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DONIZETTI, L’Élixir d’amour – Nantes

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Spectacle
15 juin 2023
Vin, amour et fantaisie

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Melodramma giocoso en deux actes de Gaetano Donizetti
Livret de Felice Romani, d‘après Le Philtre d‘Eugène Scribe
Création au Teatro della Canobbiana, Milan, le 12 mai 1832

Décors fabriqués dans les ateliers de l’Opéra de Rennes et d’Angers Nantes Opéra
Costumes réalisés dans les ateliers de l’Opéra de Rennes

Nouvelle production
Coproduction Opéra de Rennes, Angers Nantes Opéra, Opéra national de Lorraine

Opéra sur écran(s) le jeudi 15 juin à 20h

 

Détails

Mise en scène
David Lescot
Scénographie
Alwyne de Dardel
Costumes
Mariane Delayre
Lumières
Paul Beaureilles

Nemorino
Giulio Pelligra
Adina
Maria Grazia Schiavo
Belcore
Marc Scoffoni
Dulcamara
Giorgio Caoduro
Giannetta
Marie-Bénédicte Souquet

 

Chœur de chambre Mélisme(s)
Chef des chœurs
Gildas Pungier

Orchestre National de Bretagne
Direction musicale
Chloé Dufresne

 

Nantes, Angers Nantes Opéra, Théâtre Graslin, dimanche 11 juin 2023, 16h

Après avoir fait ses classes à l’Opéra de Rennes puis au Grand Théâtre d’Angers, cette production de l’Élixir d’amour déferle au Théâtre Graslin de Nantes pour ses ultimes représentations, dont la toute dernière à suivre gratuitement sur grands écrans dans toute la Bretagne ainsi que sur les chaînes de télévision régionales en simultané, ce jeudi 15 juin. En attendant ce finale en forme de feu d’artifice, la pénultième représentation s’est donnée ce dimanche dans une sorte de fébrilité annonçant un débridement à venir, comme pour une répétition générale du moment où les visages seront fixés en gros plan et le moindre mouvement immortalisé par les caméras. Pas moins de 23 communes de la région sont concernées par cette diffusion, à commencer par la place Graslin, juste devant le théâtre, ce qui permettra à un très large public (quelque chose comme 7 millions de personnes visées) de découvrir et sans aucun doute aimer l’opéra. Cette ambition de populariser l’art lyrique est l’une des grandes affaires d’Alain Surrans, le directeur d’Angers Nantes Opéra ; l’année passée, à la même époque, le théâtre présentait sa production des Sauvages, une création mondiale qui impliquait des jeunes des quartiers de Nantes dont on racontait l’histoire et dont l’énergie juvénile et l’émotion qui en émanait nous avait enthousiasmée.

Notre Élixir d’amour bénéficie d’une double distribution pour le couple principal. La version proposée avec ténor et soprano français avait été chroniquée par Christophe Rizoud à Rennes. C’est à un casting majoritairement italien que nous avons droit aujourd’hui dans la mise en scène de David Lescot. Ce dernier a décidé de situer l’intrigue dans la cour d’une exploitation agricole de maïs au milieu d’une communauté gitane, où l’on est prompt à sortir les couteaux à crans d’arrêt, dans un univers où tout le monde est au courant de tout. Si ce parti pris peut surprendre au premier abord, le résultat est bien vite mieux que convaincant. Le choix de mise en scène permet de mettre en valeur le livret et de lui donner la consistance requise. Les qualités théâtrales de David Lescot et son art de la direction d’acteurs font le reste : chaque choriste devient ainsi un comédien à part entière. Cela bouge beaucoup sur scène et l’on rit souvent. Les éclairages de Paul Beaureilles viennent heureusement magnifier le décor plutôt réussi d’Alwyne de Dardel et sauvent les costumes de Mariane Delayre, dont la vulgarité assumée se transcende dans la robe de mariée d’Adina, où l’on ne lésine ni sur le métrage, ni sur les froufrous, ce qui rend la descente des escaliers de la ferme-usine très drôle. On pense au Temps des gitans ou au Chat noir, chat blanc de Kusturica, tout en ayant des réminiscences des mariages du film de Robert Altman ou de la célèbre séquence du Voyage au bout de l’enfer, notamment pour les robes roses des dames d’honneur. Entre Europe de l’Est et Hollywood (on mange du popcorn pendant la cérémonie nuptiale, ce qui est bien normal, après tout, dans cette usine de maïs…), on assiste à une sorte de western pop, fantaisiste et spaghetti. Il se dégage par ailleurs constamment de cette production la sensation de plusieurs niveaux de lecture avec une multitude de références où chacun peut trouver de quoi se repaître, ou plutôt d’étancher sa soif, puisque l’on boit abondamment ; n’oublions pas que l’élixir est avant tout un bordeaux qui fait rapidement son petit effet… La légèreté est teintée de noirceur, l’artifice se frotte au réel sans cesse et l’amateur de bel canto est aux anges devant tant de respect pour la forme même de cet art musical, trop souvent déconsidéré. Le résultat est joyeux et drôle sans jamais tomber dans le ridicule.

