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	<title>Mikhail TIMOSHENKO - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Mikhail TIMOSHENKO - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>MOZART, Don Giovanni &#8211; Montpellier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-montpellier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 May 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Toulouse et Dijon, la quatrième version (1) de cet extraordinaire Don Giovanni dans la mise en scène d’Agnès Jaoui s’est posée au vaste Corum de Montpellier, dont l’opéra est coproducteur. Eut-on fréquenté l’ouvrage des dizaines de fois, avec le sentiment d’en connaître tous les ressorts, que chaque nouvelle rencontre s’avère riche en découvertes et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après Toulouse et Dijon, la quatrième version (1) de cet extraordinaire <em>Don Giovanni</em> dans la mise en scène d’<a href="https://www.forumopera.com/agnes-jaoui-on-connait-tous-des-don-giovanni/"><strong>Agnès Jaoui </strong></a>s’est posée au vaste Corum de Montpellier, dont l’opéra est coproducteur. Eut-on fréquenté l’ouvrage des dizaines de fois, avec le sentiment d’en connaître tous les ressorts, que chaque nouvelle rencontre s’avère riche en découvertes et en émotion. Celle-ci le confirme pleinement. Les mises en scène du <em>dramma giocoso</em> semblent le plus souvent atténuer, voire ignorer, le <em>giocoso</em>, pour focaliser l’intérêt sur le drame que le séducteur et ses victimes vont vivre. Ce qui frappe d’emblée, sans ambition historiciste, c’est la fidélité à l’esprit qui nourrit cette lecture inspirée : aucun soulignement, ni récupération idéologique ou transposition tendancieuse, l’intelligence y est constante, et c’est déjà un régal pour l’œil comme pour l’esprit. Ainsi, après que le Commandeur l’ait entraîné dans les affres de l’enfer, et que l’ultime sextuor s’achève, voilà que le facétieux réapparait, à la stupéfaction générale assortie de l’évanouissement de Leporello. Beau pied-de-nez pour nous rappeler que nous sommes au théâtre. Cette dernière scène nous rappelle aussi la distinction marquée entre les trois aristocrates (Elvira, Anna et Ottavio) et les manants (Zerline, Masetto, Leporello) : les premiers s’installent dans les fauteuils à la table qu’a abandonnée Don Giovanni, les autres demeurent respectueusement en retrait, debout, avec les laquais. Cette dimension sociale est, là encore, trop fréquemment éludée. Une ultime observation relative à cette mise en scène exemplaire : la présence sur scène des trois orchestres pour le bal qu’offre Don Giovanni afin de séduire Zerlina est devenue rarissime, bien qu’explicitement exigée par la partition et le livret. Elle participe pleinement ce soir au faste sensuel qui s’attache au prédateur cynique, comme à la lisibilité de la complexe polyphonie.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MG4_7072_redimensionner-1294x600.jpg" alt="" /></p>
<p style="text-align: center;">© Marc Ginot</p>
<p>La beauté plastique, les scènes somptueuses sont un bonheur permanent. Le réalisme du décor d’<strong>Eric Ruf </strong>se marie fort bien à l’abstraction onirique de la vidéo, signée <strong>Pierre Martin-Oriol</strong> (la lune changeante, facétieuse aussi, comme chez Méliès) : un dispositif ingénieux permet d’assembler, de mouvoir des éléments empruntés à l’architecture renaissante italienne ou ibérique, pour recomposer, le plus souvent à vue, le cadre de l’action dramatique (2). Il trouve son aboutissement dans la scène d’apparition du Commandeur, au sein d’un édifice religieux dont les oculi quadrilobés prennent tout leur sens. Les lumières magistrales de <strong>Bertrand Couderc</strong> participent idéalement au propos, d’autant plus que les deux-tiers de l’action se déroulent la nuit, propice à toutes les aventures et dissimulations. Seul – petit – regret : l’éblouissement ponctuel, brutal, du fond de scène dans l’obscurité nocturne, dérange, physiquement autant qu’intellectuellement. Quant aux magnifiques costumes de <strong>Pierre-Jean Larroque</strong>, c’est un constant régal tant ils participent à la caractérisation de chacun, avec une réelle beauté des coupes, des textures et des coloris. La direction d’acteurs, les chorégraphies sont d’un soin tout particulier, nourrissent la vérité dramatique.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MG4_8018_redimensionner-1294x600.jpg" alt="" /></p>
<pre style="text-align: center;">© Marc Ginot</pre>
<p>Pourtant, avant même le lever de rideau, les interrogations se faisaient jour. Des bribes de projections, illisibles, puis l’ouverture déconcertaient : cette dernière, prise à la cravache, tendue, privilégiait les ponctuations rageuses au détriment des respirations. Le premier air de Leporello décevait, imprécis, haché, aux graves manquant d’assise. Défaillance passagère certainement car <strong>Evan Hughes</strong> allait rayonner ensuite, et faire preuve de toutes les qualités attendues, et ce, jusqu’à sa dissimulation craintive sous la table, où il contrepointe humoristiquement le propos du séducteur et de sa victime. Son débit, rossinien avant la lettre, lui permet de satisfaire aux tempi très rapides qu’impose parfois la direction. Une voix qu’on espère réécouter. La distribution, internationale, est presque totalement renouvelée. <strong>Mikhail Timoshenko</strong> partageait déjà le premier rôle à Toulouse, en alternance avec Nicolas Courjal. Son Don Giovanni a la prestance attendue, aristocrate aussi autoritaire que séducteur. Grand seigneur et voyou désinvolte, ses moyens sont au rendez-vous. La voix est ample et libre, avec le mordant qui sied. <strong>Karine Deshayes</strong>, pour notre bonheur, incarne toujours, avec une rare justesse, Donna Elvira, fidèle et humiliée. Le timbre n’est pas moins chaud, la conduite exceptionnelle, une grande leçon de chant, du <em>Ah chi mi dice mai</em> au <em>Mi tradi quell’ alma ingrata.</em> Don Ottavio est ici confié<strong> à Michael Gibson</strong>, authentique ténor mozartien, jamais efféminé, dont la voix ample, longue et égale sert bien le rôle, complexe et ingrat. <em>Il mio tesoro</em>, attendu, est justement ovationné. <strong>Stephen Milling</strong> campe un Commandeur impressionnant, voix sonore, caverneuse. On mettait son ample vibrato sur le compte de son agonie après le duel. Las, il persistera et le conservera outre-tombe, ce sera l’unique réserve.</p>
<p><em> </em>Si l’on n’en était informé, rien ne trahirait, ni vocalement, ni scéniquement, les trois prises de rôle, qui sont autant de révélations. <strong>Esther Tonea</strong> a toutes les qualités pour nous offrir une Donna Anna noble et ardente, avec une technique affirmée. Tout juste attendait-on des traits plus précis, plus perlés. Zerlina est une belle découverte : <strong>Miriam Kutrowatz</strong> nous vaut une fausse ingénue, jeune, sensuelle et manipulatrice. Elle respire cette musique avec un naturel confondant, et les chaleureuses acclamations d’un public conquis saluent sa réussite. Un Masetto lucide et touchant, robuste sans caricature, nous est offert par <strong>Frederic Jost</strong>. Une voix solide, sonore, pour un fiancé qui ne s’en laisse pas compter. Les ensembles sont justes, équilibrés, et c’est toujours un plaisir de les suivre, collectivement autant qu’individuellement. A signaler les récitatifs, qui sont du vrai théâtre, accompagnés au piano (forte ?) depuis la fosse. Le chœur, préparé avec soin par <strong>Noëlle Gény</strong>, se montre remarquable dans toutes ses apparitions, y compris lorsqu&rsquo;il est invisible (les voix démoniaques, sépulcrales, de l’enfer). On a connu l’Orchestre national Montpellier Occitanie en meilleure forme. Sous la direction de <strong>Benjamin Bayl</strong>, il fait le job, non sans une certaine routine. Les phrasés sont parfois courts, privés de la sensualité dans laquelle baigne l’ouvrage. Le tissu instrumental, appliqué, n’est restitué qu’avec parcimonie.  La puissance tragique, comme la pirouette conventionnelle, parodique, de la scène ultime sont heureusement irréprochables. Les musiciens mobilisés pour constituer les trois orchestres sur scène sont admirables par leur jeu, leur écoute mutuelle et la qualité de leur émission.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MG4_0235_redimensionner-1294x600.jpg" alt="" /></p>
<p style="text-align: center;">© Marc Ginot</p>
<p>Le public d’un Corum comble, captivé par la réalisation, n’a pas ménagé ses rappels, réservant une standing ovation pleinement méritée.</p>
<pre>(1) <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-toulouse/">https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-toulouse/</a> <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-distr-b-toulouse/">https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-distr-b-toulouse/</a> <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-dijon/">https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-dijon/ </a>
(2) Faut-il rappeler que le drame se joue dans neuf lieux différents, ce que feignent d’ignorer la plupart des réalisateurs ?</pre>
