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	<title>Alexander ROSLAVETS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Alexander ROSLAVETS - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BERLIOZ, La Damnation de Faust &#8211; La Côte Saint-André</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-la-damnation-de-faust-festival-berlioz-la-cote-saint-andre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Aug 2026 03:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La « légende dramatique », régulièrement détournée sous forme d’opéra (1) trouve ici une illustration visuelle convaincante. Sur le fond de l’immense scène, comme sur les côtés, de belles projections animées, correspondant idéalement aux didascalies de la partition, permettent à l’auditeur de se plonger dans l’action. Le réalisateur, anonyme, aurait pleinement mérité d’être mentionné dans le programme. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La « légende dramatique », régulièrement détournée sous forme d’opéra (1) trouve ici une illustration visuelle convaincante. Sur le fond de l’immense scène, comme sur les côtés, de belles projections animées, correspondant idéalement aux didascalies de la partition, permettent à l’auditeur de se plonger dans l’action. Le réalisateur, anonyme, aurait pleinement mérité d’être mentionné dans le programme.</p>
<p>Les moyens requis par la partition sont considérables (2). Ce n’est pas tant la démesure que l’usage le plus juste fait de chaque instrument, de leur subtile association, de chaque pupitre, qui caractérise <em>La Damnation de Faust</em>. L’alto solo, le cor anglais-hautbois – on connaît l’affection que leur portait le compositeur –, les trois flûtes, la petite harmonie, les cuivres, et bien entendu les cordes, sans omettre les nombreuses percussions, l’orchestre sera un régal quasi constant. La Marche hongroise réjouit par son énergie, son articulation et ses couleurs. Le tempo rapide, bienvenu, adopté à son début, va insensiblement perdre de sa vigueur, s’essouffler, mais les musiciens n&rsquo;en seront pas responsables… Le Menuet des follets, la Danse des sylphes seront de belle tenue. La fluidité des transitions n’appelle que des éloges, comme l’accompagnement des nombreux dialogues.</p>
<p>Pas moins de cent-vingt choristes ont pris place sur les gradins de fond de scène. Même si fédérer autour du chœur Spirito des chanteurs issus de nombreuses formations régionales fait partie de l’ADN du festival, l’énumération des formations participantes (3) engendrait d&rsquo;abord une certaine perplexité : comment l’amalgame allait-il fonctionner ? Le travail de <strong>Thibaut Louppe</strong>, fondé sur une expérience acquise de longue date, a porté ses fruits : le chœur s’est hissé à un niveau d’exception, rivalisant sans peine avec les formations professionnelles les plus prestigieuses. Homogène, puissant, articulé, dès la Ronde des paysans&#8230; Le Chœur des buveurs, la fugue sur l’Amen, dionysiaque et blasphématoire&#8230; il faudrait tout énumérer tant le plaisir est réel à chacune de ses interventions. Mentionnons l’excellence des hommes, souvent seuls et divisés, non seulement à quatre voix, mais aussi en deux chœurs distincts et éloignés. Faute d’avoir réuni « 200 à 300 enfants » comme le rêvait Berlioz (était-ce réaliste ?), le Chœur des esprits célestes sur lequel s’achève <em>La Damnation de Faust</em> est un moment où les voix féminines nous ravissent.</p>
<p>Les solistes appellent quelques réserves, malheureusement, donnant trop souvent l’impression de personnalités réunies pour la circonstance plutôt que celle d’une équipe complice.<br />
Commençons par oublier le gentil Brander, sous-dimensionné faute de moyens appropriés, confié à <strong>Arthur Dougha</strong>, dont la voix (projection, truculence) n’a pas encore la puissance requise pour l’espace du concert. <strong>Ambroisine Bré</strong>, appréciée par ailleurs, nous vaut une Marguerite gracieuse, sensuelle, mais à laquelle  la plénitude vocale fait aussi défaut. On cherche la poésie et le mystère de la Chanson gothique du roi de Thulé, mais la Romance (« D’amour, l’ardente flamme ») vaut pour le beau cor anglais autant que pour le chant, animé, juste, touchant.</p>
<p>Le Faust de <strong>Jérémie Schütz</strong>, dont le français porte la marque de ses origines germaniques, a l’émission vaillante, forte. La projection quasi constante (ainsi, le Chant de la fête de Pâques mériterait davantage de nuances, d’égalité de soutien) ne contribue pas à rendre le personnage crédible.<br />
A sa différence, la prononciation altérée que prête <strong>Alexandre Roslavets</strong> à Méphisto dérange moins, voire participe à l’étrangeté du personnage maléfique et roublard. Son incarnation, physiquement magistrale, est d’une intelligence vocale constante. Les moyens sont au rendez-vous et la caractérisation réussie, d’un tempérament de feu. Le duo, auquel il se joint à la fin de la troisième partie, demeure superficiel, inabouti, traduisant les faiblesses de la distribution.</p>
<p>Le geste de <strong>Mathieu Herzog</strong> est ample, sa direction sait se faire caressante comme bondissante, toujours attentive à chacun. Cependant, des moments de grâce voisinent parfois avec une lecture dépourvue de poésie comme de passion. Le lyrisme, la souplesse sont à chercher à l’orchestre et dans les chœurs.</p>
<p>Une très bonne soirée, malgré les déceptions, liées pour l’essentiel à une distribution hasardeuse, et une direction inégale. Après la romance de Marguerite, et une <em>Invocation à la nature</em> insipide, la quatrième partie nous enthousiasmera pour sa course à l’abîme, son <em>Pandaemonium</em> et son apothéose de Marguerite. Les chœurs et l’orchestre, qui auront rallié tous les suffrages, n’auront pas suffi à notre entier bonheur.</p>
<pre>(1) depuis 1893 où Raoul Gunsbourg osait cette adaptation, un an après avoir été nommé à Monte-Carlo par Albert 1er.</pre>
<pre>(2) 3 flûtes, dont 2 jouant du piccolo, 2 hautbois (dont un jouant le cor anglais), 3 clarinettes, dont une basse, 4 bassons, 4 cors, 2 trompettes, 2 cornets à pistons, 3 trombones, 2 tubas, 2 harpes, de nombreuses percussions (confiées ici à 3 percussionnistes), les cordes abondantes (ce soir, approximativement 14 violons I, 12 violons II, 8 altos, 8 violoncelles, 5 contrebasses.)

(3) Le Jeune Chœur de Lyon, le Jeune Chœur d’Auvergne, la Maîtrise de la cathédrale de Lyon, le Canterel de Lyon, le chœur Inspirations, l’Ensemble Imero, le Chœur régional d’Auvergne, le Conservatoire régional de Lyon et de Grenoble.

</pre>
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		<title>PUCCINI, La Bohème – Vérone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-verone/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jul 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un espace aussi vaste que les Arènes de Vérone, difficile de se sentir au plus près des protagonistes et c’est avec un peu d’appréhension que nous abordons cette Bohème. Il aurait pourtant fallu faire confiance d’emblée à la fréquence de la programmation de l’opéra dans le festival depuis 1938 (80 représentations), car la belle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un espace aussi vaste que les Arènes de Vérone, difficile de se sentir au plus près des protagonistes et c’est avec un peu d’appréhension que nous abordons cette <em>Bohème</em>. Il aurait pourtant fallu faire confiance d’emblée à la fréquence de la programmation de l’opéra dans le festival depuis 1938 (80 représentations), car la belle mécanique de Puccini fonctionne à plein dans la nuit véronaise. Ma voisine s’essuie très régulièrement les yeux et nous pleurons pendant tout le dernier acte… La mise en scène d’<strong>Alfonso Signorini</strong> a été conçue en 2024 pour l’anniversaire de la mort de Puccini. Très classique, dans un esprit zeffirellien, elle se déploie sur un large plateau flanqué de deux avant-scènes aux extrémités, sur lesquelles évoluent des patineurs. Lesquels patineurs sont en fait des danseurs chaussés de faux patins qui glissent et élaborent des figures gracieuses ou faussement maladroites. On aperçoit rapidement de chaque côté, un jeune homme et une jeune femme qui flirtent à distance pour finir par se rejoindre et partir ensemble. Le tableau, très beau, ne manque pas d’attirer l’œil qui, par ailleurs, a beaucoup à faire. Car les figurants sont nombreux pour la sortie chez Momus où culmine la fréquentation du décor-rue, alors que se croisent, se parlent, se provoquent ou s’affrontent les protagonistes d’une population bigarrée. Tous les petits métiers de Paris semblent s’être donné rendez-vous sur les gradins ce soir, du vendeur de ballons au marchand de balais, perdus dans la masse des bourgeois chargés de cadeaux. Le Père Noël (en vert) a un double qui lui fait concurrence, deux funambules placés en miroir évoluent dans un cerceau placé en hauteur, certains agitent leur ruban comme des gymnastes de GRS. On pense beaucoup au boulevard du crime des <em>Enfants du paradis</em> et la profusion visuelle du chef-d’œuvre de Marcel Carné où l’on se perdrait à vouloir tout saisir. Il en va de même ici mais l’on s’en contente, emportés par la foule.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaBoheme_170726_EnneviFoto_FNH27729-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217657"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026</sup></figcaption></figure>


