Comme nous l’avions détaillé il y a quelques mois, le rideau de scène du Royal Opera se doit de rendre hommage au monarque britannique régnant. Ce n’était pas le cas jusqu’à présent mais les nouveaux volants, intégrant le monogramme de Charles III, ont été finalement dévoilés à l’occasion d’un Spring Gala, le 14 mai dernier, en présence du souverain. Après le vibrant « God save the King » de rigueur, le nouveau rideau est apparu en musique, sous les applaudissements. La soirée était introduite par l’acteur Ian McKellen. Le vénérable Sir Ian (86 ans) a évoqué le souvenir de Margot Fonteyn et Rudolf Noureev qu’il avait découverts sur cette scène 56 ans plus tôt quand il n’était encore qu’un jeune acteur. Après avoir précisé qu’il se sentait un peu comme un intrus ou un imposteur en comparaison des talents qui attendaient de se produire pour le gala, il a fait remarquer avec humour qu’il resterait néanmoins le premier artiste à être publiquement passé entre les nouveaux volants. McKellen a ensuite félicité le travail des divers artisans (un million de points de broderie ont été nécessaires) et a rappelé que, si les rideaux de scène avaient tendance à disparaître (donnant quelques exemples comme les trois salles de la très shakespearienne ville de Stratford-upon-Avon), la tradition était ici respectée, témoignant par ailleurs du soutien du souverain et de l’assistance. Enfin, McKellen a entonné « Curtain up, light the lights / You got nothing to hit but the heights » (extraits de la comédie musicale Gypsy de Stephen Sondheim et Jule Styne), concluant : « Je serai donc le premier à avoir chanté devant le nouveau rideau ! »

Les 3h15 de gala faisaient la part belle au ballet. Il faut dire que la compagnie est aujourd’hui considérée comme l’une des meilleures au monde, si ce n’est la meilleure, comme l’a démontré un copieux programme alternant classique et création. L’institution a d’ailleurs changé son nom il y a peu de temps, devenant officiellement le Royal Ballet and Opera (incluant le Royal Opera et le Royal Ballet) et non plus le simple Royal Opera.
Le lyrique était représenté essentiellement par des fidèles de l’institution, jeunes et aguerris. Arrivé de Berlin où il chante Pollione, Freddie de Tommaso interprète avec aplomb le bref « Ch’ella mi creda » de La Fanciulla del West (l’air est tellement court que, le temps que ma voisine cherche désespérément dans son programme de quoi il s’agissait, c’était déjà fini). Rappelons que le jeune ténor a pour ainsi dire été découvert à Covent Garden. Moins habituée des lieux, Pretty Yende offre une valse de Juliette un peu tendue. Simon Keenlyside (66 ans) est épatant dans le Prologue de Pagliacci, offrant même d’ailleurs les aigus non écrits. Avec humour, il joue de la présence royale, feignant par exemple la surprise en voyant le monarque et ne regardant plus alors le reste de la salle ! Le baryton britannique terminait une série de Pelléas et Mélisande à la Scala. Le chœur est mis à l’honneur avec l’acte II du Trovatore (un effet de mise en scène vient contredire les paroles un brin phallocrates du livret). Autre habituée des lieux, Aigul Akhmetshina a chanté somptueusement le rare air de La Pucelle d’Orléans (elle avait été Dalila la veille). Bryn Terfel a interprété avec son humanité coutumière le monologue de Sachs à l’acte II des Meistersinger (on avait pu l’apprécier l’avant-veille dans Peter Grimes). Samson la soirée précédente, SeokJong Baek a soulevé l’enthousiasme avec « Nessun dorma ». Le ténor sud-coréen est également une « découverte » de l’institution et il avait triomphé dans Turandot la saison précédente. Afin d’éviter un défilé fastidieux de chanteurs, le spectacle est astucieusement mis en scène : ainsi, après un chœur en coulisses, SeokJong Baek apparait progressivement au milieu de brumes pour attaquer l’air de Calaf). Enfin, les solistes sont rejoints par le chœur et d’autres artistes pour la fugue finale de Falstaff, Bryn Terfel interprétant bien entendu le chevalier. L’orchestre était alternativement conduit par Martin Georgiev pour le ballet, et Jakub Hrůša pour le reste.