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		<title>WEINBERG, Die Passagierin (La Passagère) &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weinberg-die-passagierin-la-passagere-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jan 2026 09:47:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Première française attendue à Toulouse pour Die Passagierin (La Passagère), opéra en deux actes achevé en 1968 par Mieczysław Weinberg (mais qu’il n’a jamais pu entendre), livret d’Alexandre Medvedev d’après le roman Pasażerka, datant de 1962, écrit par la Polonaise Zofia Posmys (1923-2022) et dont, à notre connaissance, il n’existe pas de traduction française (les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Première française attendue à Toulouse pour <em>Die Passagierin</em> (<em>La Passagère)</em>, opéra en deux actes achevé en 1968 par Mieczysław Weinberg (mais qu’il n’a jamais pu entendre), livret d’Alexandre Medvedev d’après le roman <em>Pasażerka</em>, datant de 1962, écrit par la Polonaise Zofia Posmys (1923-2022) et dont, à notre connaissance, il n’existe pas de traduction française (les non-polonisants germanistes s’intéresseront à <em>Die Passagierin</em> dans la traduction de Peter Ball datant de 1969). L’œuvre fut créée en version de concert au Théâtre de musique de Moscou Stanislavski et Nemirovich-Danchenko le 25 décembre 2006 et connut sa première scénique au festival de Bregenz en 2010, dans la mise en scène de <strong>David Pountney</strong> et sous la direction de <strong>Teodor Currentzis</strong>.<br />
Weinberg (1919-1996) était un compositeur polonais ; on lui doit des musiques de film, de la musique de chambre, une vingtaine de symphonies, d’autres opéras dont <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lidiot-moscou-lidiot-en-cours/"><em>L’Idiot</em></a> avec toujours Medvedev comme librettiste. Réfugié en URSS pendant la Seconde guerre mondiale, il eut une amitié durable avec Dimitri Chostakovitch, qui lui fit du reste connaître Medvedev.<br />
L’œuvre présentée ce soir a déjà été reprise à Varsovie, Francfort, Chicago, Houston, Detroit, Graz, Innsbruck (qui coproduit le spectacle), Bregenz mais n’avait donc encore jamais été donnée dans l’hexagone. A noter qu’il existe de <em>La Passagère</em> une captation en <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/the-passenger-pouvoirs-de-labjection/">DVD enregistré en 2016</a> ainsi qu’un enregistrement audio datant de 2021, chez Capriccio, avec les Grazer Philharmoniker, sous la direction de <strong>Roland Kluttig</strong>.<br />
Un mot sur Zofia Posmysz, auteur du roman à l’origine du livret, et qui a son importance pour la genèse de l’opéra : elle fut elle-même prisonnière des camps d’Auschwitz et Ravensbrück, puis devint journaliste et écrivaine. En 1962, son récit <em>Pasażerka</em>, remarqué par Chostakovitch, fit l’objet d’adaptations radiophonique et cinématographique.<br />
<em>La Passagère</em> se déroule tantôt en 1960 sur un paquebot transatlantique, tantôt en 1943 dans le camp d’Auschwitz. Au premier acte, un couple d’Allemands, Lisa et son mari le diplomate Walter, traversent l’Atlantique pour gagner le Brésil. Le voyage prend cependant un tournant inattendu lorsque Lisa croit reconnaitre en une passagère une certaine Marta, femme polonaise qu’elle a jadis connue dans des circonstances particulièrement terribles : on apprend en effet que Lisa est une ancienne gardienne SS dans le camp de concentration d’Auschwitz. Marta serait, pense-t-elle, l’une des femmes qu’elle était alors chargée de surveiller… une prisonnière qui avait suscité son irritation en raison de l’extrême dignité dont elle ne se départait jamais. Lorsque Walter apprend le passé nazi de son épouse, une dispute éclate : la carrière du diplomate ne risque-t-elle pas d’être compromise ? Un membre du personnel, cependant, les rassure en leur apprenant que la passagère ne serait pas polonaise, mais britannique. Mais Lisa est peu à peu envahie par une vague de souvenirs liés à la guerre et au rôle qu’elle joua dans le camp d’Auschwitz.<br />
Au second acte,  un concert se prépare dans le camp, au cours duquel Tadeusz, un prisonnier, devra jouer au commandant sa valse préférée. Or il se trouve que Tadeusz est fiancé à Marta, qu’il retrouve dans le camp. Lisa propose au couple de se revoir régulièrement en secret, espérant ainsi s’assurer une domination psychologique sur les deux amoureux. Mais Tadeusz refuse, préférant renoncer à voir Marta plutôt que se soumettre. Dans le tableau suivant qui se déroule à nouveau sur le paquebot, le steward dit à Lisa et Walter s’être trompé: la mystérieuse passagère est en fait bien polonaise et non britannique. Au cours de la soirée dansante, cette mystérieuse passagère demande que soit jouée une valse, et ce sera précisément la valse préférée du commandant du camp d’Auschwitz. Mais à Auschwitz, Tadeusz avait refusé de jouer cette valse sur son violon, il lui avait préféré la fameuse chaconne de la partita BWV 1004 de Bach, ce qui lui a coûté la vie.  Les derniers mots reviennent à Marta, qui dans un poignant monologue évoque le devoir de mémoire :  « Si un jour vos voix se taisent, alors nous sombrerons tous ».<br />
A noter que dans le roman de Posmysz, l’épilogue est différent ; Lisa veut en finir avec ses doutes sur l’identité de la passagère et choisit, au grand dam de son mari, de s’expliquer avec elle au moment du débarquement au Brésil. Les deux femmes se fixent des yeux et se dirigent l’une vers l’autre, mais la mystérieuse passagère, à l’ultime moment, contourne Lisa et poursuit son chemin. L’hypothèque ne sera jamais levée.<br />
Chaque personnage, dans le livret, s’exprime dans sa propre langue, on entend ainsi aussi bien du yiddish que de l’allemand, de l’anglais, du français, du polonais, et du russe.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_0854-1-1294x600.jpg" />© Mirco Magliocca</pre>
<p>Salle comble pour la première, c’est dire que les attentes étaient fortes. La découverte de la musique de Weinberg tout d’abord ; on retrouve, tout au long de la partition, des influences multiples du XXe siècle, Stravinsky, Zemlinski et surtout Chostakovitch ainsi que quelques touches de jazz mais aussi de puissants accents personnels avec des rythmes marqués par des percussions omniprésentes, une utilisation habile du <em>Sprechgesang</em>, particulièrement au premier acte. On note justement une césure complète à l’issue de la première partie, le second acte dépassant nettement le premier en intensité dramatique et lyrique (monologue de Marta et chanson <em>a cappella</em> de Katja). La mise en scène ensuite : comment rendre l’horreur du quotidien d’un camp de concentration, sans verser ni dans la caricature, ni dans le misérabilisme ? Le metteur en scène allemand <strong>Johannes Reitmeier</strong> qui a dirigé pendant onze ans le Tiroler Landestheater d’Innsbruck, a su éviter ce double écueil. Grâce à un habile décor en bois figurant d’un côté le pont supérieur du paquebot et la cabine de Walter et Lisa et, de l’autre côté, les baraquements du camp d’Auschwitz, on passe d’une ambiance à l’autre par simple rotation du plateau, les tableaux s’enchaînant ainsi sans interruption. Ces rotations fréquentes illustrent judicieusement la confusion dans l’esprit de Lisa qui, en évoquant devant son mari un passé qu’elle lui avait toujours caché, revit instantanément ces scènes qu’elle aurait voulu enfouir à jamais. La direction d’acteurs montre de très beaux moments, comme ces prisonniers qui s’avancent en chœur (remarquable travail à nouveau de <strong>Gabriel Bourgoin</strong> à la tête des voix d’hommes et de femmes) jusqu’à l’avant-scène pour dévoiler leurs avant-bras marqués à jamais de l’horreur. Très poignantes aussi les retrouvailles entre Tadeusz et Marta qui, dans un premier temps, ne se reconnaissent pas. Certes tout n’est pas réussi, les trois officiers SS ne sont guère effrayants, Lisa elle-même ne semble pas une surveillante bien redoutable, mais Reitmeier, avec une délicatesse qu’il faut louer, rend scrupuleusement l’ambiance des camps et, pour le dire autrement, sait transcender l’horreur pour la rendre visible à nos yeux de contemporains.<br />
Plateau irréprochable dominé par la Lisa omniprésente d’<strong>Anaïk</strong> <strong>Morel</strong> ; son allemand est quasi parfait, l’ampleur de la voix et sa vraie-fausse dureté font merveille même si, nous l’avons dit, la femme déchirée entre son passé et son amour pour Walter nous semble plus convaincante que la vicieuse Kapo d’antan. <strong>Nadja</strong> <strong>Stefanoff</strong> est une merveilleuse découverte : elle est une Marta sans concession, sa scène au début du II (« Würde er mich rufen, Gott der Herr » ) est soufflée avec les tripes et elle sait entretenir le mystère sur sa vraie identité. Plaisir de retrouver en <strong>Céline</strong> <strong>Laborie</strong> une Katja solide : elle délivre un « Du, mein Teil », chanson de son enfance, <em>a cappella</em> et à haut risque avec une belle maîtrise dans les notes perchées. Plateau féminin parfaitement complété par <strong>Victor Bunel</strong> (Krystina), <strong>Anne-Lise Polchlopek</strong> (Vlasta), <strong>Sarah Laulan</strong> (Hannah), <strong>Julie Goussot</strong> (Yvette), <strong>Janina Baechle</strong> (Bronka), <strong>Ingrid Perruche</strong> en vieille femme et <strong>Manuela Schütte</strong> en Kapo. Casting réussi également pour les deux rôles masculins principaux : <strong>Mikhail Timoshenko</strong> déploie un baryton somptueux et qui ne demande qu’à chanter, quant à <strong>Airam Hernández</strong>, il est un Walter puissant, sûr de lui, mais que Lisa réussit à faire vaciller.<br />
Ce soir c’est le sicilien <strong>Francesco Angelico</strong> qui est dans la fosse devant les musiciens de l’orchestre national du Capitole, qu’il avait déjà conduits dans <em>Mefistofele</em> en 2023. Direction soignée, précise. Il le faut car la partition est complexe avec de multiples changements d’ambiance.<br />
Justice est donc enfin rendue à une partition qui doit désormais trouver sa place sur les affiches françaises.</p>
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		<item>
