Ô plat pays

La Bohème - Luxembourg

Par Claude Jottrand | mar 20 Décembre 2016 | Imprimer

C’est en mai dernier à Eindhoven aux Pays Bas que fut créée par Opera Zuid cette production de La Bohème, à l’occasion des 25 ans du Park Theater. De facture assez conventionnelle, la mise en scène de Waut Koeken suit de très près le livret, et donne du Paris de la fin du XIXe siècle une vision chatoyante mais convenue qu’il remplit d’une foule de détails pittoresques avec un beau savoir faire. Dans un décor au désordre savamment construit et dont chaque élément fait sens d’une façon très démonstrative, dans un grand luxe de costumes et d'accessoires, il fait évoluer ses personnages avec un joyeux entrain mais sans grande poésie, privilégiant les éléments comiques ou narratifs au détriment d’une réelle construction dramatique ou d’une relecture originale de l’œuvre. Sous des lumières trop objectives, auxquelles il manque une part d’ombre et donc de relief, les souffrances de Mimi et Rodolfo suscitent assez peu d’émotion, le contraste que forme leur couple avec celui de Musette et Marcello n’est pas mis en avant, et ce n’est qu’à la fin du dernier tableau, lorsque s’impose le drame, que la mise en scène nous donne accès à une véritable tension. Le caractère de chaque personnage n’est guère détaillé, les quatre garçons sont traités à peu près de la même façon, avec une commune désinvolture. Tout ceci n’est pas du mauvais théâtre, certainement pas, mais le public des grandes maisons européennes est habitué aujourd’hui à un travail dramaturgique plus fouillé, à un questionnement des œuvres plus approfondi, menant à des productions plus originales et plus personnelles.

La même objectivité un peu plate prévaut à l’orchestre, placé sous la baguette d’un jeune chef belge Karel Deseure, dont le travail, certes efficace – tout est en place – manque encore de subtilité dans les couleurs et de relief dans l’exécution. La partition d’une exceptionnelle richesse permettrait bien plus d’intentions, de mise en exergue de certains détails. Mais peut-être l’acoustique très mate du Grand Théâtre est-elle pour quelque chose dans cette impression un peu terne.


Adriano Graziani (Rodolfo), )Willem de Vries (Schaunard), Henk van Heijnsbergen (Benoit), Geoffroy Bussière (Colline) et Marcel Van Dieren (Marcello) © Opera Zuid

Du côté de la distribution vocale, le niveau est globalement excellent. Jeannette van Schaik prête à Mimi une voix aux aigus faciles et à la technique impeccable, tout comme sa diction ; on souhaiterait juste qu’elle sorte un peu de sa réserve et incarne davantage le personnage, qu’elle lui donne plus de corps et de chair.  Musette (Anna Emelianova) se montre de bout en bout extrêmement solide, avec une voix un peu acide qui convient très bien à ce rôle d’aguicheuse au cœur tendre, qu’elle défend avec beaucoup d’abattage. Adriano Graziani est très bien distribué également : voix généreuse, diction impeccable, timbre idéal pour le rôle, il serait un Rodolfo parfait si sa prestation n’était émaillée de nombreuses imprécisions de justesse qui gâchent un peu le plaisir. A ses côtés, Marcello (Marcel van Dieren, très belle voix également) est sans doute celui qui construit le mieux son personnage. Willem De Vries (Schaunard) se montre un peu en retrait à l’inverse de Geoffroy Buffière excellent en Colline. 

Henk van Heijnsbergen, qui chante tant le rôle de Benoit que celui d’Alcindoro et Bram van Uum dans la brève intervention de Parpignol complètent heureusement la distribution.

Fort attachante comme à l’accoutumée, la prestation du chœur d’enfants séduit le public par son entrain et son enthousiasme.

 

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