<p>Avant cela, on avait pu découvrir la chambre de Mimi sous les toits au-dessus de l’appartement des quatre artistes, dans une sorte de maison de poupées géante, où Mimi s’affaire à ses travaux d’aiguille (elle a même un sapin de Noël dans son petit réduit) alors que les quatre amis s’amusent et batifolent. L’idée de juxtaposer les espaces et de montrer une Mimi qui réfléchit aux tentatives d’approche de Rodolfo est très excitante et fait sens. Derrière les mansardes, des toiles peintes distendues nous montrent les rues parisiennes et les affiches sont des reproductions de réclames anciennes, pour une ambiance entre réalisme et évocation poétique. La direction d’acteurs est efficace et confère à l’ensemble des protagonistes un aspect très naturel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="800" height="534" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaBoheme_EnneviFoto_058.jpg" alt="" class="wp-image-217665"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026</sup></figcaption></figure>


<p>Dans le rôle de Mimi, <strong>Carolina López Moreno</strong> est magnifique de justesse, de timidité feinte, de courage et de noblesse. La voix est ample et charnue, le timbre subtilement moiré et d&rsquo;une autorité vocale impressionnante, qui confèrent encore plus de force à la jeune femme dont performance et personnage incarné inspirent tous deux le plus grand respect. À ses côtés, <strong>Yusif Eyvazov</strong> est un Rodolfo idéal, aux moyens immenses qui se bonifient au fil des années. Lumineuse et solaire, délicate et sensible, sa prestation vocale en impose et ravit les tympans sur toute l’étendue de la tessiture. On adhère pleinement à cet amoureux qui feint de se détacher de son aimée pour mieux s’abandonner à son retour et se laisser aller à son désespoir final.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaBoheme_170726_EnneviFoto_FNH27790-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217661"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026</sup></figcaption></figure>


