En 2001, lorsqu’on proposa à Franco Zeffirelli de monter un opéra au minuscule Teatro Verdi de Busseto pour le centenaire de la mort de Verdi, on s’attendait à une Traviata ou à un Falstaff. Il choisit Aida. Soit l’archétype du péplum lyrique et de la fresque monumentale, soudain compressé dans une salle d’à peine 300 places dont l’ouverture de scène n’excède pas sept mètres.
« Aida à Busseto, par Zeffirelli ? En vieillissant, il devient fou ? », s’amusait le metteur en scène. Le pari relevait pourtant d’une intuition fulgurante : le Florentin, d’ordinaire si friand de fastes, avait compris que sous les ors de la campagne d’Égypte se cachait un drame intimiste, une tragédie à quatre voix écartelées entre amour, jalousie, fidélité et raison d’État. Il baptisa du reste ce spectacle l’Aidina piccola piccola — sa toute petite Aida —, qu’il considérait comme l’une des plus grandes réussites de sa carrière.
Vingt-cinq ans après sa création, cette miniature précieuse retrouve Busseto dans le cadre du Festival Verdi, reprise par Stefano Trespidi. Pas question pour autant de troquer l’Égypte contre trois chaises et une table : statues gigantesques, colonnes, hiéroglyphes et costumes somptueux répondent à l’appel. Simplement, tout est affaire de perspective. Lors de la marche triomphale, la foule massée sur le plateau contemple ainsi passer… un cortège que le spectateur ne verra jamais. Magie du hors-champ : la terre des pharaons se prolonge hors du cadre.
Cette proximité bouscule aussi l’écoute. Dans un théâtre si intime, le spectaculaire ne peut plus faire écran : un geste, un regard, un frémissement de paupière deviennent perceptibles. On redécouvre alors que l’œuvre ne s’ouvre pas sur un coup de cymbales, mais dans le murmure feutré et mystérieux des violons.
Côté distribution, la jeunesse est au rendez-vous. Federica Vitali aborde ici le rôle-titre aux côtés de Teresa Iervolino (Amneris) et de Vincenzo Costanzo (Radamès). Les premiers échos sont plus que flatteurs : si la soprano séduit par la chaleur du timbre, le souffle et la sincérité de son incarnation, la mezzo remporte un triomphe mérité dans la scène du jugement. Costanzo, en revanche, suscite davantage de réserves — il était, il est vrai, souffrant. À la tête de la Filarmonica Arturo Toscanini, Giuseppe Mengoli, qui aborde l’ouvrage pour la première fois, semble quant à lui particulièrement dans son élément.
Dans une Aida de poche, chaque centimètre compte et l’orchestre participe lui aussi au jeu de Tetris : la harpiste a dû loger dans un avant-scène tandis que le percussionniste, relégué derrière la porte de la fosse, doit s’accroupir pour apercevoir la baguette du chef.
Reprise les 16 et 25 octobre, cette production rappelle qu’à Busseto, pas besoin d’aligner les éléphants pour signer une grande Aida. Sept mètres d’ouverture de scène suffisent amplement.
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