		<title>MOZART, Don Giovanni (distr. B) &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-distr-b-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Du fait de la popularité de l’artiste, ce projet d’une mise en scène de Don Giovanni par Agnès Jaoui a suscité une petite curiosité dans le milieu lyrique français, avec la couverture médiatique associée. Si le spectacle a rapidement été loué par la presse pour sa réussite musicale, l’aspect scénique a pu, non pas décevoir, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Du fait de la popularité de l’artiste, ce projet d’une mise en scène de Don Giovanni par <strong>Agnès Jaoui</strong> a suscité une petite curiosité dans le milieu lyrique français, avec la couverture médiatique associée. Si le spectacle a rapidement été loué par la presse pour sa réussite musicale, l’aspect scénique a pu, non pas décevoir, mais frustrer certains. On sait qu’une production doit se roder pour trouver son juste tempo, et qu’elle va généralement en se bonifiant avec l’avancée des représentations. Qu’en est-il donc en arrivant aux dernières représentations, et avec une autre distribution que <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-toulouse/">celle chroniquée par Thierry Verger</a> ?</p>
<figure id="attachment_204456" aria-describedby="caption-attachment-204456" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-204456" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DG1-1-1-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-204456" class="wp-caption-text">Alix Le Saux, Kamil Ben Hsaïn Lachiri<br />©️Mirco Magliocca</figcaption></figure>
<p>Effectivement, Jaoui fait le choix de la littéralité et de la lisibilité : les très beaux décors (<strong>Eric Ruf</strong>) et costumes (<strong>Pierre-Jean Larroque</strong>) nous plongent ainsi immédiatement dans le cadre de l’Espagne baroque, où les statuts sociaux des personnages sont très identifiables visuellement. Il ne faut pas y voir une absence de point de vue. En tant que cinéaste et scénariste des classes, elle représente avec justesse Don Giovanni comme un être privilégié, de classe supérieure, qui se sait protégé (même de l’enfer) et n’est donc jamais réellement en danger. Sa direction d’acteurs est entièrement tournée vers la dignité et le parcours individuel des victimes, chacune très caractérisée, tandis qu’elle accorde peu de sympathie aux personnages masculins (si ce n’est Masetto, dont l’alchimie sexuelle avec Zerline est palpable). Sans grands effets, le spectacle est très efficace, bien rythmé, et surtout particulièrement bien joué. La metteuse en scène <a href="https://www.forumopera.com/agnes-jaoui-on-connait-tous-des-don-giovanni/">disant en interview s’adapter aux interprètes</a>, il y a fort à parier que le résultat sur ce dernier point était assez différent avec une autre distribution. On y trouve simplement une limite esthétique très subjective quant au fond de scène projeté, et à quelques éclairages qui paraissent trop artificiels.</p>
<p>Le grand triomphateur de la soirée est assurément l’<strong>Orchestre National du Capitole</strong>, en grande forme sous la baguette du jeune chef italien <strong>Riccardo Bisatti</strong>. Dès l’ouverture, l’ensemble frappe par sa cohésion et sa clarté, tandis que Bisatti trouve le juste tempo d’une urgence dramatique qui n’est pas précipitation. Sa direction vaut par sa cohérence et par sa stabilité, y compris dans des tempi assez rapides. Tout au plus regrette-t’on quelques scènes un peu trop uniformément sonores et concrètes à l’orchestre (« Batti, batti » « Mi tradì »). Aucun souci d’équilibre n’est à déplorer depuis notre place ce soir.</p>
<figure id="attachment_204473" aria-describedby="caption-attachment-204473" style="width: 15000px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-204473" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_1772.jpeg" alt="" width="15000" height="15000" /><figcaption id="caption-attachment-204473" class="wp-caption-text">Marianne Croux, Valentin Thill<br />©️Mirco Magliocca</figcaption></figure>
<p>La deuxième distribution de chanteurs, majoritairement plus jeune, brille par son équilibre, avec des voix caractérisées mais complémentaires. C’est particulièrement le cas des trois dames, idéalement différenciées. <strong>Alix Le Saux</strong> (Elvira) comme <strong>Marianne Croux</strong> (Anna) sont deux belles musiciennes, avec un instrument très corsé pour la première, ancienne mezzo, et au contraire, très lumineux pour la seconde, tout en ayant l’ampleur requise. Le « Non mi dir » désarmant par la sincérité de son expression, est l’un des moments les plus chaleureusement applaudis. Chacune laisse entendre de menus défauts vocaux ce soir, qui n’entachent pas des prestations émouvantes. Surtout, les deux chanteuses sont des modèles d’engagement et de justesse, que ce soit dans l’emprise absolue pour Elvira, et dans le traumatisme de la victime pour Anna. <strong>Francesca Pusceddu</strong> est quant à elle assez idéale en Zerlina sûre de sa sensualité, au phrasé gracieux et d’une voix facile et fruitée. L’actrice est particulièrement fine, jusqu’aux expressions faciales. Elle forme avec le Masetto de <strong>Timothée Varon</strong>, lui aussi acteur naturel, un couple tout à fait crédible. Ce dernier a pour lui une autorité vocale qui le fait largement dépasser le rôle de faire-valoir que le personnage peut avoir.</p>
<figure id="attachment_204458" aria-describedby="caption-attachment-204458" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-large wp-image-204458" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DG3-1-1-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-204458" class="wp-caption-text">Timothée Varon, Mikhaïl Timoshenko, Francesca Pusceddu<br />©️Mirco Magliocca</figcaption></figure>
<p>Les autres personnages masculins sont distribués avec le même soin. <strong>Valentin Thill</strong> en Ottavio se prête à la rigueur que lui impose la mise en scène, sans pour autant se priver de nuances. Le ténor est une belle découverte, avec une voix solide y compris dans le médium et le grave. <strong>Adrien Mathonat</strong>, alternant avec le rôle de Masetto dans l’autre cast, est la basse sombre nécessaire pour asseoir la stature du Commandeur, avec une présence naturellement imposante.<br />
Leporello est un rôle assez peu gâté par les choix de mise en scène, dans le sens où la farce n’est pas l’aspect le plus saillant de la production. C’est donc essentiellement dans le deuxième acte qu’on peut apprécier <strong>Kamil Ben Hsaïn Lachiri</strong>, baryton sain, précis dans l’italien comme dans le jeu, auquel on ne souhaiterait que davantage de projection dans le grave. Enfin, <strong>Mikhaïl Timoshenko</strong> en Don Giovanni est une évidence, en composant un personnage assez agaçant, particulièrement sûr de lui et hautain, mais pourtant capable de la plus grande sensualité. Son sourire en coin, son port de tête, le rangent immédiatement du côté des aristocrates, de même qu’une voix noble et conduite. « Deh vieni alla finestra » est parfait de nuances et d’inventivité.</p>
<figure id="attachment_204457" aria-describedby="caption-attachment-204457" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-204457" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DG2-1-1-1024x534.jpg" alt="" width="1024" height="534" /><figcaption id="caption-attachment-204457" class="wp-caption-text">Kamil Ben Hsaïn Lachiri, Adrien Mathonat, Mikhaïl Timoshenko©️Mirco Magliocca</figcaption></figure>
<p>On l’a dit, toutes excellentes que soient les individualités, le plus marquant de cette distribution est finalement son équilibre, où chacun est à sa place sans jamais couvrir les autres, donnant lieu à des ensembles de grande qualité dramatique. Il y a une réactivité sur le plateau, une intelligence du collectif, qui donne toute sa force à l’action de l’opéra. Qu’il soit du fait de la mise en scène, des chanteurs ou d’une direction musicale attentive, cet esprit de troupe porte en lui un enthousiasme communicatif. Toute acerbe que soit la conclusion du spectacle, c’est donc avec un sentiment positif qu’on part, empli en quelque sorte de l’esprit de solidarité qui se noue entre les protagonistes contre leur prédateur. Viva la libertà, très certainement, mais pas pour les agresseurs.</p>
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		<title>ROSSINI, L’italiana in Algeri &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-litaliana-in-algeri-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Jun 2025 04:05:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce soir marque les vingt-cinq ans de carrière de Marie-Nicole Lemieux. Dans une brève adresse lors des saluts, et après une déclaration d’amour au public (conquis) du Théâtre des Champs Elysées, la chanteuse québécoise nous promet que ce n’est pas fini. Et on veut bien la croire. La mezzo au tempérament volontiers volcanique semblait avoir &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce soir marque les vingt-cinq ans de carrière de <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong>. Dans une brève adresse lors des saluts, et après une déclaration d’amour au public (conquis) du Théâtre des Champs Elysées, la chanteuse québécoise nous promet que ce n’est pas fini. Et on veut bien la croire.</p>
<p>La mezzo au tempérament volontiers volcanique semblait avoir misé sur une certaine sobriété expressive dans son air d’entrée. Ce n’est que pour mieux tromper son monde, car le naturel revient vite au galop, culminant dans le duo au premier acte avec Mustafa, qui, dans sa folie, lorgne vers Tex Avery. L’Italienne ne recule devant aucun procédé pour dompter le macho : soupirs, œillades en coin, voire même coups de poitrine ! Difficile de résister au sens comique de cette tornade, et d’ailleurs, tous les interprètes jouent le jeu, avec une belle énergie.</p>