<p>Formidable de légèreté et faussement superficielle, <strong>Enkeleda Kamani</strong> est une Musetta adorable, délicieuse quand elle feint la douleur au pied et se lance dans ses vocalises ébouriffantes, mais surtout magnifique tragédienne quand elle accompagne les derniers moments de la pauvre Mimi. Nous retrouvons avec plaisir à Vérone celle que nous avions tant appréciée à Nancy en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-nancy/">Violetta</a> et en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-eugene-oneguine-nancy/">Tatiana</a>. Autour de ce trio, les trois compères sont eux aussi superbes et parfaitement crédibles. <strong>Mihai Damian</strong> est un Marcello intense, à la fois histrion et amoureux jalousement irrésistible de tendresse quand il fait son ours mal léché. Au charisme scénique s’additionne une puissance vocale étonnante qui avait valu au baryton <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/mihai-damian-la-revelation-doperalia/">trois prix</a> au concours d’Operalia 2025. Infiniment touchant en Colline qui se décide à sacrifier son vieux manteau pour contribuer aux frais, <strong>Alexander Roslavets</strong> impose sa sombre voix toute de velours et <strong>Jan Antem</strong> cabotine superbement de sa voix bien timbrée en Schaunard dont on remarque surtout la diction impeccable. Du reste de la distribution, très équilibrée, on retiendra la verve comique de <strong>Nicolò Ceriani</strong> en Benoît inénarrable.</p>
<p>À la tête d’un orchestre en grande forme et en parfaite adéquation avec l’univers de Puccini, <strong>Francesco Lanzillotta</strong> parvient à sublimer la soirée grâce à une direction précise et fluide, sans fioritures mais avec un éclat tout particulier, qui contribue à rehausser les accents tragiques de la partition. Une soirée magique dont on se dit qu’elle est parfaite pour tous les publics, à commencer pour ceux qui assistent à un opéra pour la première fois. Et en termes de publics, les Arènes ratissent large (plus de 130 pays fréquentent les Arènes pendant le festival), considérant qu’il n’est jamais trop tôt pour se mettre à l’opéra (des spectacles sont proposés pour les moins de quatre ans et leurs parents). Cette année, les enfants ont également pu découvrir une production adaptée de <em>Turandot. Enigmi al museo</em> au printemps dernier. 2407 futurs amateurs d’opéra en culottes courtes avaient participé à l’opération. L’opéra a de l’avenir, c’est rassurant !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-verone/">PUCCINI, La Bohème – Vérone</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WEBER, Der Freischütz &#8211; Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Apr 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est en novembre 2024 que le metteur en scène Andreas Kriegenburg, remarqué l’an passé à Bregenz dans l’Œdipe de Enesco, a proposé à l’opéra d’Etat de Hambourg une nouvelle production du Freischütz. Celle-ci est reprise avec bonheur dans une série de représentations qui n’a pas fait salle comble et c’est bien dommage. En cette avant-dernière &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est en novembre 2024 que le metteur en scène <strong>Andreas Kriegenburg</strong>, remarqué l’an passé à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/enesco-oedipe-bregenz/">Bregenz dans l’<em>Œdipe</em></a> de Enesco, a proposé à l’opéra d’Etat de Hambourg une nouvelle production du <em>Freischütz</em>. Celle-ci est reprise avec bonheur dans une série de représentations qui n’a pas fait salle comble et c’est bien dommage. En cette avant-dernière de la saison, plusieurs groupes de lycéens ont pris bonne place et se sont fait entendre, sans que ce soit toujours à propos, dirons-nous avec retenue…<br />
Kriegenburg, précisons-le d’emblée car nous sommes à Hambourg, n’est pas un adepte forcené du Regietheater, loin de là. Sa vision du <em>Freischütz</em> n’est pas véritablement transposée, si ce n’est d’un siècle peut-être, comme nous le signale les costumes d’<strong>Andrea</strong> <strong>Schraad</strong>, mais cela n’a guère d’importance. En revanche, la question de l’ « opéra national », l’opéra allemand par excellence, demeure au centre de sa réflexion et c’est elle qui retient toute son attention. Kriegenburg restera ainsi très fidèle au texte et à l’intrigue, pour mettre en avant ce qui, selon lui, est profondément allemand, dans les personnages et leur contexte.<br />
Or c’est à une vision somme toute sévère de ses contemporains que Kriegenburg, originaire de l’ex-Allemagne de l’Est (il est né en 1963 à Magdebourg), nous convie. L’Allemagne est posée par ses traditions : la ferveur religieuse, les costumes régionaux des hommes et des femmes, les Biergärten (ces jardins où la bière coule à flot) les parties de chasse bien sûr ; les forêts allemandes, au cœur de l’imaginaire romantique allemand, sont omniprésentes grâce aux décors (signés <strong>Harald Thor</strong>) des extérieurs, tous bordés de palissades en bois brut que l’on devine tiré des forêts du Taunus.<br />
Mais l’essentiel est ailleurs et c’est ce qui intéresse Kriegenburg : la place de l’individu face au collectif dans la société allemande. Lorsqu&rsquo;un individu se démarque de la masse, la communauté sanctionne cet individualisme. C&rsquo;est exactement le sort réservé à Max : il est montré dans la position de celui qui échoue et qui se trouve rejeté par le collectif. Dès le départ, Max, qui est un peu un loser, se démarque. Il ne revêt pas les habits traditionnels des chasseurs, il s’assied à l’écart, il est isolé de la foule, de cette société compacte, capable d’exclure celui qui est autre et surtout qui échoue. S’il est accepté <em>in fine</em> (sextuor et scène conclusive), c’est par la grâce d’un <em>deus ex machina</em> qui, sous la forme d’un ermite, vient offrir une improbable fin heureuse, dont, disons-le bien, personne n’est dupe. Car la question demeure : comment l’individu, pour peu qu’il soit en décalage, réagit-il à la pression de la société majoritaire ? Et comment en arrive-t-on là ? A cet égard, le personnage de Samiel (rôle parlé excellemment tenu par <strong>Clemens Sienknecht</strong>) est considérablement mis en valeur. Présent sur scène durant tout le premier acte, où il prend parfois la parole à la place des autres personnages (bel effet ô combien signifiant), il se démultiplie aux deuxième et troisième actes où l’on retrouve une dizaine de représentants du Mal, que l’on sent omniprésents et incontournables. Chacun aura perçu à quoi, dans l’imaginaire allemand contemporain, cette figure renvoie.<br />
Il faut savoir gré à Kriegenburg d’avoir concilié une évidente fidélité au livret original et une réflexion propre sur la société allemande, d’avoir su interroger avec tact et clairvoyance mais délicatesse une œuvre profondément ancrée dans la culture d&rsquo;Outre-Rhin.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Der-Freischutz_Schlucht-c-Brinkhoff_Mogenburg-1294x600.jpg" />© Brinkhoff / Mögenburg</pre>
<p>C’est justement parce que <em>Der Freischütz</em> est profondément allemand qu’on attend qu’il soit servi dans une langue authentique. De ce point de vue-là, comme nous l’avons dit, Clemens Sienknecht parle un parfait Hochdeutsch, ce qui le place intelligemment à l’écart, voire au-dessus des autres protagonistes, dont on attendrait un parler plus dialectal. Et c’est là que le bât blesse le plus dans le rendu de l’authenticité, d&rsquo;autant plus que les dialogues parlés sont nombreux. Quelque parfaitement méritants et appliqués que soient les interprètes, aucun ne peut se fondre dans un parler local qui ne s’apprend pas ou guère et qui ici, nous fait cruellement défaut. Mis à part le rôle d’Ottokar, aucun autre n’est tenu par un germanophone, et cela s’entend.<br />
Une fois cela dit, la représentation est d’une bonne tenue vocale. <strong>Liviu Holender</strong> reprend le rôle d’Ottokar en remplacement d‘Andrew Hamilton et il fait preuve d’autorité dans la scène finale, elle-même dominée par l’apparition saisissante de l’ermite, tout de blanc vêtu, porté par la basse chantante de <strong>Hubert Kowalczyk</strong>. Rôle bref mais d’une grande intensité. <strong>Chao Deng</strong> est un Cuno moins à l’aise au I qu’au final. <strong>Alexander Roslavets</strong> et <strong>Dovlet Nurgeldiyev</strong> forment un duo Caspar &#8211; Max intense et somme toute crédible.<br />
Ce sont les voix féminines qui ont illuminé la soirée : <strong>Jane Archibald</strong> est une magnifique Agathe. Sa grande scène du II est toute d’émotion et de délicatesse ; les aigus sont purs, le timbre clair. Une mention toute particulière pour la truculente Ännchen proposée par la sud-coréenne <strong>Narea Son</strong>. Le duo avec Agathe au début du II est très attachant tout comme le trio avec Max de ce même deuxième acte. Beaucoup de souplesse, et d’agilité dans une voix lumineuse et vraiment prometteuse.<br />
Les chœurs d’hommes et de femmes font montre d’une bonne maîtrise de la langue et de la partition. Quelques décalages subsistent.<br />
L’orchestre de l’Opéra de Hambourg est dirigé par <strong>Yoel Gamzou</strong>, dernier élève de Carlo-Maria Giulini et qui deviendra à compter de septembre 2026 le nouveau directeur musical de l’Opéra de Pologne-Teatr Wilki à Varsovie. C’est lui qui avait assuré la première de cette nouvelle production l’an passé. L’orchestre sonne admirablement, les cors sont splendides, les soli de violoncelle et d’alto impeccables. On restera interrogé par quelques emballements rythmiques (thème principal de l’ouverture et conclusion orchestrale au III), qui ne s’imposaient certainement pas.</p>
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		<title>RACHMANINOV, Kolokola (Les Cloches) &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rachmaninov-kolokola-les-cloches-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est ce qu’en cuisine, on appellerait une mise en bouche et au cinéma, un teaser. Quelques minutes de Marina Rebeka au Théâtre des Champs-Elysées dans Les Cloches de Rachmaninov, en attendant Médée en version de concert le 11 février sur cette même scène, prétexte à un enregistrement du chef-d’œuvre de Cherubini pour la collection « &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est ce qu’en cuisine, on appellerait une mise en bouche et au cinéma, un teaser. Quelques minutes de <strong>Marina Rebeka</strong> au Théâtre des Champs-Elysées dans <em>Les Cloches</em> de Rachmaninov, en attendant <em>Médée </em>en version de concert le 11 février sur cette même scène, prétexte à un enregistrement du chef-d’œuvre de Cherubini pour la collection « Opéra français » du Bru Zane Label.</p>
<p>Tout commence en 1912 à Rome, lorsque Rachmaninov reçoit une lettre anonyme contenant une traduction russe d’un poème d’Edgar Poe, <em>The Bells</em>. L’expéditeur alors inconnu – en fait, une jeune violoncelliste du nom de Danilova – suggère au compositeur de mettre le texte en musique. Rachmaninov, bercé depuis l’enfance par les innombrables carillons de la Sainte Russie, reconnaît dans le poème une métaphore universelle du cycle de la vie – naissance, amour, terreur et mort – qui correspond intimement à sa propre sensibilité. Il se jette dans la composition.</p>
<p>L’œuvre, créé à Saint-Pétersbourg le 30 novembre 1913, rencontre un succès immédiat. Rachmaninov la considérait comme l’une de ses partitions les plus accomplies – peut-être même, disait-il, sa préférée. Ironie de l’histoire : ce poème symphonique profondément russe par l’esprit, nourri de nostalgie et de fatalisme, précède de peu l’exil définitif du compositeur après la Révolution de 1917.</p>
<p><em>Les Cloches – Kolokola</em> en russe, titre plus évocateur dans sa version originale qu’en anglais ou en français – se déploie en quatre mouvements, chacun étant donc associé à une étape de la vie. Le premier, animé et scintillant, dépeint la course des traîneaux et les clochettes qui « embaument les cieux », porté par la virtuosité orchestrale et la voix de ténor. Face à un orchestre à l’effectif mahlérien et un chœur pléthorique, <strong>Pavel Petrov</strong>, premier prix Operalia 2018, peine à s’imposer. Non que l’héroïsme soit en cause. La projection est directe et le timbre possède cette densité métallique que l’on associe aux voix russes, mais la partition gagnerait à être servie par un ténor plus dramatique, capable de s’extraire avec plus d’évidence du magma choral : Hermann (<em>La Dame de Pique</em>) plus que Lenski (<em>Eugène Onéguine</em>) pour faire bref – ce dernier rôle figure aujourd’hui au répertoire de Pavel Petrov, contrairement au premier.</p>
<p>Le deuxième mouvement, <em>lento</em>, est un tableau nuptial aux lignes tendres et mélancoliques confiées au soprano. C’est ici que Marina Rebeka intervient, dans une robe à la couleur de sa voix – argentée – immédiatement identifiable par sa limpidité et par la manière dont elle dévide son fil continu en surplomb d’un chœur extatique. L’apparition se dissipe dans le halo éblouissant d’une <em>messa di voce</em>, réminiscence belcantiste d’un instant trop vite évanoui.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Marina-Rebeka-c-Brooke-Shadan-1294x600.jpg" />Marina Rebeka © Brooke Shadan</pre>
<p>Le troisième mouvement bascule dans la panique : le chœur, seul dans une écriture heurtée et tourbillonnante, actionne une cloche d’alarme « semblable au grondement d’un enfer de bronze ». Urgence, effroi, chaos jaillissent d’un seul jet, invoqués par le Chœur de Radio France frappé d’épouvante. Précision rythmique implacable, attaques franches, accentuation marquée, sonorités fondues dans une dominante sonore contrôlée engendrent la sensation d’un halètement collectif qui parfois submerge l’orchestre, parfois s’y fond comme une sirène lointaine et terrifiante. Impressionnant, l’effet est aussi admirable.</p>
<p>De ce jugement dernier suinte le quatrième mouvement, sinistre, introduit par la mélopée funèbre du cor anglais sur laquelle la voix de basse puissamment timbrée d’<strong>Alexander Roslavets </strong>ajoute un voile supplémentaire de deuil, charbonneux, épais, pesant. La longue marche vers l’ombre cède à la vision trop expressive du tsar Boris arpentant d’un pas lourd un champ dévasté, jonché de ruines et de cadavres après une bataille sanglante. Noir, c&rsquo;est trop noir.</p>
<p>Guidé par la gestique sobre et lisible de <strong>Cristian Măcelaru</strong> – son directeur musical –, l’Orchestre national de France trouve dans l’instrumentation somptueuse matière à mettre en valeur chacun de ses pupitres. Au scintillement des bois et du célesta dans le premier mouvement répondent les cuivres et percussions implacables du <em>Presto</em>, tandis que les bois et les cordes graves déploient, dans les mouvements lents, une ampleur lyrique puis tragique parfaitement caractérisée. Cette mise en relief différenciée s’incarne aussi dans les individualités, à l’image du premier violon de <strong>Luc Héry</strong>, dont le jeu précis structure les épisodes les plus mobiles et assure la fluidité de la narration. Finalement, ce ne sont pas tant les cloches elles-mêmes, utilisées avec parcimonie, que la pulsation, les harmonies et la couleur orchestrale qui donnent à l’œuvre sa puissance de carillonnement et son intensité émotionnelle.</p>
<p>Après l’entracte, la <em>Troisième Symphonie</em> prolonge cette exploration de la palette instrumentale dans un même souci de clarté et de précision rythmique, tout en s’autorisant, par endroits, un éclat qui rappelle en filigrane l’origine américaine de la partition.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rachmaninov-kolokola-les-cloches-paris-tce/">RACHMANINOV, Kolokola (Les Cloches) &#8211; Paris (TCE)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>CHOSTAKOVITCH, Lady Macbeth de Mzensk &#8211; Milan (streaming)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-lady-macbeth-de-mzensk-milan-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Dec 2025 16:18:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Par chance cette production puissante et magnifique de l’opéra de Chostakovitch aura été captée en direct par la Rai et reste disponible via Arte Concert.Belle audace de la Scala que de choisir Lady Macbeth pour l’ouverture de sa saison (et pour la toujours très cossue Saint-Ambroise) et de la confier de surcroît au jeune encore &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par chance cette production puissante et magnifique de l’opéra de Chostakovitch aura été captée en direct par la Rai et reste disponible via Arte Concert.<br />Belle audace de la Scala que de choisir <em>Lady Macbeth</em> pour l’ouverture de sa saison (et pour la toujours très cossue Saint-Ambroise) et de la confier de surcroît au jeune encore (42 ans) metteur en scène <strong>Vasily Barkhatov</strong>, très actif en Russie d&rsquo;abord puis dans le monde germanique, mais qui ne faisait que récemment ses débuts en France a<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-lyon/">vec le <em>Boris Godounov</em> de l’Opéra de Lyon</a>.</p>
<p>À l’issue de la première, c’était un beau spectacle de voir l’orchestre de la Scala applaudir debout un <strong>Riccardo Chailly</strong> * rayonnant, lui qui sans nul doute avait milité pour ce choix, le cinquantenaire de la mort du compositeur n’étant, dit-il, qu’un prétexte pour monter une œuvre essentielle pour lui, et l’occasion pour son orchestre de donner une prestation « fébrile et maléfique » (ce sont ses mots).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="601" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-12-10-a-09.47.19-1024x601.png" alt="" class="wp-image-205029"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Capture d&rsquo;écran</sub></figcaption></figure>


