Forum Opéra

Sabine Toepffer

Lotte Schädle, la Blondchen de Fritz Wunderlich, a fêté ses 100 ans

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Brève
25 octobre 2026

Fritz Wunderlich nous a quittés il y a soixante ans. Sa Blondchen, elle, vient de souffler ses cent bougies. Née le 23 octobre 1926 à Füssen, la soprano allemande Lotte Schädle a franchi ce cap, salué par la Bayerische Staatsoper. Si son nom est aujourd’hui peu connu en France, il reste, pour les mélomanes, indissociable de l’un des sommets de la discographie mozartienne : L’Enlèvement au sérail gravé en décembre 1965 sous la baguette d’Eugen Jochum.

Quelle distribution ! Wunderlich y est un Belmonte irradiant, Erika Köth incarne Konstanze, Friedrich Lenz prête sa verve à Pedrillo, Kurt Böhme campe un Osmin truculent, et Rolf Boysen donne la réplique dans le rôle parlé du pacha Selim. Parmi ces artistes aujourd’hui tous disparus, Lotte Schädle impose une Blondchen pétillante, dont les vocalises de « Welche Wonne, welche Lust » n’ont rien perdu de leur fraîcheur. C’est d’ailleurs dans ce rôle qu’elle avait débuté à Munich, en 1954.

Wunderlich et Schädle avaient déjà partagé l’affiche le 25 mars 1958, dans une Création de Haydn captée par la radio néerlandaise à Hilversum, aux côtés d’Hermann Schey. Au pupitre, Bernard Haitink. Publié en CD en 2020, cet enregistrement offre un contrepoint à la célèbre et luxueuse version Karajan (DG), que le ténor ne put achever (Werner Krenn chanta les récitatifs).

Membre fidèle de la troupe munichoise, Lotte Schädle y chanta Susanna, Gilda, Norina ou Gretel. À Bayreuth, on l’entendit parmi les Filles-fleurs de Parsifal ; à Salzbourg, elle fut en 1965 la Naïade d’une Ariane à Naxos de Karl Böhm, dont Forum Opéra a gardé la trace.

Huit jours seulement séparent sa naissance de celle de Karl Richter, né le 15 octobre 1926 et mort en 1981. Après l’avoir entendu à l’abbaye d’Ettal en 1955, elle chanta plus de vingt ans sous sa direction les cantates, Passions et oratorios de Bach. Dans un témoignage recueilli en 2005, elle racontait une tournée en Sicile, en 1964 : pendant la traversée nocturne du détroit de Messine, Maurice André avait joué de sa trompette sur le pont du bateau, sous les étoiles. On aurait aimé être du voyage.

Les amateurs d’art lyrique connaissent cette mélancolie douce-amère : les voix demeurent, tandis que s’en vont, un à un, ceux qui leur ont donné vie. Et puis il arrive qu’une Lotte Schädle, qu’on avait – on s’en excuse – oubliée, fête ses cent ans. L’espace d’un instant, nous voilà soustraits à la fuite du temps. Joyeux anniversaire, Madame Schädle !

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