à la perfection la moindre nuance. C’est une joie renouvelée de retrouver ce chanteur d’exception dans la plénitude de sa voix, qu’il cisèle en orfèvre virtuose, avec l’élégance qui le caractérise, et sa maîtrise accomplie des prérequis techniques du bel canto. Alors le temps se suspend, et l’on savoure encore et encore ce délié, ces portés, ces montées dans l’aigu qui tout en étant spectaculaires ne cessent jamais d’être de la musique. Merci l’artiste !</p>
<p>Réduits à la portion congrue par leurs rôles, <strong>Andrea Pellegrini </strong>a la sécheresse physique qui correspond peut-être à l’inexistence affective de ce père absent, que sa fille déteste peut-être sans se l’avouer. On retrouve avec plaisir, bien que trop brièvement, le timbre ambré de <strong>Chiara Tirotta</strong> dans le rôle d’Enrichetta, la veuve du souverain décapité, qui repousse d’abord noblement l’offre d’Arturo parce qu’elle le met en danger.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/I-Puritani-Tirotta-PhMattiaGaido_4264-1000x600.jpg?&amp;cacheBreak=1778255239348" /></p>
<p>Quelques huées et sifflets épars ont été vite engloutis par la houle des applaudissements qui, au final, ont salué longuement les interprètes, la palme revenant à Gilda Fiume et à John Osborn, ainsi qu’à Francesco Lanzillotta.</p>
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		<title>VERDI, Aida &#8211; Macerata 2021</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/verdi-aida/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Afin de pouvoir développer les fastes pharaoniques d’Aida à une époque où l’on ne pouvait imaginer s’en passer, des lieux scéniques de plein air ont été utilisés, notamment devant les Pyramides et dans plusieurs arènes et théâtres romains. Parmi ceux-ci, Vérone marque en 1913 un moment fondamental dans l’histoire des représentations de l’œuvre, en privilégiant &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Afin de pouvoir développer les fastes pharaoniques d’<em>Aida</em> à une époque où l’on ne pouvait imaginer s’en passer, des lieux scéniques de plein air ont été utilisés, notamment devant les Pyramides et dans plusieurs arènes et théâtres romains. Parmi ceux-ci, Vérone marque en 1913 un moment fondamental dans l’histoire des représentations de l’œuvre, en privilégiant son côté spectaculaire au détriment de l’intimiste.</p>
<p>Mais il y a eu bien d’autres lieux extérieurs à travers le monde qui ont accueilli <em>Aida</em>, et parmi ceux-ci le Sferisterio de Macerata occupe une place privilégiée. Cet espace sportif destiné au jeu de Pallone (jeu de balle), édifié par souscription publique et inauguré en 1829, est depuis devenu « polyvalent ». Susceptible de recevoir 3 000 spectateurs, il est fermé d’un côté par un ensemble de 104 loges couvertes disposées en arc de cercle sur deux étages, et de l’autre par un mur de 90 mètres de long sur 18 de haut garant d’une exceptionnelle acoustique permettant d’y donner des représentations d’opéra. Un festival lyrique y a été inauguré en 1921 avec <em>Aida</em>. Depuis, et malgré une interruption entre 1923 et 1967, une dizaine de productions différentes de l’opéra égyptien de Verdi y ont été représentées*.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Aida_Sferisterio_2021_1G9A7116-1-scaled-corr-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-202081"/></figure>


<p>La dernière de ces productions a été donnée en juillet-août 2021, lors de la 57<sup>e</sup> saison qui fêtait à la fois le centenaire du festival, et le cent-cinquantenaire de la création de l’œuvre au Caire. Un peu comme à Orange, la scène peu profonde et tout en largeur empêche l’installation de structures encombrantes. Le parti pris du décorateur <strong>Carles Berga</strong> a consisté à transposer l’action dans les années 1920, où archéologues et chercheurs de pétrole se disputent le désert. En ce qui concerne les premiers, le procédé est maintenant plutôt courant à l’opéra, comme on a pu le constater notamment avec <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-verone-big-bazar-techno/  2013" data-wplink-url-error="true">l’<em>Aida</em> de La Fura dels Baus (Vérone 2013)</a>, ou le <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mose-in-egitto-bregenz-legypte-antique-revisitee/"><em>Mosè in Egitto </em>(Bregenz 2017)</a>. Quant aux derricks, ils sont également souvent présents, notamment dans plusieurs productions de <em>Giulio Cesare in Egitto</em> de Haendel. Tout cela est un peu primaire et simpliste, et en l’occurrence est directement lié aux traces laissées dans notre imaginaire collectif par les aventures de <em>Tintin au Pays de l’or noir</em> et des <em>Cigares du pharaon</em>.</p>
<p>Ici, c’est bien sûr l’or noir qui gagne la bataille, et l’essentiel de l’action se déroule sur des dunes de sable et dans une raffinerie qui, grâce aux éclairages, arrive parfois à évoquer un temple antique. Les ennemis menacent de faire sauter l’installation, tandis qu’Aïda et Radamès meurent noyés dans une cuve de pétrole. Le pharaon est assimilable au roi Fouad I<sup>er</sup>, et sa fille, habillée à la dernière mode occidentale Art déco, tout à fait digne de figurer dans <em>Mort sur le Nil</em> ou dans <em>Miss Fisher enquête</em>.</p>
<p>Au demeurant, tout cela fonctionne plutôt bien, et même si ça n’a plus grand-chose à voir avec les intentions et le livret original, on se laisse porter sans déplaisir par cette transposition qui reste néanmoins un peu anecdotique. La metteuse en scène argentine <strong>Valentina Carrasco</strong>, longtemps associée à La Fura dels Baus, et dont on a pu voir à Bastille le <em>Nixon in China</em>, a soigné aussi bien les ensembles que les attitudes et la gestuelle des protagonistes principaux. On note que nombre de choristes portent des masques de protection, rappelant que la pandémie de Covid-19 était alors encore très active.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/5TABO-scaled-corr-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-202082"/></figure>


<p>La distribution regroupe des chanteurs plutôt aguerris à ces types d’emplois, mais pas toujours à ceux d’<em>Aïda</em>. <strong>Luciano Ganci</strong> (Radamès) a déjà abordé le rôle l’année précédente au Liceu. Sa voix, dont on avait regretté le caractère uniformément <em>forte</em> dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-liege/"><em>Adriana Lecouvreur</em> à Liège en 2023</a>, est bien adaptée au plein air, ce qui n’empêche pas de jolies nuances, surtout à partir du deuxième acte, et au dernier. <strong>Maria Teresa Leva</strong> (Aïda) montre déjà toutes les qualités vocales qui seront remarquées l’année suivante dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/turandot-verone-proche-de-lideal/">sa belle interprétation de Liù à Vérone</a>. On regrette un peu que l’Aïda de sa metteuse en scène, au lieu d’être la suivante d’Amnéris, soit une fois de plus une servante qui essaie de satisfaire tous ses caprices. Mais la cantatrice construit néanmoins le personnage avec beaucoup d’intelligence, au point de le rendre très crédible. La ligne de chant est agréable, et elle donne de très beaux moments, notamment aux troisième et quatrième actes. Certainement une grande Aïda en devenir.</p>