<p>La Scala a de toute évidence cassé sa tirelire et déployé le grand jeu pour un opéra qu’elle n’a pas représenté très souvent. On se souvient d’une production (en italien) avec Inge Borkh sous la direction de Nino Sanzogno en 1964, puis de la version originale dirigée en 1992 par Myung-Whun Chung, mise en scène par André Engel avec Mary Jane Johnson, puis de la production de 2007 par Richard Jones dirigée par Kazushi Ono avec Evelyn Herlitzius et Anatoli Kotscherga. Nul doute que la version 2025 restera dans les annales.</p>
<h4><strong>Colossal !</strong></h4>
<p>Tout commence dans la maison d’un riche marchand, Boris Timofeyevich Izmailov. ici, tout est tellement surdimensionné, l’immense salle de réception, les lustres, le personnel innombrable, cuisiniers, femmes de chambre, domestiques en tous genres, qu’on a le sentiment qu’on est plutôt chez un apparatchik haut de gamme à l’époque stalinienne.</p>
<p>L’essentiel du plateau est occupé par un hall luxueux, très 1930. Marbres, marqueteries, grandes verrières, balustrades en fer forgé, le vocabulaire Arts-Décos a largement inspiré le scénographe <strong>Zinovy Margolin</strong>. Un spectaculaire balcon en forme de pont roulant, sur lequel apparaîtra parfois une fanfare militaire de cuivres en uniformes blancs, se met en mouvement et modifie les perspectives.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/una-lady-macbeth-prove-4--1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205033"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Brescia e Amisano</sub></figcaption></figure>


<p>Du côté gauche, un énorme praticable glisse pour venir occuper la scène : sur deux étages, ce sont les espaces privés, l’arrière-boutique peu reluisante. Avec tout en haut les cuisines où sera employé Sergueï, et en dessous, une manière de bureau crasseux, le lieu des secrets, des manigances sordides de Boris et des amours clandestines de Katerina. Un coffre-fort, un bureau, un lit sinistre, des toiles d’araignées sur les vasistas jaunâtres. On ne lésine pas sur les détails réalistes. Esthétique très cinéma (comme pour les costumes).</p>
<p>À intervalles réguliers, une trappe s’ouvre au centre de l’avant-scène et, des tréfonds, monte une petite table d’interrogatoire : le lieutenant de police y cuisine les témoins de l’affaire en prenant des notes. Les fiches de police, les empreintes digitales sont projetées en très grand sur un rideau, et les interrogés ont les doigts noircis par le tampon encreur. Un détail que la salle ne voit pas, évidemment, mais les caméras oui, qui captent le moindre détail de jeu. Très cinéma lui aussi.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/una-lady-macbeth-prove--1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205043"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sara Jakubiak et Oleg Budaratskiy © Brescia e Amisano</sub></figcaption></figure>


<p>Tout est vrai. Naturaliste. Le style ici, c’est en somme de ne pas styliser. Pas plus que sur le tape-à-l’œil de cet antre de parvenu (ou de puissant du régime), on ne lésine sur les détails vulgaires, sur les cravates moches ni les sentiments frelatés, sur les laideurs physique ni les laideurs d’âme. Chacun pourra y voir les allusions politiques qu’il voudra.</p>
<h4><strong>La fluidité de la fatalité</strong></h4>
<p>La mise en scène de Vasily Barkhatov ne respecte pas forcément le découpage du livret, mais elle atteste d’une lecture en profondeur de la partition, utilisant notamment les nombreux interludes musicaux pour mettre en image des scènes de transitions, et d’abord les comparutions devant le policier d’Aksinia, Sergueï, du Pope, etc.<br />Ainsi le premier monologue de Katerina devient-il sa réponse au policier qui l’interroge, un policier qui sera toujours là, stylo en main, quand elle entrera dans la salle à manger tout en continuant son récit (son premier lamento, et il y en aura beaucoup, où <strong>Sara Jakubiak</strong> déploiera toujours une superbe ligne de chant, extrêmement musicale en même temps qu’intensément sincère).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="942" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/una-lady-macbeth-prove-7--942x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-205044"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sara Jakubiak © Brescia e Amisano</sub></figcaption></figure>


<p>Barkhatov travaille beaucoup la fluidité, et c’est sur un contrechant de basson, d’une goguenardise très Chostakovitch, qu’apparaîtront Boris, son beau-père, et Zinovy, son piètre mari.</p>
<p>Entouré d’un quarteron de pope et de militaires, <strong>Alexander Roslavets</strong> dessine Boris en homme de pouvoir autoritaire plutôt qu’en marchand libidineux, un tyran familial humiliant son fils, gros garçon impuissant, qui n’a pas encore réussi à donner un héritier à la dynastie (<strong>Yevgeny Akimov</strong> joue habilement de son physique pataud) et sa bru « froide comme un poisson ».</p>
<p>Tout de suite se remarque avec quel naturel, quelle fluidité Riccardo Chailly passe d’un ton de conversation (peu aimable, certes !) et de l’écriture chambriste des commentaires de l’orchestre (prédominance des bois), à un chœur démesuré de femmes de chambre, de cuisiniers, de sbires de tous poils (décidément Boris est davantage un oligarque qu’un marchand de farine).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/una-lady-macbeth-prove-5--1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205034"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>à gauche Alexander Roslavets (Boris) © Brescia e Amisano</sub></figcaption></figure>


<p>&#8230; Avant de faire hurler toutes les couleurs de l’orchestre quand à l’étage des cuisines la soubrette Aksinia se fera quasiment violer par une brigade déchainée, une bonne trentaine de bonshommes dont le moins agressif n’est pas Sergueï (on apprendra qu’il s’est fait chassé de sa place précédente pour avoir fauté avec la patronne), Sergueï qui va mettre son grappin sur Katerina.</p>
<h4><strong>Une esthétique naturaliste</strong></h4>
<p>À peine aura-t-elle chanté le superbe lamento où elle dit toute sa frustration,« Le poulain court après la jument », et où Sara Jakubiak est magnifique sur les longues tenues lancinantes des cordes graves, que Sergueï partira à son assaut, une scène de séduction finissant en viol, que Barkharov leur fera rejouer, tous deux menottés, sous les yeux du policier et de ses acolytes (déchaînement orchestral jusqu’à un glissando de trombone explicite). Naturalisme à nouveau.</p>
<p>De même que la scène de beuverie à la vodka du deuxième acte sur fond de valse sarcastique, où Alexander Roslavets peut d’abord déployer sa belle voix, avant que dans un crescendo formidable s’y mêlent les râles amoureux de Sergueï et Katerina, puis l’entrée du chœur des ouvriers et que tout finisse par une séance de fouettage d’une brutalité glaçante (furie de l’orchestre et lamentations désespérées de Katerina &#8211; Sara Jakubiak trouve le moyen de chanter sans crier).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="668" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Sans-titre-5-1024x668.png" alt="" class="wp-image-205031"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sara Jakubiak et Najmiddin Mavlyanov (Sergueï) &#8211; Capture d&rsquo;écran</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un sordide assumé</strong></h4>
<p>On évoquait la fluidité des changements de climat dans la fosse. Pour ce qui est de la scène, on pourrait parler de fluidité dans le sordide : le coup de téléphone de Boris rappelant son fils, les ponctuations lancinantes des contrebasses, le récit de Katerina au policier, la scène des champignons empoisonnés, la mort du tyran que vient bénir un cuistot déguisé en pope (le vrai étant ivre mort), écho sardonique à Moussorgsky et à tous les Kremlins. Comme le cercueil rouge abandonné dans un coin et la fanfare des obsèques (somptueuse page orchestrale).<br />Tout s’enchaîne dans une esthétique hyper-réaliste s’appuyant sur l’écriture très cinéma de Chostakovitch.</p>
<p>Grand soprano lyrique, Sara Jakubiak (qui à son répertoire a aussi bien Salomé que Sieglinde, Elisabeth qu’Ariane) dessine une Katerina puissante et libre. Si intenses soient les situations (par exemple son quasi viol par le fantôme de Boris), la maîtrise vocale reste impeccable, la ligne tenue, toutes les couleurs du rôle, le lyrisme amoureux, l’ironie, la violence, bientôt la douleur et le désespoir, sont tour à tour éclairées.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/una-lady-macbeth-prove-11--1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205040"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le cercueil de Boris © Brescia e Amisano</sub></figcaption></figure>


