Sur les ondes lyriques en février 2018

Par Marie-Laure Machado | sam 03 Février 2018 | Imprimer

Comme les prémices du printemps, les ondes lyriques de février débordent de jeunesse : finale du concours Voix Nouvelles, Révélation artiste lyrique de nos Victoires Classique, entre autres incandescences vocales.


►Samedi 3 février, 18h30 CET, BBC3 : Giuseppe Verdi, Il Trovatore – New York, MET, 2018 (durée 3h30), et aussi mardi 13 février, 01h25 CET, RadioMET.

Dimanche 4 février, 20h CET, France-Musique : Alexander von Zemlinsky, Le Cercle de Craie – Opéra de Lyon, 2018 (durée 2h30)

A l’origine drame chinois de Ling Sing-Tao (13e siècle), Houei-lan-tsi ou Le Cercle de Craie est une pièce de Klabund, adaptée par Alexander von Zemlinsky lui-même. La première représentation de cet ultime opéra du compositeur autrichien eut lieu à Zurich le 14 octobre 1933. Vive l’Opéra de Lyon qui cette année en assure la création française ! En bref, il s’agit d’une fable intemporelle sur le destin tragique de la jeune Haïtang, les violences et l’injustice qu’elle subit avant d’entrevoir une vie meilleure…Zemlinsky peint noirceurs et brutalités dans un extraordinaire enchevêtrement d’esthétiques musicales hétérogènes. De parfums orientalistes en coups-de-poing symphoniques – si straussiens –, d’un cabaret alla Weill au jazz des cuivres de l’orchestre, du lyrisme à l’humanité des voix, la fluidité de l’œuvre tient du génie. Lothar Koenigs dirige l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, avec Ilse Eerens (Tchang-Haïtang), Lauri Vasar (Tschang-Ling), Martin Winkler (Ma), Nicola Beller Carbone (Yü-Peï), Stephan Rügamer (Prince Pao), Doris Lamprecht (Mrs Tschang), Hedwig Fassbender (Hebamme). La mise en scène, dans une chine contemporaine, est de Richard Brunel.

Lundi 5 février, 02h20 CET, France3 : Piotr Illitch Tchaïkovski, La Dame de Pique – Saint-Pétersbourg, Théâtre Mariinski, 2015 (durée 3h05)

Samedi 10 février, 19h30 CET, Facebook : Finale du concours Voix Nouvelles 2018 - Paris, Opéra-Comique, 2018.

« Garder toujours le plaisir, malgré le trac » conseille Karine Deshayes, lauréate 2002, aux douze finalistes du concours Voix Nouvelles 2018. C'est Salle Favart que les grandes voix lyriques de demain affronteront l'ultime épreuve d'une compétition créée en 1988 : Ambroisine Bré, Kevin Amiel, Eva Zaïcik, Eleonore Pancrazi, pour ne citer qu’eux. Sur la page Facebook du concours, l’ambiance est aussi chaleureuse que stimulante, entre découverte des anciens gagnants et leurs encouragements aux candidats. On y voit un jeune rossignol de vingt-trois ans, colorature déjà époustouflante dans l’Air des Clochettes de Lakmé, la soprano Natalie Dessay, aujourd'hui marraine de cette quatrième édition.

Samedi 10 février, 18h CET, WQXR : Gaetano Donizetti, L’Elisir d’Amore – New York, MET, 2018 (durée 2h39)

En janvier-février 2018, New York reprend L’Elisir d’Amore dans la très classique mise en scène de Barlett Sher (2012), située dans l’Italie rurale du XIXe siècle. Le chef Domingo Hindoyan, issu d’El Sistema vénézuélien, y fait ses débuts dans la prestigieuse maison d’opéra. Pretty Yende interprète sa première capricciosa et bricconcella Adina. Et si son Nemorino,  le ténor Matthew Polenzani, n’est plus un giovinotto, son chant reste toujours élégant. Pour les charlataneries du docteur imposteur Dulcamara, la basse Ildebrando d’Arcangelo a toutes les facilités : le théâtre, le sillabato et la puissance vocale. Enfin Davide Luciano est le suffisant sergent Belcore et Ashley Emerson la charmante Gianetta, dans la plus réjouissante comédie romantique de Donizetti (1832).

