La musique ancienne perd l’une de ses voix les plus singulières. Harry van der Kamp est mort à 79 ans. Figure du mouvement d’interprétation historiquement informée, la basse néerlandaise avait contribué depuis les années 1970 à renouveler l’approche du répertoire de la Renaissance et du Baroque, aussi bien comme soliste que comme membre d’ensembles spécialisés.
Né en 1947 à Kampen, il étudie d’abord le droit et la psychologie avant de se tourner vers le chant, qu’il travaille notamment auprès de Max van Egmond. Sa carrière le conduit à collaborer avec les grandes figures de la musique ancienne, parmi lesquelles Nikolaus Harnoncourt, Gustav Leonhardt, Frans Brüggen ou William Christie. Bernard Holland dans le New York Times écrit à propos de son Zoroastro dans Orlando de Haendel : « Harry van der Kamp est le seul homme à gérer les airs de basse de Zoroastro avec cette clarté et ce poids ». Il ne se cantonne toutefois pas au répertoire ancien et participe également à plusieurs créations contemporaines, notamment aux côtés de György Kurtág.
En 1984, il fonde le Gesualdo Consort Amsterdam, avec lequel il entreprend une vaste exploration de la musique vocale de la Renaissance. Son nom restera particulièrement associé à Jan Pieterszoon Sweelinck, dont il réalise avec son ensemble l’intégrale des œuvres vocales : le monumental Sweelinck Monument, paru en dix-sept CD et achevé en 2010. Parmi les autres jalons de sa discographie, on retiendra notamment les Madrigali de Gesualdo, enregistrés avec son ensemble, ainsi que sa participation à la Matthäus-Passion de Bach dirigée par Frans Brüggen.
Plus de 120 enregistrements témoignent ainsi d’une carrière particulièrement féconde, qui ne se résume pas à la seule abondance discographique. Chanteur attentif au texte, à la couleur et à la polyphonie, pédagogue et infatigable explorateur du répertoire, Harry van der Kamp aura laissé l’empreinte d’un artiste qui aura contribué à faire entendre la musique ancienne autrement.



