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DVD
1 mai 2021
Envoûtements du chant balte

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Détails

Veljo Tormis

Deux Lieder d’après Ernst Enno pour chœur mixte a cappella

Rytis Mazulis

Canon solus (1998) pour quatre voix égales

Peteris Vasks

Litene (1993)

Ballade pour chœur mixte à 12 voix

Andris Dzenitis

Quatre madrigaux de E. E. Cummings (2006), pour huit voix

Justè Janulytè

Plonge (2015), pour violoncelle et 12 voix

Arvo Pärt

Dopo la Vittoria (1996/98)

Ja ma kuulsin häale… [et j’entendis une voix…], (2017)

pour chœur mixte a cappella

SWR Vokalensemble

Direction musicale

Marcus Creed

un DVD SWR>>Classic (SWR19107DVD) de 81′ 58, enregistré en juillet 2019 à l’Eglise évangélique de Stuttgart Gaisburg

Deux pour chaque pays, partageant leur culture balte, en plein renouveau, au travers d’écritures très différenciées, voilà six compositeurs qui traduisent l’extraordinaire vitalité du chant choral contemporain.

Disparu en 2017, Veljo Tormis, un grand maître du chant choral actuel, fils d’un chef de chœur estonien, nous laisse une œuvre essentiellement consacrée aux voix. Les deux pièces profanes proposées s’inscrivent dans la tradition balte. D’elles et des interprètes, on ne sait qu’admirer le plus. La force de la seconde, avec la plus large palette expressive, contraste avec le caractère souple et sensuel de la nuit d’été évoquée par la première.

Rytis Mazulis, lituanien, nous envoûte par son Canon solus, écrit pour le Hilliard Ensemble. Plus proche des XIVe et XVe siècles que de notre univers contemporain, sur l’appui d’une quinte, l’œuvre fait combiner les voix en variant mélodiquement et rythmiquement le thème exposé, par les procédés traditionnels (augmentation, diminution, rétrograde) revisités au XXIe S. Un grand bonheur.

Peteris Vasks est davantage connu chez nous, dont Guidon Kremer s’est fait l’ambassadeur. Litere (du nom d’une bourgade lettone) est écrit pour douze voix. Lyrisme et dissonances font bon ménage dans chacune des deux parties, aux difficultés redoutables.

Elève de ce dernier, un autre Letton, Andris Dzenitis, nous propose quatre madrigaux sur des textes anglais de E.E.Cummings. La souplesse de mètres sans cesse renouvelés des deux premiers, la dynamique extrême sollicitée, du plus ténu au plus puissant, confèrent à ces pièces un caractère original.

Plonge, de la compositrice lituanienne Juste Janulyte, est un continuum microtonal, mouvant, qui s’étire, se diversifie, s’élargit, s’amplifie. Confiée à douze femmes et à un violoncelle qui y ajoute sa voix, depuis les harmoniques du début jusqu’à un chant grave, cette partition singulière suspend le temps pour une peinture monochrome toujours séduisante.

On ne présente plus Arvo Pärt, le compositeur estonien ayant fui son pays pour Vienne d’où sa carrière s’est envolée. Dopo la Vittoria ne relève pas du minimalisme mystique qui colle à son image, même s’il narre la vie de Saint Ambroise, particulièrement l’épisode où il composa son Te Deum laudamus, après avoir vaincu les Ariens. L’écriture en est toujours syllabique, le chant homophone amplifié par la polyphonie nous vaut une pièce émouvante, où chaque passage est illustré de façon éloquente. La dernière œuvre « Ja ma kuulsin hääle… » [Et j’entendis une voix…] se fonde sur un verset de l’Apocalypse. Bien que postérieure de vingt ans à la précédente, le style en est voisin, mais a évolué : les accords s’enchaînent, où l’on devine toujours le substrat tonal, somme toute conventionnel. Les chanteurs lui donnent cependant la plus belle illustration possible. Là réside l’art de grands interprètes, et nous sommes gâtés. La réputation du SWR Vokalensemble n’est plus à faire. Sous la direction exigeante de Marcus Creed, attentif à tous et à chacun, qui excelle à modeler, à construire, à soutenir, il atteint le plus haut niveau, dans toutes les formations et tous les répertoires. Ce dernier est des plus exigeants : la virtuosité requise dans Litene, par exemple, en exclut la réalisation par bien des chœurs, y compris de professionnels. L’homogénéité des pupitres, la fusion des timbres ne sont pas pour autant l’addition de voix anonymes : les solistes, en particulier Johanna Zimmer (soprano) dans les madrigaux de Dzenitis, s’y montrent remarquables. La réalisation visuelle sert remarquablement le propos : alors que le statisme des interprètes se prête difficilement à une restitution, les caméras savent scruter les visages (avec des articulations aussi réglées que les coups d’archets d’un orchestre), restituer les oppositions de pupitres, traduire la concentration de tous, au service exclusif des œuvres. Exemplaire.

Puisse ce superbe enregistrement dépasser le cercle restreint des initiés pour séduire le plus grand nombre !

Les textes chantés sont traduits en allemand et en anglais dans le livret d’accompagnement.

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