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Discothèque idéale : Delibes – Lakmé (Plasson, EMI Classics – 1998)

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Brève
22 mars 2026

Quand peut-on affirmer qu’un enregistrement entre dans la catégorie de l’idéal ? Dans le Petit Robert, s’impose le sens 2 (le premier est philosophique) « qui atteint toute la perfection que l’on peut concevoir ou souhaiter ». L’adjectif s’applique donc à ce qui est
« parfait, accompli ». Cet enregistrement de Lakmé ne répond peut-être pas pour tous à cet imposant programme, mais il tutoie les cimes pour beaucoup de mélomanes dont je suis.

Ici encore, comme toujours, un enregistrement de légende, c’est l’histoire d’une rencontre, exceptionnelle, celle d’un(e) ou plusieurs artistes, d’un chef à la tête d’un orchestre qu’il dirige comme un prêtre sa paroisse, et d’une œuvre.
En l’occurrence Lakmé de Léo Délibes resurgit en 1995 à l’Opéra Comique, soit peu d’années avant l’enregistrement (en studio en 1997) ; voilà une œuvre revenue à la vie (oubliée des scènes lyriques depuis des décades) grâce à une équipe de rêve.

Superbe « jeune Hindou », Natalie Dessay transcende la scène de la Salle Favart, et s’impose à trente ans comme une des plus grandes coloratures de l’histoire du chant français. Ancienne chanteuse du Choeur du Capitole de Toulouse, et après un an passé dans la troupe du Staatsoper de Vienne, fini les petits rôles, place à la diva ! Ce miracle doit être gravé pour l’éternité et le sera chez EMI. Sauf que Natalie Dessay (sans h dans le prénom en hommage à l’actrice Natalie Wood) ne voudra jamais en être une en cet apogée de sa carrière, comme dans la suite (qui fut peut-être moins heureuse).

The girl next door ? Pas tout à fait. Sa Lakmé sur scène comme au disque est une jeune femme de chair et de caractère, mais pas seulement. Après Marie van Zandt (créatrice du rôle), Lily Pons, Mado Robin et Mady Mesplé, les aigus et suraigus solaires de Natalie Dessay ne semblent pas connaître de limites. Son personnage de fille de brahmane amoureuse tragique d’un officier anglais touche les cœurs en effet, ôtant à l’ouvrage sa réputation de concours ringard de vocalises. La soprano impose un style et une musicalité qui feront longtemps autorité avec sa diction idéale, son émission facile et une intonation sublime. La Dessay est capable de phraser les plus gracieux mélismes et roulades tout en distillant une émotion rare (dans le fameux Duo des Fleurs avec le beau mezzo Delphine Haidan en Mallika, dans l’Air des Clochettes de l’acte II ou dans sa mort soufflée pianissimo), restituant à l’opéra son caractère émouvant et élégiaque.

Natalie Dessay est de surcroît bien entourée. José van Dam, le brahmane Nilakantha fanatique et cruel , se réjouissant de la mort de sa fille, est bien le personnage barbare, effrayant que le baryton belge récemment disparu nuance de tons plus chauds avec l’air de la tendresse de l’acte II (« Lakmé, ton doux regard »). On y entend aussi une débutante charmante nommée Patricia Petibon, le quintette de l’acte II présente alors les meilleurs chanteurs français (avec aussi Franck Leguérinel, Bernadette Antoine). Aveu : nous ne sommes pas excessivement séduite par le Gerald de Gregory Kunde, chanteur au timbre clair certes mais qui n’a pas toujours la fluidité de la langue, le style du rôle. C’est qu’avant lui il y eut Alain Vanzo.

L’Orchestre du Capitole de Toulouse dès le Prélude « maestoso » déploie un parterre floral, aux couleurs éclatantes, mais aussi tout en nuances et chatoiements, telle une eau parfois bondissante (la marche militaire) parfois calme et fluide, sous la direction de son chef, Michel Plasson. L’immense et inlassable avocat de l’opéra français (il nous apprendra plus tard à révérer Werther) fait aimer le rare raffinement de l’orchestration du drame de Delibes, et en exalte pour l’éternité la poésie et le drame, dans une prise de son parfaite dans la Halle aux Grains de Toulouse. 

Nathalie Dessay, Lakmé
Gregory Kunde, Gerald
José van Dam, Nilakantha
Delphine Haidan, Mallika
Franck Leguérinel, Frederic
Patricia Petibon, Ellen
Xenia Konsek, Rose
Bernadette Antoine, Mistress Bentson
Charles Burles, Hadji
Alain Chilemme, Un Domben
Jean-Pierre Lautre, Un Marchand chinois
Yves Boudier, Un Kouravar

Choeur du Capitole de Toulouse
Pierre Lodice, Chef des Choeurs
Orchestre du Capitole de Toulouse
Michel Plasson, direction
Jeanine Reiss, Chef de chant
Alain Lanceron, producteur délégué
Etienne Collard, directeur artistique
Daniel Michel, ingénieur du son
Enregistré entre le 24 juin et le 2 juillet 1997 à Toulouse

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