Forum Opéra

FÉVRIER, La Femme nue – Genève (Victoria Hall)

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
Spectacle
24 octobre 2026
Découverte d’une superbe œuvre lyrique

Note ForumOpera.com

4

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Infos sur l’œuvre

Drame Lyrique en quatre actes (en version concert), créé à l’Opéra de Monte Carlo le 23 mars 1929 et reprise à l’Opéra-Comique en 1932
Musique d’Henry Février (1875-1957)
Livret de Louis Payen (1875-1927) d’après la pièce du même nom d’Henry Bataille (1872-1922)

Détails

Soprano
Tamara Bounazou
Mezzo-soprano
Antoinette Dennefeld
Ténor
Vincent Thill
Baryton
Jean-Sébastien Bou
Ténor
Christophe Mortagne
Sopranos
Lisa Tourniaire, Maud Bessard-Morandas, Marie Bokatola
Ténors, barytons et basse
Fabien Hyon, Benoît Capt, Olivier Naveau, Joshua Morris, Nicolas Bucher, Sandro Cometta,

Chœur « Années Folles »
Orchestre de Chambre de Genève
Direction musicale
Guillaume Tourniaire

Genève, Victoria Hall
14 octobre 2026, 20h

Qui se souvient encore aujourd’hui d’Henry Février (1875-1957) ? C’est la question que se posait déjà Laurent Bury en 2013 dans un article de Forum Opéra consacré au compositeur. Le nom d’Henry Février est surtout attaché à son opéra Monna Vanna composé sur un livret de Maurice Maeterlinck, d’après sa célèbre pièce de théâtre, et créé en 1909 à l’Opéra de Paris avec un succès impressionnant. La création eut lieu aux États-Unis en 1913 à Boston, avant Chicago et New-York avec le ténor Lucien Muratore et le baryton-basse Vanni Marcoux venus de Paris et dans le rôle-titre, la soprano Mary Garden. Peu après, Monna Vanna fait un véritable triomphe au Théâtre Colón de Buenos Aires et à Montevideo grâce, entre autres, à la légendaire soprano italienne Claudia Muzio dans le rôle-titre. Enfin après une reprise à Rio, à New York et à l’Opéra-Comique de Paris, l’opéra tombe dans l’oubli.

L’opéra La femme Nue a été créé en 1929 à l’Opéra de Monte Carlo et repris à l’Opéra-Comique de Paris en 1932. Le livret était adapté d’une pièce d’Henry Bataille qui avait connu un tel succès en 1908 qu’elle avait été transposée plus d’une fois au cinéma. La carrière de l’opéra fut plutôt brève ! C’est alors qu’intervient le chef d’orchestre Guillaume Tourniaire, qui avait fait ses débuts au Grand Théâtre de Genève en 1998. Il tombe récemment sur la partition piano-chant de l’opéra. Elle l’enthousiasme aussitôt et il passe des heures à la déchiffrer. Le matériel d’orchestre ayant disparu, il se rapproche de la compositrice française Isabelle Aboulker, petite fille du compositeur (le fils du compositeur est le pianiste Jacques Février, ami de Ravel et de Poulenc). Tous deux parviennent peu à peu à « reconstituer » l’œuvre.
C’est donc à une sorte de nouvelle création qu’a assisté le public au Victoria Hall de Genève le 14 octobre dernier, en présence d’Isabelle Aboulker chaleureusement accueillie par le public. Ce concert a été réalisé en coproduction avec l’Association Ascanio de Genève dont le but est de faire connaitre et d’enregistrer des œuvres musicales injustement oubliées. Un enregistrement du concert a ainsi été réalisé.

La musique d’Henry Février magnifie un livret qui semble désuet de prime abord mais qui surprend vite par son actualité, sa critique acerbe d’une bourgeoisie où les hommes ont le beau rôle et où les femmes qui tentent de s’émanciper sont parfois conduites au suicide (comme ici dans l’opéra). La Femme nue est le titre d’un tableau du jeune peintre bohème Pierre Bernier exposé lors d’un Salon de peinture à Paris. Il est tombé amoureux de son modèle la jeune Lolette issue d’un milieu très modeste et c’est lui qui remporte le premier prix. La fête bat alors son plein.
Dès le premier acte, le public est séduit d’emblée par l’orchestration chatoyante d’Henry Février (on songe à Albert Roussel). On y décèle même des envolées lyriques à la Puccini ou des accents rêveurs qui annoncent déjà la tendre mélancolie d’un Poulenc. Le pupitre des vents de l’excellent Orchestre de Chambre de Genève s’en donne à cœur joie. Un orchestre particulièrement rajeuni mené par l’excellent violon solo Girolamo Bottiglieri. À ses côtés le violoncelliste Pascal Michel, son aîné, se lance avec brio dans des soli passionnés qui s’élèvent au-dessus de l’orchestre.