Dimanche 11 février, 20h CET, France-Musique : Richard Strauss, Elektra – Paris, Philharmonie, 2017 (durée 3h30)

Frissons assurés avec Elektra en version de concert, donné à la Philharmonie le 15 décembre 2017. Avant toute chose parce qu’Elektra est Nina Stemme qui, comme le voulait Patrice Chéreau, explore les différentes facettes de ce personnage brisé et fragile. A ses côtés la Clytemnestre de Waltraud Meier, l’inébranlable Oreste de Matthias Goerne, la Chrysothemis de Gun-Brit Barkmin, l’Ägisth de Norbert Ernst. Mikko Franck dirige avec rigueur les moirures et séismes de cet opéra de femmes, qui nécessite un orchestre démesuré.

Lundi 12 février, 02h45 CET, France3 : Sergueï Rachmaninov, Aleko – Opéra de Nancy, 2015 (durée 1h10), et aussi, même jour, 03h55 CET, France3 : du même compositeur, Francesca Da Rimini – Opéra de Nancy, 2015 (durée 1h10)

Jeudi 15 février, 19h CET, Operavision : Georges Bizet, Carmen – Palerme, Teatro Massimo, 2018 (durée 3h20)    

Samedi 17 février, 17h30 CET, WQXR : Richard Wagner, Parsifal – New York, MET, 2018 (durée 5h33)

Six ans sont passés (2012) depuis la création de cette production de Parsifal à l’Opéra de Lyon, cinq ans depuis sa première programmation au MET (2013) éditée en DVD et, selon les propos de François Girard, sa mise en scène reste la même pour une reprise toujours à New York en février 2018. Avec son art de l’émotion, Peter Mattei reste Amfortas le « trop-hardi », René Pape un des meilleurs Gurnemanz actuels et Evgeni Nikitin Klingsor le magicien maléfique. Parsifal est chanté par le ténor Klaus-Florian Vogt, dont la clarté du timbre traduit parfaitement la jeunesse bouillonnante du « chaste fol ». Evelyn Herlitzius interprète Kundry, la Marie-Madeleine wagnérienne, entre rages, rires et cris. Changement aussi pour la direction musicale, assurée par le galvanisant Yannick Nézet-Séguin. Sur CatalunyaMusica, même jour même heure. Et aussi sur RadioMET, lundi 5 février à 23h55.

Lundi 19 février, 20h CET, CatalunyaMusica : Charles Gounod, Roméo et Juliette – Barcelone, Gran Teatre del Liceu, 2018 (durée 3h)

Doux « Oustalet Dou Capelan » (Saint-Raphaël), où sont nées en grande partie les si tendres mélodies du Roméo et Juliette de Gounod ! « Je m’assois sous la galerie au bord de la mer, où il fait délicieux, et là, respirant à pleins poumons la santé des belles matinées, je commence mes journées de travail… », disait-il. Pour son bicentenaire cette année, et après 32 ans d’absence, l’histoire des amants maudits de Vérone revient au Liceu. Cette retransmission radio peut être un avant-goût du direct dans les cinémas-CGR le 27 février. Josep Pons est à la direction musicale et Stephen Lawless met en scène, pendant la guerre civile des Etats-Unis (1861-1865), la Juliette d’Aïda Garifullina, le Roméo de Saimir Pirgu, ainsi que Nicola Ulivieri (Frère Laurent), Tara Erraught (Stephano), David Alegret (Tybalt), Gabriel Bermudez (Mercutio)…

Vendredi 23 février, 20h55 CET, France3 : Victoires de la Musique Classique – Evian-les-Bains, Auditorium de La Grange-du- Lac, 2018 (durée 2h30 environ). Même jour, même heure sur France-Musique, et Culturebox.

Avec ses paquets de caméras et d’illuminations laser, avec son côté music-hall, où notre Frédéric Lodéon semble perdre parfois son aimable savoir que décore l’agréable commerce de Leïla Kaddour,  la cérémonie des Victoires de la Musique Classique reste un rendez-vous incontournable  pour publics divers, artistes et professionnels. Ici, le vrai bonheur est de voter pour la Révélation artiste lyrique, non pas au petit bonheur la chance mais avec sérieux. D'un naturel insolent et d’une diction délicate, le chant de Chloé Briot (soprano) traduit la fibre sensible et pétillante de l’artiste. Eva Zaïcik (mezzo-soprano), elle, est une tendre flamboyante, aux styles solides et la ligne de chant soyeuse. Le choix de la Révélation 2018 sera cornélien !

