Parmi toutes les pièces lyriques de Lully, Armide, sa dernière tragédie, est une de celles qui contient les plus riches trésors musicaux, et qui valent à cet opéra d’être souvent repris, avec ou sans mise en scène. L’indigence de l’action, ou son aspect suranné, a parfois entraîné des metteurs en scène vers des relectures plus que douteuses, la dernière en date pourrait bien être la vision de Dominique Pitoiset dans une co-production de l’Opéra Royal à Versailles et de l’Opéra de Dijon, en 2023, version soit dit en passant où l’on retrouvait quatre des protagonistes vus ce jour à Toulouse.
Le Capitole a plutôt choisi la version de concert et l’on ne va pas s’en plaindre, la pauvreté de la trame narrative pourtant brillamment mise en vers par Quinault ne laissant guère l’alternative qu’entre une vision historique et possiblement ennuyeuse et une version transposée et à coup sûr périlleuse.
Dans ce qui nous est proposé ce jour, on n’est toutefois pas loin de la version mise en espace, les différents protagonistes allant et venant, de la scène aux loges, de l’arrière scène à l’avant-scène. Roland passera même toute la fin du II allongé sur l’avant-scène et endormi !
© David Herrero
Mais pour que tout cela soit fluide, il aurait fallu que les chanteurs se libèrent davantage de leur partition, seul Timothée Varon à la basse sombre et puissante, ayant choisi pour ses deux – petits- rôles (Artémidore et la Haine) de chanter sans filet. L’un des moments les plus intenses (« Enfin il est en ma puissance » à la fin du II) est du reste cette scène que Stéphanie d’Oustrac chante librement et où elle déploie ce faisant tous ses talents de tragédienne.
D’Oustrac est coutumière du rôle, elle en possède tous les détails. La voix domine ce soir et emplit la salle. La projection est assurée, le timbre toujours touchant parce que de la voix respirent l’authenticité et l’engagement. Mais posons la question : Armide est-elle ce personnage monolithique, enragé, fiévreux, impatient, qui se déploie du début à la fin sous nos yeux ? Ce personnage n’est-il pas plus complexe que cela, surpris soi-même par cet amour soudain qui lui tombe dessus ? Il y a peu de place au doute dans la vision du personnage principal proposée ce soir, et ce sera un regret.
Question déjà posée : Cyril Auvity a-t-il la voix de Renaud ? Convaincant dans les trois derniers actes, Auvity peine à donner toute l’envergure du héros dans les deux premiers. Le mezzo forte est toujours d’une grande noblesse, mais le forte peine à emporter l’adhésion.
Mention toute particulière à Marie Perbost, Sagesse et Phénice, puis Mélisse, qui donne à ses trois personnages une vitalité joyeuse et entraînante. La technique est maîtrisée et l’aisance fait plaisir à entendre. Son duo avec Victoire Bunel (qui chante la Gloire, puis Sidonie et Lucinde) dans le Prologue, restera un des beaux moments.
Autre moment convaincant, le très attendu « Les plaisirs ont choisi pour asile » qui permet à David Tricou de mettre en avant une voix bien placée, à la technique sûre, avec toute la légèreté qui sied à ce moment un peu suspendu.
Tomislav Lavoie possède une basse plus chantante que puissante : il donne vie à Hidraot et Ubalde en en faisant des personnages à part entière.
Vincent Dumestre dirige les vingt-deux musiciens et les vingt choristes (capables de rendre justice aux mille nuances de la partition) de son Poème Harmonique avec sa conviction coutumière. Le trait est léché, le rythme soutenu. Mention spéciale au continuo qui a fort à faire et aux quatre instrumentistes qui se partagent alternativement les bois (flûtes à bec, hautbois et bassons) sans faillir.

© David Herrero

