Médecin, passionné de psychiatrie et d’anthropologie criminelle, compositeur, archéologue, chef d’orchestre : Giuseppe Sinopoli (1946-2001) semblait avoir reçu plusieurs vies en partage. Vingt-cinq ans après sa disparition, et à quelques jours du quatre-vingtième anniversaire de sa naissance, Rome lui consacre une série de manifestations à la mesure de ses curiosités.
Depuis le 21 octobre, le foyer de la salle Santa Cecilia, à l’Auditorium Parco della Musica, accueille Sinopoli/Wagner, une exposition photographique et documentaire qui présente des pièces inédites tirées des fonds de l’Académie. Elle a ouvert le même soir que la saison symphonique, inaugurée par Siegfried, sous la direction de Daniel Harding et dans la mise en scène de Vincent Huguet. Un choix logique : Sinopoli avait dirigé l’intégralité du Ring en concert à Rome, avant de devenir le premier Italien à conduire la Tétralogie à Bayreuth.
Jeudi 22 octobre, une journée de rencontres et de concerts a réuni musiciens, critiques et proches du chef. Son épouse, Silvia Cappellini Sinopoli, y a notamment interprété sa Klaviersonate. Une visite du musée Aristaios, qui conserve sa collection d’antiquités, rappelait l’archéologue. Il préparait une thèse sur l’architecture de l’ancienne Mésopotamie, qu’il devait soutenir le 23 avril 2001. Trois jours plus tôt, une crise cardiaque l’emportait en pleine représentation d’Aida à la Deutsche Oper de Berlin.
Reste le musicien, sans doute la plus insaisissable de ses vies. Sa formation scientifique nourrissait des lectures très personnelles de Mahler, Wagner, Strauss ou Verdi : tempi étirés, détails d’orchestre soudain mis en lumière, éclairages psychologiques inattendus, voire névrotiques. Ses interprétations fascinaient ou exaspéraient. On lui reprochait de plier les partitions à ses théories ; on lui savait gré, aussi, de faire entendre autrement des œuvres que l’on croyait connaître. Sa discographie lyrique charrie l’or (Salome, Elektra, Manon Lescaut, Tosca, Der fliegende Holländer) mais aussi le plomb (La forza del destino, Rigoletto, Carmen).
L’hommage s’est poursuivi vendredi 23 octobre avec la présentation, à la Festa del Cinema di Roma, du documentaire de son fils Giovanni Sinopoli, Il ghiaccio in tasca. Mio padre Giuseppe Sinopoli. Images de famille et témoignages de Plácido Domingo, Gustavo Dudamel, Daniele Gatti ou Giuseppe Tornatore y racontent le père autant que le chef. Jusqu’au 2 novembre, jour de ses quatre-vingts ans, le musée Aristaios présente en outre des documents audiovisuels issus des archives de la RAI.
Selon son fils, il voyait dans la médecine, la musique et l’archéologie trois façons de sonder le cœur des hommes.