Le personnage le plus touchant est le peintre Rouchard, dont la noblesse d’âme sera mise à rude épreuve. Éconduit par Lolette, il vote néanmoins pour le tableau de son rival et restera un ami fidèle de son ancienne compagne, même après son mariage avec Bernier. C’est le ténor Valentin Thill, qui fut l’an dernier un excellent Ottavio dans le Don Giovanni de Mozart à Toulouse, qui interprète vaillamment ce rôle écrasant en s’affrontant avec vigueur à une tessiture large et souvent très aigüe.
Quant à Rouchard il est interprété de belle manière par le baryton Jean-Sébastien Bou dont on connaît le talent de récitaliste. Quel beau legato que n’entrave jamais une diction parfaite ! L’engagement exaltant du Chœur Années Folles composé d’élèves et de membres du Collège Florimont de Genève lui permet de franchir haut la main la barrière de l’orchestre, ce qui lui vaudra un beau succès au final.

Le deuxième acte est long et bavard et l’orchestre un peu trop à l’unisson. Cinq ans ont passé et le succès est monté à la tête de Bernier notamment après qu’il a peint le portrait d’une jeune femme plutôt hautaine mariée au Prince de Chabran. Il éprouve une passion irrésistible pour elle. Lolette, elle, n’a pas changé et comprend qu’elle ne peut guère lutter contre un tel sentiment. La mezzo-soprano française Antoinette Dennefeld, dans le rôle de sa rivale, campe de belle manière un personnage antipathique à souhait. La voix est superbe et la technique impeccable. Elle vient d’ailleurs de remporter un grand succès dans Carmen à Lausanne.

C’est dans les deux derniers actes que la musique d’Henry Février est à son sommet. Guillaume Tourniaire excelle à en dessiner les entrelacs avec une sensibilité à fleur de peau. Il y a, au début, un moment suspendu particulièrement touchant. Le Prince de Chabran qui a décidé de divorcer de sa femme est seul en scène. Du silence émerge un texte et un chant tout juste murmuré qui évoque avec détachement les années qui passent et les amours mortes. Le ténor Christophe Mortagne y est très émouvant et son timbre rappelle celui du grand ténor suisse Hughes Cuénod qui avait ce même talent de récitant.

C’est aussi dans ces deux derniers actes que la soprano Tamara Bounazou est vraiment bouleversante. Quelle présence en scène et quelle voix veloutée ! Un timbre rare et lumineux, une ligne vocale et un phrasé porté par un souffle souverain. On se souvient de son inoubliable Iphigénie dans l’opéra de Gluck à l’Opéra-Comique de Paris en novembre 2025. Dans le dernier acte où le personnage se remet d’une tentative de suicide, elle nous arrache des larmes. Lolette comprend alors que le véritable amour est celui que lui a toujours porté Rouchard, un amour qu’elle partage enfin avec lui. Tamara Bounazou déchaînera l’enthousiasme du public aux saluts.

Tout le plateau jusqu’aux plus petits rôles est excellent, les voix sont belles et la diction claire. C’est ce qu’on appelle une excellente distribution. Le public, même s’il n’a pas rempli la salle, a réservé aux artistes une longue ovation finale et Guillaume Tourniaire a même proposé une version alternative (moins réussie) du final de l’opéra prévue par le compositeur. Quelle belle découverte que cet opéra français oublié !

 

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Note ForumOpera.com

4

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

Drame Lyrique en quatre actes (en version concert), créé à l’Opéra de Monte Carlo le 23 mars 1929 et reprise à l’Opéra-Comique en 1932
Musique d’Henry Février (1875-1957)
Livret de Louis Payen (1875-1927) d’après la pièce du même nom d’Henry Bataille (1872-1922)

Détails

Soprano
Tamara Bounazou
Mezzo-soprano
Antoinette Dennefeld
Ténor
Vincent Thill
Baryton
Jean-Sébastien Bou
Ténor
Christophe Mortagne
Sopranos
Lisa Tourniaire, Maud Bessard-Morandas, Marie Bokatola
Ténors, barytons et basse
Fabien Hyon, Benoît Capt, Olivier Naveau, Joshua Morris, Nicolas Bucher, Sandro Cometta,

Chœur « Années Folles »
Orchestre de Chambre de Genève
Direction musicale
Guillaume Tourniaire

Genève, Victoria Hall
14 octobre 2026, 20h

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Symphonie du cinquantenaire
Marianne CREBASSA, Jean TEITGEN, Klaus MÄKELÄ
Spectacle
Ni antique, ni en toc
Marie GAUTROT, Claire DE MONTEIL, Eduardo ALADRÉN
Spectacle