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16 mars 1833, Beatrice di Tenda : une rupture et un fiasco.

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16 mars 2023

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Après le triomphe d’I Capuleti e i Montecchi en mars 1830 à la Fenice, le patron de celle-ci, Giuseppe Crivelli, demande sans attendre à Bellini un nouvel opéra pour la saison du carnaval 1832. La mort de Crivelli et le manque d’intérêt du compositeur ont rendu ce projet rapidement obsolète. Il faut toute la capacité de persuasion du nouveau directeur, Alessandro Lanari, la promesse d’avoir sous la main deux stars immenses, la Pasta et la Grisi, et surtout une somme très rondelette, pour que Bellini reprenne le projet.

Comme toujours, il s’agit de trouver un sujet. L’incontournable Felice Romani, qui a déjà réalisé presque tous les livrets belliniens, aimerait bien adapter une pièce toute récente de Dumas père, l’une des trois que ce dernier a consacré à la reine Christine de Suède, Christine ou Stockholm, Fontainebleau et Rome. Il espère peut-être pouvoir aller vite, lui qui est écrasé de commandes et de travail. Il propose donc ce sujet à Bellini début octobre 1832.

Bellini en parle à Giuditta Pasta à la Villa Roda, que la chanteuse possède depuis quelques années sur les bords du merveilleux lac de Côme. Pasta ne veut pas de l’idée de Romani et Bellini la rejoint en lui écrivant un peu plus tard qu’il a décidé de reprendre le sujet d’un ballet lui-meme tiré d’une pièce de Carlo Tebaldi Fores, que la Scala vient de donner autour d’une figure de l’histoire des Visconti, ducs de Milan, Beatrice di Tenda. Il prétend avoir convaincu le librettiste dans sa lettre : « J’ai eu grand peine à convaincre Romani mais j’ai réussi, et avec de bonnes raisons. Sachant que ce sujet vous plait, comme vous me l’avez dit le soir où vous avez vu le ballet. C’est un homme de bonne volonté et j’attends de lui qu’il me le démontre en me préparant au moins le premier acte rapidement ».

La Pasta n’en demande pas tant, mais Romani, lui, est quand même furieux. Le revirement du compositeur intervient en effet en novembre 1832, alors que l’opéra est censé être créé début 1833… Le librettiste, qui doit une avalanche de textes à une flopée de compositeurs au même moment, procrastine donc autant qu’il le peut et accorde le moins d’intérêt possible à son travail. Bellini se fâche, Romani ne se calme pas et il faut que Lanari fasse intervenir rien moins que la police, sur une plainte de Bellini lui-meme, pour que le librettiste daigne terminer son travail en janvier. Mais le mal est fait. L’animosité est telle que les deux hommes se brouillent pour de bon : Beatrice di Tenda est le dernier opéra qu’ils feront ensemble.

Et comme si ça ne suffisait pas, l’ambiance de la Fenice est électrique. L’une des stars de la maison, Giulia Grisi, claque la porte et part pour Paris. La Pasta en profite pour faire monter les enchères, ou plutôt son cachet, mettant le théâtre en difficulté. L’ouverture de la saison, le 26 décembre, affiche justement Norma, qui ne recueille qu’un succès d’estime.

Bellini, lui, est à peine plus motivé, mais s’inquiète de cette froideur du public vénitien. Il redoute un échec pour sa Beatrice, alors que son inspiration semble marquer le pas. Soudain, la proximité de l’échéance commence à l’angoisser et en rejette la faute sur Romani dans sa correspondance. Au moment où l’opéra doit être créé, mi février, le premier acte n’est pas terminé et le second pas même entamé. Pressé, il puise dans d’anciennes partitions (Zaira, Bianca e Fernando).

La création – retardée d’un mois – est un échec total, voici tout juste 190 ans. Trois petites représentations et puis s’en va. Une polémique s’ensuit dans la presse, entre pro et anti-Bellini, et Romani ne se prive pas de jeter de l’huile sur le feu en racontant à la presse que tout ceci est le résultat de l’incapacité de Bellini à choisir un sujet et à s’y tenir. Ambiance.

Sans disparaître totalement, l’avant-dernier opus de Bellini ne s’en remettra jamais vraiment. Les mauvaises langues estiment que le compositeur a fait du mauvais Bellini, mais du bon Donizetti… Il n’empêche, les moments de grâce ne manquent pas dans cette partition, comme cette délicate prière de Beatrice, interprétée par l’une de ses plus grandes interprètes, Joan Sutherland.

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