<p><strong>Marco Caria</strong> (Amonasro) interprète avec métier, et d’une solide voix de baryton, un personnage traditionnel de roi et de père. Reste l’Amnéris de <strong>Veronica Simeoni</strong>, qui est un peu le maillon faible de la production. Bien que chantant d’autres héroïnes verdiennes mezzo, elle n’a pas la couleur de voix adéquate, et celle-ci bouge dans les passages délicats, notamment au début du deuxième acte. Ses indéniables qualités plastiques et d’actrice ne peuvent faire oublier le fait qu’elle n’a pas vraiment les moyens vocaux du rôle. Et même si elle assure un personnage convaincant, elle manque vocalement d’ampleur, d’autorité et de véhémence. Les autres protagonistes sont bien dans la tradition, avec une mention spéciale pour la prêtresse prometteuse de <strong>Maritina Tampakopoulous</strong>, dont il conviendra de suivre la carrière. Une chorégraphie agréable à défaut d’être novatrice, et une direction précise et équilibrée quoiqu’aux cadences parfois un peu excessives de <strong>Francesco Lanzillotta</strong>, contribuent beaucoup à donner de l’assise à cette représentation nettement au-dessus de la moyenne, et dont la captation mérite donc de figurer dans les DVDthèques verdiennes.</p>
<p>* 1921, 1969, 1973, 1976, 1982, 1985, 1989, 2000, 2001, 2006, 2014, 2017 et 2021. Voir les passionnantes archives lyriques du festival : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.sferisterio.it/archivio-stagioni">https://www.sferisterio.it/archivio-stagioni</a></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/verdi-aida/">VERDI, Aida &#8211; Macerata 2021</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Busseto</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-busseto/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En expert des coûts des productions d’opéra, Verdi déplorait la décision prise à Busseto de l’honorer en édifiant un nouveau théâtre à son nom, parce que l’édifice serait onéreux et l’entreprise sans avenir. Néanmoins il y participa financièrement, par un don et par l’acquisition d’une loge. C’est dans cette bonbonnière de trois cents places que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En expert des coûts des productions d’opéra, Verdi déplorait la décision prise à Busseto de l’honorer en édifiant un nouveau théâtre à son nom, parce que l’édifice serait onéreux et l’entreprise sans avenir. Néanmoins il y participa financièrement, par un don et par l’acquisition d’une loge. C’est dans cette bonbonnière de trois cents places que le Festival Verdi 2025 présente la première version de <em>Macbeth, </em>celle qui fut créée à Florence en 1847.</p>
<p>D’emblée, le dispositif conçu de concert, on l’imagine, entre <strong>Manuel Renga</strong>, le metteur en scène, et <strong>Aurelio Colombo</strong>, qui signe décors et costumes, frappe par son importance si on le rapporte aux dimensions du lieu. L’ouverture de la fosse est invisible depuis les rangs d’orchestre, masquée par un large praticable dont les retours latéraux jusqu’au plateau augmentent l’espace disponible pour les déambulations des solistes. C’est ingénieux, de même que l’utilisation de grands rideaux permet les changements de lieu, les lumières d’ <strong>Emanuele Agliati</strong> contribuant à souligner avec les fumées de scène, parfois pesamment, les climats dramatiques. Le décor, outre le jeu des rideaux, change avec les accessoires, une niche carrée dans l’espace central cernant l’espace privé de Lady Macbeth, d’où elle peut rejoindre l’espace commun par un escabeau disposé à vue, et où surgira la vision effrayante lors du banquet. Certains détails restent sibyllins, comme les tracts ( ?) que se partagent les sorcières, ou les feuilles de métal, vigne, figuier, platane, main stylisée, aperçues de temps en temps.</p>
<p>On a noté, chez Manuel Renga, le respect étroit du texte, le jeu des personnages étant directement lié à ce qui est dit, par exemple quand Macbeth titube après la prédiction et que Banco le remarque. Manuel Renga porte-t-il la même attention à la musique ? Si la question se pose, c’est parce qu’il a donné à la chorégraphe <strong>Paola Lattanzi</strong> la latitude, pour nous excessive, de faire intervenir des danseurs, soit en groupe, soit seuls, même lorsque le découpage dramatique ne l’a pas prescrit, ce qui capte l’attention et la détourne de l’essentiel, le rapport entre le texte et la musique. Le talent des interprètes n’est pas en cause : il est indéniable et la chorégraphie surmonte bien l’écueil, de la répétitivité, même si l’entrée des esprits aériens en rampant a de quoi déconcerter. Mais ces présences et leurs évolutions, pour séduisantes qu’elles puissent être, nous ont souvent semblé gratuites et inopportunes. On s’est ainsi demandé si un déplacement de l’interprète de Macbeth n’avait pas pour but de tenter de s’imposer face à une animation parasite de son air « Pietà, rispetto, amor »</p>
<p>D’autant qu’elles s’ajoutent à celle, elle aussi souvent superflue pour le sens dramatique des scènes, de ces deux personnages féminins présents dès le début dont les voiles noirs pourraient être iraniens ou siciliens, dont on se demande encore quel lien ils entretiennent avec le déroulé de l’histoire, à part d’intriguer le spectateur. En revanche, le personnage mystérieux qui attire à lui le cadavre de Banco relève du surnaturel, mais la réalisation n’est-elle pas un peu trop « grand-guignol » ? Ainsi la réalisation oscille entre esthétisme – le cadavre du roi exposé façon Christ gisant – et obscurité – le panneau portant l’inscription en capitales VATICINIO, c’est-à-dire prédiction, dont on voit pas quelle précision il apporte à l’évidence.</p>
<p>Au-delà de ces aspects problématiques – comme l’étaient peut-être les costumes du chœur masculin pour le banquet, en décalage avec les tenues de soirée du chœur féminin, le choix de marquer les coupables de cet enduit qui de leurs mains homicides va s’étendre à leurs avant-bras – l’essentiel est dans la musique et dans les voix. Les élèves de l’Académie sont irréprochables, tant <strong>Melissa D’Ottavi</strong> en dame d’honneur de Lady Macbeth que <strong>Matteo Pietrapiana</strong>, domestique ou sicaire, ou encore <strong>Emil</strong> <strong>Abdullaiev,</strong> en médecin attentif, et évidemment <strong>Francesco Congiu</strong>, qui dans le rôle de Malcolm tient tête à Macduff, dans leurs échanges au dernier acte.</p>
<p>Ce Macduff est incarné par <strong>Matteo Roma</strong>, découvert il y a quelques années à Pesaro. Cherche-t-il à échapper à la case « tenore di grazia » où on l’enferme parfois ? Il donne à son air « Ah la paterna mano » une énergie virile certaine, comme si la colère était le seul sentiment à exprimer, et aussi  pour démontrer l’amplitude et la solidité de sa voix. C’est spectaculaire, impressionnant, et cela fait mouche sur le public. Attention toutefois à un certain relâchement dans la diction. <strong>Adolfo Corrado</strong> est attentif à la sienne, et la puissance de son émission, dans ce petit théâtre, lui fait camper de façon crédible et efficace Banco, le guerrier peu enclin à la spéculation qui ne comprend que trop tard le danger qui le menace.</p>
<p>Pourquoi le taire, la voix de <strong>Marily Santoro</strong> nous semble d’abord si claire qu’elle ne peut-être la Lady souhaitée par Verdi. Mais peu à peu, l’engagement de la chanteuse, son souci d’incarner le personnage, vont dissiper la réticence initiale. Sans doute les sons ne seront-ils jamais « laids » comme Verdi le souhaitait, jamais dans les joues ou dans la gorge, mais cela signifie que l’artiste use intelligemment de sa voix telle qu’elle est. Peut-être aurait-on aimé une scène de somnambulisme un peu moins expressionniste, mais le numéro est exécuté sans les excès de certaines. Le « Trionfai » est enlevé, brillant, même si la fluidité des volées ne subjugue pas. Globalement une bonne prestation, justement saluée au final.</p>
<p>Même succès pour <strong>Vito Priante</strong> pour ses débuts en Macbeth. Une fois Banco disparu, dont le volume et la profondeur de la voix pénalisaient un peu la sienne, ce chanteur scrupuleux cisèle son rôle et déploie ses moyens sans les forcer. Il semble très attentif à représenter l’évolution psychologique du personnage au gré de ses airs et gère au mieux son ampleur vocale en fonction de l’écriture du rôle.</p>