<p>Pour autant, si nous succombons comme le reste du public au délire scénique, nous avouerons être moins être sensible à ce chant où la recherche de l’effet prime sur la ligne, sur la beauté du son (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/litaliana-in-algeri-paris-tce-des-tonnes-et-un-peu-plus/">comme c’était déjà le cas il y a dix ans dans ces lieux</a>). Les phrases heurtées, l’émission tour à tour grossie ou pincée ont une puissance comique indéniable mais perdent parfois en chemin le legato et le bel canto. C’est lorsque la chanteuse laisse de côté les effets intempestifs que l’on peut vraiment apprécier le fruité et la rondeur de la voix et son extension dans l’aigu… Au vu de sa santé vocale insolente, les vingt-cinq ans de carrière ne sont clairement qu’un début.</p>
<p>Le Mustafa de <strong>Nahuel di Pierro</strong> semble un peu effacé au premier abord. Pourtant, une fois la voix chauffée et la projection retrouvée, la basse démontre sa familiarité avec un répertoire qu’il a chanté sur les plus grandes scènes, sans que la <em>vis comica</em> ne se fasse jamais au détriment d’une vrai probité stylistique.</p>
<p>Face à ces deux ogres, le Taddeo très bien chantant et sonore de <strong>Mikhail Timoshenko</strong> paraîtrait presque timoré. Son côté clown blanc finit cependant par convaincre, même s’il reste en retrait de la folie environnante.</p>
<p>Le contraltino de <strong>Levy Sekgapane</strong> se coule, lui, avec aisance dans la tessiture de Lindoro. En résulte une apparence de naturel confondante. Le « Languir per una bella » d’abord entonné à pleine voix est ensuite repris <em>mezza voce</em> avec une voix mixte caressante à laquelle on peut difficilement résister. L’interprète surprend par des variations originales et comme tout bon ténor rossinien possède une quinte aigüe claironnante. Difficile de croire qu’il est ici de passage entre deux représentations du <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-barbiere-di-siviglia-paris-bastille/"><em>Barbiere</em> à Bastille</a>.</p>
<p>Les comprimarii font très bonne figure, quand bien même ils n’ont que peu de matière à se mette sous la dent, à l’exception de la courte aria de Haly (<strong>Alejandro Baliñas Vieites</strong>). On apprécie cependant la clarté et la rondeur de l’Elvira de <strong>Manon Lamaison</strong>, loin de la caricature souvent infligée à ce rôle.</p>
<p>Dès l’ouverture, on comprend que <strong>Julien Chauvin</strong> maîtrise parfaitement l’art du crescendo rossinien et est en parfaite harmonie avec la fougue des chanteurs. Les tempi sont vifs voire débridés, sans que cela ne mette jamais en danger les instrumentistes du Concert de La Loge. Tout juste pourra-t-on noter des couleurs parfois sourdes des instruments anciens quand on rêverait (notamment dans les vents) de davantage de brillant. Au-delà de cette dynamique, on apprécie la qualité de la mise en place, avec des ensembles réglés au cordeau, cette précision rythmique se retrouvant également au sein du chœur Fiat Cantus.</p>
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		<title>DONIZETTI, L&#8217;elisir d&#8217;amore &#8211; Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lelisir-damore-nancy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avant que le rideau se lève, les interrogations prévalaient : avec ses arômes singuliers, son côté citronné, floral et terreux, le vin bourru – que Christophe Rizoud avait dégusté à Rennes, puis Catherine Jordy à Nantes – avait-il gagné en finesse, en légèreté souriante pour réjouir le public nancéen ? Si la mise en scène &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avant que le rideau se lève, les interrogations prévalaient : avec ses arômes singuliers, son côté citronné, floral et terreux, le vin bourru – que Christophe Rizoud avait dégusté à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lelisir-damore-rennes/">Rennes</a>, puis Catherine Jordy à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lelixir-damour-nantes/">Nantes</a> – avait-il gagné en finesse, en légèreté souriante pour réjouir le public nancéen ? Si la mise en scène – qui a évolué en fonction ses conditions nouvelles – et la direction musicale demeurent, la distribution en est totalement renouvelée.</p>
<p>Qu’apporte le regard adapté de la mise en scène de <strong>David Lescot</strong> ? L’agitation brouillonne qui prévaut sur le plateau, avant même les premières notes du prélude, laisse circonspect. D’autant que la transposition (des ouvriers agricoles s’affairant dans une exploitation de maïs) n’enrichit pas le livret. Autant le premier acte nous laisse sur notre faim, autant le second nous réconcilie. Encore que l’on peine à comprendre la mutation des humbles travailleurs en élégants bourgeois. Il en va de même pour Nemorino, qui endosse alors un complet de belle facture, qui jure avec sa condition misérable. Oublions. Cependant, l’invention des costumes de <strong>Mariane Delayre</strong> mérite d’être soulignée. Ainsi, le tableau des femmes faisant le siège du soupirant est-il particulièrement réussi. La direction d’acteurs est soignée, sans toujours éviter des gags qui tombent à plat, des outrances (l’ivresse des soldats, le couple saphique&#8230;) qui trahissent la finesse souriante de l‘ouvrage. L’ingénieux usage d’un tapis roulant s’avère une heureuse surprise.</p>
<p><strong>Chloé Dufresne</strong> connaît son <em>Elisir d’amore, </em>pour l’avoir dirigé plus que toute autre production. Elle s’en est appropriée tous les ressorts. La direction qu’elle imprime ce soir, dans une salle idéale pour ce type d’ouvrage, n’appelle que des louanges. La vitalité saine et raffinée de l’orchestre, dès le prélude, très retenu, qui chante avec distinction et sensibilité réjouit. Elle prend son temps, pour mieux accuser les contrastes suivants, les rythmes trépidants, toujours élégants, alternant avec les épanchements. L’attention au chant, les équilibres internes à l’orchestre, la balance avec le plateau sont un modèle. C’est certainement un des plus beaux Donizetti qu’il nous ait été donné d’entendre, servi par une formation dont la grâce, la légèreté, les couleurs (les bois tout particulièrement, avec des soli admirables, clarinette, basson&#8230;) nous valent un constant bonheur. A signaler cependant un piano-forte bien plat, dépourvu d’esprit pour les premiers récitatifs, qui se fera plus présent dans le dialogue entre Adina et Dulcamara. Par-delà son chant, impeccable, il faut féliciter le chœur, acteur à part entière, l’activité individuelle de chacun des chanteurs constituant un élément essentiel de l’action dramatique.</p>
<p>Si elles ne sont pas sans risque, les prises de rôle, ici pour chacune et chacun, ont l’avantage de nécessiter un engagement exceptionnel. Le couple central rallie tous les suffrages. <strong>Rocio Pérez</strong> nous avait valu une Norina extraordinaire (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/don-pasquale-metz-deux-gangsters-sinon-rien/">Metz, 2017</a>). Entre temps elle s’est frottée avec succès au plus large répertoire. L’Adina dont elle s’empare ce soir confirme ses éminentes qualités belcantistes. Elle possède le format vocal et physique idéal. Sa première cavatine (« le beau Tristan »), chantée du fond de scène est prometteuse. L’émission, corsée et piquante, correspond idéalement à la coquette sûre d’elle-même, rêveuse, piquante, provocatrice, attendrie, toutes les expressions sont justes. Le tempérament est indéniable, et la virtuosité, toujours au service de la caractérisation. Le feu d’artifice final est un grand moment de bonheur partagé par les artistes, comme par la salle. Autre prise de rôle, le Nemorino de <strong>Matteo Desole </strong>est une authentique révélation. La jeunesse adolescente, la naïveté sincère sont traduites avec une voix de grande classe : timbre, conduite de la ligne, technique, style, tout est là. De surcroît son jeu impressionne, ni benêt, ni mièvre, d’un engagement absolu. Si sa cavatine d’entrée demeure timide – mais le rôle ne l’exige-t-il pas ? – la progression sera constante, avec l’attendue romance « Una furtiva lagrima ». L’homogénéité des registres, la longueur de voix, la couleur, les demi-teintes, les piani, c’est un régal où l’émotion se conjugue avec la vérité dramatique. Rarement le personnage aura été aussi bien servi, touchant dans sa fragilité et ardent dans sa passion déchirante. L’émotion est bien là. <strong>Mikhail Timoshenko </strong>campe un Belcore fat, qui se donne fière allure. La voix est sûre, sonore, les vocalises du « Come Parride vezzosa » irréprochables, le duetto où il engage Nemorino contre vingt écus est juste, et la déconvenue du sergent vaniteux, mauvais perdant, berné par Adina, convaincante. Dulcamara est confié à <strong>Patrick Bolleire</strong>, toujours aussi impressionnant par sa stature et son autorité vocale. Sa faconde roublarde, désopilante, le <em>buffo</em> donizettien sont servis par les moyens que l’on connaît. La voix est riche, longue, souple et le jeu pleinement convaincant, truculent. De sa cavatine « Udite, udite, o rustici » au mot de la fin, c’est un bonheur que chacune de ses interventions, la barcarolle avec Adina tout particulièrement. <strong>Manon Lamaison</strong> nous vaut une Gianetta charmante, vive, et ses interventions avec le chœur, puis avec les femmes sont un bonheur. Les nombreux ensembles, duos, trios, quatuors se remarquent par la qualité de leur mise en place, de leur expression individualisée, et de leur équilibre. Mieux qu’un sans-faute, une réalisation exemplaire due à une équipe complice, de haut-vol, dont on garde un souvenir ébloui. L’adhésion du public ira croissante, pour s’achever sur de longues et chaleureuse ovations, méritées.</p>