<p>Les scènes d’action ne sont pas moins virtuoses, et d’abord le deuxième assassinat, celui du mari, Zinovy, revenu de sa tournée, étouffé sous un coussin par le couple maudit, un autre exploit du jeune Chostakovitch (24 ans), qui semble avoir déjà trouvé sa voix propre : du solo de violon un peu sentimental de l’attente jusqu’au déferlement furieux de l’orchestre, en passant par le tragico-goguenardo-grinçant quand l’amant sort de l’armoire où il s’était caché ou quand, jolie trouvaille du metteur en scène, on se débarrasse du cadavre en le fourrant dans le coffre-fort.</p>
<h4><strong>Les fantômes du remord</strong></h4>
<p>La scène du mariage commence avec le brillant numéro aviné de ce personnage qu’on appelle traditionnellement « le balourd miteux » (« pauvre diable » serait une meilleure traduction de <em>zadripannyy muzhichok</em>), le souffre-douleur bedonnant et touchant de Boris. <strong>Alexander Kravets</strong>, spécialiste du rôle, excelle dans le registre pathético-bouffon. C’est un de ces petits rôles que Barkhatov dessine attentivement, dans une subtile balance entre cruauté et dérision. La scène permet aussi d’entendre le beau timbre du chef de la police (<strong>Oleg Budaratskiy</strong>) et un chœur de soldats fortement charpenté par un <strong>Coro della Scala</strong> comme toujours éclatant.<br />Et sur un autre interlude musical étonnant de variété (avec une trompette solo évoquant le premier Concerto) entrera une escouade de dames 1930 (longues robes satinées et renard sur l’épaule), ambiance bal chez Staline.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="560" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-12-12-a-16.00.30-1024x560.png" alt="" class="wp-image-205127"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le fantôme de Zinovy &#8211; Capture d&rsquo;écran</sub></figcaption></figure>


<p>Un cauchemar pour Katerina : d’abord avec l’apparition du fantôme de Boris, puis de celui de Zinovy émergeant de la pièce montée… Ensuite tout ira très vite l’arrivée de la police, l’arrestation, et une surprise spectaculaire que nous n’allons pas spoiler, sauf pour dire que Barkhatov fait très fort !</p>
<h4><strong>Une douleur poignante</strong></h4>
<p>Très fort aussi et très puissant, le dernier acte, celui du bagne. Sur la route de Sibérie, l’un des prisonniers (<strong>Goderdzi Janelidze</strong>) chante la douleur des verstes qui s’ajoutent aux verstes, interminablement. Tandis que des femmes dépouillent Katerina de sa robe de mariée, d’autres au loin reprennent cette complainte.<br />Image poignante, ces femmes qu’on distingue à peine dans l’obscurité ce sont, recouvertes de manteaux sombres, les invitées de la noce. Image du totalitarisme. Rappel : 1934, c’est l’époque des grandes purges.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="620" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-12-11-a-09.09.52-1024x620.png" alt="" class="wp-image-205064"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sara Jakubiak et Najmiddin Mavlyanov &#8211; Capture d&rsquo;écran</sub></figcaption></figure>


<p>Un énorme camion vert-de-gris envahit la scène, il neige. Katerina, dans un nouvel air très pur, supplie Sergueï (son Serioja) de s’intéresser à elle, alors que lui n’a d’yeux que pour Sonietka (<strong>Elena Maximova</strong>). Le moment où Katerina, tout en continuant sa déploration accompagnée du cor anglais, monte sur le marchepied du camion pour se regarder dans le rétroviseur latéral est une des nombreuses images sensibles semées par Vasily Barkhatov au fil de sa mise en scène.</p>
<p>Trahie, bafouée, elle se réfugie sous le camion comme un animal traqué, tandis que Sergueï entreprend de séduise Sonietka, qui ne se fait pas prier pour quelques galipettes dans la cabine. <strong>Najmiddin Mavlyanov</strong> dessine un Sergueï tout d’une pièce, d’une voix solide, physiquement toujours crédible dans sa rudesse. Le rôle n’est guère flatteur. Il atteint son maximum de bassesse quand il suppliera Katerina de lui donner ses bas de laine pour les transmettre à Sonitka…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="753" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-12-11-a-09.26.58-1024x753.png" alt="" class="wp-image-205067"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sara Jakubiak &#8211; Capture d&rsquo;écran</sub></figcaption></figure>


<p>Toujours pour ménager la surprise de ceux qui regarderont le streaming de cette production, on ne dira rien sur la dernière image, sinon pour dire qu’elle est stupéfiante.</p>
<p>À la hauteur de « l’une des plus grandes œuvres du XXe siècle », comme le dit Riccardo Chailly. Servie par une sublime Sara Jakubiak. Et restituée dans toute sa force. Sa rudesse impitoyable.</p>
<pre>* Malheureusement, Riccardo Chailly a été pris d’un malaise lors de la deuxième représentation, le 10 décembre. Le spectacle a dû être interrompu à l’issue du deuxième acte. M. Chailly, que ses problèmes cardiaques avait amené à annuler une tournée en février dernier, a été conduit vers un service de soins intensifs. À l’heure où ces lignes paraissent, on ne sait si la représentation du 13 aura lieu, et si oui, qui la dirigerait.<br />_______________<br />Suite de l'histoire : Le 13, c'est le Maestro Chailly, qui revint au pupitre pour diriger l'opéra, et reçut une formidable ovation ! <em>(ajout du 15 décembre)</em></pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-lady-macbeth-de-mzensk-milan-streaming/">CHOSTAKOVITCH, Lady Macbeth de Mzensk &#8211; Milan (streaming)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>TCHAÏKOVSKI, Mazeppa &#8211; Erl</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-mazeppa-erl/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jul 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mazeppa, c’est plusieurs histoires. D’abord, un héros national ukrainien et libérateur qui, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, a beaucoup fait pour son pays contre la Russie (pays où, bien sûr, il est considéré comme ennemi public n° 1). Ensuite, le héros romantique qui, attaché nu sur un cheval lancé au galop au milieu &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Mazeppa, c’est plusieurs histoires. D’abord, un héros national ukrainien et libérateur qui, dans la seconde moitié du XVII<sup>e</sup> siècle, a beaucoup fait pour son pays contre la Russie (pays où, bien sûr, il est considéré comme ennemi public n° 1). Ensuite, le héros romantique qui, attaché nu sur un cheval lancé au galop au milieu des loups, doit ainsi expier un adultère commis avec la femme de son protecteur polonais. De Géricault et Horace Vernet (qui ne se souvient de son tableau qui illustrait la pochette du disque microsillon du poème symphonique de Franz Liszt ?) à Lord Byron et Victor Hugo, entre autres, il a suscité une imagerie picturale, littéraire et musicale à la hauteur de son mythe.</p>
<p>Et puis intervient le poème <em>Poltava</em> de Pouchkine, adapté par Tchaïkovski : Maria, la fille de Vassili Kotschubej, propriétaire terrien et gouverneur de la région, est aimée par le jeune Andreï ; mais c’est le général Mazeppa, beaucoup plus âgé, qu’elle aime et qu’elle admire pour sa carrière militaire. Après leur mariage contre la volonté du père de Maria, une lutte de pouvoir acharnée s&rsquo;engage : Kotschubej accuse Mazeppa de haute trahison auprès du tsar, mais Mazeppa intercepte le courrier, et le fait exécuter publiquement. Sur fond de la bataille de Poltava, Maria se rend compte des conséquences fatales de son amour, et sombre dans la folie.</p>
<p>Enfin se superpose à tout cela la présente production, où la mise en scène de <strong>Matthew Wild</strong> s’applique à une relecture « modernisée » de cette histoire qu’il transpose dans un monde contemporain. Le dispositif scénique d’<strong>Herbert Murauer</strong>, astucieux à défaut d’être novateur, se compose d’une scène basse où se trouve le peuple, et d’une scène haute mobile où le drame se déroule dans des pièces d’appartement découpées de barres noires verticales évoquant un univers carcéral où tout le monde se trouve prisonnier, défilant de gauche à droite ou de droite à gauche, selon les scènes. Le tout est occulté autant que de besoin par des volets glissants, isolant une pièce ou fermant l’ensemble, et formant écran pour les vidéos de <strong>Bibi Abel </strong>montrant en contrepoint, outre un cheval fort agité, toutes les scènes de guerre et de destructions contemporaines possibles et imaginables pour illustrer l’intermède musical de la bataille de Poltava.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/0-53852119598_f13def8784_o-corr-2-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-168524"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>La petite Maria et le cheval qu’elle regarde à la télévision dans la scène d’introduction pendant le prologue © Photo Festival d’Erl &#8211; Xiomara Bender</sup></figcaption></figure>