<p>Il est soutenu par la direction attentive de <strong>Francesco Lanzillotta</strong>, qui obtient de l’orchestre les sonorités alors « étranges », cordes doucereuses ou grinçantes, clarinette morbide, et des rythmes tranchants ou lancinants qui obsèdent. L’orchestre est vraiment le protagoniste duquel dérivent les autres et cette interprétation en est une saisissante preuve. Si la fosse est d’emblée dans le jeu, il faut aux artistes des chœurs un peu de temps pour que la précision du cercle des sorcières soit impeccable, et on l’aurait aimé plus discordant, mais le chœur masculin est irréprochable.</p>
<p>Succès pour tous, le public international étant pour la plupart conquis d’avance, dans sa joie d’être à Busseto !</p>
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		<title>ROSSINI, Guillaume Tell &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-guillaume-tell-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le programme de salle de ce Guillaume Tell, quatre pages sont consacrées à deux peintres suisses, Ernest Biéler (1863-1948) et Ferdinand Hodler (1853-1918). De ce dernier sont reproduites trois toiles ; l’une, intitulée Regard dans l’infini, représente une suite de femmes sculpturales moulées dans d’identiques tuniques bleues, en regard de laquelle est accolée une maquette &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le programme de salle de ce <em>Guillaume Tell</em>, quatre pages sont consacrées à deux peintres suisses, Ernest Biéler (1863-1948) et Ferdinand Hodler (1853-1918). De ce dernier sont reproduites trois toiles ; l’une, intitulée <em>Regard dans l’infini</em>, représente une suite de femmes sculpturales moulées dans d’identiques tuniques bleues, en regard de laquelle est accolée une maquette des costumes directement inspirés par le tableau. <strong>Bruno Ravella</strong>, le metteur en scène du spectacle, le déclare d’ailleurs : il a voulu, avec ses collaborateurs, « recréer l’atmosphère des peintures de Hodler…comme si les personnages sortaient d’un livre d’images ». Pourquoi pas, et la dernière scène avant le rideau final montre Tell juché sur un rocher qui s’élève, tel le socle d’une statue, dans l’attitude du tableau de Hodler visible au musée de Solothurn.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" title="hodler-regard-infini" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/hodler-regard-infini.jpg" alt="" />Ferdinand Hodler - Regard dans l'infini © DR</pre>
<p>Le problème, pour nous, c’est que Bruno Ravella s’est trompé de peintre : la tenue uniforme des femmes peintes ne peut pas convenir un instant, car elle est contraire à l’esprit de l’œuvre ! Pourquoi Guillaume Tell est-il devenu légendaire ? Parce que ce personnage, en réussissant à unir des gens différents, à transformé l’histoire. L’uniformité des costumes des Suisses, tant masculins que féminins, donne l’ impression que l’unité existe alors que le drame va montrer sa réalisation. Mais cette impression découle d’une confusion entre unité et uniformité. La réussite de Tell, c’est la fédération des différences, car c’est elle qui a permis la révolution<em>. </em>Ernest Biéler,* dans <em>Le triomphe de Tell</em>, tableau présent dans le programme, le montre à l’évidence : on peut y voir, côte à côte, un fromager, un bûcheron, un pâtre, – qui symbolisent les trois cantons – des êtres distincts dont la volonté et la ténacité de Tell ont obtenu qu’ils se fédèrent. N’est-ce pas l’essentiel de ce que l’œuvre nous dit aujourd’hui, associer nos diversités pour mieux vivre ensemble et résister aux forces de division ?</p>
<p>Dès lors, si l’on n’est pas familier de l’œuvre de Ferdinand Hodler, comme c’est notre cas, on va sûrement passer à côté d’intentions et du même coup ne pas appréhender la réussite artistique de la réalisation. Bornons-nous à dire que souvent nous avons éprouvé une impression de fadeur visuelle qui contrastait avec l’ardeur musicale et vocale, impression que ne corrigeaient pas toujours les lumières de Christopher Ash, pourtant plutôt soignées, et aussi spectaculaires que souhaitable pour la tempête sur le lac. Les décors participaient-ils de cet hommage à Ferdinand Hodler ? Très probablement, du lac entouré de montagnes au lever de rideau, à la forêt étrange où tous les arbres semblent morts et dont une partie est masquée par  un rideau de feuillage présent à l&rsquo;avant-scène côté cour cour dont le rôle dramatique nous a échappé. L’avancée des hommes portant les bancs de bois, l’attitude des femmes pendant la tempête, les évolutions d’une chorégraphie laborieuse, autant d’images esthétiques mais d’un faible impact dramatique, sont cependant rachetées par le traitement de certaines scènes, dont celle de la pomme, émouvante comme on l’attend, ou celle de l&rsquo;attente d&rsquo;Hedwige au dernier acte.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Guillaume-Tell_Pregenerale-@Carole-Parodi_Opera-de-Lausanne-16-1000x600.jpg" alt="" />© Carole Parodi</pre>
<p>L’émotion, c’est la réponse du spectateur à ce qu’il voit et à ce qu’il entend. Il aurait mieux valu commencer par « entend », car l’ouverture est jouée à rideau fermé, Dieu merci. Au plaisir de réentendre une musique aimée, s’ajoute celui d’une exécution ciselée qui en expose la beauté et la renouvelle, les accents beethovéniens, l’usage du leitmotiv, le pépiement de la flûte duquel va sourdre le ranz des vaches, l’expansion mélodique et sonore qui fait planer, majestueuse et déliée, le déchaînement des trompettes qui renvoie dans les cordes le déchaînement du <em>Freischütz</em>, c’est un monde que Rossini nous offrait et que les musiciens de l’Orchestre de chambre de Lausanne nous offrent à nouveau superbement. La direction de <strong>Francesco Lanzillotta</strong>, très précise, aurait dû par instants tenir davantage compte des chanteurs, légèrement couverts, mais il s’agit d’un équilibre de funambule entre l’écriture prévue pour un effectif plus important – mais pour des instruments souvent moins puissants- et l’acoustique impitoyable de l’Opéra. La version proposée n’est pas intégrale, mais si l’on entend par là toute la musique écrite par Rossini, il suffira de dire que lui-même en avait retranché au lendemain de la première.</p>
<p>Ces plaisirs renouvelés s’accompagnent dans cette exploration d’orfèvre de découvertes, comme les échos d’une mélodie de <em>La donna del lago </em>dans le premier tableau, ou ceux de l’orage du <em>Barbiere</em> dans la tempête, ou le soupçon que Delibes s’est souvenu dans <em>Lakmé </em>de l’air de Mathilde « Pour notre amour plus d’espérance ». Plaisir aussi que cette impression d’aventure que donne le toupet de Claude Cortese, le nouveau maître de maison, en alignant huit prises de rôle, probablement un record ! Et plaisir final de se dire que tous comptes faits, le pari est gagné !</p>
<p>Il y a d’abord, dans l’ordre de l’ apparition vocale des solistes, Ruodi le pêcheur. <strong>Sahy Ratia </strong>atteint les notes les plus élevées mais ne semble pas les émettre facilement, probablement la fatigue d&rsquo;un soir. En revanche le Guillaume Tell de <strong>Jean-Sébastien Bou </strong>est manifestement en forme, et s’il semble parfois forcer c’est pour passer l’orchestre ; la voix est pleine, ferme, étendue, et le personnage complètement incarné, de l’insatisfaction de devoir subir l’oppression, l’inquiétude des défections, la défiance envers les tièdes, la volonté obstinée, la tendresse du père et de l’époux, à la foi profonde, inaltérable. Le chanteur se double d’un comédien convaincant et ce coup d’essai est un coup de maître. <strong>Géraldine Chauvet </strong>a déjà chanté Hedwige et, aussi maternelle et digne qu’il convient, elle assure ce soir avec maîtrise ce rôle ingrat. La surprise vient de l’interprète de Jemmy, <strong>Elisabeth Boudreault</strong>, une Canadienne menue qui se coule dans la peau du garçonnet mais dont la voix n’a rien de débile, bien au contraire, les aigus sont faciles et lancés avec vigueur et l’engagement scénique ne laisse rien à désirer, passant du primesautier au grave, confirmant ses récents succès dans l’hexagone.</p>