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		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Mar 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée à Toulouse, la production d’Olivier Py arrive au Théâtre des Champs-Elysées, et malgré la défection de Mathias Goerne, offre plus de plaisir musical que scénique. Le prolifique metteur en scène semble plus attaché à souligner l&#8217;actualité de cette histoire qu&#8217;à diriger un drame shakespearien dont il ne compense malheureusement que peu les maladresses d’écriture, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée à Toulouse, la production d’<strong>Olivier Py</strong> arrive au Théâtre des Champs-Elysées, et malgré la défection de Mathias Goerne, offre plus de plaisir musical que scénique. Le prolifique metteur en scène semble plus attaché à souligner l&rsquo;actualité de cette histoire qu&rsquo;à diriger un drame shakespearien dont il ne compense malheureusement que peu les maladresses d’écriture, voire rend difficilement lisible des scènes pourtant évidentes : le statisme du chœur et la pauvre direction des figurants (on croirait presque que les militaires répriment une émeute) lors du prologue rendent incompréhensible la manipulation du peuple ou ses chamailleries tragi-comiques. Sans parler de cette ballerine qui danse face à un soldat ivre pendant la scène du couronnement. L&rsquo;effort pédagogique est donc lourdement appuyé : l’action est transposée au XXe siècle, un immense Z occupe le mur de scène du prologue, la façade du palais est celle de la Douma à Moscou et se retourne pour laisser voir des façades d’immeubles éventrées (sans doute une évocation des bombardements en Ukraine) lors du tableau de la taverne, et les nombreuses autres allusions (déjà <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-toulouse/">détaillées par notre confrère</a>) semblaient ne pas suffire : Boris lance son monologue devant une toile peinte sur laquelle Poutine fait face à Staline, et Fiodor joue à faire virevolter une mappemonde gonflable (la « carte de Russie ») comme Charlie Chaplin singeant Hitler. Quelques réussites plus fines tout de même : l’apparition de l’innocent dès le lever de rideau qui singe le tsar (il réapparaitra travesti, pied de nez à la masculinité toxique des autocrates russes) ; le rideau de scène, toile de fonds de la folie de Boris peuplée de troncs d’arbres formant une sombre forêt infinie, laquelle finira par s’enflammer pour voir Boris s’effondrer, accompagné seulement de son fils qui s’enfuit, tandis que Grigori s’empare du bonnet de Monomaque, le viseur du pistolet de Chouïski pointé sur lui. Mieux vaut tout de même avoir révisé son histoire russe pour comprendre. Belles réussites également de <strong>Bertrand Killy</strong> dont les lumières stroboscopiques permettent de belles apparitions du fantôme de Dimitri (dont la minuscule tombe hante l’avant-scène) ou jouent avec le cadre de scène pour amplifier l’espace scénique. On retrouve en outre des éléments habituels de la poétique scénique de Py (les hautes façades dorées à alcôve, les néons qui clignotent, la prostituée au mascara dégoulinant, les hommes torse nu…), sans distiller d’autres parfums que celui du déjà-vu.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Boris-Godounov_MIR8837-©-Mirco-Magliocca-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-157215"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Mirco Magliocca</sup></figcaption></figure>


<p>Musicalement, le compte y est davantage, mais quitte à jouer la version de 1869, plus théâtrale et sèche, on aurait aimé plus de relief, de drame et de rugosité. <strong>Andris Poga</strong> à la tête de l’<strong>Orchestre National de France</strong> soigne la beauté du son et se montre attentif à ne pas saturer l’espace sonore, ce qui est très appréciable pour le très bon <strong>Chœur de l’Opéra National du Capitole</strong> qui peut impressionner sans hurler malgré leur effectif réduit. Hélas, les différentes populations sont insuffisamment caractérisées et le chef ne réussit pas à rendre sensible la tension angoissante, la course à l’abime, l’effroi qui habite ce drame. Un peu comme si la sérénité lénifiante de Pimène était à la baguette. Parmi les seconds rôles, nous n’avons pas apprécié l’émission un peu trop relâchée de l’Innocent de <strong>Kristofer Lundin</strong>, trouvé un peu maigre le Varlaam de <strong>Yuri Kissin</strong>, et reconnaissons avoir peu de souvenir de Missaïl, Mitioukha et de la nourrice. Louons cependant la présence dévastatrice du Nikititch de <strong>Sulkhan Jaiani</strong>, et la belle contenance de l’Andreï de <strong>Mikhail Timoshenko</strong>. <strong>Airam Hernandez</strong> et <strong>Sarah Laulan</strong> sont prometteurs, mais sans acte polonais pour le premier, ni chanson du canard pour la seconde, difficile de transformer l’essai. La très intense Xenia de <strong>Lila Dufy</strong> et le Fiodor plein de vie de <strong>Victoire Bunel</strong> réussissent néanmoins à briller malgré la brièveté de leur intervention. <strong>Roberto Sciandiuzzi</strong> est un Pimène décevant, qui offre certes ses longues années de carrière au service de la vieillesse du personnage, mais n’arrive jamais à en faire le prophète implacable et menaçant qui précipitera la chute du tsar. <strong>Marius Brenciu</strong> campe un Chouïski éclatant, un peu trop sans doute, difficile d’entendre de l’arrogante fourberie ici. Franc succès pour finir que le magnifique Boris d’<strong>Alexander Roslavets</strong> qui hésite constamment entre la puissance et la fragilité, sait effrayer autant qu’émouvoir sans jamais sombrer dans la caricature.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-paris/">MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Nov 2023 06:40:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est à une vaste leçon d’histoire que nous convie Olivier Py dans la nouvelle production de Boris Godounov, présentée au Théâtre National du Capitole de Toulouse. Leçon spectaculaire, brillante à certains moments, « pédagogique » souvent mais parfois jusqu’à l’excès et avec, au final, un sentiment qu’à tant vouloir montrer et démontrer, c’est un peu &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-toulouse/"> <span class="screen-reader-text">MOUSSORGSKI, Boris Godounov &#8211; Toulouse</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est à une vaste leçon d’histoire que nous convie <strong>Olivier Py</strong> dans la nouvelle production de <em>Boris Godounov</em>, présentée au Théâtre National du Capitole de Toulouse. Leçon spectaculaire, brillante à certains moments, « pédagogique » souvent mais parfois jusqu’à l’excès et avec, au final, un sentiment qu’à tant vouloir montrer et démontrer, c’est un peu de poésie que l’on perd, une part de ce mystère russe que Py connaît pourtant parfaitement, et dont il maîtrise les tenants et les aboutissants. Ce sentiment de poésie, de tourment, de tragédie, d’angoisse, celui qui nous assaille jusqu’au plus profond de nous-mêmes, ne le ressentons-nous pas <em>in extremis</em> seulement, dans cette scène conclusive, mémorable entre toutes et qui se joue devant le rideau baissé. Boris va expirer, il est seul, seul malgré ses visions, seul malgré le fantôme de Dimitri (le tsarévitch présent du début à la fin comme pour le narguer une ultime fois), seul malgré son fils qu’il étreint sans le voir.  Cette épure nous rend enfin le tsar tel qu’il est : un homme assailli par ses visions, prisonnier de son histoire et qui trouve dans la folie puis la mort la seule issue possible à son drame ; les flammes de l’enfer vers lesquelles il se précipite n’apportent rien à la démonstration.</p>
<p>La version choisie est celle de 1869, l’original donc. Sept tableaux présentant sans interruption une action resserrée, souvent elliptique et qui fait la part plus que belle aux chœurs, donc au peuple de Russie (« C’est le peuple que je veux peindre. Quand je dors, je le vois devant moi, quand je mange, je pense à lui […], il ne cesse de m’apparaître encore et toujours », écrit Moussorgski à Répine en 1875), mais qui laisse la portion congrue aux rôles féminins (d’où l’ajout de l’acte polonais quelques années plus tard, pour, entre autre, insérer le magnifique rôle de Maryna). Le metteur en scène choisit de dresser le portrait de la Russie de toujours, celle qui, quel que soit son statut politique (Russie, Union soviétique) met en œuvre les mêmes forces destructrices, la même violence. Nous assistons donc au cours de cette magnifique leçon d’histoire à la traversée des siècles, depuis le couronnement de Boris jusqu’à la période contemporaine avec l’invasion de l’Ukraine et les drapeaux russes et polonais (et pourquoi donc ?) omniprésents : dès le premier tableau un immense Z apparaît en fond de scène, et au cinquième tableau, le dialogue entre Boris et Chouïski se joue au Kremlin dans la salle où Poutine reçut Macron autour de cette immense table de marbre blanc ! Les allusions à la dictature stalinienne sont également légion. Au troisième tableau ; lorsque Pimène retrace à grands traits l’histoire de la Russie, Grigori revêt les habits des grands dictateurs du pays, comme pour illustrer la continuité dans la violence subie par le peuple. Très belle scène aussi dans le cinquième tableau où Fiodor jouant, non pas avec une carte de la Russie, mais un ballon géant représentant notre planète, dit à son père : « Regarde la carte de Russie » !</p>
<pre>             <img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR9530-1294x600.jpg" alt="" width="688" height="319" /></pre>
<pre style="text-align: center;">© Mirco Magliocca</pre>