<p>Ce soir, tout commence donc dans les années 1960, dans un salon-salle à manger bourgeois à la Edward Hopper (mort en 1967), où la petite Maria regarde à la télévision (noir et blanc et sans télécommande !) un film où s’ébat un cheval particulièrement fougueux (à n’en pas douter celui de la course folle dans la steppe). On comprend dès lors qu’à l’instar de la Baby Jane de Robert Aldrich (1962), cette diffusion TV va marquer de manière indélébile l’esprit de la fillette, empêchant sa croissance psychique en la bloquant sur cet épisode, et en orientant même ses choix sexuels ultérieurs vers ce Mazeppa peu recommandable et devenu un homme d’âge. Portant pendant tout l’opéra des chaussures vernissées et de petites socquettes blanches, affublée de cols Claudine, elle reste également très attachée aux peluches de son enfance, dont elle entoure le portrait de son héros.</p>
<p>Donc, la pauvre fille est désormais prisonnière à tout jamais de ses fantasmes, au point qu’elle va développer, devant les conséquences de son choix, un énorme complexe de culpabilité qui va la mener à la folie. Elle termine en ramassant dans les sacs des déplacés fuyant le champ de bataille et les destructions de leurs maisons, toutes les peluches qu’elle pourra y trouver. Telle est donc la trame choisie comme fil conducteur par le metteur en scène pour raconter cette sordide aventure qui, sans Maria, ne se serait jamais développée. On ne peut pas ne pas penser en cette occasion à l’autre malheureuse héroïne Gänsemagd de <em>Königskinder</em>, créée également ici par la même équipe, avec des attitudes et une pareille placidité confondante devant la pire adversité.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/10-53850968527_c7400a362f_o-corr-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-168525"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Mazeppa (Petr Sokolov) et Maria (Nombulelo Yende) à la fin de l’opéra © Photo Festival d’Erl &#8211; Xiomara Bender</sup></figcaption></figure>


<p>On l’aura compris, Maria paraît donc être devenue le rôle principal. D’ailleurs elle vient saluer en dernier. <strong>Nombulelo Yende</strong> poursuit avec talent une belle carrière qui semble emprunter les pas de sa sœur Pretty, depuis qu’elle a, comme elle en 2010, obtenu en 2018 le premier prix du Concours International de Belcanto Vincenzo Bellini. À l’inverse, elle paraît toutefois destinée aux grands rôles lyriques plutôt qu’aux pyrotechnies vocales. Elle arrive ce soir, malgré un caractère qui paraît au naturel plutôt joyeux, à rendre crédible ce rôle tragique. La voix est splendide et forte, et la ligne vocale bien assurée, avec des nuances raffinées. Son air du premier acte, qui n’est pas sans évoquer, en beaucoup plus court, celui de Tatiana dans <em>Eugène Onéguine</em> créé 5 ans plus tôt, est servi par son sens du phrasé et de la ligne mélodique. Ses notes finales, « à la Caballe », lui valent un triomphe mérité : on comprend que sa sœur soit fière d’elle. Il lui reste à se faire un prénom, et nous avons hâte de la revoir.</p>
<p>Malgré cette forte présence, les titulaires des autres rôles sont tous également extraordinaires. À commencer par le Mazeppa de <strong>Petr Sokolov</strong>, qui met sa belle et forte voix de baryton au service d’une question existentielle : Mazeppa est-il vraiment amoureux de Maria, ou bien n’agit-il que par pure cupidité pour s’approprier la fortune de ses parents, et par ambition politique ? De fait, aussi à l’aise dans les parties douces et amoureuses que dans les passages teintés d’agressivité, le chanteur permet de maintenir le doute jusqu’au bout où, dans un dernier revirement, il abandonne sa jeune femme à sa folie. Une interprétation torturée et violente à la fois, qui marque le rôle d’une pierre blanche.</p>
<p>Les parents de Maria, Vassili Kotschubej et son épouse Ljubov, ont pour interprètes <strong>Alexander Roslavets</strong> et <strong>Helene Feldbauer</strong>. Le premier a toute la véhémence et la force vocale pour imprimer une personnalité à un rôle qui, autrement, risquerait de sombrer dans la routine. La seconde arrive également à donner un côté plausible à un personnage qui reste relativement effacé, même si ses interventions les plus intéressantes se passent avec sa fille. Le jeune amoureux éconduit Andreï est interprété par <strong>Mikhail Pirogov</strong>, vraiment excellent. La voix est fort belle, incisive, tout à fait dans la tradition d’un Chouïski, et le chanteur est remarquable dans ses deux airs déchirants de la fin de l’opéra. L’homme des basses œuvres de Mazeppa, Orlik (<strong>Dennis Chmelensky</strong>) et les titulaires des autres personnages (<strong>Carlos Cárdenas</strong> et <strong>Ian Koziara</strong>) participent à l’unisson à cet implacable jeu théâtral, réglé au millimètre. Les chœurs, d’une remarquable clarté, et la direction d’orchestre énergique de <strong>Karsten Januschke</strong> font merveille, ne serait une certaine propension à parfois couvrir les voix par des éclats un peu exagérés, qu’il conviendrait de mieux doser à la dimension de la salle. Notons également la belle intervention de danseurs attaqués par des trublions de Mazeppa lors d’une prestation publique.</p>
<p>Évidemment, si l’on compare cette représentation à la mise en scène historique du Kirov disponible en vidéo (1996), on a de quoi être dérouté : et pourtant, la présente production est en tous points fidèle au livret et aux intentions du compositeur, ne serait la complaisance à montrer tortures et giclées de sang grandguignolesques. Mais si le parfum slave que l’on aime à retrouver dans <em>Boris</em> ou<em> La Khovantchina</em> peut paraître manquer ici, la manière dont le sujet est traité accentue le caractère universel et tellement contemporain de l’intrigue : le règne de la loi du plus fort.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-mazeppa-erl/">TCHAÏKOVSKI, Mazeppa &#8211; Erl</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Mar 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée à Toulouse, la production d’Olivier Py arrive au Théâtre des Champs-Elysées, et malgré la défection de Mathias Goerne, offre plus de plaisir musical que scénique. Le prolifique metteur en scène semble plus attaché à souligner l&#8217;actualité de cette histoire qu&#8217;à diriger un drame shakespearien dont il ne compense malheureusement que peu les maladresses d’écriture, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée à Toulouse, la production d’<strong>Olivier Py</strong> arrive au Théâtre des Champs-Elysées, et malgré la défection de Mathias Goerne, offre plus de plaisir musical que scénique. Le prolifique metteur en scène semble plus attaché à souligner l&rsquo;actualité de cette histoire qu&rsquo;à diriger un drame shakespearien dont il ne compense malheureusement que peu les maladresses d’écriture, voire rend difficilement lisible des scènes pourtant évidentes : le statisme du chœur et la pauvre direction des figurants (on croirait presque que les militaires répriment une émeute) lors du prologue rendent incompréhensible la manipulation du peuple ou ses chamailleries tragi-comiques. Sans parler de cette ballerine qui danse face à un soldat ivre pendant la scène du couronnement. L&rsquo;effort pédagogique est donc lourdement appuyé : l’action est transposée au XXe siècle, un immense Z occupe le mur de scène du prologue, la façade du palais est celle de la Douma à Moscou et se retourne pour laisser voir des façades d’immeubles éventrées (sans doute une évocation des bombardements en Ukraine) lors du tableau de la taverne, et les nombreuses autres allusions (déjà <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-toulouse/">détaillées par notre confrère</a>) semblaient ne pas suffire : Boris lance son monologue devant une toile peinte sur laquelle Poutine fait face à Staline, et Fiodor joue à faire virevolter une mappemonde gonflable (la « carte de Russie ») comme Charlie Chaplin singeant Hitler. Quelques réussites plus fines tout de même : l’apparition de l’innocent dès le lever de rideau qui singe le tsar (il réapparaitra travesti, pied de nez à la masculinité toxique des autocrates russes) ; le rideau de scène, toile de fonds de la folie de Boris peuplée de troncs d’arbres formant une sombre forêt infinie, laquelle finira par s’enflammer pour voir Boris s’effondrer, accompagné seulement de son fils qui s’enfuit, tandis que Grigori s’empare du bonnet de Monomaque, le viseur du pistolet de Chouïski pointé sur lui. Mieux vaut tout de même avoir révisé son histoire russe pour comprendre. Belles réussites également de <strong>Bertrand Killy</strong> dont les lumières stroboscopiques permettent de belles apparitions du fantôme de Dimitri (dont la minuscule tombe hante l’avant-scène) ou jouent avec le cadre de scène pour amplifier l’espace scénique. On retrouve en outre des éléments habituels de la poétique scénique de Py (les hautes façades dorées à alcôve, les néons qui clignotent, la prostituée au mascara dégoulinant, les hommes torse nu…), sans distiller d’autres parfums que celui du déjà-vu.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Boris-Godounov_MIR8837-©-Mirco-Magliocca-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-157215"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Mirco Magliocca</sup></figcaption></figure>


