Un jour, une création : 6 novembre 1902, à la tragédienne, les divas reconnaissantes

Par Cédric Manuel | dim 06 Novembre 2022 | Imprimer

Pour ceux qui l’auraient oublié, Adrienne Lecouvreur fut une actrice de théâtre qui connut son heure de gloire dans les années 1720, tragédienne très populaire dont Voltaire, l’un de ses amants, en fera plusieurs fois l’interprète de ses héroïnes. Parmi ses soupirants, le maréchal Maurice de Saxe ne sera pas le moindre ni le moins influent, à la grande fureur de l’autre maîtresse de ce dernier, la duchesse de Bouillon. La légende dira que la mort prématurée de la tragédienne, en 1730, à 38 ans, était due à un empoisonnement dont l’instigatrice ne serait autre que la duchesse. Voltaire, furieux et désespéré, avait obtenu une autopsie qui ne donnera rien et la pauvre disparue sera enterrée en catimini, sort réservé aux comédiens alors mis au ban de l’Eglise.

De cette histoire qu’Adrienne aurait si bien interprétée sur scène, Eugène Scribe et Ernest Legouvé feront justement une pièce créée à Paris en 1849. Près de 50 ans plus tard, fort de son succès (éphémère) avec sa récente Arlesiana, Francesco Cilea, qui connaît la traduction italienne de la pièce, demande au librettiste Arturo Colautti de l’adapter pour un opéra. Il leur faudra pas moins de 4 ans pour en venir à bout. Pas question pour Cilea de réitérer la demie déception de l’Arlesiana, délaissée pour ses faiblesses intrinsèques, mais aussi parce que les rôles féminins avaient déçu lors de la création. D’un opéra de ténor qui avait révélé Caruso, Cilea bifurque vers un opéra de prima donna, et il met les moyens : il rappelle Caruso pour incarner Maurice de Saxe et engage Angelica Pandolfini, créatrice de Mimi chez son concurrent Puccini. Avec un tel duo, augmenté, grandi même par le Michonnet de Giuseppe de Luca, immense baryton alors à ses débuts, le succès est garanti et il est énorme, voici 120 ans, au Teatro Lirico de Milan.

Opéra de prima donna, donc, car si l’Arlesiana reste au répertoire des ténors pour un seul air, le Lamento de Federico, Adriana Lecouvreur reste, elle, à celui des maisons d’opéra pour la lumière glorieuse qu’il jette sur son rôle-titre. Les divas du XXe siècle se l’arracheront, sauvant sans doute toute la partition du même oubli que celui qui frappe l’opéra précédent de Cilea et, il faut bien le dire, l’ensemble de l’œuvre de ce dernier… Magda Olivero, Maria Callas, Renata Tebaldi, Renata Scotto, Mirella Freni, Maria Caniglia, Montserrat Caballé, Raina Kaibavanska, et même Joan Sutherland ; puis, plus près de nous Angela Gheorghiu, Renée Fleming ou Anna Netrebko et dernièrement Sonya Yoncheva se sont emparées de ce personnage en or pour les divas, avec notamment ce « Poveri fiori » très attendu à la fin de l’opéra, ici par l’une des plus grandes d’entre elles dans ce rôle, Magda Olivero, dans un enregistrement sur le vif à la distribution stellaire (Corelli, Bastianini, Simionato...), au superbe orchestre et qui a fait date dans le chaudron du San Carlo de Naples. En voici la dernière partie.

 

 

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