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Cinq questions à Hélène Paillette, directrice des Concerts à la Ferme

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Interview
15 juin 2026
Les Concerts à la Ferme apportent désormais dans seize départements et huit régions le chant aux champs.

Hélène Paillette, entrepreneuse culturelle et productrice, nous parle aujourd’hui de la saison itinérante des Concerts à la Ferme, qu’elle a initié en 2023 et dont elle partage la direction artistique avec l’altiste Arnaud Thorette, porté par l’association Tous mes rêves chantent.

Comment et pourquoi est né ce projet ?

Hélène Paillette : Il s’agissait de nouer des liens entre des univers qui ne se rencontrent jamais : celui de la musique classique et des artistes habitués des grandes salles de concerts, celui du monde agricole finalement assez méconnu, et enfin celui des habitants de territoires ruraux. Mon idée (venue lors d’une visite de ferme au sortir de confinement) : aller à la rencontre des habitants des campagnes, œuvrer pour une démocratisation culturelle réelle en sortant des chemins battus et en choisissant les granges, les étables, les bergeries, les hangars à patates comme scènes musicales éphémères ! J’ai demandé à l’époque aux musiciens de  l’Ensemble Contraste avec qui je travaille étroitement de m’aider à aller chercher ce public qui n’a ni l‘habitude ni les codes du concert de musique classique, et ce, en acceptant d’aller sur les lieux de vie et d’activité des agriculteurs, et en acceptant les conditions difficiles inhérentes à ce type de projet itinérant : conditions acoustiques et climatiques parfois complexes, loges inexistantes, fatigue liée aux trajets de ferme en ferme etc. J’ai ainsi lancé en 2023 une édition pilote de dix concerts, financée par un appel à projet de la DRAC Hauts-de-France.

Comment se sont déroulés ces premiers concerts dans lesquels vous avez d’emblée accordé une grande place à la voix ?

C’était incroyable. Les gens des villages et de leurs environs sont venus nombreux, attirés par cette offre atypique. Nous avons dès le démarrage éveillé un intérêt réel et une grande curiosité. Après le concert (d’un format d’une heure à une heure dix), un verre de l’amitié est offert, parfois un repas se partage, afin que public, agriculteurs et artistes échangent et se retrouvent ensemble, au rebours de ce qui se fait en salle. Lors de ces concerts, une de nos fidèles partenaires, la mezzo Irina de Baghy, n’hésite pas par exemple à valser avec un spectateur ou à aller sur ses genoux pour lui chanter la Barcarolle avec les yeux doux. Le public réagit très positivement à cette proximité, sans a priori ni attentes particulières. C’est très frais et spontané ! Le public vient souvent voir les artistes en fin de soirée pour leur dire qu’ils n’avaient jamais assisté à un concert « classique », et là, quand j’entends cela, je sais que ce projet est à sa place ! Le public adhère et revient, ce qui est un gage de réussite. Nous avons eu l’été dernier en Normandie jusqu’à 250 personnes par concert. Cétait inattendu … Grâce à cette première expérience très positive de 2023, nous sommes passés en 2024 à une quinzaine de concerts, toujours en Hauts-de-France, à participation libre (la culture ne doit pas être gratuite, car elle a un coût, mais elle doit rester accessible à tous, et chacun peut ainsi participer à hauteur de ses moyens.)

Et l’année 2025 a été celle du démarrage d’une tournée au niveau national …

Tout à fait. Je me suis inspirée de mon expérience de ces six dernières années à produire la tournée Un Eté en France avec Gautier Capuçon, qui sillonne la France, de villages en villages, au plus près des habitants. J’ai parfois été sollicitée par des exploitants ou des communes, et j’ai souvent démarché moi-même de nouvelles fermes partenaires, dans différents territoires. C’est ainsi que grâce au soutien des Fondations Orange, Société Générale et Avril (acteur majeur de la filière des huiles et protéines végétales,), j’ai pu financer 25 concerts en 2025, pour une première saison au national. La saison est financée à 90 % sur fonds privés, en plus des subventions publiques pour lesquelles je me bats concert par concert (Spedidam, échelon régional, départemental, communal etc). Et en 2026, ce sont 40 concerts ! Je suis fière par conséquent d’avoir obtenu le parrainage du Ministère de l’Agriculture, après un démarrage de la saison au Salon International de l’Agriculture en février dernier, avec une soirée Tous à l’Opéra. Une belle reconnaissance !

Comment organisez-vous concrètement cette tournée ?

Les déplacements se font généralement sur un même territoire, du vendredi au dimanche, avec une même équipe artistique pour trois concerts (et un même programme) dans trois fermes ou exploitations séparées par une trentaine de kilomètres. Le plus compliqué et le plus couteux est de louer et faire livrer le piano de concert de ferme en ferme … Les artistes invités doivent être un peu « touche à tout » et adaptables. L’idée est d’offrir un programme mêlant airs d’opéras, mélodies, morceaux instrumentaux très connus, du jazz et parfois de la comédie musicale, une diversité d’esthétiques propre à l’Ensemble Contraste, invité régulier des Concerts à la ferme. Cette diversité permet de toucher plus facilement un public peu connaisseur…
En début de concert, je prends la parole pour expliquer le pourquoi de ce projet atypique, puis c’est l’agriculteur-hôte qui prend la parole pour décrire son activité, l’histoire de sa ferme et rappeler qu’à la place de la scène où se tiennent les artistes, il y a plus souvent des sacs de céréales, des pommes de terre ou des bottes de foin ! Bref, ils expliquent leur métier, ses aléas et où vont leurs produits. C’est passionnant. Puis place à la musique.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les programmes ?

Il y a beaucoup d’opéra en 2026 ! Chaque plateau est composé en moyenne de quatre artistes : deux instrumentistes et deux chanteurs (un duo pour ténor ou baryton avec une mezzo, une contralto ou une soprano) capables d’aller d’un répertoire à un autre. Le public peut donc applaudir des chanteurs aussi talentueux qu’ Irina de Baghy, Romain Dayez, Florian Laconi, Etienne de Benaze, Cécile Madelin ou Amélie Raison, Albane Carrère, Igor Bouin et Sarah Laulan pour des « Fantaisies lyriques », des « Opérettes à la Ferme », « De l ‘opéra au tango » dans l’Oise, la Savoie, la Normandie, le Morbihan, le Pas-de-Calais, l’Hérault, entre autres régions.

Informations et réservation ici http://www.concertsalaferme.fr

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