<p>La production d’Olivier Py est saluée chaleureusement par le public (comme quoi il n’est pas toujours hué, <a href="https://www.forumopera.com/olivier-py-il-ny-a-pas-de-il-faut-en-art/">quoi qu’il en dise</a> !), sensible à coup sûr à la magnifique traduction scénique réalisée et ô combien réussie par <strong>Pierre-André Weitz</strong> : une série de décors tournant rapidement sur eux-mêmes et nous faisant voyager dans le temps et des espaces aussi différents qu’une cathédrale, une auberge aux allures de bordel ou encore une salle d’étude dans un couvent. Le tout superbement éclairé par <strong>Bertrand Killy</strong>.</p>
<p>Pour ce qui est de la production musicale, il faut saluer l&rsquo;excellente capacité de l’ensemble à « sonner russe ». Ce compliment vaut d’abord pour l’orchestre du Capitole dirigé par <strong>Andris Poga</strong>. Le jeune chef letton a su insuffler toutes les nuances dans les couleurs de l’orchestre voulu par Moussorgski ; de ce point de vue, le dépaysement est parfait. De même qu’est remarquable le travail effectué par <strong>Gabriel Bourgoin</strong> à la tête des chœurs et de la maîtrise de l’opéra national. Nous l’avons dit le chœur c’est le peuple russe, il est au cœur de l’ouvrage et, pour ce soir de première, la copie rendue est impressionnante : puissance, articulation, soin dans les variations dynamiques.</p>
<p>Plateau vocal de grande tenue : commençons par Boris ; c’était ce soir-là la prise de rôle d’<strong>Alexander</strong> <strong>Roslavets</strong> (qui remplaçait Matthias Goerne, initialement programmé) : clarté de timbre, projection suffisante et surtout incarnation du rôle, notamment dans la scène finale, nous l’avons dit. Autre performance, celle du Pimène de <strong>Roberto Scandiuzzi</strong> à la diction admirable. Il possède une basse chaleureuse mais qui sait être aussi cassante. <strong>Marius Brenciu</strong> est un Chouiski parfaitement retors ; <strong>Airam Hernandez</strong> est un Grigori fantasmatique ; <strong>Sulkhan Jalani</strong> un Nikititch effrayant au possible et <strong>Mikhaïl Timoshenko</strong> (Andrei) nous fait apprécier la clarté et la beauté de son timbre. Notable enfin l&rsquo;Innocent de <strong>Kristofer Lundin</strong> , sorte de fou du roi, omniprésent dès le lever de rideau. Chez les femmes, pas de rôle vraiment marquant, c’est un peu le travers de cette version de <em>Boris</em>.  <strong>Victoire Bunel</strong> est un Fiodor gracile et au final charmant. <strong>Svetlana Lifar</strong> (en nourrice) et <strong>Sarah Laulan</strong> (l’aubergiste) nous ont semblé plus convaincantes que <strong>Lila Dufy</strong> en Xenia.</p>
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		<title>ROSSINI, Il Turco in Italia &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-turco-in-italia-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Oct 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=142850</guid>

					<description><![CDATA[<p>Elle est parfaite, la placette napolitaine de l’Opéra de Lausanne, et elle enchante le regard : le raide escalier à droite, le palais décrépi au lointain avec son portone orgueilleux, les pilastres envahis d’herbes folles, la petite marchande de légumes côté jardin qui tricote en attendant le client, le balcon où Fiorilla arrose ses géraniums, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Elle est parfaite, la placette napolitaine de l’Opéra de Lausanne, et elle enchante le regard : le raide escalier à droite, le palais décrépi au lointain avec son <em>portone</em> orgueilleux, les pilastres envahis d’herbes folles, la petite marchande de légumes côté jardin qui tricote en attendant le client, le balcon où Fiorilla arrose ses géraniums, la fenêtre où apparait un costaud en maillot de corps, les façades qui s’effritent, et, merveille ! comme au Châtelet d’autrefois, un tramway, dont les pantographes font des étincelles, et qui passe au fond du décor. Une terrasse d’osteria des années 50. Des cyclistes pressés et l’indispensable Vespa, comme dans <em>Pain, amour et fantaisie</em>…</p>
<p>Saluons le décorateur de ce <em>Turco in Italia</em>, <strong>Daniel Bianco</strong>, par ailleurs directeur du Théâtre de la Zarzuela à Madrid, où il s’attache à préserver un patrimoine théâtral. On sait donc toujours jouer avec un savoir-faire né à l’âge baroque. Perspective accélérée, doubles points de fuite, praticables et châssis, épaisseurs, découvertes, tout un outillage de l’illusion, dont les pères fondateurs ont nom Palladio, Serlio ou Sabbatini et que les scènes latines n’ont jamais oublié. Qu’on pense à Ezio Frigerio, collaborant avec Strehler, ou d’ailleurs à Pedduzi, <em>alter ego</em> de Chéreau.</p>
<p>Ajoutons de très subtils éclairages d’<strong>Eduardo Bravo</strong> : d’abord un petit matin bleuté, la lanterne du <em>sottoportego</em>, la place qui s’anime, la montée vers le soleil éclatant de midi, puis la pente vers le déclin du jour, se parant de rose, la lumière chaude des appartements. Des costumes aux couleurs de berlingots (dessinés par feue <strong>Pepa Ojanguren</strong>) : robes évasées très 1955, imprimés fleuris, pantalons corsaires à rayures, tout cela très comédie musicale, les Bohémiens de fantaisie voulus par le livret ont le look des Portoricains de <em>West Side Story</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="577" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-1-1-1024x577.jpg" alt="" class="wp-image-142857"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La polémique du moment</strong></h4>
<p>Un hasard farceur semble avoir voulu apporter une pièce de plus à la lassante polémique dite «&nbsp;du Regietheater&nbsp;» avec ce spectacle qui s’inscrit, et combien joliment, dans la plus traditionnelle des traditions.<br>D’ailleurs les images parlent mieux que ce long discours. Dans son genre, c’est une perfection et il n’est que de songer au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-rouen/">récent <em>Carmen</em> de Rouen</a>, recréation de celui de 1875, pour constater que l’on sait encore faire aussi bien qu’à l’Opéra-Comique d’autrefois ou qu’à la Scala en 1814.</p>
<p>Et si on refusait de choisir son camp ? On peut être à la fois amateur de relectures (si elles sont pertinentes ou questionnantes) et d’une certaine imagerie théâtrale, qui fut celle de nos premiers bonheurs, si elle est comme ici revisitée avec amour. Au demeurant, on sent bien que cette querelle franco-française n’est pas dénuée d’arrières-pensées politiques…</p>
<p>Cela dit, tant de moyens pour seulement cinq représentations dans une salle de taille moyenne (idéale d’ailleurs), l’économie d’un tel système laisse songeur. Comme le fait que des fauteuils restèrent inoccupés le soir où nous vîmes un spectacle aussi séducteur. Mais laissons là ce débat envahissant et saluons seulement tout le personnel de l’ombre, ateliers de décors et de costumes, cintriers et maquilleuses, la liste serait longue.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-4-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-142860"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Salomé Jicia © Jean-Guy Python</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Mise en abîme et second degré</strong></h4>
<p>Les deux piliers de ce spectacle sont d’une part un vétéran, le metteur en scène espagnol <strong>Emilio Sagi</strong>, qui dirigea durant quelque vingt ans le Teatro de la Zarzuela puis fut directeur artistique du Teatro Real et du Teatro Arriaga de Bilbao et d’autre part <strong>Michele</strong> <strong>Spotti</strong>, le jeune chef d’orchestre (trente ans !), actuellement directeur musical de l’Opéra et de l’orchestre philharmonique de Marseille.</p>
<p>Le talent d’Emilio Sagi est ici de rassembler des talents qui se connaissent et se complètent, et de réaliser une mise en scène qui ne se voie pas, comme faisaient les régisseurs d’autrefois. De laisser aux acteurs-chanteurs, tous d’un métier sûr, la bride sur le cou. On joue «&nbsp;au public&nbsp;», on ne craint pas les clins d’œil, la connivence et la bonhomie font partie du genre.</p>
<p>Rossini (vingt ans à la création !) et Romani font du Poète, Prosdocimo, le meneur de jeu : en mal d’idées, ce garçon, carnet d’ethnologue en main, regarde vivre son petit monde napolitain pour en tirer la matière d’une pièce qu’on lui demande, un petit monde aimablement clichetonnant… Une coquette, un barbon, un amoureux transi et, pour la touche d’exotisme, un prince turc de passage et une troupe de Zingari, dont fait partie Zaïda, qui eut jadis une<em> love affair</em> avec ce Selim. <br>Théâtre en train de se faire, mise en abîme… Ou poncifs et second degré, à votre guise… Agitez le tout et multipliez les prétextes à airs, duos, trios, etc. Et débrouillez-vous pour vous en sortir à la fin.<br>On pourrait dire en somme la même chose de&nbsp;<em>Così</em> <em>fan tutte</em>, autre comédie napolitaine, et on a constamment le sentiment que les Rossini-Romani connaissent par cœur leur Mozart-Da Ponte.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-5-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-142855"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Mikhail Timoshenko, Salomé Jicia, Giulio Mastrototaro © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Tous un peu verts au début</strong></h4>
<p>L’<strong>Orchestre de Chambre de Lausanne</strong> fait des merveilles sous la baguette de Michele Spotti, qui travailla notamment avec Noseda, Gatti et Zedda, et ça s’entend. Beaucoup de piqué, de respiration, notamment dans l’ouverture, toute en changements de tempi, en accents nerveux, en soin apporté aux textures (basses ronflantes et tutti opulents), aux contrechants, en transitions respirantes, en liberté laissée aux solistes, et bien sûr en accélérations implacables… Bref en esprit rossinien, qu’on a ou qu’on n’a pas. Ici, on l’a.</p>
