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ROSSINI, L’occasione fa il ladro – Bad Wildbad

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Spectacle
26 juillet 2026
Le biais reste mal taillé

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Burletta per musica en un acte ( 24 novembre 1812, San Moisé, Venise)
Musique de Gioachino Rossini
Livret de Luigi Prividali
Edition réalisée d’après l’autographe et des sources contemporaines par Aldo Savagno pour ROSSINI IN WILDBAD © 2017

Détails

Mise en scène et décors
Jochen Schönleber

Costumes d’après Claudia Möbius
Eleonora Calabro

Lumières
Marcel Hahn

Surtitres
Reto Müller

Don Eusebio
Timoteo Bene Junior

Berenice
Ilaria Monteverdi

Conte Alberto
Davide Zaccherini

Don Parmenione
Filippo Morace

Ernestina
Gaja Vittoria Pellizzari

Martino
Giovanni Accardi

Deux employés de Don Eusebio
Eleonora Calabro, Romeo Gasparini

 

Orchestre de la Philharmonie-Szymanowski de Cracovie

Direction musicale
José Miguel Pérez-Sierra

 

Bad Wildbad, Königliches Kurtheater, vendredi 24 juillet 2926

 

 

 

 

 

 

 

Reprise de la production de 2017 dont nous avions rendu compte, le cru 2026 se démarque par la suppression de l’entracte inopportun, des déhanchements systématiques sur les accélérations rythmiques et par le renouvellement des artistes. Le spectacle conçu par Jochen Schönleber conserve sa fluidité, le jeu des panneaux délimitant les espaces permettant de passer d’un lieu à l’autre instantanément. Certaines images ont-elles été ajoutées ? On peut s’interroger sur leur sens, comme celle de la jeune femme allongée sur un canapé tandis que passe derrière elle un jeune homme probablement énamouré mais d’autres, par la grâce des lumières réglées par Marcel Hahn qui créent des ombres chinoises ont un charme indéniable. Eusebio et Ernestina étaient-ils déjà aussi ambigus, quand une perruque semble émoustiller chez le premier un goût caché pour le travesti, et quand certaines attitudes de la seconde mettent à mal le récit de sa vertu farouche ? Mais le péché originel de cette conception subsiste : Jochen Schönleber fait de Parmenione et de Martino des voleurs professionnels qui trimballent leur butin, que Martino exhibera durant son air quand Eusebio et Ernestina le mettront à la question, et dont le procédé consiste à enivrer leur victime pour la dépouiller tranquillement. Cette option alourdit la plaisanterie musicale et en déforme l’esprit, nous le pensions en 2017 et n’avons pas changé d’avis. Quant à l’ambigüité supplémentaire introduite en plaçant la photo d’un barbu en guise du portrait féminin sensé avoir déclenché l’idée du subterfuge, elle nous entraine bien loin de l’œuvre, car on peut s’interroger sur les affinités électives tant de Parmenione que d’Alberto, mais ce serait une autre histoire !

Nous aurions aimé pouvoir comparer la direction d’Antonino Fogliani à elle-même, à neuf ans de distance, mais le directeur musical du festival, qui dirigera les quatre autres représentations, était empêché et c’est un fidèle du festival, José Miguel Pérez-Sierra qui tenait la baguette en ce soir de première. Il dirige l’orchestre de la Philharmonie-Szymanowski de Cracovie avec l’énergie qu’on lui connaît, et conquiert dès l’ouverture, dont il fait miroiter l’écriture complexe, si suggestive qu’elle semble descriptive, et déjà la matrice des orages qui parsèmeront les œuvres futures. Peut-être, dans l’écrin du Königliches Kurtheater, l’ampleur sonore est-elle un rien excessive et contraint-elle parfois les chanteurs à appuyer pour ne pas être engloutis. Mais cette pétulance n’est-elle pas celle du jeune homme de vingt ans qui tout en s’amusant des double-sens licencieux du livret essaie une palette d’idées musicales qui fleuriront dans L’Italiana in Algeri, dans La Cenerentola – Parmenione annonce Dandini – et font de Berenice une cousine de Fiordiligi ? Tout cela, cette direction et l’engagement des musiciens nous le transmettent, et c’est l’essentiel.

Chargé de cours à l’Académie du festival, Filippo Morace n’est pas à présenter. Il s’est réservé le rôle de Parmenione, l’opportuniste peu scrupuleux du livret devenu dans ce spectacle un malfrat professionnel. Son métier, sa vigueur vocale et l’agilité intacte dans les passages rapides le mettent aisément à la hauteur de l’enjeu. La voix légèrement plus sombre de Giovanni Accardi reconstitue la palette Don Giovanni-Leporello, et il devrait évoquer ce dernier, dont il partage dans le livret la pusillanimité. L’option retenue par la mise en scène crée nombre de décalages entre ce qu’il chante et ce qu’il fait, mais on ne peut le lui reprocher. la voix est ferme, sonore et bien projetée.

Eusebio, l’oncle bienveillant, a été distribué à Timoteo Bene Junior, qui, s’il n’a pas d’air lui permettant de briller, impressionne cependant par la qualité de sa diction et sa présence scénique à la fois évidente et polymorphe. Le comte Alberto, la dupe de Parmenione, est incarné par Davide Zaccherini, d’une voix bien timbrée qui peut devenir éclatante ou s’alléger suavement comme dans le duetto « Oh quanto son grate le pene in amore» ; l’étendue est celle requise, mais il semble exister un risque de sons nasalisés dans les aigus donnés en force.

Ernestina, la jeune fille de bonne famille qui s’est enfuie avec un séducteur, prétend qu’il l’a abandonnée quand elle s’est refusée à lui. L’option proposée, qui fait adopter à l’interprète des postures sinon provocantes du moins équivoques, permet d’en douter. Gaja Vittoria Pellizzari joue le jeu avec désinvolture. Présentée comme mezzosoprano, elle s’acquitte sans aucun problème de l’écriture sopranisante du rôle. Berenice, enfin, la jeune fille qui s’inquiète de devoir épouser quelqu’un qu’elle ne connaît pas sans rien savoir de leurs affinités, trouve en Ilaria Monteverdi une interprète sûre de ses moyens. La voix est longue, souple, et le tempérament théâtral idoine pour ce personnage en quête de vérité. Convaincante dans les duos avec Alberto, elle triomphe dans son air de fureur « Io non soffro quest’oltraggio » dont elle orne brillamment la reprise.

Il serait injuste de ne pas mentionner, pour clôre ce compte rendu, la réussite des ensembles, en particulier du quintette « Di tanto equivoco » qui est déjà une des folies organisées  dont Rossini nous régale encore !

 

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❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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