<p>Pour Arnold, <strong>Julien Dran </strong>relève le gant avec panache ; il exprime avec la minutie qu’on lui connaît toutes les nuances des sentiments du personnage, le doute, l’espoir, la douleur, avec une ardeur vocale généreuse, et cette diction si soignée qu’elle rend inutile le surtitrage. La voix est étendue et la tessiture du rôle ne lui pose pas de problème notable. Dramatiquement il ne semble pas toujours très à son aise, mais cela n’a rien de rédhibitoire. En revanche il devrait  être attentif à une tendance prononcée de surarticuler certaines lettres, ce qui le conduit par exemple à quadrupler les « r » roulés quand deux suffiraient, et quand cela se répète cela finit par empeser le port de voix. Son père, le vieux Melcthal, arbore un complet de notable campagnard assez ambigu car ce costume blanc peut tout aussi bien représenter « la probité candide » que l’uniforme d’un vieux beau. Le personnage est tué à la fin du premier acte, ce qui permet à son interprète de se glisser dans la peau du conjuré Walter Furst au second, <strong>Frédéric Caton </strong>offrant au vieillard une élégance inattendue et au deuxième une hargne en situation.</p>
<p>On retrouve avec plaisir <strong>Marc Scoffoni</strong>, pour son premier Leuthold, personnage dramatique dont il exprime la révolte et la douleur avec l’intensité contrôlée qui convenait à la scène de la création et qui reste de mise aujourd’hui. Le Rodolphe de <strong>Jean Miannay</strong>, autre prise de rôle, manque un peu d’intensité pour révéler toute la veulerie du personnage, dont le sadisme s’abrite du paravent de l’autorité qu’il représente.</p>
<p>Quand apparaît Mathilde, son apparence ne révèle guère son statut princier. Non qu’on prétende qu’elle apparaisse avec un diadème, mais sa tenue paraît bien sobre. Est-ce un préavis de son dédain des interdits de sa caste, qui ira jusqu’à épouser la cause de Guillaume Tell ? Quoi qu’il en soit, elle apparaît bien comme une femme amoureuse à l’instar de celles de Corneille, de celles qui préfèrent la vertu à tout autre tentation. Cette noblesse d’âme, alliée en elle à la noblesse de la lignée, <strong>Olga Kulchynska </strong>s’efforce de l’exprimer ; mais sa voix, riche et généreuse, ne parvient pas toujours à s’alléger suffisamment et les aigus quand ils sont donnés en force ne sont pas très agréables. Car quoi qu’on en dise, si Rossini écrit pour l’Opéra de Paris, il n’a pas renoncé à écrire pour des chanteurs qui modèlent leur émission d’après son enseignement, à commencer par la créatrice du rôle, Laura Cinti-Damoreau. Le potentiel vocal est indéniable, il gagnerait à se plier plus encore aux subtilités rossiniennes. Cela dit, la prestation est somme toute très satisfaisante, et la tenue en scène d’une sobriété de bon aloi.</p>
<p>Le dernier soliste à venir sur le plateau est le gouverneur sanguinaire contre qui la princesse Habsbourg s’élèvera. <strong>Luigi De Donato </strong>est-il encore prudent ? Il ne nous aurait pas déplu de le trouver encore plus sardonique, mais tel qu’il est, le personnage est déplaisant en restant dans les marges de la bienséance, on sait gré à Bruno Ravella de nous avoir épargné les scènes de viol trop souvent d’obligation. La voix est ferme, bien conduite, c’est du beau chant, à notre goût un rien trop peu mordant. Mais c’était une prise de rôle !</p>
<p>Prise de rôle collective pour les chœurs, qui sont les premiers et les derniers à intervenir. On aurait aimé parfois entendre de plus nettes différences entre les chœurs des soldats, des chasseurs, des Suisses, mais outre le soin apporté à réaliser les effets de lointain ou la spatialisation par l’utilisation des loges d’avant-scène, on ne peut que se joindre aux longs applaudissements qui ont salué ses membres et son chef, Alessandro Zuppardo.</p>
<p>Des places étaient restées vides, d’autres se sont vidées à l’entracte, sans que l’on ait compris pourquoi. Le spectacle sera filmé les 11 et 13 pour une diffusion ultérieure sur RTS1, Arte, TV5 et RTS Espace 2.<br />
Même si le parti pris esthétique du metteur en scène, qui a conditionné costumes, décors et éclairages, peut être contesté, il est porté au bout avec constance et ne nuit pas à la réception musicale et vocale. Aussi votons-nous une prime à l’audace de tous ces débuts !</p>
<pre>* On apprend dans le livret de salle, sous la plume de Madame Natacha Isoz,  qu’un mécène français, pour remercier Lausanne d’avoir accueilli des soldats français lors de la guerre de 1870, légua à la Ville 50000 francs en 1906. Une partie de cet argent fut dévolue à la construction d’une chapelle dédiée à Guillaume Tell qui serait ornée de fresques célébrant le héros. La chapelle existe toujours mais les fresques, menacées par le temps, ont été mises à l’abri au Palais de Justice. Leur auteur ? Le peintre Ernest Bieler, dont nous parlons ci-dessus, et <em>Le triomphe de Tell </em>est l’une d’elles.</pre>
<p>.</p>
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		<title>ROTA, Aladino e la lampada magica &#8211; Martina Franca</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rota-aladino-e-la-lampada-magica-martina-franca/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jul 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 1926, l’année de la création de Turandot, Nino Rota a 15 ans et il compose un opéra, Il Principe porcaro* d’après un conte d’Andersen. C’est la manifestation d’un goût pour le fantastique qui ne le quittera pas, comme en témoignent Lo scoiatolo in gamba*, en 1959, sur un livret d’Eduardo di Filippo, et Aladino &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En 1926, l’année de la création de <em>Turandot</em>, Nino Rota a 15 ans et il compose un opéra, <em>Il Principe porcaro</em>* d’après un conte d’Andersen. C’est la manifestation d’un goût pour le fantastique qui ne le quittera pas, comme en témoignent <em>Lo scoiatolo in gamba*</em>, en 1959, sur un livret d’Eduardo di Filippo, et <em>Aladino e la lampada magica</em> créé en 1968 après deux années de composition – de 63 à 65 – suivies de retouches et de révisions jusqu’en 1967.<br />
Pourquoi un opéra et pourquoi choisir ce conte des Mille et une nuits ? Et pourquoi pas ? Le renom de Nino Rota comme compositeur de musiques pour le cinéma est tel qu’on ignore – en France – à peu près tout de sa contribution au genre lyrique. <em>Le chapeau de paille d’Italie</em> est considéré comme un heureux accident de parcours dans une carrière somme toute moins noble, car c’est un préjugé répandu qu’écrire pour le cinéma, c’est plus facile qu’écrire pour l’opéra. De là à penser que Nino Rota est un compositeur du second rayon il n’y a qu’un pas. Pourtant certains chefs d’orchestre se souviennent de leur confusion lorsque, appelés à diriger de la musique symphonique de Nino Rota sans avoir lu la partition, ils découvrirent la complexité de l’écriture.<br />
Car c’est une des découvertes que favorise la proposition du Festival de la Valle d’Itria, Nino Rota, à l’époque de la composition – et il semble que ce fut toujours vrai tout au long de sa vie de compositeur – n’a jamais suivi les modes, se bornant à écrire ce qui lui plaisait, prenant çà ou là des éléments à insérer dans son discours sans s’assujettir à une quelconque chapelle. Oui, on peut entendre tel fragment mélodique, tel accord, telle combinaison de timbres, qui vont rappeler Puccini, Gershwin, Bernstein ou Richard Strauss, mais on peut exclure l’intention d’imiter un filon. Plutôt, comme Rossini lui-même et plus tard Stravinsky, le réemploi de stylèmes dépourvus de signification intrinsèque mais adaptables à un contexte nouveau.<br />