<p>Cela dit, passé le plaisir visuel de l’éveil de la petite place sur fond sonore d’ouverture pimpante, un moment d’incertitude s’installe quant à la distribution vocale. L’impression d’un certain flottement dans le casting (impression qui va évoluer, autant le dire tout de suite).</p>
<p>On excepte <strong>Mikhail Timoshenko</strong>, le Poète (en somme le Don Alfonso de l’aventure), dont le solide timbre de baryton et d’emblée une manière de désinvolture, la présence en scène et des récitatifs théâtralement justes convainquent. <br>Et le <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>, impeccable, preste et solide, mené pour l’occasion par <strong>Antonio Greco</strong>, grand spécialiste du répertoire rossino-donizettien.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="549" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-8-1024x549.jpg" alt="" class="wp-image-142863"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Salomé Jicia ©Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Ramage vs. plumage</strong></h4>
<p>Mais la première impression demeure que le ramage n’est pas à la hauteur du plumage. Pour cela il faudra attendre parfois la deuxième partie du spectacle.</p>
<p>Ainsi <strong>Giulio Mastrototaro</strong> sera un excellent Don Geronio (le vieux mari). La voix cueillie encore à froid dans sa première cavatine « Vado in traccia d&rsquo;una zingara », on l’entendra gagner peu à peu en chaleur et en virtuosité, et le personnage s’étoffer en bonhomie. Non moins frisquette dans son premier air, « Non si dà follia maggiore », redoutable air d’entrée, la voix de Fiorilla, <strong>Salomé Jicia</strong>, semblera d’abord manquer de souplesse, les notes hautes un peu stridentes et les vocalises un peu rêches. Le meilleur sera vraiment pour plus tard.</p>
<p>Jolie entrée du bateau de Sélim, une réminiscence du bateau d’<em>Amarcord</em>, sous forme de maquette illuminée flottant sur une longue bannière bleue qui dévoilera un Selim à la silhouette digne de feu l’Aga Khan, <strong>Luis Cansino</strong>. « Qual bel Turco ! » s’exclamera Fiorilla, séduite sans doute par une voix de basse bouffe profonde, mais elle aussi un peu raide. <br>N’empêche, grâce au chef, qui les entrainera dans un train d’enfer, leur premier duetto «&nbsp;Serva! &#8211; Servo&nbsp;» sera vif et acéré, électrique et enlevé, quelqu’hirsutes demeurent leurs vocalises.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="698" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-3-1-1024x698.jpg" alt="" class="wp-image-142859"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Salomé Jicia, Luis Cansino © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>Non moins rossinien, verveux, le trio « Un marito scimunito ! », où l’on aimerait pour le rôle de Narciso, le macho en chemise à fleurs cintrée, une voix plus légère que celle de <strong>Francisco Brito</strong>. Et c’est le chef et l’orchestre qui feront palpiter le quartetto « Siete Turchi, non vi credo » (épatants changements de rythme vif-argent), un de ces moments où la <em>vocalità</em> s’efface devant la <em>teatralità</em>…</p>
<h4><strong>L’esprit des choses</strong></h4>
<p>En revanche le duo Geronio-Fiorella, « Per piacere alla signora », sera le premier moment vraiment impeccable : le tissu frémissant des cordes, l’articulation parfaite du barbon, son emphase au second degré, les colorature <em>mezza voce</em>, précises et spirituelles, de la coquette, puis ses alanguissements élégants sur les notes piquées du baryton, avant un final agitato scintillant sur la battue serrée du chef, Rossini est là.</p>
<p>Le <em>finale primo</em> brillera à nouveau surtout par la précision du chef d’orchestre (et des vents de l’OCL), les voix cheminant parfois cahin-caha, mais la bonne humeur fera oublier certaines acidités.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="702" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-3-1024x702.jpg" alt="" class="wp-image-142853"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Pablo Plaza, Mikhail Timoshenko, Giulio Mastrototaro, Marion Jacquemet © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>L’entracte aura été profitable, comme la mi-temps au football. Dès le duetto « D&rsquo;un bell&rsquo;uso di Turchia », la faconde de Luis Cansino supplée au manque de souplesse de sa voix et la précision de Giulio Mastrototaro emporte les dernières réticences (un <em>precipitato</em> étincelant emmené par Michele Spotti).<br>Autres jolies réussites, les roucoulades de Salomé Jicia dans sa cavatine «&nbsp;Se il zefiro si posa&nbsp;», en dialogue avec un chœur d’hommes très en place, et son duetto avec Selim «&nbsp;Credete alle femmine&nbsp;», même si certaines notes hautes sonnent un peu serrées, -et Luis Cansino peut y montrer son savoir-faire dans le chant orné, et donner une belle humanité à son Turc. <br>Et si la voix et le style de Francisco Brito ne nous convainc guère dans l’air de Narciso «&nbsp;Tu secondo il mio disegno&nbsp;», nous nous laisserons séduire par <strong>Pablo Plaza</strong>, ténor <em>di grazia</em> au timbre léger et à la belle ligne vocale élégante, dans l’ariette d’Albazar «&nbsp;Ah, sarebbe troppo dolce&nbsp;».</p>
<p>Côté mise en scène la turquerie va tourner quelque peu à la kitscherie avec guirlandes lumineuses, profusion de couleurs pétantes, et joyeusetés de patronage, en revanche musicalement on va monter d’un cran encore. Et si le difficile quintette a cappella «&nbsp;Oh, guardate che accidente !&nbsp;» semblera quelque peu erratique, voire vociférant, le <em>concertato</em> suivant remettra tout le monde à flot.</p>
<p>Décidément de mieux en mieux, Giulio Mastrototaro ne fait qu’une bouchée de son aria <em>di furore</em> «&nbsp;Se ho da dirla, avrei molto piacere&nbsp;», considérable et truculent, dont il adorne la cabalette d’un pas de danse enlevé. Air dont l’âpreté cachée derrière la bouffonnerie n’est pas sans faire penser à l’air de Figaro « Aprite un po&rsquo; quegli occhi&nbsp;» dans les <em>Noces</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="739" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-4-1024x739.jpg" alt="" class="wp-image-142854"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Giulio Mastrototaro © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Mélancolies mozartiennes fugitives</strong></h4>
<p>D’ailleurs la silhouette de Mozart semble partout alors qu’approche la fin de la comédie. Et <strong>Marie-Cécile Bertheau</strong> au pianoforte va le souligner avec délicatesse en citant en catimini le «&nbsp;Vedrai carino&nbsp;» de Zerlina…</p>
<p>Hommage à Mozart aussi, le récitatif et air de Fiorilla «&nbsp;I vostri cenci vi rimando &#8211; Squallida veste e bruna&nbsp;», l’une des perles de la partition. Véhémente dans le récitatif, Salomé Jicia déploie dans l’aria une belle grande ligne lyrique, qu’elle décore de trilles impeccables et de notes filées, et surtout une mélancolie illustrant l’évolution du personnage qui délaissant la coquetterie revient à l’amour sincère de son vieux mari.</p>
<p>La cabalette (de belle venue) conduira au second final «&nbsp;Son la vite sul campo appassita&nbsp;». Sélim repart pour la Turquie avec Zaïde reconquise (<strong>Marion Jacquemet</strong>). On se réconcilie à la fin, et cela aussi, c’est très Mozart…<br>Pour les personnages, tout donc est bien qui finit bien, et vocalement, en somme, tout est bien qui finit mieux…</p>
<p>C’est l’un des charmes du spectacle vivant que rien n’y est fixé pour toujours et que, dans l’espace d’une représentation, tout soit changeant et notamment les impressions d&rsquo;un spectateur&#8230;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="687" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-2-1024x687.jpg" alt="" class="wp-image-142852"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Guy Python</sup></figcaption></figure>
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		<title>PUCCINI, La Bohème — Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-boheme-toulouse-lintelligence-est-aux-manettes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Nov 2022 14:55:37 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/la-boheme-toulouse-lintelligence-est-aux-manettes/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le couple Barbe &#38; Doucet a encore frappé&#8230; et marqué d’une admirable empreinte cette nouvelle production de La Bohème au Théâtre National du Capitole. Moins connu en France qu’en Italie ou en Allemagne ou encore à Glyndebourne, le couple québécois André Barbe et Renaud Doucet roule sa bosse depuis une vingtaine d’années tout autour de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le couple Barbe &amp; Doucet a encore frappé&#8230; et marqué d’une admirable empreinte cette nouvelle production de <em>La Bohème</em> au Théâtre National du Capitole. Moins connu en France qu’en Italie ou en Allemagne ou encore à Glyndebourne, le couple québécois <strong>André Barbe</strong> et <strong>Renaud Doucet</strong> roule sa bosse depuis une vingtaine d’années tout autour de la planète avec toujours comme dénominateur commun absolu, comme un cadre intangible, le respect scrupuleux de l’œuvre. Ce qui,  par les temps qui courent, mérite d’être souligné, même si nous conviendrons que ce-dit respect n’est pas en soi gage de réussite. Ici, on ne sait ce qu’il faut louer le plus dans leur proposition : de la conduite d’acteurs pour ainsi dire virtuose ou de la magie des éclairages, du somptueux des costumes ou de la beauté réaliste des décors du Quartier Latin des années 1920 ; mais c’est peut-être l’intelligence de l’angle d’attaque de l’histoire que nous retiendrons.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="225" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/_dsc9821.jpg?itok=132_jiSR" width="468" /><br />
