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VERDI, Requiem – Milan

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Spectacle
30 octobre 2026
Historique.

Note ForumOpera.com

5

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Infos sur l’œuvre

Messe de Requiem composée par Giuseppe Verdi à la mémoire d’Alessandro Manzoni
Créée à Milan dans l’église San Marco le 22 mai 1874

Détails

Soprano
Anna Netrebko
Mezzo
Caterina Piva
Ténor
Antonio Poli
Basse
Michele Pertusi

Chœurs du Teatro alla Scala
Chef des chœurs
Alberto Malazzi
Orchestre du Teatro alla Scala
Direction musicale
Riccardo Chailly

Milan, Teatro alla Scala, le mercredi 28 octobre 2026, 20h

La Messa de Requiem de Giuseppe Verdi est certainement l’un des chevaux de bataille du Teatro alla Scala. Créée le 22 mai 1874 à l’église San Marco, à l’occasion du premier anniversaire de la mort d’Alessandro Manzoni, elle fut reprise à la Scala dès le 25 mai et n’a eu de cesse d’être redonnée depuis, tant au théâtre lui-même que dans des églises (par exemple en 1985 à San Marco, en l’honneur du général dalla Chiesa assassiné par la mafia, en 2020 au Duomo en hommage aux victimes du COVID, en 2024 encore à San Marco, pour l’anniversaire de sa création, etc.), sans compter les tournées nationales ou internationales. On compte ainsi plus de 40 concerts depuis la réouverture de la Scala après la seconde guerre mondiale. Riccardo Chailly a quant à lui défendu le chef-d’œuvre de Verdi avec les forces de la Scala en 2014, 2016 (au Bolshoï), 2018 (à Pavie et à la Philharmonie de Paris), 2020 : les représentations de 2026 correspondent à ses adieux à l’institution en tant que directeur musical, poste qu’il occupait depuis 2017.

La distribution du quatuor vocal aura connu quelques péripéties. Initialement confiée à Fabio Sartori, la partie de ténor est finalement défendue par Antonio Poli, suite à la défection de son collègue. Originaire du Lazio, Poli vient de passer la quarantaine et est désormais à l’apogée de ses moyens, comme on a pu le constater notamment lors des récentes représentations d’Alzira au Festival Verdi de Parme. Initialement ténor lirico, il a d’abord chanté des rôles tels que Don Ottavio ou Alfredo de La Traviata. En 2012, il se fait remarquer pour son Cassio dans Otello, comme un certain Jonas Kaufmann à Bastille avant lui. C’était bon signe. Il évolue ensuite vers des emplois de lirico spinto. La voix est charnue, colorée, le timbre sombre, et la projection correcte. Le chanteur brille surtout par son phrasé, son style élégant, son art de la nuance, un beau legato et une belle maîtrise du chant piano avec une grande variété de nuances. Caterina Piva remplace de même Ekaterina Gubanova. Le mezzo milanais  dispose d’un timbre chaud et mordoré ; elle tient sa partie avec une sensualité assez rare pour cette ouvrage. La puissance de la projection progressera certainement avec le temps. Les différents registres sont par ailleurs très homogènes, ce qui lui permet d’offrir une exécution d’une belle musicalité. Ajoutons une excellente diction et une maîtrise du texte qui trouve son origine dans l’expérience initiale de la chanteuse dans le théâtre classique. Michele Pertusi est particulièrement en grande forme (comme à Parme lui aussi, quelques semaines plus tôt, dans Nabucco cette fois, ), sans vibrato excessif. Le timbre est toujours reconnaissable, la projection suffisante à défaut d’être spectaculaire, et le phrasé typiquement verdien. Anna Netrebko créée la surprise dans la partie soprano du Requiem, un rôle qu’elle ne semble pas avoir chanté très souvent ni même enregistré (a priori, elle a abordé l’œuvre pour la première fois en janvier dernier, à Budapest). Le soprano russe chante une très grande partie de la soirée piano ou pianissimo, témoignant d’une incroyable maîtrise de souffle (ce qui contribue par ailleurs à ne pas déséquilibrer le plateau, ce qui aurait été le cas si elle avait chanté à plein poumons). Alors que, récemment, nous avions apprécié plus particulièrement ses interprétations de rôles de « méchantes » (Abigaille, Turandot) qu’elle semble prendre plaisir à défendre, Netrebko donne ici une interprétation évanescente, intériorisée, en complète apesanteur, avec une homogénéité de registres retrouvée, et un timbre d’une incroyable jeunesse. Signalons que, pour le dernier Dies irae, elle se tourne vers le chœur, communiant pour ainsi dire avec celui-ci dans ses imprécations désespérées. Elle signe probablement ici une de ses plus belles soirées dans l’absolu.

Le Requiem est une œuvre que les grands chefs peaufinent et renouvellent tout au long de leur carrière. Riccardo Chailly nous offre ici une interprétation combinant idéalement le caractère monumental de l’œuvre et la ferveur brulante du quatuor. Le Chœur de la Scala, formidable, est ici incisif, abrupt, presque agressif. Le quatuor vocal évolue, lui, dans les sphères : ainsi dirigés, les solistes surpassent leurs quelques limitations pour donner une interprétation d’une exceptionnelle unité. Sous la baguette de Chailly, l’Orchestre de la Scala, absolument somptueux lui aussi, est d’abord un acteur du drame, le chef milanais maintenant une tension constante tout au long de l’ouvrage, construisant un véritable arc dramatique : Chailly interprète ici le Requiem comme un grand opéra dramatique et, en fait, c’est ce qui convient le mieux à l’ouvrage. L’attention au détail est extrême (il faudrait tout passer en revue (1)), mais ne se fait jamais aux dépends de l’architecture d’ensemble.

Riccardo Chailly lâche les rênes de la Scala sur un coup de maître.

 

  1. À titre d'exemple, on peut citer le Sanctus dont le caractère de fugue (une double fugue à huit voix pour double chœur mixte pour être précis) est désormais souvent très marqué. Il nous semble que la chose était moins courante pour les interprétations d'avant les années 80 (le dernier enregistrement de Karajan en 1984 marquant sans doute une rupture). Ce type d'interprétation accentue le côté « musique d'église » mais créée une solution de continuité avec le reste de la partition (Bach côtoyant Verdi) : ici, Chailly revient à une exécution plus en cohérence avec l'arc musical verdien global.

 

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