Oya Kephale garde les pieds sur terre pour Le Voyage dans la Lune

Par Jean-Marcel Humbert | sam 28 Mai 2016 | Imprimer

La féérie fantastique Le Voyage dans la Lune d’Offenbach (1875) est certainement l’une de ses grandes œuvres les moins jouées. En effet, elle nécessite de grandes masses chorales, des ballets, ainsi que des décors susceptibles de rappeler Jules Vernes et Méliès. Il fallait donc une bonne dose d’énergie et un brin de folie à la troupe d’amateurs Oya Kephale, même aguerrie, pour se lancer dans pareille aventure, et qui plus est sans grands moyens financiers à y consacrer, puisque qu’elle doit sauvegarder des bénéfices destinés à des associations caritatives. C’est en s’attachant au plus près au texte et aux situations, et en jouant la fantaisie de ce conte de fée qui se situe entre ironie et science fiction, que le pari a pu être gagné. Le côté féministe bien dans l’actualité, avec la surprenante « bourse aux femmes » (les belles qui servent de potiches et les moches qui font le ménage), surprend notamment beaucoup le public.
L’accent est donc mis sur l’histoire, et Microscope (Samuel Diot) et Cactus (Raphaël Tilliette) se taillent bien sûr la part du lion. Et dans les rôles lyriques principaux, Caprice (Diane Fourrès) et Fantasia (Sarah Philippin) brûlent les planches, la première par son entrain et sa verve communicatives, la seconde par son côté pince sans rire, mutin et second degré. Le reste de la troupe est bien en situation, même – et c’est dans ce cas de figure inévitable –, si l’âge de certains des personnages ne peut être rendu plausible par la jeunesse des titulaires de ces rôles, et si les voix sont des petites voix d’opérette.
Le travail musical est très fouillé, et il n’y a ni défaillances vocales ni à peu près. C’est surtout le rythme général qui pose problème, car – qu’il s’agisse de l’orchestre dirigé avec précision par Laëtitia Trouvé, du chant ou des dialogues parlés –, tout est un peu trop lent. En revanche, on constate l’énorme travail qui a été fait sur la mise en place et le jeu des choristes. Face aux manques de moyens, mille et une solutions astucieuses ont été mises en œuvre. Des costumes simples mais à la fois d’une grande unité et d’une belle variété, et quasiment pas de décors mais beaucoup d’invention : la scène de l’éruption volcanique, notamment, est une grande réussite que lui envieraient bien des professionnels.
L’ensemble, malgré les inévitables coupures qui ne sont d’ailleurs pas toujours celles que l’on pouvait craindre (« La pomme, la pomme… » et « Je suis le garde… » sont bien là), donne en deux heures une bonne impression de l’œuvre. Du travail d’amateurs ? Non, de très bons amateurs qui font du bon travail.

 

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