	© Mirco Magliocca</p>
<p>Intelligence plus qu’originalité puisque Barbe &amp; Doucet nous proposent une assez traditionnelle mise en abyme ; mais cette fois le propos est si bien amené – et si bien conclu, il reste si discret aussi (quasiment circonscrit à une scène ajoutée et jouée juste avant que résonnent les premières mesures) qu’il peut facilement convaincre.</p>
<p>Nous sommes donc au Quartier Latin de nos jours ; parmi les touristes et visiteurs d’un marché aux puces, une jeune femme, visiblement malade (sa calvitie nous amène à penser qu’elle est cancéreuse) se déplace de stand en stand, de toute évidence à la recherche nostalgique de souvenirs d’antan. Et elle finit par tomber sur un vieil enregistrement de <em>La Bohème</em> qu’un antiquaire joue sur un gramophone. C’est alors, par un saisissant effet de lumières, que le rideau se lève et que nous sommes subitement transportés dans la chambre mansardée de Rodolfo. Notre jeune femme malade reste en marge de cette scène, sur le côté, l’observe et va finir par y plonger, au travers bien sûr du personnage de Mimi. Elle finira par en sortir, comme par enchantement, à la fin de l’œuvre, alors que tous les protagonistes pleurent la défunte.</p>
<p>L’actualisation est, on le voit, toute relative (nous sommes dans les années 1920  et non au début du XIX. siècle comme le prévoyait Murger dans ses <em>Scènes de la vie de Bohème</em>). Aucune importance, ou plutôt bien vu, car le spectateur d’aujourd’hui retrouve bien plus de références dans ce Paris du début des Années Folles, lorsqu’il croit reconnaître dans ce Quartier Latin des figures aussi emblématiques que Pablo Picasso, Serge de Diaghilev, Ida Rubinstein,  Olga Khokhlova, Ernest Hemingway ou encore Peggy Guggenheim. Le personnage de Musetta est quant à lui visiblement inspirée de celui de Mistinguett. Tout ce beau monde se meut sur le plateau avec une justesse et une vista qui force l’admiration. La conduite d’acteurs, d’une façon générale, est l’un des points forts de cette production. Tout est parfaitement huilé et les déplacements aussi naturels que pertinents. Le deuxième tableau restera à cet égard un modèle du genre, avec décors restituant parfaitement l’époque et des costumes du meilleur goût.</p>
<p>L’orchestre du théâtre national du Capitole en belle forme est confié pour la première fois au jeune chef italien <strong>Lorenzo Passerini</strong>. La compréhension fine de l’œuvre est évidente ; la réalisation, ce soir de première, aura révélé une belle ardeur mais sans doute une adaptation insuffisante au plateau lorsque les voix (au I essentiellement) sont trop couvertes par la masse orchestrale. Ce Puccini-là n’a qu’en peu de moments besoin de tutti tonitruants ; il y faut aussi la dentelle puccinienne qui nous a parfois un peu manqué.</p>
<p>Les huit représentations voient deux distributions en alternance. Mimi est ce soir <strong>Vannina Santoni</strong> ; sa présence est lumineuse et elle impose son personnage de souffreteuse sans misérabilisme ; c’est une femme de courage, consciente de sa mort prochaine mais qui va vouloir mourir le plus discrètement possible… au point de disparaître pour de bon. « Mi chiamano Mimi » est toujours juste, peut-être a-t-il manqué  le lâcher-prise si difficile à obtenir les soirs de première, celui dont on a tant besoin pourtant dans cette pièce au vérisme certes discret mais pourtant consubstantiel à l&rsquo;œuvre. Son duo du IV avec Rodolfo révèlera justement toutes ces qualités.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="409" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/_dsc0232_-_liparit_avetisyan_et_vannina_santoni.jpg?itok=UGCeykcN" width="468" /><br />
	© Mirco Magliocca</p>
<p><strong>Liparit Avetisyan</strong> est Rodolfo ; le rôle lui aura donné du fil à retordre – il faut dire qu’il est d’une insondable difficulté si l’on veut tout rendre, la puissance, la tendresse, la légèreté. Avetisyan s’investit à 100% et plus, son jeu est d’ailleurs irréprochable. Dès son « Che gelida manina », les limites apparaissent cependant. Le timbre est clair, agréable, mais les <em>fff</em> font sentir que la limite des moyens est vite atteinte ; nous aurons cette même impression tout au long de la soirée ; mais nous rendons hommage à son aisance dans le jeu et souvent la beauté de la ligne mélodique.</p>
<p>Musetta est <strong>Marie Perbost</strong> : elle s’empare avec la gourmandise qui sied de ce personnage fantasque. Celle que nous avions déjà bien appréciée dans le rôle de la <a href="https://www.forumopera.com/platee-toulouse-soyons-fous">Folie</a> nous convainc encore par une voix sûre et un jeu toujours naturel. Dommage toutefois que les suraigus de son « Quando me’n vo » soient trop appuyés.</p>
<p>Les trois autres artistes forment avec le poète Rodolfo un quatuor impayable et méritent toutes nos louanges. Nous avons beaucoup apprécié le baryton soyeux d’<strong>Edwin Fardini</strong> (Schaunard), même s’il a un peu de mal à se lancer dans l’arène. <strong>Mikhail Timoshenko</strong> (Marcello) recueille à juste titre des applaudissements nourris : baryton élégant, projection, charme, tout y est. <strong>Julien Véronèse</strong> (Colline) enfin et sa basse habitée dans son « Vecchia zimarra » complète l’équipe de joyeux fêtards.</p>
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		<title>Glyndebourne : le riche programme de l&#8217;édition 2023</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/glyndebourne-le-riche-programme-de-ledition-2023/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Nov 2022 07:07:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La nouvelle édition du Festival de Glyndebourne se tiendra du 19 mai au 27 août 2023.  Mariame Clément signera la nouvelle production de Don Giovanni dirigée par le jeune chef américain Evan Rogister. Andrey Zhilikhovsky et Andrei Bondarenko  alterneront dans le rôle-titre. Donna Anna sera interprétée par Venera Gimadieva et Donna Elvira par Ruzan Mantashyan. Oleksiy Palchykov sera &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La nouvelle édition du Festival de Glyndebourne se tiendra du 19 mai au 27 août 2023. </p>
<p><strong>Mariame Clément </strong>signera la nouvelle production de <em>Don Giovann</em>i dirigée par le jeune chef américain <strong>Evan Rogister.</strong> <strong>Andrey Zhilikhovsky</strong> et<strong> Andrei Bondarenko</strong>  alterneront dans le rôle-titre. Donna Anna sera interprétée par <strong>Venera Gimadieva</strong> et Donna Elvira par <strong>Ruzan Mantashyan</strong>. <strong>Oleksiy Palchykov </strong>sera Don Ottavio. Issu de l&rsquo;Atelier Lyrique / Académie de l’Opéra national de Paris, le jeune (et déjà remarqué) <strong>Mikhail Timoshenko </strong>sera Leporello.</p>
<p>La création <em>in loco</em> de <em>Dialogues des Carmélites </em>risque d&rsquo;être un des must de la saison : elle sera signée par <strong>Barrie Kosky</strong> et dirigée par Robin Ticciati à la tête du London Philharmonic Orchestra. La distribution inclue <strong>Danielle de Niese</strong> en Blanche de la Force et <strong>Katarina Dalayman </strong>en Madame de Croissy. </p>
<p>Ticciati dirigera également une nouvelle reprise de la production de <strong style="font-size: 14px;">John Cox </strong>du <em style="font-size: 14px;">Rake&rsquo;s progress</em> (créée en 1075), avec le London Philharmonic Orchestra, <strong style="font-size: 14px;">Thomas Atkins</strong> (Tom Rakewell), <strong style="font-size: 14px;">Sam Carl</strong> (Nick Shadow) et <strong style="font-size: 14px;">Louise Alder</strong> (Ann Trulove). </p>
<p><em style="font-size: 14px;">L’Elisir</em> <em style="font-size: 14px;">d’amore</em> sera donné dans une reprise de la production d&rsquo;<strong style="font-size: 14px;">Annabel Arden</strong>, transposée dans les années 40. <strong style="font-size: 14px;">Liparit Avetisyan </strong>et <strong style="font-size: 14px;">Matteo Desole </strong>seront Nemorino en alternance, aux côtés de la Norina de<strong style="font-size: 14px;"> Nardus Williams</strong>. <strong style="font-size: 14px;">Biagio Pizzuti</strong> en Belcore et <strong style="font-size: 14px;">Renato Girolami </strong>en Dulcamara complètent la distribution. Le London Philharmonic Orchestra est placé sous la direction de<strong style="font-size: 14px;"> Ben Gernon</strong>.</p>
<p><em style="font-size: 14px;">Semele </em>connaitra aussi sa première scénique locale dans une mise en scène d&rsquo;<strong style="font-size: 14px;">Adele Thomas</strong>. <strong>Václav Luks </strong>dirigera l&rsquo;Orchestra of the Age of Enlightment et une distribution de jeunes chanteurs parmi lesquels<strong> Joélle Harvey </strong>(Semele), <strong>Jennifer Johnston</strong> (Juno), <strong>Stuart Jackson </strong>(Jupiter) et<strong> Samuel Mariño</strong> (Iris).</p>
<p>Enfin, Dalia Stasevska dirigera le  London Philharmonic Orchestra pour une reprise de la production de Peter Hall d&rsquo;<em>A Midsummer night&rsquo;s dream</em>. L&rsquo;opéra de Britten ser interprété par<strong> Liv Redpath</strong> et <strong>Soraya Mafi </strong>(Tytania en alternance), <strong>Samuel Dale Johnson</strong> (Demetrius), <strong>Rachael Wilson</strong> (Hermia) et<strong> Caspar Singh</strong> (Lysander).</p>
<p>Plus d&rsquo;informations sur <a href="https://www.glyndebourne.com/" rel="nofollow">www.glyndebourne.com</a></p>
<p> </p>
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