Le Nozze à Garnier : fallait-il annuler ?

Par Yannick Boussaert | mer 02 Février 2022 | Imprimer

Au Palais Garnier hier soir à titre privé, nous avons accueilli les annonces devant le rideau avant la première note de l’ouverture des Nozze di Figaro avec bienveillance et soulagement : Peter Mattei souffrant remplacé par Christopher Maltman (excellent Don Juan du circuit, remarquable Œdipe en début de saison), Lea Desandre bien présente sur scène contrairement à ce que le feuillet de distribution indique… L’Opéra de Paris s’adapte au mieux, l’orchestre aussi est touché apprend-on et ce sont des applaudissement nourris qui retentissent pour saluer la persévérance de tous les acteurs du spectacle.

Las, les deux premiers actes vont nous faire déchanter. Ce n'est pas tant la qualité de la présentation : on aime ou pas la proposition de Netia Jones (ni innovante, ni très vivante), on apprécie ou non le geste classique de Gustavo Dudamel, loin des versions baroquement informées mais toujours théâtral, et on peut se réjouir de découvrir de nouvelles voix sur la première scène nationale, Ying Fang notamment, excellente Susanna pétulante à la voix charnue. Passons sur le Basilio faux une note sur deux de Christophe Mortagne, c’est surtout l’arrivée en masque FFP2 de Dorothea Röschmann (Marcellina) et James Creswell (Bartolo) qui jette un froid. Lui, belle voix que l’on sent puissante s’étouffe dans la partie rapide de son air, elle passe son temps à pincer le masque pour émettre ses notes. Au deuxième acte, Maria Bengtsson, pourtant seule dans sa loge comme le veut la mise en scène, est masquée, elle aussi : inaudible, en difficulté sur le souffle, « Porgi amor » est un douloureux moment. A son arrivée en scène, Christopher Maltman porte désormais un masque (chirurgical). On comprend alors qu’on assiste, en direct, à une gestion des cas contacts. Le septuor qui conclut ce deuxième acte finit déséquilibré avec quatre solistes masqués. Nous n’irons pas plus loin. Si l’on comprend, après deux années de stop and go et d’annulations, la volonté de jouer à tout prix, on reste perplexe lorsque cela doit se faire au détriment du chant et de la qualité de la représentation.

 

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