© Laurent Guizard

Les oreilles sont elles aussi à la fête. Dans la fosse, Chloé Dufresne, qui confesse avoir beaucoup écouté et chanté le bel canto (elle a fait partie d’un chœur d’enfants et a fait ses classes en direction d’orchestre à l’École normale de musique de Paris puis à la Sibelius Academy en Finlande), est tout à fait à son affaire. L’orchestre s’entrelace à merveille avec les voix, toujours au service de la mélodie et du chant, avec une mention toute spéciale pour les cuivres. Les choristes, dont on a déjà souligné les qualités d’acteurs, sont vocalement impeccables. Marie-Bénédicte Souquet est une Gianetta pétillante qui ne s’en laisse pas conter, mais ne cherche pas à rivaliser avec la vedette de cette aventure. En bellâtre raide et autocentré, Marc Scoffoni excelle en caractérisation bouffonne et presque étranglée, en autoparodie permanente. Giorgio Caoduro est un bonimenteur-né dont le timbre séducteur et le débit idéalement véloce font merveille, notamment dans la confrontation vocale avec le Nemorino complètement paf de Giulio Pelligra, qui passe de la griserie hébétée au désespoir le plus touchant avant de prendre de l’assurance en frimeur poseur puis en amoureux triomphateur, au comble de l’ivresse. L’intelligence du jeu le dispute à la justesse d’expression avec un apogée d’émotion débordante dans « Una furtiva lagrima ». Quant à Maria Grazia Schiavo, elle incarne une Adina au caractère bien trempé, totalement déchaînée au fur et à mesure de la progression de vocalises débridées toute en projection insolente. Elle finit pour ainsi dire en roue libre, faisant chavirer tout l’auditoire qui lui fait un triomphe au terme de de ses variations ébouriffées. Voilà qui est bien prometteur pour la fameuse soirée « Opéra sur écrans » à venir, avec la même distribution. Après le Vaisseau fantôme en 2019, la Chauve-Souris en 2021 et Madame Butterfly en 2022, les deux maisons Angers Nantes Opéra et Opéra de Rennes, par l’intermédiaire de leur directeurs respectifs, Alain Surrans et Matthieu Rietzler, tous comme l’ensemble de leurs équipes, peuvent être contents du travail accompli et confiants dans le choix de leur programmation : cet Élixir d’amour festif et jouissif a tout pour plaire.

Pour connaître les lieux de projection gratuite de l’opéra jeudi 15 juin à 20h, se connecter sur la page dédiée du site Paysdelaloire. L’opéra sera également diffusé en direct, notamment sur les sites internet de France 3 Pays de la Loire et France 3 Bretagne puis en replay sur France.tv.

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Melodramma giocoso en deux actes de Gaetano Donizetti
Livret de Felice Romani, d‘après Le Philtre d‘Eugène Scribe
Création au Teatro della Canobbiana, Milan, le 12 mai 1832

Décors fabriqués dans les ateliers de l’Opéra de Rennes et d’Angers Nantes Opéra
Costumes réalisés dans les ateliers de l’Opéra de Rennes

Nouvelle production
Coproduction Opéra de Rennes, Angers Nantes Opéra, Opéra national de Lorraine

Opéra sur écran(s) le jeudi 15 juin à 20h

 

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Mise en scène
David Lescot
Scénographie
Alwyne de Dardel
Costumes
Mariane Delayre
Lumières
Paul Beaureilles

Nemorino
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Dulcamara
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