Quinze ans à la tête de l’Opéra d’État de Hongrie, et un départ sans préavis. Szilveszter Ókovács a été limogé lundi 2 novembre par Zoltán Tarr, ministre des Relations sociales et de la Culture, à la suite d’un audit faisant état de nombreuses irrégularités financières. L’intéressé conteste les accusations et annonce une action en justice.
Le secrétaire d’État à la Culture, Ervin Nagy, a détaillé les griefs dans une publication relayée par Telex. Au salaire mensuel brut du directeur, chiffré par le ministère à 4,8 millions de forints (environ 13 200 euros), se seraient ajoutées des primes versées sans l’approbation ministérielle requise. Parmi elles, plus de 660 000 forints bruts par mois (environ 1 800 euros) pour la rédaction de publications quotidiennes sur les réseaux sociaux. L’audit relève aussi que les fonctions de directeur musical général, poste vacant depuis 2023, ont été réparties entre plusieurs responsables rémunérés par des primes. Il signale jusqu’à quatre estimations différentes du coût d’un même spectacle. Il évoque enfin des contrats de chefs d’orchestre représentant plusieurs centaines de millions de forints, retirés lorsque les enquêteurs ont demandé des explications.
Interrogé sur ATV, Ókovács rejette ces accusations. Il affirme ne percevoir 4,4 millions de forints bruts (environ 12 100 euros) que depuis un an. Pour ses publications quotidiennes, il dit avoir touché 460 000 forints bruts par mois (environ 1 260 euros) pendant huit mois, et non 660 000. Il assure avoir rédigé plus de 1 400 textes. Quant aux responsabilités musicales, elles auraient été réparties entre sept collaborateurs après le refus de Martin Rajna d’occuper le poste. Les contrats de chefs concernaient, selon lui, quatre musiciens hongrois qu’il souhaitait engager pour trois ans, et c’est le ministère qui en aurait bloqué la signature. Il reproche surtout à sa tutelle de ne l’avoir jamais entendu pendant l’audit ni lui en avoir communiqué le rapport.
Ancien chanteur lyrique et responsable de télévision, Ókovács avait pris les commandes de l’Opéra en août 2011, comme commissaire du gouvernement, sous Viktor Orbán. Directeur par intérim en 2012, il avait été nommé directeur général le 28 janvier 2013. Son mandat restera associé à la rénovation du bâtiment de l’avenue Andrássy, rouvert en mars 2022, et à la création des ateliers Eiffel. Mais aussi à des conflits sociaux répétés. Après une grève de cinq jours en mars 2024, la direction a engagé en 2025 une réduction des effectifs visant jusqu’à 29 salariés. Six employés ont contesté leur licenciement devant la justice. En septembre dernier, le tribunal a jugé ces licenciements illégaux en première instance. Il a ordonné l’indemnisation des six plaignants et la réintégration de cinq d’entre eux, estimant qu’ils avaient été sanctionnés pour leur activité syndicale. L’Opéra a fait appel.
Le dossier a pris une dimension politique depuis la victoire du parti Tisza de Péter Magyar aux élections législatives d’avril 2026, qui ont mis fin à seize années de pouvoir d’Orbán. Dès mai, un syndicat représentant les musiciens et les danseurs avait demandé la suspension d’Ókovács et une enquête sur sa gestion. Le Premier ministre a dénoncé devant le Parlement le gaspillage et l’amateurisme qu’aurait révélés l’audit. Son prédécesseur, de son côté, a remercié l’ancien directeur pour son action en faveur de la culture hongroise. Dans l’hémicycle, Zsuzsa Máthé, épouse d’Ókovács et députée du KDNP, allié du Fidesz, a pris la parole pour défendre son mari. Elle a poursuivi son intervention malgré les tentatives de la présidente de séance de l’interrompre.
L’intérim est confié à Balázs Ivacs, en attendant un appel à candidatures. Il devra poursuivre l’examen des irrégularités et déterminer si certains faits justifient une saisine de la justice pénale. Le ministère assure que la programmation ne sera pas affectée. À ce stade, aucune poursuite pénale liée aux irrégularités financières alléguées n’a été annoncée.
Lundi soir, l’ancien directeur comptait se rendre à l’Opéra pour la seconde partie du Requiem de Verdi, en espérant que son badge fonctionnerait toujours.