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SCHUBERT, Die Winterreise – Paris (TCE)

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Spectacle
16 octobre 2026
Par quel miracle

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5

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Infos sur l’œuvre

Théâtre des Champs-Elysées, 16 octobre 2026, produit par MM (Michel Mollard) Arts.

Le chanteur et le pianiste entrent. Ce dernier tient une vielle à la main. Le noir se fait. Dans l’obscurité résonnent les accords plaintifs de l’instrument, venus de l’ombre, venus de loin. Commence Winterreise. Ce voyageur qui dit l’adieu n’est pas l’homme que le départ déjà brise. Il a de la vigueur, de la colère même. Il se tient droit. Cette bonne nuit est digne, et ferme. Le combat ne fait que commencer. Quand pliera-t-il genou en terre ?  Nous voici embarqués dans la tragédie d’une solitude qui résiste. Il y a de l’entêtement chez ce voyageur et même de la bravade (Gefrorne Tränen, grinçant). Il y a de l’espoir aussi, car quand tout l’enfonce dans la nuit et la glace, la mémoire vient réchauffer l’âme (un Lindenbaum droit, pur, comme celui-là, mais poétique aussi, presque naïf, qui l’a chanté ainsi ?). Peu à peu, l’impuissance, sinon le renoncement, gagne. Dès Frühlingstraum, les fleurs dessinées sur le givre des fenêtres ne sont déjà plus des souvenirs, mais une blessure, avec cette voix mixte, tenue haut, comme une agonie qui commence. Nous sommes à mi-chemin. Rien encore n’est consommé. Vient cette Krähe : alors oui, le voyageur chancèle, enfiévré, dans un cri – Treue bis zum Grabe. Le rêve s’est envolé. La réalité est là : il faut renoncer. Le théâtre est déchiré. Le silence absolu accueille désormais chaque lied. La force se dissout dans l’hallucination amère : Das Wirthaus est d’une nudité bouleversante, les Nebensonnen sont comme une déraison absolue. Le pianiste ceint de nouveau la vielle. La lumière baisse. Apparaît le Leiermann. La voix s’efface, fixe et amuïe. Le noir revient. Par quel miracle un chanteur et un pianiste si jeunes savent-il le secret des blessures, des ruptures, qui hantent Winterreise ? D’où leur vient cette prescience de ce qui délite le cœur et dont on croit – à tort, donc – que l’âge seul enseigne les secrets ? Peut-être simplement du fait qu’ils écoutent Schubert mieux que quiconque, et s’écoutent l’un l’autre comme presque personne ne sait le faire. Le moindre allègement, la moindre couleur, sont faits d’une entente muette, d’une harmonie invisible, par où jaillit la vérité d’homme de ce cycle au fond si mystérieux, dont Hasselhorn et Bushakewitz nous enseignent encore tant de clefs. Les vingt-quatre numéros du voyage deviennent une aventure tragique dont certes on ne perce pas à jour l’alchimie. N’importe : c’est elle qui nous perce à jour.


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Théâtre des Champs-Elysées, 16 octobre 2026, produit par MM (Michel Mollard) Arts.

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