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BERLIOZ, La Damnation de Faust – Londres (Royal Albert Hall)

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Spectacle
1 septembre 2026
Trop sage

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2

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Infos sur l’œuvre

Légende dramatique en quatre parties, sur un texte du compositeur et d’Almire Gandonnière, d’après Goethe, créée à l’Opéra-Comique Paris le 6 décembre 1846.

Détails

Faust
John Osborn
Marguerite
Véronique Gens
Méphistophélès
Gerald Finley
Brander
Thomas Dolié

Chœur de Radio France
Direction
Lionel Sow
Maîtrise de Radio France
Direction
Marie-Noëlle Maerten
Les Siècles
Direction musicale
Jakob Lehmann

Londres, Royal Albert Hall, dimanche 30 août 2026, 19h

Après une série de représentations mitigées en version scénique au Théâtre des Champs-Élysées cet hiver, l’orchestre Les Siècles retrouvait le chef d’œuvre de Berlioz dans le cadre des traditionnelles BBC Proms. Donnée en concert dans une forme tout ce qu’il y a de plus classique, l’exécution ne peut cette fois incriminer d’éventuels inconvénients liés à une mise en scène ou à une mise en espace.
Comme au T.C.E, Jakob Lehmann offre une direction soignée, mais sans véritable passion et dépourvue de romantisme berliozien. La Marche hongroise manque ainsi de relief, alors qu’elle devrait manifester un caractère héroïque, contrastant avec la neurasthénie de Faust (celui-ci lance en effet « Mais d’un éclat guerrier les campagnes se parent. Ah ! les fils du Danube aux combats se préparent ! […] Le mien seul reste froid, insensible à la gloire. »). Les tempos sont souvent rapides (l’exécution dure deux heures et deux minutes, contre deux heures dix environ pour une version standard), sans pour autant aiguiser l’intérêt dramatique.
Cette rapidité est aussi parfois entrecoupées de brusques ralentissements : à titre d’exemple, le second air de Marguerite est plutôt précipité (au risque de mettre la chanteuse en difficulté dans l’accélération de « Je suis à ma fenêtre ») mais curieusement entrecoupé de décélérations soudaines dans les parties purement orchestrales. Le Menuet des follets est conduit avec grâce mais, ainsi dirigé, il fait plutôt penser à une page inédite de Giselle d’Adolphe Adam : il est peu probable que Berlioz eut apprécié la comparaison. La Course à l’abime manque également d’urgence. Au global, l’ensemble manque de vie et de théâtre, et surtout d’une vision d’ensemble.

© BBC / Mark Allan

Si la formation nous a semblé en meilleure forme qu’au T.C.E., on regrette encore un certain nombre de décalages entre solistes et instrumentistes, cuivres en coulisse et reste du plateau, ainsi que quelques accidents occasionnels dans les vents. L’orchestre perd aussi un peu de sa couleur caractéristique dans ce lieu gigantesque. Le Chœur de Radio France semble en revanche bénéficier pleinement de la forme en concert. Les hommes, particulièrement exposés dans cet ouvrage, font forte impression dans cette salle à l’acoustique difficile, avec une projection sonore mais naturelle, un phrasé typiquement français, une articulation impeccable du texte ; les femmes, un peu moins compréhensibles, sonnent en revanche un peu durement dans l’aigu. La Maîtrise de Radio France est également excellente.

© BBC / Mark Allan

La distribution vocale est presque intégralement renouvelée par rapport aux représentations parisiennes. John Osborn campe un Faust dans la lignée de Nicolai Gedda, avec un style idéal pour ce répertoire. La voix est toujours d’une étonnante fraîcheur et le timbre aigu du ténor américain ressort sans problème au milieu du tissu orchestral. Osborn sait varier avec musicalité son émission, passant avec aisance du registre de poitrine à la voix mixte, ces variations étant toujours au service de l’effet dramatique. Le français est quasiment sans accent, très bien articulé, avec un beau phrasé. « Nature immense » manque un peu de largeur de timbre, mais il faut reconnaitre que Berlioz n’a pas vraiment gâté son ténor.

Gerald Finley a également pour lui une belle maîtrise du français, là encore sans accent et clairement compréhensible. La projection manque en revanche d’ampleur pour le lieu (on imagine en revanche que la voix passera bien à la radio). La composition dramatique nous aura malheureusement laissé sur notre faim, alors qu’il s’agit là d’un rôle en or. La caractérisation est en effet au mieux insipide, au pire à contresens. Certes, un histrionisme excessif serait un travers, mais le baryton canadien donne au contraire l’impression d’interpréter parfois au premier degré des phrases pourtant chargées d’ironie ou de sarcasme, comme si le sens réel du texte lui échappait. Par ailleurs, Finley interpole également quelques variantes aiguës, en attaquant par exemple « Vraiment ? Pour un docteur la demande est frivole » sur un mi, au lieu du si habituel, en chantant plus haut « Je suis l’esprit de vie, c’est moi qui console » et en évitant (comme beaucoup d’interprète) le la grave sur « Je te donnerai tout » (peut-être un lecteur connaisseur de la partition pourra-t-il nous éclairer sur ces choix).

Véronique Gens offre un timbre d’un beau velours, un français impeccable et très bien articulé, et la musicalité qui la caractérise. La projection n’est pas spectaculaire mais l’orchestre de Berlioz est suffisamment clément avec son héroïne pour que celle-ci ne se retrouve pas en difficulté. Option théâtrale tout à fait défendable, sa Marguerite fait le choix de la mélancolie plutôt que de la passion amoureuse : c’est une amante déjà victime. Seul rescapé des représentations parisiennes, Thomas Dolié réussit à se faire remarquer (en bien !) dans le court rôle de Brander, avec une présence immédiate, une excellente diction et caractérisation juste.

© BBC / Mark Allan

En 2024, François-Xavier Roth s’est mis en retrait  de l’orchestre qu’il avait créé en 2003. Ce concert témoigne heureusement d’un redressement réel de la formation, dont Jakob Lehmann peut se féliciter, mais Les Siècles n’en ont pas pour autant retrouvé leur niveau d’excellence passé. Antonello Manacorda en prendra les rênes à partir de la saison 2027-28 et on formera des vœux pour que le chef italien redonne son lustre à cette formation tout en préservant ses couleurs originales au service d’une interprétation historiquement informée de l’opéra français du XIXe siècle.

 

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Faust
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