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GLUCK, Orphée et Eurydice – Nantes

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Spectacle
13 octobre 2026
Elle ne lui a pourtant rien demandé…

Note ForumOpera.com

3

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Infos sur l’œuvre

Drame héroïque en trois actes
Musique Christoph Willibald Gluck
Version française
Livret de Pierre-Louis Moline d’après le livret italien de Ranieri de’ Calzabigi
Création à l’Académie de musique de Paris, au Théâtre du Palais-Royal le 2 août 1774

Nouvelle production associée : Angers Nantes Opéra et Opéra de Rennes (Ouest Opéras)
Coproduction : Opéra national du Rhin, Opéra national de Nancy-Lorraine
Décors et costumes : ateliers d’Angers Nantes Opéra

Détails

Mise en scène
Lorraine de Sagazan
Texte
Lorraine de Sagazan et Louise Labé
Scénographie
Anouk Maugein
Costumes
Anna Carraud
Lumières
Claire Gondrexon
Vidéo
Jérémie Bernaert
Chorégraphie
Loïc Touzé
Assistant mise en scène
Mathilde Waeber
Assistanat décors
Sevgi Macide Canik
Assistanat costumes
Marnie Langlois
Mirabelle Perot

Orphée
Sahy Ratia
Eurydice
Jenny Daviet
Amour
Mariamielle Lamagat
Solistes du chœur d’Angers Nantes Opéra
Florence Dauriach
Maria Florencia Machado
Carlos Torres Montenegro
Comédien
Romain Gy

Chœur d’Angers Nantes Opera
Direction
Maïna Guillamet
Cheffe de chant
Hélène Peyrat
Orchestre National des Pays de la Loire
Direction musicale
Alphonse Cemin

Nantes, Angers Nantes Opéra, Théâtre Graslin, samedi 10 octobre 2026, 20h

Pour sa première saison à la tête d’Angers Nantes Opéra, Alexandra Lacroix a choisi le thème de l’amour, sous différentes formes. Celle qui est elle-même artiste (librettiste, metteuse en scène, scénographe et bien d’autres choses encore – voir l’entretien avec Tania Bracq), a décidé de commencer sa nouvelle aventure de directrice d’opéra avec Orphée et Eurydice de Gluck (le premier opéra mis en scène par ses soins au Théâtre Mouffetard). Elle a confié la mise en scène de la version française pour ténor à une femme au tempérament de feu dotée d’une énergie boulimique proche de la sienne : Lorraine de Sagazan. Star dans le monde du théâtre (remarquée entre autres pour son adaptation du Silence d’Antonioni, toute en… silences à la Comédie-Française, Prix de la meilleure création, et Molière pour son Léviathan, sur les comparutions immédiates), la cousine de Zaho monte son tout premier opéra. On l’aura compris, la vision de l’ancienne pensionnaire de la Villa Médicis est tout sauf conventionnelle et traditionnelle. La jeune femme interroge en l’occurrence le mythe d’Orphée, les enjeux amoureux et les stéréotypes. Il en résulte un spectacle potentiellement clivant, d’une esthétique où se mélangent les canons actuels, souvent exagérés ou malmenés, où la vision empreinte de romantisme sage du couple fusionnel séparé par les circonstances est pour le moins mise à mal. On appréciera ou non le résultat visuel, mais la réflexion et les questionnements suggérés sont passionnants de bout en bout (lire notre interview de Lorraine de Sagazan ici)

© Jean-Louis Fernandez

Sur un plateau vide qui ressemble à une chambre funéraire, à une église ou encore au Skyline d’une ville sans âme, une vidéo nous montre un jeune homme qui nous présente son ultime enregistrement avant de partir foncer sur la foule (ce qu’on ne verra pas). L’une des victimes s’appelle Eurydice. Cette dernière émerge de la fosse où l’on vient de lui installer une échelle. Elle s’assied ensuite sur le proscénium, fixant le public les bras ballants. Et l’ouverture commence sans même que l’on applaudisse le chef, arrivé discrètement. Les habitudes sont déjà bousculées et les certitudes ébranlées.
À voir la poupée désarticulée que n’auraient pas reniée les surréalistes ou Hans Bellmer, à contempler le maquillage de cette Barbie croisée avec un intimidant Dahlia noir, mise en écho avec des créatures monstrueuses évoquant une Jayne Mansfield au buste surdimensionné, à saisir les poses façon Petite danseuse de Degas, on sent bien que la pauvre Eurydice est totalement chosifiée et déformée par le regard insidieux de son entourage, à commencer par Orphée, dont on ne sait finalement pas trop s’il veut récupérer son aimée parce qu’il ne supporte pas le manque ou par amour réel. Après tout, elle meurt le jour de leur mariage, poursuivie par un violeur. Où était-il à ce moment-là ? Et ce ne sont pas les textes projetés en fond d’écran inspirés de la proto-féministe de la Renaissance Louise Labé, assemblés comme si une IA fallacieuse en avait choisi les extraits, qui adouciront le message.
Par ailleurs, si on lit le livret, la dryade le dit clairement : « La mort m’est plus chère que la vie avec toi ». Elle n’avait pas demandé qu’on vienne la chercher et on la fait mourir une deuxième fois…

