Jean-Paul Scarpitta : La musique, une renaissance

Par Anonyme (non vérifié) | lun 23 Décembre 2013 | Imprimer
Alors que son mandat à la tête de l’Opéra de Montpellier s’achève prématurément en juillet 2014, Jean-Paul Scarpitta a choisi Forumopera.com pour partager son sentiment sur l’opéra et la politique. Lettre ouverte.
 
« La Musique, une renaissance
Seules les immenses difficultés que j’ai vécues au sein de l’Opéra Orchestre national de Montpellier m’obligent aujourd’hui à écrire ce qui suit.
Après avoir voulu entamer, en toute conscience morale et humaine, des réformes préconisées par un rapport de la Chambre Régionale des Comptes et par une Evaluation du Ministère de la Culture, j’ai pris la décision — suite aux douloureux conflits injustifiés vécus depuis de longs mois — de quitter — hélas ! — mes fonctions à la fin du mois de juillet prochain afin de ne pas entraver l’intérêt général, et ceci, par entente avec les membres du Conseil d’Administration.
Cet Opéra Orchestre est une maison à laquelle je crois profondément car elle possède un potentiel artistique qui n’appartient qu’à elle. Aussi je reste convaincu que l’art triomphera des querelles douloureuses.
Je profite de cette occasion pour présenter mes vœux ardents de réussite à Madame Valérie Chevalier qui me succède.
L’Opéra, à l’origine populaire, était donné au peuple pour qu’il puisse s’éduquer, connaître les capacités profondes et les trésors cachés de son âme. Une exploration intime qui l’a fait chanter jusque dans la rue. Le peuple a pris conscience de lui-même à travers les voix de l’Opéra… et de la musique …
Que demande le peuple ? demandait Danton.
Le pain et l’éducation, voilà sa réponse.
Depuis mon expérience à l’Opéra Orchestre national de Montpellier, je crois qu’une partie de plus en plus importante de la jeunesse ressent avec passion le besoin de se cultiver : c’est une nouvelle élite, non pas mondaine mais populaire.
Ce ne sont pas des gens qui vont à l’opéra pour parader dans leurs plus beaux vêtements, mais pour se remettre en question et porter un regard critique sur la société qui les entoure.
Dans une époque où, plus que jamais, eu égard aux analyses des spécialistes des résultats électoraux, le politique peine à communiquer avec le peuple, où leur défiance s’installe durablement à l’égard des élites, cet engouement pour l’Opéra est un symbole fort.
Il faut voir comment les chefs d’orchestre, les chanteurs, les musiciens ou les metteurs en scène sont acclamés à la fin du spectacle. Les ovations pleuvent sur eux comme des baisers, autant que sur les sportifs ! Les artistes sont des missionnaires qui devraient avoir une place bien plus importante dans les médias où le sport a envahi abusivement l’espace social aux dépens des orientations artistiques et au détriment de l’imagination et de la sensibilité.
On finance si facilement le sport. Pourquoi ne pas soutenir la culture avec la même ferveur ?
L'Opéra a besoin d’être transmis et soutenu plus qu’il ne l’est actuellement et surtout, différemment. C’est un enjeu politique. Mais non politicien.
Inutile de revenir une énième fois sur les sempiternels problèmes de gouvernance dus aux liens entre pouvoirs politiques et culturels, dont les dernières manifestations en date, et leur cortège de polémiques, n’en sont que les derniers avatars.
Ce problème de gouvernance est plus profond et il grippe un système qui devrait être une communauté où tout le monde vit et travaille en bonne intelligence, avec le cœur !

La vie artistique devrait développer la sympathie et la solidarité telle que la concevait Albert Camus dans La Peste : une vie qui transforme les hommes et le monde en un monde meilleur, plus humain.
Malheureusement l’Administration, nécessaire au contrôle de ces objectifs, et les syndicats, qui protègent légitimement le droit des salariés, ne sont pas toujours conscients — hélas ! — des dégâts qu’ils peuvent commettre surtout quand leurs revendications sont inconsidérées. Il faudrait qu’ils en tirent des leçons et cessent de faire de l’Opéra et des Arts en général, un enjeu politicien.
L’art ne peut absolument pas se soumettre à ce genre de politique : c’est un combat qu’il faut mener corps et âme. Un combat qui se doit d’être débarrassé autant que faire se peut des a priori dont est aujourd’hui pollué l’ensemble des professions qui gravitent dans cet univers.
A l’heure de bouleversements internationaux, nous nous devons de maintenir l’Opéra vivant, et puisque les collectivités publiques n’ont plus les mêmes moyens financiers cherchons des mécènes, des donateurs dont la générosité inventera une autre manière de créer des concerts et des spectacles de qualité. Le financement privé de l’art n’est pas une hérésie, il peut s’allier aux cahiers des charges défini par les pouvoirs publics, notamment dans la poursuite de la vocation populaire de l’Opéra.
Ceci est également primordial pour les académies du chant et de la musique, qui guident aujourd’hui les jeunes artistes, mais qui sont encore trop peu nombreuses. Il faut en créer une multitude autant pour les chanteurs que pour les chefs d’orchestre et les musiciens. Des écoles de l’être et non du paraître.
Les compositeurs seront plus que jamais recherchés et encouragés et la programmation des grandes œuvres du passé sera respectée car elles inspirent la jeune génération pour aborder le futur
Victor Hugo disait que les artistes étaient « les mages » de l’humanité. Baudelaire, lui, disait « les phares »
Mozart, Beethoven Verdi, entre autres, sont les « mages » qui enseignent à la jeunesse d’aujourd’hui un art de vivre.
L’art résistera à tout, même à la barbarie, mais à condition que tout le monde accorde ses violons … et que les artistes inspirés ne se refusent pas l’émotion lyrique qui jaillit du monde nouveau. »
 
Jean-Paul Scarpitta
 
 
 
 
 
 

 

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