Chostakovitch est né voici tout juste 120 ans, le 25 septembre 1906, à Saint-Pétersbourg.
On ne présente plus ce géant tourmenté de la musique du XXè siècle à qui l’on doit des trésors marqués tour à tour par tous les espoirs et toute la noirceur de ce dernier, particulièrement dans son pays natal.
Pour célébrer cet anniversaire dans ces colonnes, nous pourrions parler de son œuvre lyrique entre Le Nez et Lady Macbeth de Mtzensk en passant par Les Joueurs. Nous pourrions aussi évoquer les symphonies chorales, programmatiques (Octobre, le Premier mai, Babi Yar), les cantates, les musiques de scène, les mélodies etc.
Mais pourquoi ne pas plutôt évoquer un souvenir d’enfance fondateur et avec lequel il bouclera la boucle dans sa Symphonie n°15 ?
Il est en effet probable que le compositeur ait entendu assez tôt dans son enfance des extraits de Guillaume Tell de Rossini mais aussi de Tristan et Isolde et du Crépuscule des Dieux de Wagner, qui ont pu être une forme de révélation dans son parcours musical, par ailleurs commencé assez tard sous l’impulsion décisive de sa mère.
Comment peut-on le supposer ? Après avoir composé sa 15ème et dernière symphonie, testamentaire et peuplée de bribes, de flashes, de souvenirs parcellaires comme collés les uns aux autres, Chostakovitch a expliqué que le premier mouvement « décrit l’enfance, une boutique de jouets sous un ciel sans nuages », des jours heureux qu’interrompra la mort soudaine de son père en 1922.
Or, dans ce premier mouvement, qu’entend-on ? Peu après le début de la symphonie, on distingue à plusieurs reprises une citation très reconnaissable de la fameuse chevauchée de Guillaume Tell, utilisée dans une ambiance tantôt guillerette tantôt ironique.
Toutefois, au-delà de l’enfance, le quatrième et dernier mouvement s’ouvre sur une sombre citation du Ring, en particulier du Crépuscule des Dieux (le Destin), suivi peu après d’une autre, très brève, tirée du prélude de Tristan et Isolde, et de la citation d’une mélodie de Glinka (« Ne me tente pas sans raison (Ne iskushay menya bez nuzhdy) ».
Dans cette forme d’adieu, le compositeur repense donc à des bribes d’opéras, de minuscules fragments qui sont comme des feuilles volantes qu’on voit partir au vent, aussi inéluctablement que la mort qui vient. L’enfance est bien finie, mais pour rester dans ses souvenirs plus heureux, voici le premier mouvement et ses citations rossiniennes !
