Siegfried et ses doux voisins

Fauré & Wagner

Par Hugues Schmitt | mer 02 Mai 2012 | Imprimer
 
A première vue la cohérence de ce programme n'apparaît pas : pourquoi rassembler dans un même disque Pelléas, quelques mélodies et la Siegfried Idyll ? Pourquoi raccrocher un quart d'heure de Wagner aux quarante minutes de Fauré qui précèdent ? Pourquoi compléter Pelléas par un choix hétéroclite de mélodies ? Ne pouvait-on pas s'épargner l'Elégie ?
L'impression est trompeuse : voilà tout simplement un parcours bien mené à travers un Fauré dont on peut, quand bien même on connaîtrait chaque pièce individuellement, saisir ici la diversité et la cohérence. Diversité d'abord, entre le Fauré fidèle à l'orthodoxie harmonique allemande des premières pièces de Pelléas, le Fauré des méandres modulants et incertains (Les Roses d'Ispahan, Le Parfum Impérissable, Lamento), le Fauré de la ligne imperturbablement claire (Mandoline, Elégie), et celui qui invente une harmonie française art nouveau (la Sicilienne, Clair de lune). Le panorama de cette grande diversité de styles est ici complet, unifié par l'impression constante de s'envelopper dans un registre d'expression rare en musique, quasi proustien : la délicatesse en toute chose.
C'est la délicatesse qui unit le cheminement fauréen à sa conclusion wagnérienne. Wagner tisse, dans la Siegfried Idyll un réseau sonore léger comme du tulle, et pourtant incroyablement varié. Oswald Sallaberger, dont il faut saluer l'élégance, sait parfaitement s'accommoder de cette toile fine, où l'on croit partout voir passer le jour frais d'une matinée d'été, et sur laquelle dansent quelques passementeries colorées sans que jamais ni la matière ni la couleur n'opacifient cette trame. Notons tout particulièrement son travail sur les cordes, si nettes qu'on croît percevoir chacune d'elle distinctement.
L'impression que procure Karine Deshayes est tout aussi favorable. Nous avions été, il y a un peu plus de deux ans, frappé par la distinction de son phrasé dans une production (Andromaque, TCE, Hervé Niquet) où la grâce et l'élégance étaient aussi prioritaires que dans une session de rock indus. La récompense qu'elle a reçue aux Victoires nous a paru pleinement justifiée : Karine Deshayes est en passe de devenir, si elle ne l'est pas déjà, une grande mezzo française. Sa diction est impeccable : consonnes doubles et liaisons, d'habitude trop souvent oubliées, sonnent avec naturel. Le texte est constamment intelligible, les vers avancent autant par leur dynamique propre que par celle de la mélodie. Tout au plus peut-on regretter que la subtilité de l'interprétation n'aboutisse à un résultat un peu trop monochrome : n'aurait-on pas pu souligner un rien davantage les contrastes entre les mélodies...
 

 

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