Le découpage du conte donne une structure en trois actes. Au premier, Aladin est abordé par le mage maghrébin, qui lui raconte être son oncle et l’entraîne dans une quête mystérieuse au terme de laquelle le Génie d’un anneau magique aidera Aladin à échapper à la mort.  Au deuxième acte, alors qu’il va vendre la lampe pour se procurer de quoi subsister, sa mère la nettoie et un autre Génie apparaît, qui peut lui procurer tout ce qu’il peut désirer. Tombé amoureux de la fille du Roi il envoie sa mère la demander en mariage, et il aura satisfaction car le Génie de la lampe accumule les richesses exigées par le cupide souverain. Au troisième acte, alors qu’il est à la chasse, le méchant magicien revient dans l’intention de se rendre maître de la lampe. Il y parvient et transporte le palais et la princesse en Afrique. A son retour, Aladin désespéré invoque le Génie de l’anneau, qui le met en présence de la princesse, à laquelle il demande de séduire le magicien et de lui faire boire un narcotique. En fait il mourra, Aladin récupérera la lampe, et retournera avec son épouse au pays qui est le leur. Il reviendra au chœur d’enfants – dirigé par <strong>Angela Lacarbonara</strong> – qui avait ouvert la représentation de la refermer puisque le fil conducteur du spectacle est cet enfant qui s&rsquo;est attardé dans la bibliothèque à lire le conte d&rsquo;Aladin et qui s&rsquo;y retrouve quand il a lu tout le conte, environné des personnages auxquels sa lecture a donné vie.<br />
Une chose surprenante est la taille de l’orchestre. Nino Rota le voulait massif, et le spectacle de  l’effectif des musiciens du Teatro Petruzelli de Bari suscite chez notre voisin une exclamation : mais c’est berliozien ! Il faut également un chœur d’hommes, un chœur de femmes, un chœur d’enfants, autant dire que ce spectacle réclame beaucoup de moyens humains, ce qui influe sur le coût de la production. Est-ce pour cela que la mise en scène s’est privée d’outils techniques qui auraient pu rendre spectaculaires les épisodes de la caverne, les défilés à travers la ville ou le palais du Roi ? Et que les chœurs masculins et féminins restent invisibles dans les avant-scènes à jardin et à cour, une facilité pour la mise en scène, délivrée du souci de gérer les mouvements, et une économie pour les costumes ?<br />
Quand les fonds sont comptés l’inventivité doit seconder la sobriété. Conçu par <strong>Leila Fteita</strong>, un élément de décor unique percé de deux portes représente les rayons d’une bibliothèque publique entièrement garnis de livres du sol au plafond. Certains des panneaux de ce décor sont mobiles et permettront de dévoiler l’entrée de la caverne ou de révéler le palais magique. Au devant s’étend un plan incliné jusqu’à l’avant-scène qui sera l’espace de jeu. A jardin et à cour, deux espaces latéraux permettent l’apparition du chœur d’enfants, ou l’arrivée de personnages secondaires, les choristes adultes étant dans les caches aux deux extrémités de la scène.<br />
Des accessoires servent à caractériser les lieux et les étapes de l’action : tapis, cageots, pour la place du marché, meubles succincts pour le logis d’Aladin, baignoire et rideau tendu pour le bain de la princesse, coussins et tapis pour la palais du Roi. Petites déceptions,  pourquoi rassembler des brindilles, comme le demande le pseudo-oncle pour faire un feu qui ne s’enflamme pas ? Pourquoi les pierreries dont il est dit qu’elles sont énormes sont-elles invisibles ? Et pourquoi les plateaux précieux que l’orfèvre paie sans rechigner ne sont-ils pas plus grands et plus nombreux ? Le lecteur peut imaginer, mais le spectateur demande à voir !</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ALadino_Marco-Ciaponi_c-ClarissaLapollaph18092-1294x600.jpg" alt="" width="677" height="314" />
© Clarissa Lapolla</pre>
<p>Du récit de Shéhérazade l’adaptation a conservé l’essentiel, au prix d’ellipses qui peuvent déconcerter qui n’est pas informé des étapes du conte. Une bonne part de l’appréhension du récit par le public passe par les costumes. Leila Fteita renonce à l’option chinoise – le lieu où est censé se dérouler l’aventure –  et habille à l’orientale tous les personnages, avec des pantalons bouffants particulièrement réussis, et une touche d’excentricité particulière pour les deux génies, très colorés. Très réussie, grâce aux lumières de <strong>Francesco Siri</strong>, la première intervention du magicien maghrébin, qui fige les personnages par la puissance de son verbe.<br />
C’est <strong>Marco Filippo Romano</strong> qui l’incarne, donnant à sa voix la noirceur qui révèle celle de son âme, le mielleux du trompeur ou le rogue de l’autorité impatiente, jusqu’à la mièvrerie de l’amoureux berné ; s’il semble parfois à la corde pour les notes les plus basses, en revanche il est très à son aise dans le rôle du Roi, esclave de sa cupidité et de sa gourmandise, véritable marionnette du Grand Ministre. Cette versatilité confirme un talent bien connu.<br />
L’autre grand rôle est celui d’Aladin, incarné par le ténor <strong>Marco Ciaponi</strong>. Passée la légère déconvenue de ne pas voir l’adolescent espéré – car tel est le personnage du conte – on adhère à son engagement. L’écriture ne mettra vraiment en valeur l’étendue de sa voix que lors de ses effusions avec la princesse mais elle est homogène, la projection est bonne et les intentions expressives sont justes.<br />
Deux rôles féminins se détachent, celui de la mère et celui de la princesse, dans l’ordre de leur apparition. La première, incarnation de l’amour maternel, dévoué, indulgent et jamais tranquille avec un garnement comme Aladin, trouve en <strong>Eleonora Filipponi </strong>une interprète nuancée. La seconde, <strong>Claudia Urru, </strong>que la mise en scène soumet à une pantomime en ombre chinoise pour la scène du bain, révèle son lyrisme dans les scènes d’amour avec Aladin, l’écriture ne poussant jamais sa voix ronde dans ses retranchements.<br />
Les autres interprètes, <strong>Rocco Cavalluzzi </strong>en Grand Ministre et <strong>Omar Cepparolli</strong>, l’orfèvre, sont sans reproches, même si le second a semblé un peu fatigué. Bonnes prestations des compagnons de jeu d’Aladin, les trois ténors <strong>Pepe Hannan</strong>, <strong>Davide Zaccherini</strong> et <strong>Zachary McCulloch. </strong>Mention spéciale pour <strong>Anastasia Churakova </strong>dans le rôle de la servante agent momentané du destin de la lampe.<br />
Quant aux deux génies, leurs courtes interventions sont impeccables de tenue, tant pour <strong>Alexander Ilvakhin </strong>– l’anneau – que pour <strong>Giovanni Accardi – </strong>la lampe.<br />
Il serait particulièrement regrettable de ne pas mentionner les interventions chorégraphiques virtuoses d’ <strong>Emanuela Boldetti</strong> et <strong>Samuel Moretti </strong>; elles s’insèrent remarquablement dans le spectacle sans le moindre hiatus, ce n’est pas un mince exploit !<br />
<strong>Francesco Lanzillota</strong>, dont deux enfants chantent dans le chœur des voix blanches, aime manifestement cette partition, et c’est probablement le cas des instrumentistes, qui la font briller, des délicats accents de la harpe primitive aux accents menaçants et mystérieux aux abords de la grotte, cuivres étincelants qui annoncent le cortège de la princesse, brouhaha de la salle d’audience, solennité bruyante de la marche festive vers le palais, sombres accords de la tristesse de la princesse, le riche tissu mélodique et harmonique de la musique de Nino Rota est déployé avec amour.<br />
