Un an déjà et un peu plus. C’était en juillet 2025 et nous apprenions la disparition de Béatrice Uria-Monzon.
Après l’effroi, il y eut le temps des hommages, venus de partout. Les voix se sont multipliées, les écrits ont afflué, comme pour conjurer cette sinistre nouvelle. Puis le moment fut venu de se recentrer sur le chant qui était – presque – toute sa vie. Anglet a tenté l’expérience, Bordeaux ne pouvait pas ne pas apporter sa pierre au piédestal que notre mémoire de tant de rôles dresse immanquablement à la fière Béatrice.
Car c’est un peu à Bordeaux que tout avait commencé pour elle. Après la découverte du chant dans la chorale du lycée Saint-Jean de Lectoure, sous la houlette d’un professeur qui la marquera, elle intègre le Conservatoire de Bordeaux avant le CNIPAL à Marseille puis l’Ecole d’art lyrique de l’Opéra de Paris. Et puis la suite, que l’on connait.
Bordeaux, ville où les bases ont été posées – et même si sa carrière internationale l’entraînera bien loin des bords de la Garonne, elle saura y revenir, notamment pour le spectacle qu’Alain Duault avait conçu et monté pour elle : Maria Callas, une passion, un destin, où elle osera le pari fou de chanter une dizaine des grands airs de la diva.
C’est aussi un pari difficile qu’a tenté Emmanuel Hondré, le directeur de l’Opéra de Bordeaux, de réunir pour une soirée une dizaine de chanteurs de bien des horizons et de toutes les générations ; certains l’ont connue, d’autres côtoyée, pour tous elle demeure une figure d’exemple ; certains n’ont pas pu se libérer (Karine Deshayes), d’autres qui étaient annoncés n’ont pu être présents (Alexandre Duhamel ou Clémentine Margaine), mais l’essentiel était que le public fût là et partage des moments où les sourires devaient parfois résister aux larmes. Notamment quand Lionel Sarrazin a conclu son « Ô Isis und Osiris » d’un hommage émouvant à celle qui a partagé sa vie de longues années.
On retiendra aussi les mots sobres et justes d’Emmanuel Hondré et de Judith Chaine (France-Musique), qui a présenté les deux parties du spectacle, ainsi que ceux, en fin de concert, de l’amie de longue date, Delphine Haidan.
Et puis enfin la musique. Nous ne sommes pas sûr d’avoir tout compris dans l’agencement ou le choix des pièces, notamment orchestrales ; certes l’Ouverture des Maîtres chanteurs de Nuremberg fut une belle entame, mais les extraits (Prélude, Sérénade, Marche et danses bohémienne de La jeune fille de Perth étaient pour le moins dispensables).
Pour les chanteurs la difficulté dans ce genre de récital c’est de monter sur scène à froid, au risque de manquer l’entame. Ce soir Jean-Sébastien Bou a le souffle un peu court pour « Di provenza il mar, il suol » (La traviata) malgré un timbre chaleureux et Sophie Koch est en difficulté (souffle bruyant, vibrato large) tout au long du difficile « Lorsque je t’ai vu soudain » (Le Roi d’Ys), même si la Barcarolle des Contes d’Hoffmann lui offre une planche de salut.
Merci à Eve-Maud Hubeaux d’avoir remplacé au pied levé Clémentine Margaine. Son « Habanera » est toute de séduction et d’aisance et donne envie d’en savoir plus sur ce rôle, Florian Sempey tout juste rentré de Vienne où il a fait ses débuts dans Le nozze di Figaro a été un Toréador séducteur et plein d’allant, on n’en attendait pas moins.
Alexandra Marcellier a brillé dans un rôle qui est un peu son fétiche : Cio-Cio-San qu’elle a déjà proposé avec bonheur sur plusieurs scènes. Le duo du premier acte avec le Pinkerton de Julien Henric a emporté le public, à juste titre. C’est que tous les deux font la paire ; quelques menus décalages n’entameront pas la superbe impression que nous a faite ce duo d’amour, qui fut du reste le plus beau moment de la soirée. Réussite due aussi au Pinkerton ô combien charmeur de Julien Henric (que les Parisiens viennent de voir dans Hamlet). La voix est claire, parfois solaire, la puissance est là et aussi un cantabile comme on les aime. Henric confirmera cette belle première impression dans « La fleur que tu m’avais donnée », articulation parfaite, souffle bien maîtrisé, bref un véritable moment de grâce qui nous donne vraiment envie d’entendre plus avant ce ténor lyonnais décidément bien prometteur.
Enfin Philippe Bach, à la tête d’un Orchestre National de Bordeaux Aquitaine en bonne forme a su donner une cohésion à cette soirée toute de confetti à la mémoire de Béatrice Uria-Monzon.
Concert-hommage à Béatrice Uria-Monzon – Bordeaux
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Spectacle
24 septembre 2026
Du sourire et les larmes
- Œuvre
- Auteur
- Compositeur
- Editeur
- Labels
- Lieu
- Saison
- Orchestre
Note ForumOpera.com
3
Légende
❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier
Détails
Richard Wagner
Les Maîtres chanteurs de Nuremberg : Ouverture
Wolfgang Amadeus Mozart
La Flûte enchantée : « O Isis und Osiris »
Franz Schubert / Max Reger
Litanie
Giacomo Puccini
Manon Lescaut : Intermezzo
Pietro Mascagni
Cavalleria rusticana : « Voi lo sapete »
Giuseppe Verdi
La traviata : « Di Provenza di mar, il suol »
Giacomo Puccini
Madama Butterfly : « Vogliatemi bene »
Édouard Lalo
Le Roi d’Ys : Ouverture
Le Roi d’Ys : « Lorsque j’ai vu soudain »
Jacques Offenbach
Les Contes d’Hoffmann : Barcarolle
Georges Bizet
Carmen : « La fleur que tu m’avais jetée »
La Jolie Fille de Perth : Scènes bohémiennes (Prélude et Sérénade)
Carmen : Habanera
La Jolie Fille de Perth : Scènes bohémiennes (Marche et Danse bohémienne)
Carmen : « Votre toast, je veux vous le rendre… »
Bis
Georges Bizet
Carmen, « Les tringles des sistres tintaient »
Giuseppe Verdi
La traviata , Brindisi
Soprano
Alexandra Marcellier
Mezzo-soprano
Delphine Haidan
Sophie Koch
Eve-Maud Hubeaux
Ténor
Julien Henric
Baryton
Jean-Sébastien Bou
Florian Sempey
Basse
Lionel Sarrazin
Présentation
Judith Chaine
Orchestre National Bordeaux Aquitaine
Direction musicale
Philippe Bach
Bordeaux, auditorium, mardi 22 septembre 2026, 20h
Commentaires
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Giuseppe Verdi
La traviata : « Di Provenza di mar, il suol »
Giacomo Puccini
Madama Butterfly : « Vogliatemi bene »
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Le Roi d’Ys : Ouverture
Le Roi d’Ys : « Lorsque j’ai vu soudain »
Jacques Offenbach
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Carmen : « La fleur que tu m’avais jetée »
La Jolie Fille de Perth : Scènes bohémiennes (Prélude et Sérénade)
Carmen : Habanera
La Jolie Fille de Perth : Scènes bohémiennes (Marche et Danse bohémienne)
Carmen : « Votre toast, je veux vous le rendre… »
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Georges Bizet
Carmen, « Les tringles des sistres tintaient »
Giuseppe Verdi
La traviata , Brindisi
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Baryton
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Philippe Bach
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