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VERDI, La Traviata – Nancy

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Spectacle
27 juin 2023
Le deuxième souffle

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

La Traviata
Opéra en trois actes (1853)
Livret de Francesco Maria Piave
d’après le roman La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils

Production déléguée de la reprise
Opéra national de Lorraine
Coproduction
Opéra de Rouen Normandie

Coproduction initiale
Festival International d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence, Wiener Staatsoper, Opéra de Dijon et Théâtre de Caen

Détails

Mise en scène
Jean-François Sivadier
Scénographie
Alexandre de Dardel
Costumes
Virginie Gervaise
Lumières
Philippe Berthomé
Maquillage et coiffures
Cécile Kretschmar
Chorégraphie
Johanne Saunier
Assistanat à la mise en scène
Véronique Timsit

Violetta Valéry
Enkeleda Kamani
Alfredo Germont
Mario Rojas
Giorgio Germont
Gezim Myshketa
Annina
Majdouline Zerari
Flora Belvoix
Marine Chagnon
Gastone de Letorières
Grégoire Mour
Barone Douphol
Yoann Dubruque
Marquis d’Obigny
Jérémie Brocard
Docteur Grenvil
Jean-Vincent Blot
Commissionnaire
Benjamin Colin
Domestique de Flora
Marco Gemini
Giuseppe
Ill Ju Lee
Comédien
Florian Sietzen

Chœur de l’Opéra national de Lorraine
Chef de chœur
Guillaume Fauchère

Orchestre
Direction musicale
Marta Gardolińska
Assistanat à la direction musicale
William Le Sage

 

Nancy, Opéra national de Lorraine

Dimanche 25 juin 2023, 15h

En 2011, quand la production de cette Traviata avait été montée par Jean-François Sivadier au Festival d’Aix-en-Provence, il n’était question que de la diva Natalie Dessay : allait-elle parvenir à se sortir de ce rôle-culte de l’opéra dont elle n’avait pas la tessiture ? De futilités en vraies questions, tout tournait autour de la star française. Christophe Rizoud avait à l’époque vu pour Forumopera le spectacle donné à guichets fermés et avait plutôt bien apprécié la performance de la chanteuse et les talents de la comédienne tant sur scène que dans la captation restituée en DVD. Mais d’aucuns pensaient que sans la Dessay, la mise en scène n’avait pas lieu d’être. Pour avoir vu la captation du spectacle diffusé sur Arte, sans enthousiasme particulier pour ces gros plans qui se focalisaient surtout sur le personnage principal, littéralement monté sur ressorts, sorte de tornade obligeant tout un chacun à suivre le mouvement général, c’est avec une certaine surprise que nous avons appris la reprise de ce spectacle qu’on croyait définitivement remisé avec pour mémoire vive le film La Traviata et nous qui en retraçait la genèse, c’est-à-dire les répétitions à Aix.

Très impressionné par cette co-production d’Aix avec notamment Vienne, Caen et l’Opéra de Dijon dont il était à l’époque le collaborateur du directeur, Matthieu Dussouillez, aujourd’hui à la tête de l’Opéra de Lorraine, a décidé avec son équipe de renouveler l’aventure avec son metteur en scène d’origine, mais en choisissant une nouvelle distribution. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il s’agit d’une belle réussite impressionnante par l’intelligence du propos et la capacité à y inclure l’auditeur. Le spectacle gagne vraiment à être vu sur scène par rapport à la version filmée, tant il fourmille de trouvailles et bénéficie d’une vision d’ensemble, tout en étant un authentique produit de théâtre. La caméra, opérant des cadrages souvent très serrés, était un intermédiaire qui décidait pour le spectateur du filtre à appliquer et de l’attention précise à donner. Face à la scène dépouillée, aux formes épurées mais au fourmillement d’action et d’éléments signifiants, le spectateur dans la salle est laissé libre de choisir ce sur quoi il va fixer son attention, tout en ayant une vue globale, et cela change évidemment tout. Dire qu’un spectacle est avant tout de l’art vivant revient à enfoncer des portes ouvertes, mais justement, le dispositif scénique cherche à supprimer le plus possible de barrières entre le public et les chanteurs/comédiens, à commencer par le rideau de scène, pour aider à s’approprier l’histoire, mieux y croire et littéralement en faire partie. Et cela fonctionne. Dans sa note d’intention, Jean-François Sivadier expliquait chercher à préserver la part de mystère de l’opéra, à ne pas détruire la puissance d’imagination que la musique pouvait éveiller, entre autres questions essentielles pour tout amoureux respectueux de l’opéra comme œuvre d’art totale. Selon lui, c’est avant tout la musique qu’on met en scène et il ajoute que « la musique nous fait voyager au-delà de ce que l’on voit ». En supprimant toute inscription précise dans une époque donnée, en laissant le plateau quasiment nu, en montrant ce qu’est le théâtre sans subterfuges, on permet à la musique de libérer tout le pouvoir d’imagination qui la caractérise. Dans la synthèse visuelle opérée par tous les collaborateurs (décors, costumes, éclairages ou maquillage), l’économie de moyens consiste en fait en une épure qui ouvre sur tous les possibles. Il serait tentant de décrire par le menu les images mentales générées pendant les deux petites heures si denses vécues avec Violetta et son entourage, mais il appartient à chacun de laisser libre court à son propre imaginaire. Mentionnons toutefois à titre d’exemple l’effet puissamment violent produit par une toile figurant un beau jardin fleuri qui tout à coup s’effondre, s’agissant en fait d’un pendrillon toujours suspendu à ses fils, mais qui tombe brutalement sur le plancher, tout comme les nuages peints sur lesquels flottait Alfredo, qui chutent au moment où le jeune amoureux remet les pieds sur terre, confronté au réel de la déchéance de sa maîtresse. Les amateurs de métonymies et de synecdoques sont ici à la fête. On a ainsi très envie que cette production soit reprise un peu partout, tant elle sert l’œuvre. Et c’est une amatrice des fastes du Second Empire ainsi que des fastueuses reconstitutions historiques qui écrit ces lignes…