L’écriture vocale n’a pas pour objet de ressusciter le bel canto pas plus que l’écriture musicale ne cherche à reproduire le passé ou à se conformer à une actualité de son temps. Dans le conte, pour Nino Rota, le plus important n’est pas de dire quelque chose, mais de raconter. C’est pourquoi il est des niveaux de lecture différents, du divertissement pour enfants au récit initiatique à l’image de <em>La Flûte enchantée</em>, certains analysant les péripéties comme les étapes d’une initiation, une quête de vérité  libératrice car débouchant sur la lumière, à l’image d’Aladin qui retrouve le jour après être descendu aux Enfers. Quelle que soit la conclusion à laquelle on s’arrête, reste le plaisir d’avoir découvert l’intégralité d’une œuvre dont la France ne connaît encore que la version très largement abrégée qui fut donnée à Colmar, Mulhouse et Strasbourg à l’initiative de Vincent Monteil, ainsi qu’à Saint-Etienne et à l’Opéra-Studio – sauf erreur.</p>
<p><span style="white-space: pre-line;">*<em>Le Prince porcher / L&rsquo;écureuil astucieux</em></span></p>
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		<title>VERDI, I Lombardi alla prima Crociata &#8211; Parme (Festival Verdi)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-lombardi-alla-prima-crociata-parme-festival-verdi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Oct 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Voilà une soirée placée sous le signe des chevilles en vrac. En début de concert, le chef Francesco Lanzillotta rejoint son pupitre en béquilles et dirige toute l’œuvre assis, puis, à la fin de l’acte 1, le tomber de rideau se transforme en entracte improvisé : Michele Pertusi s’est blessé et terminera la représentation assis…&#160;Cela &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà une soirée placée sous le signe des chevilles en vrac. En début de concert, le chef <strong>Francesco Lanzillotta</strong> rejoint son pupitre en béquilles et dirige toute l’œuvre assis, puis, à la fin de l’acte 1, le tomber de rideau se transforme en entracte improvisé : <strong>Michele Pertusi</strong> s’est blessé et terminera la représentation assis…&nbsp;Cela ne l’empêchera pourtant pas de surnager dans une distribution pour le moins décevante.</p>
<p>La représentation d’une œuvre rare telle <em>Il Lombardi alla prima Crociata</em> (montée in loco pour la dernière fois en 2003 et 2009, déjà avec Michele Pertusi en Pagano !) suscite une certaine excitation. Las, le livret est loin d’être le plus réussi chez Verdi. Il faut dire que la tâche assignée à Temistocle Solera, consistant à créer une trame cohérente des 15 chants de Tommaso Grossi narrant les croisades des Lombards, relevait de la mission impossible.</p>
<p>Pagano avait tenté de tuer par jalousie son frère Arvino, qui avait eu le tort d’être préféré par Viclinda alors que Pagano la convoitait. Le voici de retour auprès de son frère quelques années plus tard, sous les traits du repenti. Mais Pagano est en réalité là pour se venger ; la vengeance échoue cependant et il tue son père au lieu de son frère. Rejeté par les siens, désespéré et repentant, le voici ermite alors que son frère part en croisade pour libérer Jérusalem. Giselda, fille d’Arvino et Viclinda, qui a été entre temps capturée par le tyran d’Antioche et enfermée au harem, tombe amoureuse du fils de son ravisseur, Oronte. Libérée par son père, elle le repousse pourtant, l’accusant d’avoir tué son amant. Elle fuit donc et se réfugie dans une grotte auprès d’un ermite (qui se trouve être … Pagano !) où elle est rejointe par Oronte. Mais le bonheur est de courte durée car Oronte est bientôt blessé à mort par les Lombards. Il expirera heureusement sauvé et béni par le bon ermite après avoir épousé <em>in extremis</em> la foi chrétienne. L’ermite aidera ensuite les Lombards à vaincre les mécréants avant de décéder lui aussi, révélant sa vraie identité, et trouvant à son tour le salut par son sacrifice.</p>
<p>Tout cela donne une histoire décousue, aux enjeux dramatiques bien lâches. Rien que le second acte regroupe trois tableaux dans 3 lieux différents (le palais du tyran, la grotte de l’ermite puis le harem).</p>
<p>La nouvelle production de <strong>Pier Luigi Pizzi</strong> renonce à affronter ces difficultés en misant sur un ascétisme certain. Le décor unique est très épuré, composé d’une estrade circulaire, dont l’utilité restera un mystère jusqu’à la fin de la représentation, mais qui sera source de gêne pour la circulation des protagonistes et du chœur. Le dispositif est complété d’un écran en fond de scène diffusant des vidéos permettant de situer l’action (palais, grotte dans le désert, harem…). Ces images purement utilitaires n’atteignent cependant ni en qualité ni en inventivité celles présentées par D-Wok pour <em>Il Trovatore</em> sur la même scène deux jours plus tôt. Pour le reste, le metteur en scène nonagénaire, qui vient saluer à la fin de la représentation, semble se contenter de régler l’entrée et la sortie des chanteurs. On ne pourra dénier une certain sens esthétique, avec l’utilisation des couleurs, du noir et blanc pour les Lombards, du bleu ou violet pour les musulmans ou des effets d&rsquo;ombres chinoises, mais cela semble mille fois déjà vu ; la seule idée un peu originale consiste à inviter sur scène des instrumentistes solistes, flûte et hautbois au premier acte puis violoniste et harpe, ce qui n’apporte rien sur le plan dramatique. Et l’on achèvera le spectacle sur un poncif, avec deux jeunes enfants qui apparaissent au final pour symboliser la réconciliation.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2555_LombardiAllaCrociata2023-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1696887179493">© Roberto Ricci</pre>
<p>Les réussites et l’inspiration sont heureusement davantage au rendez-vous du côté de l’orchestre et du chœur.</p>
<p>Le chœur d’un Teatro comunale di Bologna est de quasiment toutes les scènes, et semble aussi à l’aise dans les chants guerriers que dans le beau chœur patriotique du denier acte, qui rappelle que ces <em>Lombards</em> font suite à <em>Nabucco</em> et qui a valu un beau succès à Verdi lors de la création. On retrouve la rigueur rythmique, les sonorités jamais agressives et les beaux phrasés dont les artistes du chœur ont fait preuve tout au long du festival. Les orchestres Filarmonica Arturo Toscanini et Orchestra giovanile della Via Emilia réunis ce soir dans la fosse du Teatro Regio di Parma séduisent également par leurs couleurs chaudes et brillantes. La direction inspirée de Francesco Lanzillotta rend justice à la partition qui recèle bien des beautés, alternant airs avec cabalettes, ensembles, maintenant la pulsation du cœur verdien jusqu&rsquo;au pardon final.</p>
<p>Mais un Verdi de jeunesse ne saurait fonctionner sans des gosiers éprouvés qui peuvent rendre justice à une écriture qui conjugue les contraires, chant orné et un vrai héroïsme.</p>
<p>Silhouette longiligne soulignée par une robe longue fluide blanche, <strong>Lidia Fridman</strong> (Giselda) semble incarner la quintessence de l’héroïne romantique, pure et vaillante. Pourtant elle ne parvient pas à rendre totalement justice au profil vocal très exigeant du rôle. Si la voix est bien projetée et possède la vigueur suffisante dans les cabalettes guerrières, l’on recherche en vain toute trace d’italianité dans ce soprano à l’émission droite, un peu tubée et au timbre mat. Plus grave, le suraigu est parfois malaisé et la souplesse en berne, laissant la chanteuse russe en perdition dans la prière « Salve Regina », hérissée de notes arrachées et aigus craqués.</p>