<p>Musicalement, le compte y est davantage, mais quitte à jouer la version de 1869, plus théâtrale et sèche, on aurait aimé plus de relief, de drame et de rugosité. <strong>Andris Poga</strong> à la tête de l’<strong>Orchestre National de France</strong> soigne la beauté du son et se montre attentif à ne pas saturer l’espace sonore, ce qui est très appréciable pour le très bon <strong>Chœur de l’Opéra National du Capitole</strong> qui peut impressionner sans hurler malgré leur effectif réduit. Hélas, les différentes populations sont insuffisamment caractérisées et le chef ne réussit pas à rendre sensible la tension angoissante, la course à l’abime, l’effroi qui habite ce drame. Un peu comme si la sérénité lénifiante de Pimène était à la baguette. Parmi les seconds rôles, nous n’avons pas apprécié l’émission un peu trop relâchée de l’Innocent de <strong>Kristofer Lundin</strong>, trouvé un peu maigre le Varlaam de <strong>Yuri Kissin</strong>, et reconnaissons avoir peu de souvenir de Missaïl, Mitioukha et de la nourrice. Louons cependant la présence dévastatrice du Nikititch de <strong>Sulkhan Jaiani</strong>, et la belle contenance de l’Andreï de <strong>Mikhail Timoshenko</strong>. <strong>Airam Hernandez</strong> et <strong>Sarah Laulan</strong> sont prometteurs, mais sans acte polonais pour le premier, ni chanson du canard pour la seconde, difficile de transformer l’essai. La très intense Xenia de <strong>Lila Dufy</strong> et le Fiodor plein de vie de <strong>Victoire Bunel</strong> réussissent néanmoins à briller malgré la brièveté de leur intervention. <strong>Roberto Sciandiuzzi</strong> est un Pimène décevant, qui offre certes ses longues années de carrière au service de la vieillesse du personnage, mais n’arrive jamais à en faire le prophète implacable et menaçant qui précipitera la chute du tsar. <strong>Marius Brenciu</strong> campe un Chouïski éclatant, un peu trop sans doute, difficile d’entendre de l’arrogante fourberie ici. Franc succès pour finir que le magnifique Boris d’<strong>Alexander Roslavets</strong> qui hésite constamment entre la puissance et la fragilité, sait effrayer autant qu’émouvoir sans jamais sombrer dans la caricature.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-paris/">MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Nov 2023 06:40:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est à une vaste leçon d’histoire que nous convie Olivier Py dans la nouvelle production de Boris Godounov, présentée au Théâtre National du Capitole de Toulouse. Leçon spectaculaire, brillante à certains moments, « pédagogique » souvent mais parfois jusqu’à l’excès et avec, au final, un sentiment qu’à tant vouloir montrer et démontrer, c’est un peu &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est à une vaste leçon d’histoire que nous convie <strong>Olivier Py</strong> dans la nouvelle production de <em>Boris Godounov</em>, présentée au Théâtre National du Capitole de Toulouse. Leçon spectaculaire, brillante à certains moments, « pédagogique » souvent mais parfois jusqu’à l’excès et avec, au final, un sentiment qu’à tant vouloir montrer et démontrer, c’est un peu de poésie que l’on perd, une part de ce mystère russe que Py connaît pourtant parfaitement, et dont il maîtrise les tenants et les aboutissants. Ce sentiment de poésie, de tourment, de tragédie, d’angoisse, celui qui nous assaille jusqu’au plus profond de nous-mêmes, ne le ressentons-nous pas <em>in extremis</em> seulement, dans cette scène conclusive, mémorable entre toutes et qui se joue devant le rideau baissé. Boris va expirer, il est seul, seul malgré ses visions, seul malgré le fantôme de Dimitri (le tsarévitch présent du début à la fin comme pour le narguer une ultime fois), seul malgré son fils qu’il étreint sans le voir.  Cette épure nous rend enfin le tsar tel qu’il est : un homme assailli par ses visions, prisonnier de son histoire et qui trouve dans la folie puis la mort la seule issue possible à son drame ; les flammes de l’enfer vers lesquelles il se précipite n’apportent rien à la démonstration.</p>
<p>La version choisie est celle de 1869, l’original donc. Sept tableaux présentant sans interruption une action resserrée, souvent elliptique et qui fait la part plus que belle aux chœurs, donc au peuple de Russie (« C’est le peuple que je veux peindre. Quand je dors, je le vois devant moi, quand je mange, je pense à lui […], il ne cesse de m’apparaître encore et toujours », écrit Moussorgski à Répine en 1875), mais qui laisse la portion congrue aux rôles féminins (d’où l’ajout de l’acte polonais quelques années plus tard, pour, entre autre, insérer le magnifique rôle de Maryna). Le metteur en scène choisit de dresser le portrait de la Russie de toujours, celle qui, quel que soit son statut politique (Russie, Union soviétique) met en œuvre les mêmes forces destructrices, la même violence. Nous assistons donc au cours de cette magnifique leçon d’histoire à la traversée des siècles, depuis le couronnement de Boris jusqu’à la période contemporaine avec l’invasion de l’Ukraine et les drapeaux russes et polonais (et pourquoi donc ?) omniprésents : dès le premier tableau un immense Z apparaît en fond de scène, et au cinquième tableau, le dialogue entre Boris et Chouïski se joue au Kremlin dans la salle où Poutine reçut Macron autour de cette immense table de marbre blanc ! Les allusions à la dictature stalinienne sont également légion. Au troisième tableau ; lorsque Pimène retrace à grands traits l’histoire de la Russie, Grigori revêt les habits des grands dictateurs du pays, comme pour illustrer la continuité dans la violence subie par le peuple. Très belle scène aussi dans le cinquième tableau où Fiodor jouant, non pas avec une carte de la Russie, mais un ballon géant représentant notre planète, dit à son père : « Regarde la carte de Russie » !</p>
<pre>             <img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR9530-1294x600.jpg" alt="" width="688" height="319" /></pre>
<pre style="text-align: center;">© Mirco Magliocca</pre>
<p>La production d’Olivier Py est saluée chaleureusement par le public (comme quoi il n’est pas toujours hué, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/olivier-py-il-ny-a-pas-de-il-faut-en-art/">quoi qu’il en dise</a> !), sensible à coup sûr à la magnifique traduction scénique réalisée et ô combien réussie par <strong>Pierre-André Weitz</strong> : une série de décors tournant rapidement sur eux-mêmes et nous faisant voyager dans le temps et des espaces aussi différents qu’une cathédrale, une auberge aux allures de bordel ou encore une salle d’étude dans un couvent. Le tout superbement éclairé par <strong>Bertrand Killy</strong>.</p>
<p>Pour ce qui est de la production musicale, il faut saluer l&rsquo;excellente capacité de l’ensemble à « sonner russe ». Ce compliment vaut d’abord pour l’orchestre du Capitole dirigé par <strong>Andris Poga</strong>. Le jeune chef letton a su insuffler toutes les nuances dans les couleurs de l’orchestre voulu par Moussorgski ; de ce point de vue, le dépaysement est parfait. De même qu’est remarquable le travail effectué par <strong>Gabriel Bourgoin</strong> à la tête des chœurs et de la maîtrise de l’opéra national. Nous l’avons dit le chœur c’est le peuple russe, il est au cœur de l’ouvrage et, pour ce soir de première, la copie rendue est impressionnante : puissance, articulation, soin dans les variations dynamiques.</p>
<p>Plateau vocal de grande tenue : commençons par Boris ; c’était ce soir-là la prise de rôle d’<strong>Alexander</strong> <strong>Roslavets</strong> (qui remplaçait Matthias Goerne, initialement programmé) : clarté de timbre, projection suffisante et surtout incarnation du rôle, notamment dans la scène finale, nous l’avons dit. Autre performance, celle du Pimène de <strong>Roberto Scandiuzzi</strong> à la diction admirable. Il possède une basse chaleureuse mais qui sait être aussi cassante. <strong>Marius Brenciu</strong> est un Chouiski parfaitement retors ; <strong>Airam Hernandez</strong> est un Grigori fantasmatique ; <strong>Sulkhan Jalani</strong> un Nikititch effrayant au possible et <strong>Mikhaïl Timoshenko</strong> (Andrei) nous fait apprécier la clarté et la beauté de son timbre. Notable enfin l&rsquo;Innocent de <strong>Kristofer Lundin</strong> , sorte de fou du roi, omniprésent dès le lever de rideau. Chez les femmes, pas de rôle vraiment marquant, c’est un peu le travers de cette version de <em>Boris</em>.  <strong>Victoire Bunel</strong> est un Fiodor gracile et au final charmant. <strong>Svetlana Lifar</strong> (en nourrice) et <strong>Sarah Laulan</strong> (l’aubergiste) nous ont semblé plus convaincantes que <strong>Lila Dufy</strong> en Xenia.</p>