© Jean Louis Fernandez

Il fallait du courage pour reprendre le rôle de Natalie Dessay, tant la comédienne a imprimé sa marque sur cette production mythique. Et pourtant, la jeune et encore peu connue Enkeleda Kamani se tire admirablement de la gageure. Jamais elle n’essaie d’imiter sa prédécesseuse. Son interprétation est bien plus sobre, mais tout aussi efficace. Les débuts sont cependant un peu laborieux, quelques notes manquant à l’appel, et l’on s’inquiète pour la suite. Mais très vite, la soprano albanaise nous touche droit au cœur et déploie des moyens qui font d’elle une authentique Violetta au nuancier aussi ample que ses états d’âme, également convaincante dans sa détermination au sacrifice que dans la pureté de son amour ou le désarroi de son agonie, jusqu’à la révolte désespérée d’un « È tardi, attendo, attendo… » magistralement incarné. À ses côtés, le ténor mexicain Mario Rojas apporte soutien et stabilité : timbre agréable, aisance et capacité à restituer les émotions exacerbées de son personnage (en particulier les débordements de colère dus à la jalousie ou l’accablement face à la mort à l’œuvre). Difficile de succéder au baryton Verdi par excellence, à savoir Ludovic Tézier, Giorgio Germont de luxe à Aix. Néanmoins, Gezim Myshketa nous propose un père charismatique, tourmenté et à la personnalité complexe traduite par des intonations caressantes et un charme certain dans le legato comme dans les vaillances autoritaires, entrecoupées néanmoins de défaillances qui laissent à penser à une indisposition passagère du baryton albanais, tout en le rendant plus attachant encore. Des rôles secondaires, il en est un qui ressort nettement, celui de Flora, à qui l’élégante mezzo Marie Chagnon apporte une profondeur supérieure à la moyenne, dotée de beaucoup de noblesse et de grâce dans les gestes. Si les autres partenaires sont à la hauteur, on note aussi la délicatesse et la force empathique des qualités humaines déployées par la basse Jean-Vincent Blot, remarquable docteur Grenvil qui donne une épaisseur peu habituelle à un rôle d’habitude effacé.

Les chœurs sont impeccables et l’orchestre Opéra national de Lorraine, sous la conduite énergique de Marta Gardolińska, met simplement et sobrement en valeur la partition si riche du génial Verdi. Le public nancéien a fait un triomphe à ce spectacle qui cherche et trouve l’empathie. Et petit détail à noter : l’Opéra de Nancy a organisé cette année des ateliers du dimanche, donnant l’opportunité aux parents de faire garder les enfants de 4 à 10 ans le temps de la représentation, où des médiateurs leur ont proposé des activités ludiques et pédagogiques autour de l’opéra, dans le cadre d’une garderie pour le moins originale et pédagogique. On ne peut que se réjouir de ce genre d’initiative…

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La Traviata
Opéra en trois actes (1853)
Livret de Francesco Maria Piave
d’après le roman La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils

Production déléguée de la reprise
Opéra national de Lorraine
Coproduction
Opéra de Rouen Normandie

Coproduction initiale
Festival International d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence, Wiener Staatsoper, Opéra de Dijon et Théâtre de Caen

Détails

Mise en scène
Jean-François Sivadier
Scénographie
Alexandre de Dardel
Costumes
Virginie Gervaise
Lumières
Philippe Berthomé
Maquillage et coiffures
Cécile Kretschmar
Chorégraphie
Johanne Saunier
Assistanat à la mise en scène
Véronique Timsit

Violetta Valéry
Enkeleda Kamani
Alfredo Germont
Mario Rojas
Giorgio Germont
Gezim Myshketa
Annina
Majdouline Zerari
Flora Belvoix
Marine Chagnon
Gastone de Letorières
Grégoire Mour
Barone Douphol
Yoann Dubruque
Marquis d’Obigny
Jérémie Brocard
Docteur Grenvil
Jean-Vincent Blot
Commissionnaire
Benjamin Colin
Domestique de Flora
Marco Gemini
Giuseppe
Ill Ju Lee
Comédien
Florian Sietzen

Chœur de l’Opéra national de Lorraine
Chef de chœur
Guillaume Fauchère

Orchestre
Direction musicale
Marta Gardolińska
Assistanat à la direction musicale
William Le Sage

 

Nancy, Opéra national de Lorraine

Dimanche 25 juin 2023, 15h

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