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5 questions à Françoise Pollet

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Interview
21 août 2003

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Mine de rien, vous êtes le prototype même de la Diva anti-conventionnelle; votre répertoire s’étendant de Boulez à Brel… comment en arrive-t-on a un tel éclectisme ?

Par d’heureuses circonstances, par hasard, par curiosité, par plaisir…. Ne trouvez-vous pas bizarre, toutes ces nouvelles starlettes lyriques qui refusent de se faire interpeller « diva » ? et, l’archétype de la Diva ancien modèle, Mme Alagna-à-la-ville cataloguée « anti-Diva » par d’aucun critique à Libé… rigolo, non ? suis-je une Diva ? on m’a surnommée ainsi dès ma première année de chant, alors… ceci dit, je pense avoir assez de caractère pour l’assumer. Et puis à défaut d’amants scandaleux, j’ai un caniche toy !

On vous a récemment vu chanter le Visage Nuptial sous la baguette de Boulez, vous avez enregistré les poèmes Pour Mi de Messiaen chez DGG et Philippe Boesmans vous a écrit un cycle de mélodies. Qu’est ce qui vous rend aussi populaire auprès des compositeurs d’aujourd’hui ?

Peut-être mon anti-conformisme, et le fait que je ne porte aucune oeillère. Mais surtout, mon passé de violoniste, mon 1er prix de solfège (7 clés, mention en déchiffrage) et mon oreille absolue.

On a entendu beaucoup de choses au sujet de votre voix, que vous étiez une soprano lyrique, grand lyrique, dramatique… quel est votre opinion (éclairée) sur la question ?

Je me suis fait injurier -par article interposé- par un critique genevois, parce que je m’étais « auto proclamée » grand soprano français… il avait pris à la lettre le « grand », alors que je voulais parler que de l’étendue de ma voix ! mais pas dramatique… ma force est justement le velouté, la chaleur de mon timbre. Je n’ai jamais été une acharnée du contre-ut… français, parce que je trouve que les voix françaises ont vraiment des timbres très particuliers et reconnaissables. Il est évident que l’émission est influencée par la langue maternelle. Mon maître Ernst Haefliger prétend que le français est la meilleure langue pour chanter. Je pense sincèrement qu’il est absolument dans le vrai. A condition de ne pas grasseyer les R. Ma bête noire…. Les R grasseyés renvoient la voix vers l’arrière du palais mou, et les aigus deviennent alors terriblement difficiles et dangereux et amènent à forcer. Le monde entier roule, les français tiennent à grasseyer. Mon Dieu, pourquoi ?

Vous avez récemment incarné à la scène le personnage relativement peu sympathique de la Mère Ubu ; on est à mille lieux de la Maréchale, non ?

Boutade : d’aucun me refusent ma tendre Bichette, alors… j’ai aimé me « lâcher » dans le personnage de la Mère U, et puis, j’étais en excellente compagnie : Jean-Philippe Courtis, Vincent Bouchot, Mireille Laroche. Pourquoi dire non à ceux qui vous aiment, viennent vous le dire, et se disent heureux de travailler avec vous ?

Quels sont les projets qui, aujourd’hui, vous motivent ?

Mes étudiants du CNSM de Lyon, redorer le blason, encore et toujours injustement terni, du chant français, me passionner pour un projet conçu vraiment pour moi, chanter des trucs qui me plaisent, avec plaisir, bonheur, et… me f…. des critiques !

Hélène Mante
 

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