Un concert de trop pour Robert Holl

Schubertiade - Schwarzenberg

Par Claude Jottrand | ven 28 Juin 2019 | Imprimer

Les Schubertiades de Schwarzenberg comprennent chaque année des master classes dont la responsabilité a été confiée cet été à Robert Holl pour le chant, et à Sir Andràs Schiff pour le piano.

La soirée du 28 juin dernier était donc consacrée aux élèves et aux professeurs de cette classe, accompagnés de quelques uns de leurs amis, dans un répertoire exclusivement schubertien, dont des partitions très rares en concert, faisant intervenir un chœur d’hommes.

La soirée commence par une des deux pièces de résistance, celle qui fait intervenir le plus grand effectif (un chœur d’homme et cinq cordes), le Chant des esprits sur les eaux, vaste poème de Goethe aux accents métaphysiques mis en musique par Schubert en 1821.La pièce ne manque pas de soulever quelques problèmes : la partition est très déséquilibrée en voix aigües et le tempo retenu par Schiff, qui a pris ici la place du chef de chœur, est si lent qu’on a du mal à suivre le propos. Un ensemble réunissant pour l’occasion des chanteurs solistes, encore étudiants pour certains d’entre eux, n’a pas l’homogénéité de son qu’on trouve chez les ensembles vocaux constitués qui, à force de travail et d’écoute réciproque, finissent par élaborer une véritable identité vocale. Chacun ici peine un peu à trouver ses marques et pourtant, l’ensemble impressionne par son ampleur.


Sir Andràs Schiff, piano Sophie Renner, mezzo-soprano et le choeur d'hommes

Schiff rejoint alors le piano (un somptueux Bösendorfer en acajou flammé rouge) pour accompagner son vieil ami Robert Holl. On voudrait pouvoir rendre hommage à ce chanteur néerlandais qui fit une très brillante carrière dans le quatrième quart du siècle dernier, qui fut un somptueux Hans Sachs, un Amfortas mémorable et qui est probablement encore aujourd’hui un professeur estimé. Mais à la vérité, sur scène, le compte n’y est plus et sa contribution plombera toute la soirée. La voix a perdu toute espèce de couleur, de souplesse et d’expressivité, réduite à un monochrome engorgé sans aucune sorte de séduction ; pathétique, la main tente de guider la voix et trace dans l’air la courbe musicale qu’il aurait fallu pouvoir chanter. Le vieux professeur a pourtant mis quatre lieder à son répertoire soliste, parmi les pus sombres, et personne autour de lui n’a eu le courage de l’en dissuader pour laisser davantage de place aux jeunes. Le dernier de ces lieder, Totengräbers Heimwehe D.842 (littéralement : Nostalgie du fossoyeur) qui est un tragique appel à la mort, sonne comme un glas. Pourtant, le public qui pressent qu’il pourrait s’agir là des dernières notes à la scène d’un grand artiste, applaudit chaleureusement la voix qui fut. 

Entretemps, heureusement, les jeunes chanteurs auront pu montrer leur travail, et pour certains, leurs très belles dispositions vocales. On aura remarqué la voix de ténor très aigu et pleine de couleurs de Jan Petryka, et celle non moins intéressante de son collègue Johannes Bamberger, La première partie du concert prend fin avec l’autre pièce de résistance du programme, le célèbre et très réussi Ständchen D.920, qui permettra d’entendre la seule voix féminine de la soirée, délicieuse et flûtée, celle de la mezzo Sophie Rennert. En seconde partie, on notera également la contribution de Georg Klimbacher, baryton encore très vert mais à l’interprétation élégante. La soirée se clôturera avec une reprise du Chant des esprits sur les eaux, histoire de faire participer tout le monde au tableau final.

Discret artisan de cette soirée pas tout à fait réussie, le pianiste Andràs Schiff aura conduit le tout avec beaucoup (trop) de prudence et de modération, sans prendre aucun risque ni pour lui-même ni pour les autres, au détriment de la spontanéité, et même d’un petit esprit de joyeuse folie (on n’ose parler d’ivresse…) qui devrait en principe prévaloir à une schubertiade réalisée entre amis.

 

 

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