La prochaine saison 2026-27 de l’Opéra-Comique devra se tenir hors les murs, la modernisation de la cage de scène et du plateau exigeant la fermeture de la grande salle durant de longs mois. Car il n’a jamais été question pour son directeur Louis Langrée d’annuler la saison, d’autant que le foyer va rouvrir début janvier : « Il nous est apparu très vite que c’était l’occasion de revenir aux sources de notre cher Opéra-Comique et de nous inspirer de ce que furent ses débuts ».
Quelle belle idée, dès lors, de remonter planches et tréteaux dans des lieux insolites de Paris ou de ville en ville comme au début du XVIIIe siècle, et de retrouver l’esprit des spectacles qui animaient autrefois les foires de St Germain et St Laurent ! Cette forme de représentations, dans lesquelles alternaient textes, musique et danses, avait connu un tel succès populaire qu’elle était devenue, sous le nom d’opéra-comique, le genre emblématique du Siècle des Lumières. Comme les comédiens ambulants de naguère, le théâtre va sortir de ses murs, prendre la route et renouer ainsi avec son histoire. « En effet- précise son directeur- si l’Opéra National et la Comédie Française sont des théâtres vraiment parisiens, l’Opéra-Comique est le théâtre de toutes nos régions ». Le public est donc invité à devenir nomade lui aussi!
Ainsi le spectacle La Fabuleuse Histoire de l’Opéra-Comique de Léo Cohen-Paperman et Émilien Diard-Detœuf, coproduit avec la scène nationale de Poitiers, partira en tournée, entre janvier et mai 2027, pour 25 représentations, mêlant les musiques de Dauvergne, Grétry, Bizet et Offenbach à des chansons « de variétés » (terme idoine s’il en est !). Accompagnés par un trio à cordes, les jeunes chanteurs de l’Académie de l’Opéra-Comique, planteront leurs tréteaux à Poitiers en janvier avant de sillonner les routes de France du sud-ouest à la Touraine, de la Bretagne à l’Île-de-France et du Lyonnais à l’Alsace.
Mais c’est bien sûr à Paris que débutera la saison. Paris, où les équipes du théâtre ont trouvé des lieux insolites et historiques, devenus partenaires, qui accueilleront gracieusement les spectacles. Les 9, 11 et 12 septembre 2026, Zaïde ou le Chemin de lumière d’après W. A. Mozart, créé à Salzbourg en août 2025, sera ainsi repris dans le beau Hall Eiffel du Lycée Carnot boulevard Malesherbes. Et ce n’est pas un hasard, précise Louis Langée, « l’Opéra-Comique repose sur une forêt de poutrelles rivetées Eiffel et sa tour apparaît sur les murs du Foyer ! » Raphaël Pichon, qui sera à la tête de l’orchestre Pygmalion, a conçu ce spectacle en ajoutant au singspiel Zaïde, laissé inachevé par Mozart, des extraits d’autres œuvres notamment Thamos, roi d’Égypte. Les dialogues seront de Wajdi Mouawad et c’est la soprano Sabine Devieilhe qui interprétera le rôle-titre.
Du 24 au 27 septembre, lui succédera l’histoire de Carmen, figure emblématique du théâtre, un spectacle créé à la Cartoucherie de Vincennes et à Avignon, intitulé Carmen, opéra-paysage itinérant. Conçu par Jeanne Desoubeaux et interprété par une troupe de dix artistes, il s’agit d’une sorte de déambulation lyrique qui débutera à Paris dans le collège Couperin, siège de la Maîtrise de l’Opéra-Comique, et la Cité Internationale des Arts avant de tourner dans les théâtres coproducteurs à Caen et Forbach puis dans les Yvelines et la région de Nouvelle-Aquitaine. Le théâtre a même conçu une valise pédagogique multisensorielle (sic!) intitulée « Carmen à emporter » !
Suivra en novembre un spectacle commandité par l’Opéra-Comique et le Festival d’Aix-en-Provence, auquel Louis Langrée est très attaché. Cette soirée est composée de L’Histoire du soldat de Stravinsky et de l’opéra Into the Little Hill de George Benjamin inspiré de la légende du Joueur de flûte d’Hamelin des Frères Grimm. À ce sujet, Louis Langrée insiste sur le lien profond qui a souvent uni l’Opéra-Comique aux grands écrivains, tels que Maeterlinck, Ramuz, Apollinaire, Cocteau, Boris Vian, etc. C’est le Théâtre de Gennevilliers où Into the Little Hill a été créé en 2006, qui accueillera ce spectacle pour six représentations (du 8 au 16 novembre) avec la soprano Jennifer France et la mezzo Joanne Evans tandis que, dans la fosse, l’Orchestre Philharmonique de Radio France sera placé sous la direction de Lucie Legay.
Enfin c’est au Grand Palais (décidément Eiffel est encore au rendez-vous!) que sera créé les 11, 12 et 13 juin Heaven & Hell sur des textes du célèbre recueil de poème de William Blake, une vaste œuvre chorale commandée par l’Opéra-Comique à Pascal Dusapin. Toute une aventure ! Étant donné l’acoustique très réverbérante du Grand Palais, les initiateurs du projet, notamment la metteuse en scène Netia Jones, ont conçu spécialement pour cet espace une sorte de Messe de requiem où l’ensemble instrumental et le dispositif électro-acoustique de Thierry Coduys accompagneront les 200 choristes amateurs et la maîtrise de l’Opéra-Comique avec, en soliste, la mezzo Christel Loetzsch, disposés à travers tout l’espace.
À partir de janvier, le foyer du théâtre ouvrira ses portes pour accueillir des mises en espace de Rita de Donizetti, du Docteur Miracle de Bizet et Georges et Carmen d’après le roman de Jean Rousselot, ainsi qu’une série de récitals consacrés à Gounod, Messager et Massenet avec le baryton Félix Merle, la soprano Camille Chopin et la mezzo-soprano Léontine Maridat-Zimmerlin.
Enfin, Louis Langrée, tout juste revenu de New York, ce 18 mai 2026, a annoncé la création d’un programme d’échanges culturels entre la célèbre Juilliard School et l’Opéra-Comique, qui sera à l’origine des concerts qui auront lieu les 12 et 13 mars 2027 au foyer. Il ne nous reste qu’à souhaiter bon vent à notre cher Opéra-Comique !