<p>Son amant, Oronte (<strong>Antonio Poli</strong>), a pour lui un timbre riche et rayonnant, dans ce rôle qui a été interprété par les ténors les plus illustres, attirés par le tube « La mia letizia infondere » (on pourra notamment citer Pavarotti dans l’enregistrement datant de 1996 paru chez Decca). Pourtant ces qualités naturelles sont gâchées par une émission systématiquement en force et, là encore, une virtuosité limitée.</p>
<p>Malgré son accident scénique, Michele Pertusi (Pagano) n’a pas de mal à s’illustrer dans ces conditions. Si le timbre a quelque peu blanchi, la voix a gardé toute sa vigueur, sans vibrato particulier, et possède la profondeur nécessaire pour illustrer les failles de ce personnage complexe. On reconnaîtra au Arvino d’<strong>Antonio Corianò</strong> une vraie intégrité stylistique, compensant un volume sonore parfois limité.</p>
<p>Le reste de la distribution ne marque guère, ce qui est plutôt inhabituel dans le cadre du Festival Verdi, et finit de laisser un fort goût d’inachevé à cette soirée.</p>
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		<title>Franco Alfano &#8211; Risurrezione</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/franco-alfano-risurrezione-une-re-decouverte-servie-par-la-bouleversante-anne-sophie-duprels/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Apr 2021 04:23:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mary Garden avait créé l’œuvre à Chicago. Magda Oliveiro en a laissé un enregistrement. L’ouvrage a été donné plus de mille fois entre sa création – à Turin en 1904 – et le début des années cinquante, pour disparaître ensuite à de rares exceptions près (Vérone en 1981, Palerme 1990, Montpellier-Radio France en 2001, Wexford 2017 &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Mary Garden avait créé l’œuvre à Chicago. Magda Oliveiro en a laissé un enregistrement. L’ouvrage a été donné plus de mille fois entre sa création – à Turin en 1904 – et le début des années cinquante, pour disparaître ensuite à de rares exceptions près (Vérone en 1981, Palerme 1990, Montpellier-Radio France en 2001, Wexford 2017 et enfin Florence). Etrangement, le nom d’Alfano reste attaché à son achèvement de la <em>Turandot</em> de Puccini, alors que son œuvre lyrique se distingue le plus souvent du vérisme ambiant qui l’a vu naître. Contemporain de Respighi, Casella et Malipiero, né en 1875, formé à Leipzig et Berlin, influencé par Busoni et Strauss, mais aussi par Debussy et Rimsky-Korsakov, Alfano découvrit à Paris l’adaptation théâtrale de <em>Résurrection</em> de Tolstoï, due à Henri Bataille. La critique sociale et politique de l’écrivain russe est estompée, même si les oppositions de classe, une justice arbitraire, les traitements dégradants de la vie carcérale sont explicites. C’est avant tout un drame sentimental dont la figure essentielle nécessite un grand soprano lyrico-dramatique.</p>
<p>La mise en scène, signée <strong>Rosetta Cucchi</strong>, est reprise de la production du Festival de Wexford. Sa sobriété et la beauté de sa réalisation servent idéalement l’histoire. Les costumes, de <strong>Tiziano Santi</strong>, sont harmonieux, contrastés, variés, leur coupe et leurs couleurs n’appellent que des éloges. Quant aux lumières de <strong>Ginevra Lombardo</strong>, elles sont habilement ménagées.</p>
<p>Construite autour de la figure de Katioucha (diminutif de Caterina), rôle extrêmement exigeant, d’une présence quasi constante, l’intrigue la fait évoluer de la jeune fille amoureuse à la femme abandonnée, déchue, qui connaît une forme de rédemption ultime. Outre les qualités musicales, les capacités dramatiques sont sollicitées tout au long des quatre actes, les deux centraux pouvant être considérés comme les plus intenses. L’histoire est celle de cette jeune fille éprise du prince Dimitri Ivanovitch Nehlyudov (elle est au service de la tante du prince), et qui succombe à son charme. Au deuxième acte, enceinte, elle l’attend, la nuit, dans une petite gare russe où la neige tombe, et le voit arriver avec une autre femme. Le troisième se déroule dans une prison pour prostituées qui attendent leur déportation en Sibérie. Dimitri la visite, implore son pardon et lui propose de l’épouser. Elle s’emporte et délire, se remémorant les moments heureux de son passé. Au dernier acte, en Sibérie, elle refuse de nouveau d’épouser Dimitri, qu’elle aime toujours, pour refaire sa vie avec un prisonnier politique, Simonson.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="187" src="/sites/default/files/styles/large/public/risurrezione_1.jpg?itok=z3Kor4Bh" width="468" /></p>
<p>Comment ne pas penser au livret de <em>Siberia</em> (de Giordano), pratiquement contemporain, donné au Festival Radio France-Montpellier 2017, avec Sonya Yoncheva ? (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/siberia-giordano-montpellier-festival-un-authentique-chef-doeuvre">un authentique chef-d’oeuvre</a>). Si le cadre et les situations dramatiques sont proches, le traitement musical diffère sensiblement. Certes, comme Giordano, il colore son propos en puisant ponctuellement dans les musiques traditionnelles russes, mais Alfano va user d’un langage bien différent, très raffiné, magistralement orchestré, dont l’écriture vocale s’éloigne du vérisme : une prose rythmée pour un flux musical ininterrompu, contrasté. La plupart des mélodies sont brèves, avec, parfois, des inflexions modales. Peu d’ensembles (trois duos des amants, aux actes I, III et IV et un des deux hommes), mais de quelle qualité, de quelle vérité ! Le finale est poignant, où Katioucha refuse sa grâce (judiciaire) et renonce à épouser Dimitri, pour connaître une forme de rédemption parmi les détenus. Le duo des adieux, empreint de passion, tendre et exaltée, conduit à la « Risurrezione », où le panneau central s’ouvre sur un champ de blé, au travers duquel l’enfant et Katioucha vont se rejoindre pour s’éloigner ensemble vers un ciel rayonnant, associé au chant pascal écouté au début.</p>
<p>« Dio pietoso » arioso de Katioucha au deuxième acte est encore parfois donné en récital et le mérite pleinement. La force émotionnelle est renforcée par un orchestre traité magistralement, jusqu’à l’épuisement final. En évitant les outrances véristes, <strong>Anne Sophie Duprels</strong>  (qui l&rsquo;avait déjà donnée dans cette mise en scène, à Wexford) est cette victime innocente d’une série d’épreuves qui pourraient aisément tourner au mélodrame (séduction trahison, fausses accusations de meurtre qui la conduiront au bagne sibérien). Ici, la dignité comme la déchéance puis la rédemption de l’héroïne, rendus avec justesse, nous émeuvent et forcent l’admiration. Pourquoi ce grand soprano est-elle si rare ? La voix est puissante, bien timbrée, aux graves somptueux, au médium redoutable et aux aigus aisés. Les moyens sont là, comme l’endurance. Sa présence, son engagement sont exceptionnels. Elle défend l’ouvrage avec toute sa conviction. Dimitri, le Prince, est <strong>Matthew Vickers</strong>, solide et athlétique ténor américain, que l’on découvre à l’occasion de cet enregistrement. Noble, passionné, digne et généreux, son jeu et sa voix chaude, puissante et longue lui permettent de donner toute sa vérité au personnage. Outre ses duos, il se voit confier quelques airs, brefs et bienvenus, qu’il caractérise remarquablement (« No, non temer, mia bella tortorella » au I, « Piangi, si, piangi » au III…). Le baryton américain <strong>Leon Kim</strong> incarne Simonson, le condamné politique. Dans ses dialogues avec Katioucha, comme avec Dimitri, il porte le message moral de Tolstoï. Le rôle est relativement modeste et il est d’autant plus difficile de lui donner son épaisseur humaine. Son chant et son jeu y réussissent fort bien. Le timbre sans chaleur (mais sans doute est-ce délibéré : le personnage n’est pas un séducteur) sied bien à cette victime de l’arbitraire. La distribution est exempte de la moindre faiblesse et aucun des très nombreux personnages secondaires ne dépare (19 cités dans la distribution). Voulue par le compositeur, la présence discrète, ponctuelle et muette d’une enfant renforce la continuité et l’émotion entre les quatre actes.</p>