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		<title>STRAUSS, Salome &#8211; Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-salome-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Nov 2023 08:45:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>D’abord la toute fin, quand le rideau tombe sur la mort de Salome. De très longues secondes s’égrènent – on comprendra qu’elles permettront à l’héroïne de se changer. Puis le rideau se relève enfin et toute la salle avec lui, face à Asmik Grigorian, seule à saluer et comme encore sonnée. Elle vient de rendre &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>D’abord la toute fin, quand le rideau tombe sur la mort de Salome. De très longues secondes s’égrènent – on comprendra qu’elles permettront à l’héroïne de se changer. Puis le rideau se relève enfin et toute la salle avec lui, face à <strong>Asmik Grigorian</strong>, seule à saluer et comme encore sonnée. Elle vient de rendre une copie parfaite, sans doute le pressent-elle, le public quant à lui ne s’y trompe pas.</p>
<p>Hambourg donne ce soir-là la deuxième représentation de la nouvelle production de <em>Salome</em>. Georges Delnon, l&rsquo;intendant du Staatsoper Hamburg, a demandé à <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> de revenir sur les bords de l’Alster après une <em>Elektra</em> donnée il y a deux ans et avant un autre Strauss l’an prochain, on ne nous dit pas lequel. Mais Tcherni a posé ses conditions : recréer le couple <strong>Violeta Urmana</strong> – <strong>John Daszak</strong> qui figuraient Klytämnestra et Ägisth – ils seront donc Herodias et Herodes et, surtout, gagner la confiance d’Asmik Grigorian qu’il considère comme la meilleure Salome du circuit. A coup sûr Tcherniakov a fait le bon choix. Asmik Grigorian avait réussi une prise de ce rôle remarquée en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/salome-lepreuve-du-mal/">2018 à Salzbourg</a>, ce qui l’avait amenée à le reprendre à Vienne, Londres, Madrid et Milan. Ici, elle se plie aux exigences du metteur en scène russe avec une intelligence et un engagement dévastateurs. Il y a une telle dissemblance entre la silhouette gracile, fragile même, qui se met quasiment à nu sur scène, et la voix pétrifiante qui émane de ce corps de jeune femme. L’ambitus du rôle est extrême et Grigorian habite tous les étages ; elle s’empare des graves avec voracité, et va chercher aux tréfonds d’elle-même les ressources pour nous faire don de fortissimi au tout haut de l’échelle. On pense qu’elle n’y arrivera pas, on pense que le « Ich habe ihn geküsst, deinen Mund » final est hors de sa portée ou qu’elle finira par y trébucher. Que non ! Non seulement elle nous assène sans faillir toutes les notes sans exception mais il n’y a pas une once de fébrilité à déceler. L’énergie qui émane de ce personnage est stupéfiante. Mais si Tcherniakov la voulait précisément pour ce rôle, c’est aussi pour ses qualités d’actrice, parce qu’il pressentait qu’elle se plierait à l’originalité de sa proposition.</p>
<p style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/08_Salome_c_Monika_Rittershaus_klein-1294x600.jpg" alt="" width="729" height="338" /><br />
© Monika Rittershaus</p>
<p style="text-align: left;">On le sait, Tcherniakov transpose tout le temps ; on se souvient de son Ring berlinois et de son centre d’expérimentations humaines, on a aussi en mémoire son <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/esquisse-cosi-fan-tutte/">Così fan tutte</a></em> aixois (2023) avec ses trois couples de quinquagénaires en location saisonnière le temps d’un week-end. Pour ce <em>Salome</em>, l’action est transposée de nos jours (Herodes filme Salome avec son téléphone portable) : nous sommes dans un grand appartement bourgeois où vingt convives sont réunis pour l’anniversaire de Herodes. Il est notable que tous les protagonistes (y compris Jochanaan, en bout de table et dos au public, ce qui correspond assez bien à la voix venue de loin, de la citerne, que l’on devrait percevoir avant son arrivée sur scène) sont présents, quasiment tout du long. La table est somptueuse, les décors luxueux et toutes les armoires de rangement sont remplies de … bustes, ce qui va volontairement conduire le spectateur sur une fausse piste : ces bustes en effet ne préfigurent aucunement la tête de Jochanaan que l’on porterait sur un plateau en argent, ce genre de sauvagerie n’ayant pas lieu d’être dans une société aussi raffinée que celle autour de Herodes et Herodias. Au début de la pièce, Salome, chez qui l’on pressent très vite une terrible fragilité psychique, apparaît en complet décalage avec les invités de ses parents. Sa fascination pour Jochanaan devient visible par tous, elle s’approche de lui, le touche mais ne réussit jamais à le séduire ; avant la mort de Salome, Jochanaan se lèvera enfin de table et quittera la pièce, convaincu de son incapacité à la faire rentrer dans le droit chemin. La mort de Salome, qui tombe brutalement sans que personne ne s’approche d’elle, est donc celle de l’impuissance, davantage que celle de l’amour impossible. Malgré tous les artifices qu’elle déploiera, elle ne parviendra pas à faire varier celui qui est décrit comme un prophète de malheur, un charlatan comme notre époque en compte tant. Jochanaan est au centre des discussions, notamment celles entre les Juifs et les Nazaréens qui s’écharpent sur le sens à donner à ses élucubrations. Ces Juifs caricaturés dans la pièce, qui se disputent sur le droit chemin de la foi et sont dépeints comme des personnages de pacotille avec un sous-entendu antisémite, ont conduit, dans le contexte international actuel, à une prise de position de la direction du Staatsoper qui a fait figurer sur les programmes de salle : « Le texte de <em>Salome</em> contient des passages qui formulent des clichés antisémites. En raison de la situation actuelle, nous ne voulons pas laisser cela sans commentaire. Nous nous distançons expressément de toute forme d&rsquo;antisémitisme. Notre travail artistique est synonyme de démocratie, de tolérance et d&rsquo;humanisme », voici donc ce que formulent l&rsquo;intendant Georges Delnon, le metteur en scène Dmitri Tcherniakov et le directeur musical <strong>Kent Nagano</strong>.</p>
<p style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/01_Salome_c_Monika_Rittershaus_klein-1294x600.jpg" alt="" width="746" height="346" /><br />
© Monika Rittershaus</p>
<p>Juifs, Nazaréens et soldats, qui forment le gros des convives, tiennent à merveille leurs querelles. Narraboth (qui, notons-le, ne se suicidera pas) est le très vaillant <strong>Oleksiy</strong> <strong>Pachikov</strong>, de la troupe, il est un amoureux éconduit crédible et impétueux. <strong>Kyle Ketelsen</strong> incarne Jochanaan. Celui-ci joue le rôle de l’invité surprise, celui que l’on a convié pour entendre et discuter les élucubrations. Capable d’une folle énergie, il possède un baryton sonore et expressif. Violeta Urmana trouve en Herodias un rôle davantage à sa mesure que Klytämnestra ; sa furie, dans la seconde partie de l’ouvrage est parfaitement rendue. Saluons la très brillante prestation du Herodes de John Daszak, qui passe par toutes les émotions avec une authenticité admirable et sans jamais fléchir. L’orchestre philharmonique de Hambourg est aux mains de son directeur musical, <strong>Kent Nagano</strong>. La symbiose est parfaite entre chef et musiciens. On entend les mille et une nuances d’une musique aux couleurs infinies, capable de nous éblouir et de nous submerger.</p>
<p>Ce spectacle peut d’ores et déjà être revu sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.ndr.de/kultur/buehne/Salome-Premiere-begeistert-Hamburger-Opern-Publikum,salome188.html">arte .tv </a>qui avait filmé la première.</p>
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		<title>Goerne renonce à  Boris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/goerne-renonce-a-boris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Oct 2023 07:05:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un communiqué de presse nous apprend que le baryton-basse allemand Matthias Goerne n’assurera pas sa prise du rôle de Boris Godounov. Il devait se lancer dans l’aventure en novembre dans la nouvelle production proposée par Olivier Py au théâtre du Capitole de Toulouse. Goerne renonce pour « des raisons médicales ». On ignore s’il sera &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un communiqué de presse nous apprend que le baryton-basse allemand <strong>Matthias Goerne</strong> n’assurera pas sa prise du rôle de Boris Godounov. Il devait se lancer dans l’aventure en novembre dans la nouvelle production proposée par <strong>Olivier Py</strong> au théâtre du Capitole de Toulouse. Goerne renonce pour « des raisons médicales ». On ignore s’il sera présent pour les représentations de la même coproduction au Théâtre des Champs-Elysées, en février et mars 2024. A Toulouse il sera remplacé par la basse biélorusse <strong>Alexander Roslavets</strong>, membre de l’Opéra de Hambourg. Celui-ci fera à cette occasion ses débuts à l’Opéra national du Capitole ainsi que ceux dans le rôle de Boris. Nous présentons à Matthias Goerne tous nos vœux de prompt et complet rétablissement.</p>
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