Vendredi 23 février, 20h30 CET, TDFWebTV : Marco Tutino, Miseria e Nobiltà – Gênes, Teatro Carlo Felice, 2018 (durée)

A Gênes, création mondiale de Miseria e Nobiltà, opéra de Marco Tutino (2016), qui renoue avec la tradition de l’opera buffa italienne, genre peu utilisé par les compositeurs contemporains. Les librettistes Luca Rossi et Fabio Ceresa ont transposé dans l’Italie de 1946, au moment du referendum Monarchie/République, la très classique comédie napolitaine de Eduardo Scarpetta (1887), déjà adaptée au cinéma par Marco Mattioli (1954), avec Toto et Sofia Loren. Si farce et double-sens inhérents au genre sont conservés, un contexte politique et culturel défini et davantage de psychologie correspondent mieux à notre époque, où comédie comme légèreté se teintent souvent d’ombres. Mélodique et peu atonale, l’écriture de Tutino fusionne en souplesse nos patrimoines musicaux du 19e et 20e siècles (opéra, musical, cinéma). Dans une mise en scène de Rosetta Cucchi et dirigé par Francesco Cilluffo, la distribution comprend de jeunes chanteuses : Valentina Mastrangelo (Bettina), Martina Belli (Gemma), Francesca Sartorato (Peppiniello), des gloires italiennes du buffa : Alfonso Antoniozzi (Don Gaetano), Andrea Concetti (Ottavio), Nicola Pamio (Cameriere/Contadino), ainsi que de Fabrizio Paesano (Eugenio) et Alessandro Luongo (Felice Sciosciammocca).

Samedi 24 février, 18h30 CET, WQXR : Giacomo Puccini, La Bohème – New York, MET, 2018 (durée 2h55)

Un turlupin et un triple sot, ce critique italien qui écrira, au moment de la création du quatrième opéra de Puccini (Turin-1er février 1896) : « La Bohème ne laissera pas une trace mémorable dans l’histoire de notre opéra. » Au MET, c’est l’oeuvre le plus souvent jouée, avec plus de 1200 réprésentations à ce jour ! Comme Sonya Yoncheva (Mimi) et Michael Fabiano (Rodolfo) en février-mars, et depuis 1981 pour New York, les plus grands chanteurs lyriques de notre planète se glissent avec bonheur dans la légendaire mise en scène de Franco Zeffirelli. Musetta et Marcello sont respectivement Susanna Phillips et Lucas Meachem, avec aussi Alexey Lavrov (Schaunard), Matthew Rose (Colline), Paul Plischka (Benoît et Alcindoro), dirigés par le toujours romantique Marco Armiliato. Sur BRKlassik et sur CatalunyaMusica le même jour à la même heure.

Dimanche 25 février, 20h CET, France-Musique : Francis Poulenc, Dialogues des Carmélites – Paris, TCE, 2018 (durée 3h30)

« Je suis un homme de chant sous toutes ses formes », écrivait Francis Poulenc à Pierre Bernac. De fait, tout est prosodie dans les Dialogues, le chant des carmélites, mais aussi celui de l’orchestre qui souffle terreur et lumière. Dans le roman de Georges Bernanos, c’est d’abord le rythme de la phrase qui inspire Poulenc. Au TCE, en février, nous entendrons l’hypersensible Blanche de la Force de Patricia Petibon, la Mère Lidoine de Véronique Gens, la Mère Marie de Sophie Koch, le Chevalier de la Force de Stanislas de Barbeyrac, « racé, jeune, capable de chanter piano dans l’aigu » comme le voulait Poulenc, Sabine Devieilhe (Sœur Constance), Anne Sophie von Otter (Madame de Croissy), Nicolas Cavallier (Marquis de la Force), entre autres, sous la direction de Jérémie Rhorer. Si la mise en scène d’Olivier Py est celle d’un homme épris de spiritualité, si le travail de direction d’acteurs y est énorme, l’austérité visuelle de cette production célèbre aussi la puissance émotionnelle d’une écriture musicale limpide et sincère. Avec une distribution différente, en streaming et toujours en ligne jusqu’au 14 juin sur Operavision.

 

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