<p>L’orchestre dirigé par <strong>Francesco Lanzillotta</strong> s’y montre sous son meilleur jour : ductile, clair et homogène, avec de brillants solistes. Les évocations sont d’une grande beauté (le printemps de la passion, le froid, le train, la détention, puis l’inexorable désespoir du bagne, avant la rédemption). Certaines pages pourraient sans peine être extraites et figurer au concert tant les qualités d’écriture du jeune Alfano (il n’a pas trente ans à la création) sont manifestes. Les chœurs s’intègrent idéalement à l’action, brèves incises, qui campent un tableau, peignent une ambiance, animent une scène. Ceux du Mai musical florentin sont dignes d’éloges jusqu’à l’apothéose finale, « Cristo è risorto » [Christ est ressuscité !] entendu discrètement dès la première scène.</p>
<p>La force et l’efficacité dramatique du propos, la concision, le raffinement de l’écriture supportent sans peine la comparaison avec les qualités de Puccini. Alors, pourquoi ce silence ? Première vidéo de l’ouvrage, cette excellente production devrait convaincre nos programmateurs de la pertinence d’un tel projet.</p>
<p>Note : Par-delà le sous-titrage, en français entre autres, l’auditeur curieux trouvera le livret original sur le site <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.flaminioonline.it/Guide/Alfano/Alfano-Risurrezione21-testo.html">https://www.flaminioonline.it/Guide/Alfano/Alfano-Risurrezione21-testo.html</a></p>
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		<title>Elisabetta, regina d&#039;Inghilterra&#124;La Favorite — Bruxelles (La Monnaie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/the-queenking-and-herhis-favourite-bruxelles-la-monnaie-conditions-defavorables-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Mar 2021 03:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En mars 2021, La Monnaie avait prévu la création de Bastarda, un pastiche en deux soirées sur la vie d’Elizabeth I d’Angleterre fabriqué à partir des quatre « opéras Tudor » de Donizetti :  Elisabetta al castello di Kenilworth (1829), Anna Bolena (1830), Maria Stuarda (1834) et Roberto Devereux (1837). Les impératifs sanitaires ont contraint au report de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En mars 2021, La Monnaie avait prévu la création de <em>Bastarda</em>, un pastiche en deux soirées sur la vie d’Elizabeth I d’Angleterre fabriqué à partir des quatre « opéras Tudor » de Donizetti :  <em>Elisabetta al castello di Kenilworth</em> (1829), <em>Anna Bolena</em> (1830), <em>Maria Stuarda</em> (1834) et <em>Roberto Devereux</em> (1837). Les impératifs sanitaires ont contraint au report de cette fresque lyrique, désormais prévue au printemps 2023. A la recherche d’une solution de substitution, l’équipe en charge du projet a choisi de rester dans le même univers en accouplant <em>Elisabetta, regina d’Inghilterra</em> de Rossini et <em>La favorita</em> de Donizetti. D’un côté une reine, de l’autre un roi face à la solitude du pouvoir et aux tourments du cœur, ou comment les honneurs et la puissance n’autorisent pas forcément l’amour.</p>
<p>Encore fallait-il que cette nouvelle proposition n’enfreigne pas les sacro-saints gestes barrières. Orchestre masqué sur scène, chœur parqué dans la salle de répétition en liaison audio, chanteurs à bonne distance les uns des autres et l’inévitable streaming, qui est à la représentation d’opéra ce que l’apérozoom est à la réunion entre amis : on ne connaît que trop la chanson, ici écourtée pour « pouvoir faire l’impasse sur l’entracte » – mais pourquoi puisque les deux spectacles sont retransmis, <em>Elisabetta</em> du 11 au 18 mars et <em>La favorita</em> du 12 au 19 mars ?</p>
<p>Afin d’assouplir les rigueurs de la version de concert, <strong>Olivier Fredj</strong>, le metteur en espace, a introduit deux fillettes, uniques spectatrices d’histoires qui sinon se joueraient devant une salle vide. Maigre consolation et trait d’union artificiel entre les deux ouvrages. En dépit du travail sur l’expression, les lumières et la prise de vue, les numéros se succèdent épuisés de leur suc dramatique par les contraintes virales.</p>
<p>Reste une musique privée d’oxygène théâtral, que <strong>Francesco Lanzillotta</strong> à la tête des forces de La Monnaie parvient cependant à maintenir en vie. Le chef d’orchestre est un spécialiste de ce répertoire. Il dirigeait en 2017 la reprise de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/torvaldo-e-dorliska-pesaro-quand-le-mechant-est-bon"><em>Torvaldo e Dorliska</em> au Rossini Opera Festival</a>. Pesaro n’est pas loin puisque deux des interprètes d’<em>Elisabetta regina d’Inghileterra </em>se retrouveront dans ce même ouvrage sur les rives de l’Adriatique l’été prochain – du moins, on l’espère.</p>
<p>Caprice des distributions cependant, <strong>Salomé Jicia</strong> chantera Matilde quand la couronne d’Angleterre ici lui échoit. Abonnée depuis plusieurs saisons aux rôles dits Colbran (car écrits spécialement par Rossini pour celle qui deviendra son épouse), la soprano géorgienne apparaît sous son meilleur jour, réconciliée avec un vibrato que l’on a parfois trouvé envahissant et d’une intégrité vocale à toute épreuve, sans cependant l’intempérance qu’affectionne ce répertoire pour donner le frisson. Idem pour <strong>Sergey Romanovsky</strong> que seul l’air de Leicester au 2<sup>e</sup> acte met en danger. Outre l’absence de rupture sur une longueur satisfaisante et le timbre d’une matité caressante, le ténor russe sait ne jamais rudoyer la ligne. Le chant s’écoule avec un naturel appréciable. L’inverse de son rival, <strong>Enea Scala</strong> (Norfolk) qui cherche trop souvent passer en force, au détriment des nuances nécessaires à la subtilité du portrait. Inadéquation d’une voix à un rôle conçu à l’origine pour le ténor agile de Manuel Garcia ? Assurément si la remarque ne s’appliquait également à son interprétation de Fernando dans<em> La favorita</em>. Là pourtant Enea Scala se retrouve davantage dans son élément et il suffit que ses partenaires tempèrent sa vaillance pour que le personnage se dessine avec moins de brutalité.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/kq3.jpg?itok=DvKoTHY0" title="© Hugo Segers" width="468" /><br />
	© Hugo Segers</p>
<p>Le streaming a, entre autres inconvénients celui de priver les interprètes de la mansuétude du live. Les défauts, ô combien excusables dans la fièvre de l’action, deviennent pierre d’achoppement lorsqu’ils ne sont plus amnistiés par la magie de l’instant. Il n’y aurait que des éloges à formuler sur la Leonora de <strong>Raffaella Lupinacci</strong> si l’insuffisance du registre inférieur n’était soulignée par les micros et si, dans des conditions similaires, le disque ne donnait à entendre des Favorites habillées d’un velours autrement luxurieux. Tout au moins, apprécie-t-on chaque fois que nécessaire l’usage de variations comme ce répertoire l’exige (ce qui est moins fréquent dans les enregistrements plus anciens).</p>
<p>Au second plan, se détachent l’Alfonso blessé de <strong>Vittorio Prato</strong>, les vocalises réjouies de <strong>Valentina Mastrangelo</strong> en Inès et, surtout, dans <em>Elisabetta</em>, la Matilde incendiaire de <strong>Lenneke Ruiten</strong>. Il faut le chant libéré mais toujours contrôlé de la soprano néerlandaise, ses audaces et ses fulgurances pour retrouver l’espace d’un instant l’ivresse d’un monde affranchi des obligations covidiennes.</p>
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