Tout au long du spectacle, les références visuelles foisonnent et donnent du grain à moudre à l’imaginaire des spectateurs, constamment sollicités en effet miroir : les codes de beauté sont triturés, les couleurs vives se télescopent et stridulent, les créatures infernales sont ordinaires, mais monstrueuses. On pense à David Lynch, en moins sophistiqué visuellement, au Tim Burton de Mars Attacks! ou Beetlejuice, l’humour en moins, et à mille autres images familières (souvent américaines). Les visages du chœur infernal sont hideusement communs, cowboys cabossés ou starlettes sur le retour, perruque mal fixée cachant à grand peine les violences subies par les chairs. L’entrée des Enfers ressemble à une rose ou un hibiscus (on pense à la fleur de Jean Cocteau dans le Testament d’Orphée), mais lorgne également du côté de l’Origine du monde de Courbet, tout en évoquant la glotte tapie au fond d’une bouche géante. On est au cœur de la vie, en contact direct avec les artistes. D’ailleurs, le décor est changé pendant l’entracte par les équipes techniques devant le public. Lorraine de Sagazan a créé un spectacle totalement immersif et inclusif, qui ne saurait laisser personne indifférent.

© Jean-Louis Fernandez

Le plateau vocal est remarquable, notamment par le caractère surprenant de tessitures intéressantes dans des rôles où on ne les attend pas forcément. Le ténor Sahy Ratia atteint des notes très aigües avec une étonnante facilité pour un Orphée qui est évidemment un être d’exception (même s’il se comporte bien souvent en mâle ordinaire), la soprano Mariamielle Lamagat incarne un Amour radieux, souverain et solaire au chaud timbre de miel sans rien d’éthéré et la soprano Jenny Daviet dégage une force de caractère qui détonne en Eurydice, voix fraîche et timbre séduisant. Si l’on est d’emblée surpris par les effets que crée Sahy Ratia pour son rôle, dans une sorte de fragilité à la limite de moyens qui paraissent tout d’abord limités, on s’habitue vite au procédé qui n’en devient que plus agréable au fil de l’écoute, se fortifiant au contact des forces infernales. Le Chœur d’Angers Nantes Opera est formidable (on prend beaucoup de plaisir à l’entendre directement dans la salle) et restitue à merveille les richesses de la partition. Dommage que l’on ne ressente pas la présence individuelle de chaque personnage, dont on comprend bien que la metteuse en scène a cherché à faire émerger chaque nuance. Au théâtre, les répétitions durent des semaines, le temps de l’opéra est bien plus court et l’une ou l’autre semaine de répétitions supplémentaires aurait permis de peaufiner les déplacements, expressions et mouvements, notamment pour les rares chorégraphies. Dans la fosse, Alphonse Cemin parvient à mettre en évidence toute la simple beauté de la sublime partition de Gluck, appuyé par un Orchestre National des Pays de la Loire très en forme.

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Nouvelle production associée : Angers Nantes Opéra et Opéra de Rennes (Ouest Opéras)
Coproduction : Opéra national du Rhin, Opéra national de Nancy-Lorraine
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Détails

Mise en scène
Lorraine de Sagazan
Texte
Lorraine de Sagazan et Louise Labé
Scénographie
Anouk Maugein
Costumes
Anna Carraud
Lumières
Claire Gondrexon
Vidéo
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Chorégraphie
Loïc Touzé
Assistant mise en scène
Mathilde Waeber
Assistanat décors
Sevgi Macide Canik
Assistanat costumes
Marnie Langlois
Mirabelle Perot

Orphée
Sahy Ratia
Eurydice
Jenny Daviet
Amour
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Romain Gy

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